samedi 30 janvier 2010

La gouvernance-guérilla de Mohamed Ould Abdel Aziz

Aziz a pris le pouvoir, une première fois, en 2005, alors que personne n’attendait l’éviction de Maaouya, par son propre camp. Mais se sachant peu ou pas encore préparé pour gouverner, il a "sagement" remis les rênes du pays à son cousin Ely, plus politique et plus introduit dans le système. La transition s'est bien passée et le pays a été remis sur la voie de la constitutionnalité, sans trop de dégâts. Ould Abdel Aziz tirait les ficelles, semble-t-il. Mais il y avait, à l’autre bout, quelqu’un qui lâchait du lest, de manière calculée, et ménageait, à la fois, les brutales pressions de l’homme fort et les impératifs, complexes, de la gouvernance d’un Etat.

Cependant, la deuxième fois, après avoir «amèrement» pâti des velléités de Sidioca de changer le sens dans lequel se tirent les ficelles, Ould Abdel Aziz a pris, lui-même, les rênes du pouvoir et, s’est retrouvé, d’un coup de rein, avec toutes les cordes sur lesquelles il tirait, entortillées dans sa main. Depuis, il tire, dans tous les sens, pour démêler l’écheveau de l’exercice du pouvoir. Stratégie risquée qui serre plus de nœuds qu’elle n’en défait, sans parler des ruptures: autant de liens qui lui échappent, encore.

Résultat : l’homme est lancé dans une gouvernance à vue qui, soumise aux diktats de l’instant, ne laisse aucune place à la réflexion, ni à la planification. C’est exactement comme dans une guérilla: Il faut toujours prendre l’ennemi par surprise, frapper à l’improviste et fuir, vers une direction à décider au dernier moment. Et, au prochain raid, changer de zone, de temps et d’objectif. Entre deux attaques, vivre embusqué ou, au moindre danger, en mouvement permanent.

C'est dans ce registre qu'il faut situer les «actions» du chef de l’Etat, surtout depuis le 19 juillet 2009: des visites-surprises dans les administrations, qui se terminent en queue-de-poisson, des affaires de lutte contre la gabegie, qui finissent dans la pire des gabegies, en dehors de toute justice, dont l’appareil est, cependant, surexploité pour armer celles-là, des forums – de l’islam «modéré» – inquiétant pléonasme – de la «gouvernance en 50 ans», sans oublier les mini-forums de l’UPR, qui déversent des recommandations à la pelle et qui, parions-en, se feront oublier, dans quelques jours ou semaines, par d’autres forums ou décisions «majeures».

Les recommandations retenues par les journées des partis de la majorité – à l'instigation d’Ould Abdel Aziz sans doute – de modifier la Constitution et les symboles de l’Etat (le drapeau, la devise, l'hymne et, peut-être, la dénomination même de notre nation – il y a un etc., dans le libellé de cette recommandation: il faut y faire attention – portent, en elles, les germes d’une autre «attaque» de la gouvernance-guérilla de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Il s'agira de nous engager, pour les semaines ou les mois qui viennent, dans une nouvelle polémique sur l’un ou l’autre de ces sujets: comme pour l’affaire des hommes d’affaires, la question des relations avec le Maroc et le Polisario, l’affaire Hanevy, etc. Bouger. Attaquer sur plusieurs fronts, en ouvrir de nouveaux, ne jamais occuper une position, déstabiliser l’ennemi et détraquer ses forces, par des harcèlements permanents... C’est une méthode éprouvée, non sans succès, par les rébellions et autres mouvements ne disposant pas d’armées conventionnelles. Sied-elle à la gouvernance des Etats? J’en doute!

Mohamed Lemine Ould Mohamed Abdallahi (un lecteur fidèle du blog)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire