lundi 24 juillet 2017

Editorial: Amendements spirituels

Après le premier des ministres à l’Est, en Assaba et au Brakna, où il a tenu des meetings en faveur des amendements constitutionnels, c’est au tour du président de l’UPR – le parti-Etat, version PRDS, l’argent et les foules en moins – de prendre son bâton de pèlerin pour sillonner le Trarza, de long en large. Tout sourire, Ould Maham, accueilli, comme un chef d’Etat, à l’entrée des cités, ne boudait apparemment pas son plaisir.
Il passe en revue les cadres, accourus de Nouakchott, les notables et ceux qui le sont moins, en se délectant d’être à la tête d’un parti visiblement aussi populaire que ceux qui l’ont précédé. Et qui, pourtant, volèrent tous en éclats, à la première bourrasque emportant leur tête « pensante »…  Mais foin de mauvais augures ! Pour l’heure, le président de l’UPR veut profiter de l’instant présent. Cette foule qui l’acclame, ce micro qu’on lui tend, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, ce n’est pas donné à tout le monde.
Et le voilà, emporté par son élan, à faire preuve d’une mémoire étonnamment sélective : « Le Trarza, cette région qui a donné, au pays, tant d’oulémas et de savants, dont le rayonnement a dépassé nos frontières... ». Mais pas un mot sur l’émirat séculaire, la résistance à la colonisation, les dizaines de martyrs… Les traits rouges au drapeau pour lesquels il fait campagne ne sont-ils pas un hommage à cette même résistance ? Ne lui faisons pas porter le chapeau. Ould Maham n’est que la voix de son maître qui n’apprécie pas, particulièrement, cette région, du moins en certaines de ses composantes. Et il ne s’en cache pas.
Alors pourquoi le Trarza, alors qu’il n’a encore visité aucune autre ville de l’intérieur, pas même les chefs-lieux de région ? Qu’a-t-elle de plus que les autres pour expliquer ce putatif engouement envers les amendements constitutionnels ? Que lui vaut cet honneur ? Des ministères à la pelle, comme lors d’un passé récent ? Des secrétariats généraux de ministères, des directions d’établissements publics ou des ambassades ? Jamais, en effet, cette région n’a été aussi marginalisée et ses symboles si peu considérés.
Mais elle n’est pas la seule. Comme le reste du pays, le Trarza souffre d’un profond mal-être. Ses élites, qui refusent de s’abaisser à la flagornerie et au « lèche-bottisme », sont exclues. La seule route qui la relie au monde, et qui date des années 60, a été volontairement sabotée, au moment où d’autres, dont l’impact est quasi-nul, sont construites aux frais du contribuable. Les « grandioses » projets qu’on y lance, ne lui sont pas destinés. Ils servent, plutôt, à enrichir des intermédiaires à la moralité douteuse. Et s’il s’agissait, de surcroît, de la dépouiller d’une partie de son histoire, il n’y avait qu’un pas qu’Ould Maham a allègrement franchi à Rosso. Avant d’en franchir un autre,  beaucoup plus grave,  à Boutilimitt, en déclarant qu’Ould Abdel Aziz « a nourri ce peuple à sa faim et l’a protégé de la peur » (sic !), comme le fit Allah envers les Qoraichites. Révisionnisme et associationnisme en guise d’amendements spirituels ? L’appétit, il est vrai, vient en mangeant…
                                                                             Ahmed Ould Cheikh

lundi 17 juillet 2017

Editorial: ...Et la caravane passe

Troisième mandat ! Le mot qu’on croyait tabou est lâché et pas par n’importe qui. Par le premier des ministres en personne, lors d’un meeting à Bouratt, au milieu de ce qu’on a coutume d’appeler le Triangle de la pauvreté. Pourtant, on pensait que le débat était clos, depuis l’allocution prononcée, par Ould Abdel Aziz, en Octobre dernier,  lors de la cérémonie de clôture du dialogue organisé avec une partie de l’opposition. Notre guide éclairé avait alors déclaré, solennellement, qu’il n’était pas question, pour lui, de toucher les articles limitant le mandat présidentiel et qu’il plaçait l’intérêt du pays au-dessus du sien. Si la déclaration allait de soi, puisque les articles en question étaient verrouillés, ça irait « encore mieux en le disant », pour paraphraser Charles Maurice. Qu’est-ce qui a changé entretemps, pour que l’appétit revienne aussi vite ? En fait, très peu d’observateurs pensaient qu’Ould Abdel Aziz était sincère, dans son affiche respectueuse d’une Constitution qu’il a foulée du pied, allègrement et à plusieurs reprises, mais le contexte n’était pas favorable à une annonce qui risquait d’avoir des conséquences désastreuses pour son pouvoir. Il a donc joué « balle à terre », comme disent les footballeurs, en attendant que l’idée mûrisse et que l’occase de s’en délecter se présente. Un premier essai s’est révélé pourtant calamiteux, avec le refus des sénateurs de voter les amendements constitutionnels qui supprimaient leur Chambre parlementaire et lui permettraient d’avoir les coudées franches, pour passer toute modification à sa convenance,  par une assemblée nationale toute à sa botte. Une déconvenue qui chamboulait tous ses plans et qu’il a très mal prise. Il ne lui restait plus qu’à s’obliger, contraint et forcé, à un incertain referendum, anticonstitutionnel, de surcroît, puisque le refus des sénateurs en interdisait même le recours, selon le titre IX de notre loi fondamentale. Branlebas de combat et report, pour la troisième fois, de la date de clôture du recensement électoral, au constat de ce que ledit referendum n’intéressait personne. Des généraux, des ministres et des hauts fonctionnaires envoyés au charbon, pour sensibiliser les leurs. Un président de la République qui multiplie les audiences, parfois avec des sous-fifres incapables de mobiliser leur propre famille. Celui de l’UPR qui sillonne le pays, pour dire que la Mauritanie a encore besoin  de « son » président, pour parachever l’œuvre de construction nationale entamée en 2008. Et, last but no least, le Premier ministre qui lâche, enfin, le morceau. Après avoir déclaré, à Tintane, que le système en place ne quitterait pas le pouvoir en 2019, le revoilà qui précise son idée : Ould Abdel Aziz fera bien  un troisième mandat. Le parjure ne faisant apparemment pas partie de son vocabulaire, Ould Hademine fait fi du serment prêté, par son mentor, de l’inviolabilité des articles sur le mandat présidentiel et du danger que fait peser, sur le pays, une énième violation de la Constitution. Mais ne lui faisons pas porter un chapeau plus gros que sa tête. Il fut toujours fidèle exécutant. C’est ce qui explique sans doute sa longévité, sans le moindre état d’âme, au service d’un pouvoir qui en est encore moins pourvu. Ce qui ne les disculpe, ni l’un ni l’autre. Il arrivera bien un jour où il faut rendre compte et se cacher derrière le sacro-saint principe de l’obéissance aux ordres venus « d’en haut » ne prémunira pas l’auteur de tout acte contraire aux lois et textes en vigueur.
Mais, avant d’en arriver là, il faut sonner le tocsin. L’opposition, la société civile, les démocrates et les partenaires étrangers doivent coordonner leurs efforts, pour faire échec à cette nouvelle forfaiture en gestation. Nous ne sommes certes pas de ceux qui crient « Aux armes, citoyens ! » mais nous voilà debout avec tous ceux qui croient en la souveraineté du peuple, bien au-dessus de ceux qui ne s’emploient qu’à l’abuser. Les propos d’Ould Hademine sont volontairement provocants. Ils ne traduisent que l’aboi d’un pouvoir en mal-être.  Lève-toi donc, peuple mauritanien, et que ta caravane passe, majestueuse, au pas tranquille de tes chameaux !
                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 9 juillet 2017

Editorial: Défaillances systématisées


Les Nouakchottois, du moins ceux qui habitent le quartier huppé de Tevragh Zeïna, ont été surpris, la nuit suivant la fête, par un promeneur un peu particulier.  A bord d’un bolide (de ceux que le Qatar avait gracieusement offerts, à notre pays, à l’occasion du Sommet arabe !), Ould Abdel Aziz longeait les rues, ce soir-là, accompagné de sa douce moitié, particulièrement celles de ce quartier chic (n’exagérons rien). Echangeant saluts avec les rares personnes qui croient encore aux vertus de la Rectification, il s’est arrêté aux feux, comme tout bon citoyen. Et, dans un accès subit de générosité, a même offert un billet de 5000 UM à un mendiant. La scène a été filmée et a fait le tour des réseaux sociaux. Ses soutiens y ont vu un président « humain, normal, sensible à la détresse de ses concitoyens ». Il n’y a pourtant pas de quoi se vanter. S’il avait réalisé le quart de ce qu’il nous avait promis, il n’aurait pas vu un seul homme ou femme se départir de tout orgueil, pour un billet de banque sans lequel ses enfants périraient de faim. S’il n’avait pas renvoyé Pizzorno, pour un problème personnel, et attribué le ramassage des ordures à des sociétés fictives, pour des raisons politiques, Nouakchott ne croulerait pas sous les ordures. A-t-il vu, de ses propres yeux, le laisser-aller, érigé en mode de gestion de cette vitrine que doit être la capitale ? A-t-il vu les étals sur les trottoirs et la chaussée, ne laissant, aux automobilistes, qu’un filet de route pour s’y faufiler?  Pourquoi n’a-t-il pas réagi alors ?
Il est vrai que Nouakchott est à l’image du pays : mal géré, sale et désorganisé. Si nos ressources naturelles étaient bien gérées, la pauvreté et le chômage auraient disparu depuis longtemps. N’est-il pas symptomatique que le dernier rapport du National ressource Gouvernance Institute (NRGI), mesurant l’indice de gouvernance des ressources naturelles dans 81 pays, classe la Mauritanie dans la catégorie des Etats dont la gouvernance est qualifiée de « défaillante », au même titre que le Zimbabwe ou l’Erythrée ? Où sont passées les dividendes du fer, de l’or, du cuivre et du poisson ? Où sont partis les 4 milliards de dollars que nous avons contractés auprès des bailleurs de fonds ?  S’il avait accordé les mêmes chances à tout le monde, s’il n’avait pas banni certains et mis un embargo sur leurs sociétés, le chômage n’aurait pas atteint de telles proportions. Si tout l’argent qu’on reçoit était réellement destiné au développement, le pays serait doté d’infrastructures dignes du nom. Si la planification avait droit de cité, on n’aurait pas besoin de démolir nos routes, pour les refaire à nouveau. Si, dès son arrivée, il y a 9 ans, il avait accordé un tout petit peu d’importance à l’enseignement, la « génération Aziz » serait, maintenant, au collège et sortirait ainsi d’un îlot de médiocrité. Si, en son temps, l’esprit mercantiliste n’avait pas pris le dessus, toutes les façades des maisons ne seraient pas transformées en boutiques et les écoles vendues pour devenir des marchés.  Rectification, en langage azizien, est bel est bien synonyme de systématisation des défaillances.
                                                                                   Ahmed Ould Cheikh

samedi 24 juin 2017

Editorial: Honni soit qui mal y pense!

Il a renversé un président civil, tenu son pays en laisse pendant plus de vingt ans, pillé ses maigres ressources, avec la complicité de son épouse et de son entourage, organisé des élections pour les gagner haut la main, avant d’être obligé de céder le pouvoir, après avoir reconnu sa défaite, lors de la seule élection où il y eut un semblant de transparence. Il, vous l’avez sans doute reconnu, c’est Yaya Jammeh, le fantasque dictateur gambien qui, comme tout bon militaire, s’est accroché, jusqu’au bout, à son pouvoir, avant de le lâcher, lorsque les bruits d’autres bottes atteignirent les portes de Banjul. Défait par un candidat qui n’était ni le principal leader de l’opposition (qui se trouvait, à ce moment, en prison), encore moins une lumière, Jammeh est en train de connaitre les affres de l’exil et, bientôt, de la solitude.
Sa fortune en Gambie a été saisie par les nouvelles autorités. Quatre-vingt-six comptes bancaires et cent trente-et-un biens immobiliers et autres entreprises sont venus renflouer un Trésor public que sa gestion calamiteuse avait rendu exsangue. Dernier épisode en date, dans cette descente aux enfers : sa femme Zeynab vient de demander le divorce. Sentant l’étau se resserrer autour d’elle, celle que les Gambiens appelaient la « pilleuse d’or » ou la « diablesse a préféré jeter l’éponge. Elle en a apparemment assez des frasques de celui qui sera bientôt son ex-mari. N’ayant plus le pouvoir, il n’a plus, comme tous les dictateurs de son acabit, aucun attrait.
Un belle leçon de vie pour ceux qui ont démis et renversé des présidents, s’incrustent au pouvoir, en font leur chasse gardée, méprisent leur opposition, organisent des élections entachées de fraude, piétinent le texte fondamental et les lois de leur république, comme bon leur semble, confondent biens publics et propriétés privées, font, de l’attribution des marchés de gré à gré au profit de leur clan, leur sport favori, négocient comme s’ils étaient des hommes d’affaires, construisent hôtels et marchés, prennent des participations dans les banques et les sociétés, au vu et au su de tout le monde ; bref, s’enrichissent ostensiblement, alors que l’écrasante majorité ploie sous le fardeau d’une vie de plus en plus impitoyable. Pensant, à tort, que ce qui est arrivé à Jammeh n’arrive qu’aux autres, ils dorment sur leurs lauriers, jusqu’au jour où tout s’écroule sur leur tête, comme un château de cartes. Ni l’armée, ni les forteresses, ni, encore moins, la fortune amassée avec boulimie ne peuvent alors endiguer le flot. Quand la roue de l’Histoire tourne, elle écrase tout son passage. Kadhafi, Moubarak, Ben Ali, Compaoré et, plus récemment, Jammeh, en savent quelque chose.
Toute ressemblance avec notre pays est évidemment fortuite. Depuis 2008, la Mauritanie est devenue un paradis sur terre. Sa démocratie marche à merveille et son Président, très peu intéressé par les biens matériels de ce bas-monde, n’a d’autre souci que le bien-être de ses concitoyens. Il fera ses deux mandats et se retirera en douceur. Les amendements constitutionnels qu’il propose ne sont destinés qu’à corriger des imperfections. Et honni soit qui mal y pense !
                                                                                           Ahmed ould Cheikh

dimanche 18 juin 2017

Editorial: Ecrire l'Histoire

Dans une précipitation pour le moins douteuse, la Mauritanie a décidé, subitement la semaine dernière, de rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar, celui qu’elle appelait, il y a peu encore,  un  « pays frère et ami ». Savez-vous pourquoi ? Ce « pays frère et ami » nous a-t-il agressé ? A-t-il financé une rébellion ou un mouvement armé pour nous déstabiliser ? Un de ses dirigeants nous a-t-il attaqués verbalement ? Al Jazeera, qu’il finance, a-t-elle mené campagne contre nous ? A-t-il été le premier à  rompre nos relations, pour qu’on fasse jouer la réciprocité ? Que nenni ! Nous l’avons fait, tout simplement, parce que l’Arabie saoudite nous a demandé de la suivre, dans une escalade dangereuse pour la stabilité de cette région du monde. Nous avons, du coup, mis le doigt dans un engrenage dont les conséquences nous échappent, un jeu de grands où nous n’avons rien à faire, une querelle de leadership où nous n’avons rien à voir. Si l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn accusent le Qatar de chercher à normaliser ses relations avec l’Iran, de financer le terrorisme (le Hamas devient, du coup, une organisation terroriste) et de chercher à déstabiliser le monde arabe, par la voix d’Al Jazeera, de quoi se mêle la Mauritanie ? Notre guide, sûrement pas éclairé cette fois, obéit, au doigt et à l’œil désormais, au royaume wahhabite et ne s’est  pas fait prier pour rompre avec le Qatar, dont l’émir, accueilli, en grandes pompes, l’été dernier, pour le Sommet arabe, n’était pas aussi infréquentable que ça. Il avait tenu à rehausser ce Sommet de sa présence, contrairement à d’autres derrière lesquels on court à présent.
N’était-il pas plus juste et sage de marquer un temps d’arrêt, avant de prendre une décision aussi radicale ? De petits pays plus pauvres que nous, la Somalie et l’Erythrée, sollicités par l’Arabie saoudite et les Emirats, pour rompre avec le Qatar, contre un pont d’or, ont poliment décliné l’offre. Les deux Etats ont exprimé leur inquiétude, devant une situation qui divise, un peu plus, le monde arabe. Ils ont demandé, à ces Etats frères, de  privilégier la voie du dialogue et de la concertation, pour régler le différend. Le Maroc, allié stratégique de l’Arabie saoudite qui y investit des milliards de dollars, ne devrait, normalement, rien lui refuser. Il a pourtant décidé de « ne pas verser dans les déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences », selon un communiqué de son ministère des Affaires étrangères. Une position pleine de bon sens qui aurait dû être adoptée par tout Etat doté d’un peu de… bon sens.
Il est vraiment loin le temps où notre diplomatie, sous la férule de feus Mokhtar ould Daddah et Hamdi ould Mouknass, réussissait à exclure Israël de l’Afrique, jouait les intermédiaires, entre l’Egypte de Nasser et la Chine, faisait réunir le Conseil de sécurité à Addis Abéba, pour discuter du problème de l’Apartheid. Mokhtar, symbole du désintéressement, n’avait qu’une seule chose en ligne de mire : l’intérêt de son pays et sa grandeur. Et il a réussi, au-delà de toute espérance, sans jamais négocier ou vendre une position qui allait porter préjudice à un pays auquel il a fait don de sa personne.
Que retiendra l’Histoire du règne azizien ? Les coups de tête et les fanfaronnades ou les coups bas et les trahisons ? Chacun écrit, certes, l’histoire qu’il peut. Mais quand on s’est hissé à la prétention d’écrire celle d’une nation, il faut, pour atteindre à la majuscule – celle de l’Histoire – une réelle élévation de cœur, d’intelligence et d’esprit ou, du moins, la volonté d’y parvenir. Ould Abdel Aziz a-t-il seulement celle-ci ?
                                                                          Ahmed Ould Cheikh

lundi 12 juin 2017

Editorial: Avis de coup de vent

Coup de tonnerre ! Lundi dernier, 29 Mai, la nouvelle tombe, très tôt le matin ; un mini-remaniement du gouvernement vient d’être opéré. Un seul fait majeur: le départ de Moulaye ould Mohamed Lagdhaf, ministre secrétaire général de  la Présidence. Celui qui fut, pendant près de six ans, Premier ministre et qu’on considérait proche parmi les plus proches du général-président a été débarqué aux premières heures de la matinée, juste avant le Conseil des ministres, comme s’il était surtout question d’éviter qu’il y participât. Cité parmi les probables dauphins du guide illuminé qu’il accompagna dans les moments difficiles, lorsque la Rectification en était encore à ses premiers balbutiements, il était considéré comme une colombe, comparé au Premier ministre et au président de l’UPR actuels. Qui – coïncidence ? – s’étaient tous deux fendus, la semaine dernière, de déclarations confirmant ce que beaucoup craignaient : pas question de céder le pouvoir en 2019, le pays a encore besoin d’Ould Abel Aziz. Le genre de propos qui sonnent bien à l’oreille d’un général persuadé qu’après lui, ce sera le déluge. Ils auraient pu ajouter, nos  deux « lumières », qu’il a besoin aussi d’eux, dans l’exaltante mission qu’ils se sont donnée : couler leurs adversaires par tous les moyens,  promouvoir les leurs et mener le pays à la dérive in fine. Sont-ils en train de réussir ? Rien qu’à relever certains indicateurs, on se rend compte de l’immensité du gâchis : taux d’endettement qui approche les 100% du PIB, malgré d’énormes ressources engrangées au cours des dernières années, suite à la hausse des prix des matières premières ; à peine 28% de la population totale pourvus en électricité (contre 55% au Sénégal), 47% en zone urbaine et 2% en zone rurale (contre 90 et 28% au Sénégal) ; 12%, seulement, buvant à leur soif ; 63%  des nouveaux diplômés sans emplois et seulement 15% du budget consacrés au développement. Et l’on vous dira, malgré tout, à la première occasion, que le pays a fait de « grands pas dans la lutte contre la gabegie » (où sont donc passées ces milliards ?) ; que la production d’électricité a été multipliée par dix (pourquoi ne pas la fournir aux populations, alors ?) ; que le chômage a reculé et que le taux de croissance est en constante progression. Lancez ces chiffres à la tête des populations miséreuses qui peuplent, désormais, les rues de Nouakchott ou celles de l’intérieur et leur vie s’en trouvera complètement changée. Elles auront où loger, de quoi se nourrir, boire une eau de qualité, obtenir du travail pour leurs enfants, et de l’électricité à bas prix. Elles sauront se reconnaître dans un pays qui ne les exclut plus, où tous auront les mêmes droits, fréquenteront les mêmes hôpitaux et les mêmes écoles, où le Président et son gouvernement, irréprochables, n’ont d’autre souci que le bien-être, le bonheur et la quiétude de leurs concitoyens.
C’est à ce prix – à ce prix seulement – qu’on pourra dire qu’un président a bien rempli son contrat. Certes, toute œuvre humaine est imparfaite. Mais, quand rien de tout cela n’a été fait, pas même la moindre once, aller jusqu’à clamer que tel ou tel est indispensable relève de l’insolence ; pire, de la vulgarité. Où sont passés Ould Daddah, Ould Mohamed Saleck, Ould Haidalla ou Maaouya, pour ne citer qu’eux ? Comment ont fini Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali ?
                                                                  Ahmed Ould Cheikh

lundi 5 juin 2017

Editorial: Discours

Tout le monde ou presque connaît le discours de la Méthode cher à Descartes, le fameux discours du général de Gaulle à Londres, demandant, au peuple français, de ne pas baisser les bras et de lutter contre l’occupant allemand, le discours de JFK à Berlin, en pleine Guerre froide, le discours de Mitterrand à La Baule, point de départ des processus démocratiques en Afrique, ou, plus de près de nous, le discours qu’Ould Taya débita, en Avril 1986 à Néma et en français, svp, sur les dangers de l’analphabétisme, devant des citoyens qui n’en comprirent pas un traître mot. Nous avons, à présent, le discours de Tintane de notre inénarrable Premier ministre, envoyé, à l’Est, prêcher la « bonne » parole et défendre les amendements constitutionnels. Dans une région généralement très réceptive aux discours officiels mais dont les élus et les notables commencent à montrer des signes d’énervement, face à un pouvoir dont la prodigalité n’est pas la qualité première, loin s’en faut. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que les meneurs de la fronde au Sénat soient, justement, des élus du grand Est. C’est donc en toute conscience de ce que le feu couve qu’Ould Abdel Aziz a envoyé son Premier ministre-pyromane jouer au pompier.
Mais, au lieu de chercher à arrondir les angles et élargir sa base, Iznogoud, celui qui veut devenir vizir à la place du vizir, est resté fidèle à lui-même. Il n’a visité que les quatre localités où il croit tenir un semblant de base populaire, pour y tenir un discours tranchant, nettement, avec celui de son mentor. « Ce régime ne quittera pas le pouvoir en 2019. Nous avons un programme que nous continuerons à appliquer au-delà de cette date. Qu’on se le tienne pour dit ! », a-t-il martelé, sautant du coq à l’âne. La vidéo a fait le buzz, sur les réseaux sociaux pendant plusieurs jours, suscitant une levée de boucliers de l’opposition qui y voit une volonté du système de tenter, par tous les moyens, de s’incruster au pouvoir. De fait, cette déclaration est tout, sauf innocente. Personne, même un Premier ministre, ne peut se hasarder à une sortie d’une telle gravité, s’il n’en a pas le feu vert. D’où un certain nombre d’interrogations. Ould Abdel Aziz, qui déclara, un peu tôt, qu’il ne se présentera pas en 2019, a-t-il senti sa base se déliter ? Craint-il, au rythme où vont les choses, de se retrouvera bientôt « nu » ? Pense-t-il que ce baroud d’honneur aura de l’effet sur une majorité qui finira par se dire que rien n’est perdu ? Ou croit-il, sincèrement, qu’après la réforme constitutionnelle et la suppression d’un Sénat frondeur, il pourra déverrouiller, en toute impunité, les articles relatifs aux mandats ? Va-t-il finir par tenter le tout pour le tout, au risque de susciter une situation d’instabilité qui finira par l’emporter ?
Il est normal qu’un système qui perdure depuis 1978 fasse tout pour ne pas se faire évincer d’un pouvoir auquel il  a pris goût. Qu’il fasse tout ce qu’il peut pour arrêter la roue de l’Histoire. Qu’il s’accroche de toutes ses forces  aux lambris dorés d’un Etat qu’il a sucé jusqu’à la moelle. Mais une donnée leur échappe : ce peuple mauritanien de 2017 n’est plus celui d’hier, a fortiori avant-hier : les discours, il en a bu et rebu, jusqu’à la lie, et celui de notre Iznogoud national paraît bien être, sinon le goût, du moins l’avant-goût de celle-ci.
                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

jeudi 1 juin 2017

Editorial: Au sens plein et entier de la démocratie....

Vendredi 12 Mai dernier, alors qu’il roulait, sur la route de Rosso, vers Nouakchott, Mohamed ould Ghadde, le sénateur frondeur est victime d’un accident de la route. Voulant éviter un chameau en divagation, il perd le contrôle de son véhicule et quitte la route. Voyant la voiture foncer sur eux, les habitants d’une baraque au bord de la route s’éparpillent aux quatre vents. Une femme et son bébé sont fauchés et décèdent. Une autre est grièvement blessée. Alertée, la gendarmerie se présente rapidement sur les lieux. Elle entame la procédure habituelle en pareilles circonstances. Mais au bout de quelques minutes, la nouvelle remonte en haut lieu et, soudain, changement complet de décor : la voiture du sénateur est fouillée de fond en comble, ses téléphones confisqués et il est mis aux arrêts, malgré son immunité parlementaire qui devrait, dans un Etat normalement constitué, le prémunir d’une arrestation intempestive. Commence alors une longue série de vexations pour faire payer, au sénateur, son « insolence ». Le voilà mis au secret et privé de visite. Même son avocat, accouru de Nouakchott, est empêché de le voir, pendant trois jours. La presse aux ordres est mise à contribution, pour distiller des informations tout aussi erronées les unes que les autres : la voiture n’aurait pas de police d’assurance en cours de validité, le sénateur a été arrêté en flagrant délit, ce qui lève, de fait, son immunité, fait-on ainsi savoir. Renseignements pris, il n’en est strictement rien. Sinon, l’occasion, rêvée, de faire payer, à ce bouillant sénateur, son opposition, non seulement, aux amendements constitutionnels mais, aussi, à toutes les dérives du pouvoir actuel qu’il ne cesse de fustiger.
Après trois jours de garde à vue, Ould Ghadde est présenté à un juge et son dossier programmé pour une sentence expéditive. Le Sénat monte alors au créneau. Ses pairs, qui ne se sentent désormais plus en sécurité, décident d’activer l’article 50 de la Constitution stipulant que « la détention ou la poursuite d’un membre du Parlement est suspendue, si l’assemblée dont il fait partie le requiert ». Une injonction en bonne et due forme, adressée au Parquet et, au-delà, au ministre de la Justice et à tout l’exécutif dont le chef n’appréciera que modérément cette nouvelle fronde du Sénat. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la justice n’a, cependant, plus d’autre choix que de libérer le sénateur.
Au-delà de cet épisode malheureux,  voilà que toute personne ayant exprimé un avis divergent ou manifesté son opposition au pouvoir se retrouve en sursis. A la moindre incartade, c’est à la case prison qu’on est illico envoyé. Mais ne baissons pas, pour autant, les bras ! Qui ne dénonce pas une injustice en devient le complice. En cette occurrence, la presse, ce « quatrième pouvoir », a une responsabilité énorme. Tout comme la société civile. L’une et l’autre doivent, elles aussi, monter aux créneaux. Citoyens, dénoncez les agissements illégaux du pouvoir, indexez, par la publication de leur nom et photo, les fonctionnaires qui se prêtent à son jeu : agents des impôts, juges, policiers, gendarmes, tous ceux, gradés, troufions ou dégradés, qui tendent leurs mains pour exécuter un quelconque acte illégal... Intimidez-les ! Mettez-les devant leurs responsabilités : un policier qui m'arrête, me retire mon téléphone ou commet tout autre acte que je juge dégradant, illégal ou anti-civique, c'est lui nommément qu’il me faut dénoncer, avec sa photo, nom et corps d'origine (police, gendarmerie, justice, etc.). Qu’on se le répète, citoyens, dans les khaîmas et les cases ! C’est, à chacun, au quotidien, à chaque instant, de vivre et faire vivre le pouvoir du peuple, c’est-à-dire la démocratie, au sens plein et entier du terme.
                                                                           Ahmed Ould Cheikh

Eitorial: Le souffle d'Ely

Le militaire qui a conduit le changement de régime, en 2005, dans les conditions que tout le monde connaît, celui qui a dirigé une transition de deux ans, avant de remettre le pouvoir, de son plein gré, à un président civil, l’homme qui se battait, depuis 2008, seul ou avec l’opposition, contre le dévoiement d’une démocratie qu’il avait mise sur les rails en 2007, a subitement disparu, un vendredi 5 Mai. Laissant un vide immense. On dit souvent, à juste titre, qu’on ne se rend compte de la valeur des hommes qu’après leur disparition. Et Ely ne déroge pas à la règle. Il était un opposant véritable, craint et respecté. Il avait un nom et une aura. Il avait surtout un courage à ce point hors pair que le pouvoir actuel le craignait par-dessus tout. Il assistait aux meetings et marches de l’opposition, n’hésitant pas à prendre la parole et à porter, haut, les espoirs de tout un pays. Que ce soit dans la presse nationale ou internationale, Ely n’a cessé de dévoiler, au grand jour, les malheurs d’un peuple pris en otage par une junte militaro-affairiste.
A présent qu’il est disparu, sur qui fonder espoir ? Ahmed ould Daddah, l’opposant historique, blanchi sous le harnais, n’a plus la possibilité de briguer les suffrages des électeurs… Sur qui miser ? Ould Abdel Aziz n’est plus candidat, le système va, obligatoirement, générer un dauphin issu de ses rangs, pour éviter que le pays ne leur échappe. Une tentative désespérée, si l’opposition réussit à s’entendre et à ressouder les rangs. La Gambie vient d’en donner un exemple éclatant, il y a quelques mois. Les leaders de l’opposition en prison, le trésorier du principal parti anti-Jammeh a été investi et a battu le dictateur, à plate couture et surprise générale. Pourquoi ce qui s’est passé en Gambie ne serait pas applicable à la Mauritanie ? Ne sommes-nous pas capables de prendre notre destin en main ? Jusqu’à quand resterons-nous conditionnés par un système, ses généraux, notables et autres chefs de tribus ? Certes, on s’habitue à tout et Dieu sait combien les habitudes sont tenaces ! Mais la leçon, en fin de compte, des morts subites est qu’elles nous révèlent suffisamment de vide, de sentiment de manque, pour nous pousser à resserrer les rangs. Ce n’est pas seulement à Dieu qu’Ely a rendu son souffle, il nous l’a transmis, à tous, pour nous donner l’inspiration de gonfler, ensemble, nos poumons.      
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

samedi 13 mai 2017

Editorial: Plus grand encore mort que vivant

La nouvelle est tombée, vendredi dernier, comme un couperet. L’ancien chef de l’Etat, Ely ould Mohamed Vall, venait de succomber à une crise cardiaque, en début d’après-midi, dans le lointain Tiris qu’il aimait tant. Celui qui fut, pendant près de vingt ans, directeur général de la Sûreté nationale (sous Maaouya), puis chef de l’Etat, de 2005 à 2007, après un putsch contre son mentor  (d’où le surnom de « Sauveur » que ses admirateurs n’ont pas hésité pas à lui coller), laisse un vide immense. Farouche opposant à la « Rectification » opérée, par son cousin en 2008, Ely se sera investi, corps et âme au cours de ses dernières années, pour que la Mauritanie retrouve la chemin de la démocratie sur lequel il l’avait placée, en Avril 2007 lorsqu’il remit, de son plein gré et en strict respect de ses engagements, le pouvoir à un président civil.
Grand chef de guerre, Ely ould Mohamed Vall fut, surtout, un grand homme d'Etat, de première envergure et culture. Fin connaisseur de la Mauritanie et des Mauritaniens, il avait cette capacité de discernement et d'écoute sans commune mesure qui permet, aux décideurs, de prendre les bonnes décisions, au bon moment. A cet égard, on n’oubliera pas qu’en dépit de vingt années à la Direction générale de la Sûreté, son nom n’a jamais été cité dans le dossier du passif humanitaire ni dans aucune affaire « sale ».
Grand commis de l’Etat, sans donc jamais s’abaisser à l’exécution aveugle des basses œuvres, c’est, incontestablement, avec la Transition qu’il conduisit, de main de maître, entre 2005 et 2007, qu’Ely a révélé sa pleine dimension de chef d’Etat. Le respect de ses engagements publics lui a valu une aura internationale que beaucoup lui ont enviée, sans jamais parvenir, à l’instar de bien d’autres, à seulement en atteindre les fondements. Car, au-delà de l’assainissement de la situation économique – dettes intérieure et extérieure épongées –  c’est bel et bien le président du Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) qui rendit le pouvoir aux civils.
Soupçonné d’avoir manipulé le processus de transition, en proposant d’abord Sidi ould Cheikh Abdallahi, avant de se rétracter, Ely ould Mohamed Vall aura cette réponse, sans fard, de s’opposer, dix-huit mois plus tard, au coup d’Etat de son cousin. S’engageant, sans équivoque, contre la « Rectification », c’est en défenseur de la démocratie que l’ex-président du CMJD, devint, ainsi, un des plus farouches opposants au putschisme maladif de ses pairs.
Naturellement discret et plus porté au filigrane qu’au-devant la scène, Ely ould Mohamed Vall aurait-il pu constituer une alternative, pour le règlement de la crise que subit le pays ? Il était assez grand, vivant, pour assumer cette responsabilité. Mort, il l’est plus encore, en ce que son décès inattendu cristallise une position sans concession contre l’abus de pouvoir. Ould Abdel Aziz ne s’y est pas trompé, en réservant, aux funérailles de son cousin, trois jours de deuil national. Mais cette tentative désespérée de récupération post-mortem réussira-t-elle à faire entrer l’encombrant cadavre dans le petit placard de la Rectification ? Vivant, il était grand ; mort, il l’est plus encore…
                                                                              Ahmed ould Cheikh

samedi 29 avril 2017

Editorial: Tant va la cruche à l'eau...

Le referendum devrait finalement avoir lieu le 15 Juillet prochain. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres, lors de sa réunion du jeudi dernier. Ould Abdel Aziz maintient donc le cap, contre vents et marées, malgré la levée de boucliers que continue de susciter son recours à l’article 38 de la Constitution. Qui autorise, certes, le Président à consulter le peuple, pour toute question d’intérêt national… sauf s’il s’agit de révision constitutionnelle qu’encadrent les articles 99, 100 et 101. Le professeur Lô Gourmo l’a d’ailleurs bien expliqué, l’autre soir, dans un débat  sur une télévision privée. Son contradicteur, qui  a fini par reconnaître qu’il était, lui, magistrat et non juriste, avait si peu d’arguments pour défendre le recours à l’article 38, qu’il finit par jeter l’éponge. Dans un raisonnement implacable, le professeur a précisé que la finalité du referendum, organisé sur la base de l’article 38 – subitement transformé en article « fourre-tout », selon Gourmo, et que rien ne peut entraver, si l’on en croit Ould Abdel Aziz – n’est pas nécessairement les amendements constitutionnels  actuels mais le verrou limitant les mandats. Si cette forfaiture réussit par le referendum, Ould Abdel Aziz, qui a échoué à la faire passer par le congrès parlementaire, aura toutes les cartes en main, avec une assemblée aux ordres et un sénat rebelle en moins. D’où la nécessité, pour la classe politique, la Société civile et les jeunes, de se battre pour que la Constitution ne soit pas foulée du pied et qu’un militaire en fin de mandat n’ait pas à décider de notre sort. Il y va de la survie de notre démocratie, déjà mise à rude épreuve, un certain 6 Août 2008, lorsqu’un général limogé se retourna contre un président démocratiquement élu, pour le renverser. Un péché originel dont Ould Abel Aziz n’arrive toujours pas à s’affranchir, malgré deux élections présidentielles. Ce complexe, qui le poursuit et l’empêche de se voir en président « normal », explique, peut-être, son entêtement à vouloir  imprimer son empreinte à un pays qui ne l’a pourtant pas vu naître, en s’employant à modifier, sans consensus, son drapeau et son hymne national. Qu’y a-t-il d e si urgent et de tant d’importance nationale, à modifier la Constitution ? Les six milliards qui seront engloutis par le referendum ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs ? Quel intérêt y-a-t-il à exacerber les tensions entre les pour et les contre, au lieu d’essayer de recoller les morceaux  et de préparer une alternance pacifique ? Ne vaut-il pas mieux pour un Aziz à deux ans de la fin de son dernier (?) mandat, de jouer l’apaisement et se retirer en douce ?
Les frustrations sont toujours mauvaises conseillères et un peuple, lassé de voir ses maigres ressources pillées sans vergogne, ne restera pas éternellement les bras croisés. Personne ne pensait les populations tunisiennes, libyennes ou égyptiennes capables d’un tel déferlement de violences, lors du Printemps arabe. Mais leurs dirigeants les avaient  tant bastonnés qu’ils ont fini par dire basta ! Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, dit un célèbre dicton. Notre expert en coup de force devrait, ici, se poser la bonne question : en l’occurrence de son referendum, c’est quoi, c’est qui la cruche ?
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

dimanche 23 avril 2017

Editorial: Bizarre...

Ould Abdel Aziz est parti, la semaine dernière, en France, après plusieurs années d’une rupture qui ne disait pas son nom. Profitant du séjour, à Nouakchott, du ministre français des Affaires étrangères qui l’aurait invité à se rendre en France, si l’on en croit la très officielle AMI, l’homme du 6 Août a débarqué au Bourget… sans un seul chat pour l’accueillir. L’invitation d’Ayrault n’était peut-être que protocolaire ? Très peu au fait des pratiques diplomatiques – le contraire aurait, d’ailleurs, étonné, de la part d’un militaire – notre guide éclairé aura donc simplement sauté sur l’occasion d’une vague exposition, à l’Institut du Monde Arabe, pour fouler le sol français. Et, disent les mauvaises langues, revoir le médecin qui le suit depuis la fameuse « balle amie » de 2012. S’entretenir aussi avec François Hollande, sans qu’on sache sur quoi, exactement. Le président français, à qui il reste, à peine, un mois de pouvoir, n’a visiblement plus grand-chose à faire, sinon recevoir des chefs d’Etat africains. Même ceux avec qui il avait peu d’atomes crochus, comme le nôtre à qui la France ne parvenait toujours pas à pardonner son faux bond, lors de la guerre du Mali. Alors qu’il avait assuré Hollande, en personne, qu’il apporterait son soutien contre AQMI, après avoir accompli plusieurs opérations par procuration, notre expert ès rectification s’était piteusement débiné, lorsque les armes s’étaient mises à parler. Ce que l’Etat français n’avait que très modérément apprécié. Depuis les relations ont évolué en dents de scie. Et Ould Abdel Aziz n’a loupé aucune occasion de le faire savoir. En commençant par glorifier, à tire-larigot, la résistance contre l’occupant français, donnant, au nouvel aéroport de Nouakchott, le nom d’Oum Tounsi, lieu d’un célèbre affrontement, en 1932, où périt, entre autres, le lieutenant Mac Mahon, petit-fils d’un ancien président de la 3ème République  française. En hommage à cette même résistance, notre guide se bat, actuellement, pour ajouter deux bandes rouges au drapeau national, au détour d’une réforme constitutionnelle déjà recalée par le Sénat. Mais Ould Abdel Aziz ne s’avoue pas vaincu. Il veut, à présent, imposer un referendum dans ce qui s’apparente à un nouveau coup d’état contre la Constitution. Juste pour agacer l’ancienne métropole qui s’est certainement sentie offusquée, lorsqu’il déclara, en Mai 2016, à Néma, que les opposants qui cherchent la bénédiction française peuvent aller se rhabiller. « Ce qui vient de France n’est pas le Saint Coran », avait-il alors péroré, un brin agacé. Et, tout récemment, lors d’un entretien sur France 24, en réponse à une question sur la décision du Quai d’Orsay de sortir, de la zone rouge,  les villes de Chinguitti et Ouadane, il s’est fendu d’une réponse très peu diplomatique : « Zone bleue, blanche ou rouge, ça ne change rien pour nous ». Comme si le tourisme, qui pourrait reprendre, à la faveur de cette décision et faire revivre ces régions, n’était pas important, en soi, pour un pays aussi pauvre que le nôtre.
Malgré ce discours, sinon va-t-en guerre, du moins je-m’en-foutiste,  notre chef d’Etat a trouvé cependant opportun d’aller dire au revoir à un président en fin de mandat et dont l’Histoire ne retiendra pas grand-chose… sinon d’avoir donné la bizarre onction française au referendum anticonstitutionnel que le général défroqué s’apprête à commettre ? « Je vous assure, mon cher cousin, que vous avez dit bizarre ! – J’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre… »
                                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 16 avril 2017

Editorial: Quel ostracisme!

La Mauritanie a célébré, le 1er Avril dernier, la Journée nationale du sport. Avec tambours et trompettes. Le président de la République, le Premier ministre et une palette de ministres, tous en tenue de sport (une fois n’est pas coutume) ont fait le déplacement du Stade olympique pour le coup d’envoi du marathon de Nouakchott. Ils ont également visité les stands des différentes fédérations sportives. Cinq  jours plus tard, c’est le monde entier qui fêtait cette fois la Journée Internationale du Sport pour la paix et le développement. Une décision prise par les Nations Unies en août 2013. La longue liste des destinataires de la lettre du secrétaire général des NU, invités à fêter  cette journée, commence d’abord par les gouvernements, donc le nôtre. Qui fête chaque semaine une journée internationale de quelque chose, du plus important au plus farfelu. Pourquoi pas celle du sport, surtout quand il est pour la paix et le développement ?
 Les deux fêtes auraient pu coïncider. Mais non ! La Mauritanie veut sa propre fête à elle. Où le Comité national olympique, dirigé, depuis nombre d’années, par un « rebelle », n’aura pas son mot à dire, contrairement à ce qui se passe dans les pays « normalement » constitués. Où le Président ne politise pas tout et ne fait pas, de la  devise « qui n’est pas avec moi est contre moi », son immuable credo.
L’ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats et le précédent président de la Communauté urbaine de Nouakchott, qui avaient le malheur d’être du « mauvais » côté, firent, en leur temps, eux aussi les frais de cet ostracisme présidentiel. Le premier organisa la Conférence internationale des barreaux de tradition juridique commune (CIB) avec la présence des plus grands avocats francophones qui foulent notre sol national pour la première fois. Le second, une grande réunion des maires francophones. Aucun officiel mauritanien n’a assisté aux cérémonies d’ouverture ou de clôture. Les délégations étrangères, malgré leur importance, ne reçurent aucun accueil officiel et les ministres de la Justice ou de l’Intérieur, qui assurent la tutelle, n’ont pas daigné leur accorder une visite de courtoisie. Quitte à écorner un peu plus l’image du pays dont la réputation n’était déjà pas des plus flatteuses. Et, pas plus tard que la semaine dernière, le président de 54 Comités nationaux olympiques d’Afrique, le général ivoirien Lassana Palenfo, s’est déplacé à Nouakchott. Il n’a pas eu plus de chance que les avocats ou les maires francophones. Le ministre des Sports, qui recevait pourtant il n’y a pas longtemps le président de la fédération de football de Madagascar, l’a superbement ignoré. Malgré une demande d’audience adressée par le CNO. Notre guide éclairé est têtu. Il n’en fait qu’à sa tête. Il n’est pas possible dans ce pays, qui se veut démocratique, d’occuper un poste même électif (président de comité olympique, bâtonnier des avocats ou maire d’une grande ville) et travailler normalement si on ne gravite pas le giron présidentiel.
Il y va du sport comme de la politique. Le bannissement y est la règle. Les opposants qui refusent de courber l’échine sont pris pour cible. Les journalistes qui essayent d’être un tantinet objectifs, exclus de tout. Les hommes d’affaires qui n’appartiennent pas au clan et veulent faire preuve d’un peu d’indépendance  subissent les foudres du fisc  et de la douane. Les notables qui n’entrent pas dans les rangs ne reçoivent plus rien de l’Etat. Qu’il est loin le discours de 2008-2009 ! Lorsqu’on nous bassinait avec cette Mauritanie nouvelle où la justice régnerait en maître, où personne ne serait exclu pour ses positions politiques, où les pauvres auraient « leur » Président qui s’occuperait de leurs problèmes à temps plein, où la gabegie et la déprédation appartiendraient au passé… On voit, huit ans plus tard, ce qu’il en est. La situation parle d’elle-même. S’il est très peu probable qu’un seul de nos ministres se soit fatigué à courir, le 1er Avril, seulement cent mètres du marathon, il est, par contre, très certain que le peuple mauritanien n’ait aucunement besoin d’une telle manifestation pour se sentir épuisé : son quotidien y pourvoit largement.
                                        EDAhmed Ould Cheikh

dimanche 9 avril 2017

Editorial: Morale Yoyo

Après avoir affirmé, solennellement, lors de l'ouverture et de la clôture du dernier dialogue, que "les propositions et recommandations requérant des modifications constitutionnelles seront soumises au plébiscite populaire par voie référendaire", Ould Abdel Aziz change, subitement, son fusil d'épaule : plus question d'une consultation populaire qui coûtera les yeux de la tête. Six milliards, selon notre nouvel Iznogoud, celui qui veut devenir Calife à la place du Calife, qui détient les cordons de la bourse et ne les délie que pour la ''bonne'' cause. Place donc au congrès du Parlement. Moins cher et moins risqué pour qui détient majorité confortable en celui-ci. L'opération de charme pour convaincre les parlementaires commence : terrains bien placés, invitations, petits services entre amis, promesses en tout genre… et, maintenant, tirez les premiers, messieurs les députés ! Comme prévu, la salve fait mouche. Reste à convaincre une trentaine de sénateurs de choisir la "bonne voie". La démarche se révèle plus périlleuse que prévu. Les papis font de la résistance et… patatras ! Rejettent, à une large majorité, les amendements constitutionnels. Coup de tonnerre dans le camp de la majorité. Qui observe, pendant plusieurs jours, un silence de cathédrale. Attendant que son chef prenne les devants. Ce qu'il fait, cinq jours plus tard, en nous offrant une nouvelle volteface : fi de l'impasse " Congrès du Parlement " ! Quoique coûteux, le referendum, désormais paré de toutes les vertus, redevient solution, que dis-je, "La" solution ! Un yoyo auquel nous a habitués notre guide éclairé dont la constance est loin d'être la vertu cardinale. Mais, au-delà de ce revirement et des justificatifs tirés par les cheveux de l'article 38 de la Constitution, c'est la morale politique qui prend un sérieux coup. Quand on choisit une voie et qu'on échoue, en prendre une autre par entêtement est tout aussi moralement condamnable que politiquement incorrect. Mais que veut dire morale dans un pays où l'on peut renverser, impunément, un président élu, nommer qui l'on veut où l'on veut, sans tenir compte d'aucun critère objectif; faire main basse sur ses richesses et fouler du pied ses lois, textes et règlements ? De quelle morale se targuer, quand on considère le texte fondamental qu'est la Constitution comme un simple bout de papier qu'on peut changer à sa guise ? Peut-on parler de morale dans un pays où il n'y en a plus, où les laudateurs et autres flagorneurs se muent en donneurs de leçons ? Que veut dire morale quand le président d'un pays pauvre et exsangue, où les salaires sont parmi les plus bas du Monde, se voit mieux payé que ses homologues de Russie, de France, d’Angleterre ou d'Allemagne, pour ne citer que ceux-ci ?
                                                                                       Ahmed Ould Cheikh
 
 

lundi 3 avril 2017

Editorial: Boutons le jusque-au-boutiste!

Cinq jours après le coup de sabot du Sénat, qui a rejeté, à une large majorité, les amendements constitutionnels proposés par le pouvoir, Ould Abdel Aziz est monté aux créneaux. Alors qu’il pouvait laisser le Premier ministre ou le président du parti-Etat réagir, après cette monumentale déculottée, il a préféré dire, lui-même, ce qu’il a sur le cœur. Visiblement décontenancé mais tentant, sans grand succès, de garder son calme, il a d’abord commencé par régler leurs comptes à ces sénateurs « traîtres » qui ont osé aller à l’encontre de ses désirs. Après l’avoir, pourtant, assuré de leur indéfectible soutien. Comme quoi, en politique… N’empêche ! Ces amendements, qui les font jaser et les feront disparaître, seront proposés, au peuple, par referendum, quitte à tordre le cou à la Constitution. Certes, l’article 38 prévoit que le président de la République peut consulter le peuple, pour « toute question d’intérêt national » mais toute modification du texte fondamental est verrouillée par les articles 99, 100 et 101. Les exégètes du Droit constitutionnel n’y peuvent rien. Mais, de cela, notre rectificateur en chef n’a cure. Il a décidé, ça se fera. Même si le peuple désapprouve, il restera droit dans ses bottes. N’est-il pas de la trempe de ceux qui ne sont « pas faits pour démissionner ou pour échouer », comme il s’est défini lui-même, lors de son show télévisé de mercredi dernier. Un qualificatif nouveau qu’il faut désormais ajouter au vocabulaire azizien, déjà assez riche en redondances, contre-vérités et propos peu amènes à l’encontre de ses opposants et contradicteurs.
Le referendum sera, donc, organisé dans quelques mois. Il faut s’y faire. Notre guide éclairé en a décidé ainsi. Avec, peut-être, moins l’objectif de faire passer « ses » amendements que de discréditer ceux de la Transition, via le déni de l’article 99… Troisième mandat, troisième mandat, quand tu nous tiens… Mais en quoi ces supputées combines nous feraient-elles sortir de l’ornière ? Régler notre crise politique ? Réduire notre endettement ? Faire baisser les prix ? Améliorer notre système éducatif ? Sortir notre santé de l’agonie ? A quoi bon jeter six milliards par la fenêtre, quand on en tant besoin ? Où est dans l’urgence, dans le changement de l’hymne national ou l’ajout de deux bandes rouges au drapeau national ? Le pays n’a-t-il pas d’autres priorités ?
Il faut galvaniser nos intellos, hommes d'affaires, banquiers, hauts cadres et hauts fonctionnaires : c'est plus urgent et payant que chercher à deviner ce qui se passe dans la tête de notre putschiste invétéré. C’est vraiment l'urgence du moment, après le vote des sénateurs et la rencontre de Son Altesse Ego 1er  avec la presse : mobiliser l'élite en « l'interpellant violemment ». N’eût été la lâcheté de notre gratin national, Ould Abdel Aziz n'aurait osé seulement envisager de tordre le cou à la Constitution. Boutons le jusque-au-boutiste ! Laissons l’homme du 8 Août à sa quête angoissée de débouchés existentiels et organisons-nous, calmement, pour le pousser méthodiquement, inexorablement dehors : le plutôt sera le mieux, pour le pays et sa stabilité.
                                                                        Ahmed Ould Cheikh

dimanche 26 mars 2017

Editorial: Tistet Aziz

Ils l’ont fait. Les sénateurs ont dit non aux amendements constitutionnels proposés par le Président et pour lesquels il n’a ménagé aucun effort. Il aura tout fait pour les faire passer : distribuer gracieusement des terrains aux parlementaires, les recevoir, ensemble puis un à un, et tous, du moins ceux de sa majorité (pardon, minorité !) lui avaient juré, main sur le cœur, que les amendements  passeraient comme lettre à la poste. Comme l’ont fait les députés qui n’avaient, eux, rien à perdre dans cette bataille : pas voués à dissolution ni gémonies, ni accusés de tous les maux, depuis le fracas d’Ould Abel Aziz, l’an dernier à Néma, beuglant que la Mauritanie pouvait bien se passer d’un sénat aussi coûteux qu’inutile. Ah, on s’en souviendra, de ce branlebas de combat ! Tous les ministres, députés, responsables de l’UPR au charbon, chacun de son couplet, à ne ménager les pauvres sénateurs interloqués, réduits à se demander à quelle sauce seraient-ils mangés. Mais, à quelques exceptions près, nos honorables ont gardé leur calme. Attendant le jour J pour ne pas rater, comme la mule du pape, l’occasion de se venger. Si bien que, depuis ce vote historique, la majorité – Président, parti et gouvernement en vrac – se trouve tête à cul dans le même sac, « out », comme disent les Anglo-saxons. Aucun des partis dits dialoguistes n’a, non plus, pipé mot.  Personne n’a encore compris ce qui s’est passé, tous à guetter la réaction d’Ould Abdel Aziz. A part un député zélé qui a écumé les radios et les télés pour se contredire, les laudateurs font profil bas, en attendant de voir de quoi sera fait demain.
En tout état de cause et d’effet, c’est à une mini-révolution qu’on a assisté, vendredi dernier. Pour la première fois, Ould Abdel Aziz à qui tout souriait, depuis sa prise de pouvoir, se retrouve dans une situation pour le moins inconfortable. Désavoué par une partie de sa propre majorité, exactement comme en 2008, lorsqu’un bataillon de députés se rebella, sous son impulsion, contre le Président Sidioca.  Qui a tué par l’épée… Persuadé que tout se passerait bien, voilà notre guide éclairé tombé des nues. Complètement groggy, il a commencé, deux jours après le coup de tonnerre, à recevoir du monde : Premier ministre, présidents de l’UPR, de la Coalition de la Majorité et des partis dialoguistes… Il ne veut pas, dit-on, prendre de décision dans la précipitation. Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura un avant et un après 17 Mars. La « rébellion » du Sénat sonne-t-elle le glas d’une majorité appelée, probablement, à nouvelles lézardes ? Les Mauritaniens ayant, tout comme la nature,  horreur du vide, il y a fort à parier qu’avec le renoncement public d’Ould Abdel Aziz à se porter candidat en 2019, tout partira en vrille. Tout comme le départ de Maaouya, en 2005, fit voler sa majorité en mille morceaux, 2019 risque d’être un tournant. Et si le non du Sénat en était déjà l’amorce ? Le point de départ d’une refondation ? Il serait très optimiste d’aller aussi vite en besogne mais quelque chose est en train de changer dans ce pays. Les citoyens en auraient donc  assez d’être traités en éternels moutons de Panurge ? Refuseraient-ils, enfin, de cautionner le pillage, à ciel ouvert, de leurs ressources ?  Puisse le Sénat être le déclencheur d’une révolution contre un système qui nous a fait tant de mal ! Et qui s’apprêtait à commettre de nouveau l’irréparable, en 2019…
Le tourmenteur de la fameuse mule du pape s’appelait Tistet Védène, s’est souvenu la mémoire populaire provençale, immortalisée par Alphonse Daudet. La nôtre, mauritanienne, ne retiendra-t-elle au final, que le souvenir de Tistet Aziz pulvérisé, un fameux vendredi 17 Mars 2017, à Nouakchott, d’un coup de sabot sénatorial si terrible, si terrible, que du fond du Majabat al Koubra, on en vit la fumée ?
                                                                                 Ahmed Ould Cheikh

lundi 20 mars 2017

Editorial: Dire le droit ou se dédire

"Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n'est pas victime! Il est complice", George Orwell
Les amendements  constitutionnels ont été approuvés, à une large majorité, par l’Assemblée nationale. Le contraire aurait d’ailleurs étonné. Une chambre d’enregistrement est élue pour avaler tout ce qu’on lui envoie. L’opération menée tambour battant, par le président de la République, à coup de terrains, de dîners et d'audiences personnelles a porté ses fruits. Les députés ont dit oui à une réforme que le peuple désapprouve, dans sa grande majorité. Sinon pourquoi notre guide éclairé a-t-il fait subitement volte-face ? Après avoir déclaré, à plusieurs reprises, que les réformes constitutionnelles seraient soumises au referendum, le voilà qui change son fusil d’épaule. Que craint-il, s’il se croit réellement populaire et s’il pense que le pays le suivra dans sa démarche ? Le coût exhorbitant du referendum ? On nous chante, pourtant et à longueur de journée, que les caisses de l’Etat sont pleines. En fait, la vérité est ailleurs. Devant un mécontentement grandissant, le pouvoir craignait une monumentale déculottée. Et la gigantesque marche de l’opposition, samedi, devrait le réconforter dans sa démarche. Il lui reste, à présent, à convaincre les sénateurs de se faire harakiri. Ce qui n’est pas gagné d’avance et, même si les « vieux» acceptent d’avaler la couleuvre, il restera un grand problème en suspens qui risque de faire capoter tout le processus. Par sa décision  001/2016, rendue le 11 Février 2016, le Conseil constitutionnel, interrogé, par le gouvernement, sur la possibilité de renouveler deux tiers du Sénat, n’a-t-il pas officiellement constaté  qu'au moment de son rendu, le  mandat de tous les sénateurs est largement  expiré ? Elus en 2007 pour six ans, deux-tiers des honorables ont en effet vu le terme de leur mandat en 2013. Celui du tiers restant, renouvelé en 2009, s’est achevé, lui, en 2015. Le juge constitutionnel  écarte donc, expressément, dans un argumentaire bien élaboré, tout moyen de droit  contraire à son constat ci-dessus,  pouvant être tiré de la loi constitutionnelle  de 2012 « maintenant en place les institutions actuelles ». Pire, le Conseil constitutionnel  met en cause – implicitement mais nécessairement – la validité des modifications constitutionnelles  ayant été « adoptées », en 2012,  par un  Parlement dont une chambre,  le Sénat, était, au moment de l'examen  desdits textes, irrégulièrement composée, le second  tiers, élu en 2007, n’ayant pas été renouvelé en 2011, comme l’exigeait la loi fondamentale. Enfin et coupant court à tout débat, le Conseil décide que le Sénat doit être renouvelé, dans son ensemble. 
Comble du paradoxe ! C'est par ce sénat invalidé, à sa demande, que le pouvoir s’attelle à modifier la Constitution sur des points majeurs  et tente, surtout, d'instaurer, en faveur du chef de l'Etat, une impunité pour les crimes qu'il aurait pu, peut ou pourrait commettre, au cours de l'exercice de son mandat. Il décide, pêle-mêle, de changer l'emblème national, supprimer le Sénat,  affaiblir des institutions nationales et faire émerger des conseils régionaux qui, tout comme les mairies, resteront des coquilles vides, l’essentiel du pouvoir trusté par l’exécutif régional. Une inquiétante situation de non-droit qui soulève des questions majeures : le refus, par le  pouvoir exécutif, de  mettre en œuvre la décision du Conseil constitutionnel ne constitue t-il pas une forfaiture ? Ne discrédite-t-il pas lourdement  le Conseil qui l’a rendue ? Quel est le sort des lois et des conventions internationales irrégulièrement adoptées ou approuvées,  par un Parlement dont le mandat est expiré ? Pourquoi une telle volte-face, entre  la date du rendu de cette décision, par le Conseil constitutionnel,  et la décision de modifier la Constitution en cours d'examen par le Parlement ?
La légalité  formelle des institutions de l'Etat  fait, désormais, défaut. Elle est, pourtant, une des conditions de base de la légitimité du pouvoir, de tout pouvoir. L’opposition a, du coup un véritable couloir devant elle. Elle n’a pas besoin de faire le moindre bruit ; simplement d’attendre, sagement, que le Congrès parlementaire approuve les amendements et déposer un recours devant le Conseil constitutionnel. Qui, fidèle à sa décision susdite, n’aura d’autre choix que d’invalider les réformes. Une bataille juridique gagnée d’avance, si l’on respecte un minimum de forme. Le Conseil constitutionnel sera placé devant un dilemme : dire le droit ou se dédire. A moins que… En Mauritanie nouvelle, on n’est jamais à l’abri d’un énième coup d’Etat contre la Loi fondamentale et ceux qui sont censés l’appliquer.
                                                                              Ahmed Ould cheikh 

dimanche 5 mars 2017

Editorial: Apprendre à se taire

Ould Abdel Aziz a parlé. Sur la TVM, Al Wataniya ou Sahel TV ? Non. Sur France 24, une chaîne publique française. Pourtant, il pouvait bien dire ce qu’il avait sur le cœur sur une des nôtres qui aurait ainsi servi, pour une fois, à quelque chose. Si l’on peut appeler cela servir à quelque chose. D’où la question récurrente : Ould Abdel Aziz s’adresse à qui ? Pourquoi, à chaque fois, qu’un de nos dirigeants veut parler, son choix se porte, immanquablement, sur des media étrangers ? Notre guide éclairé a, certes et plusieurs fois, tenté l’aventure locale mais, à chaque fois, ce fut un fiasco. Il aurait certes pu trouver un journaliste local aussi docile que celui de France 24, pas très regardant sur les questions, qui  ne le titillera pas outre mesure et évitera de rebondir, quand la réponse tarde à venir ou que le Président a du mal à choisir ses mots. Une option judicieuse puisque, devant un journaliste normal, c‘est à dire non « briefé » et un brin professionnel, l’interview allait tourner à la foire d’empoigne. Aziz n’apprécie que modérément qu’on le coupe ou contredise. Réminiscences des étoiles à ses galons, probablement.
Le décor était donc bien planté. Malgré cela, l’ex-général est apparu hésitant, très peu sûr de lui, pas du tout convaincant, sans aucune profondeur dans les analyses et le choix de ses mots. Il avait, certes, un message à faire passer et l’a fait passer. Maladroitement. En assénant, par exemple, qu’après à peine six heures passées à convaincre son ami Yaya Jammeh de quitter le pouvoir en Gambie, il était bien normal que celui-ci demandât des garanties pour sa sécurité, celle de sa famille, de ses proches et de… ses biens. Deux mots lâchés, comme ça, sans prendre garde. Ould Abdel Aziz s’est-il jamais posé la question : comment Jammeh a-t-il pu amasser, en vingt-deux ans de pouvoir, tant de « biens », une fortune aussi considérable, sur le dos d’un pays parmi les plus pauvres du monde ? Pouvait-il, Ould Abdel Aziz, aider un tyran à piller son pays, à se soustraire à la justice  et se vanter, par la suite, d’une telle « heureuse » solution ? D’autant moins heureuse, d’ailleurs, que la vérité est bel et bien ailleurs, comme le journaliste a soigneusement évité de le souligner. Au moment de la médiation mauritano-guinéenne, les troupes de la Cedeao étaient déjà entrées en Gambie, les avions nigérians survolaient la capitale et Jammeh n’allait pas tarder à être pris comme un rat, ses propres soldats ayant annoncé qu’ils ne tireraient pas une balle. Une situation qu’a bien résumée le nouveau président gambien, pour qui « le Sénégal a sauvé la démocratie et le président mauritanien, son ami ». « Heureuse » médiation dont les deux pays frères n’ont pas fini de subir les séquelles…
Autre sujet abordé par notre guide éclairé : le congrès du Parlement pour approuver les amendements constitutionnels. « C’est aux parlementaires de décider », pérorait ainsi notre savant du jour, « s’il faut passer par le congrès ou le referendum, pour les réformes constitutionnelles ». Bel effort de démocratie, dans l’absolu. Mais déjà plus relatif, trois jours plus tard, lorsque notre nouvel expert en droit constitutionnel, déclare, aux parlementaires de sa majorité qu’il a, « fortuitement », invités à dîner, « pas question d’organiser un referendum coûteux ». Lequel des Aziz croire ? Et laquelle des majorités croire, celle qui applaudit, en présence du Président ou celle qui exprime son mécontentement, à la première occasion ?
Pour la prochaine présidentielle, Aziz s’est fendu d’un « je ne serai pas candidat » (à contrecœur, s’est-il retenu d’ajouter) mais je soutiendrai quelqu’un ». Le mot est lâché. Certes il en a le droit mais, de grâce, qu’on ne nous réédite pas le coup de 2007, lorsque tous les militaires, toutes les girouettes politiques, chefferies traditionnelles, administration et autres biens de l’Etat furent mobilisés, pour barrer la route au candidat de l’Opposition ! Le pays ne peut plus se permettre une nouvelle crise, après onze ans de dérives, laisser-aller et laxisme. Il est temps, grand, grand temps de lui laisser la chance de se rénover, de fond en comble. Incapable – c’est ce qu’aura surtout prouvé cette interview – d’ouvrir les yeux sur l’étendue des dégâts cumulés par un Système injuste et moribond, le Président ne semble pas conscient de l’impérieuse nécessité de laisser, enfin, notre pays vivre sa démocratie. Sur le chemin de la sagesse du vieux singe, Aziz a déjà appris à fermer les yeux et les oreilles : espérons qu’il apprenne, à temps, à fermer sa bouche. La Mauritanie ne s’en portera que mieux.
                                                                      Ahmed ould Cheikh

dimanche 26 février 2017

Editorial: Trop, c'est trop

Les fameux dialogues de 2011 et 2016, les visitations à l’intérieur du pays, le Sommet arabe, les réformes constitutionnelles en cours, le congrès du Parlement, les remaniements périodiques, la médiation gambienne, les problèmes avec le Sénégal et le Maroc… et si tout cela était fait à dessein, pour nous distraire de l’essentiel ? La mise en coupe réglée du pays. Le sac de ses ressources. Les marchés de gré à gré et les commissions faramineuses qu’ils génèrent. Le bradage du patrimoine de l’Etat. Le morcellement de zones entières, au profit de la nomenklatura. Ne trouvez-vous pas bizarre qu’au cours des deux ou trois dernières années, les affaires douteuses ont fait florès ? Comme si une course contre la montre était engagée, pour mettre un maximum de blé de côté, pour les jours difficiles, sait-on jamais ? Si bien que le plus gros scandale ne défraie plus la chronique. Le dernier en date, celui de l’attribution de la ligne haute tension Nouakchott-Nouadhibou, à un consortium indo-saoudien, tout simplement annulée. Le groupement attributaire n’ayant pas misé sur un « bon » cheval. Le Fonds saoudien, qui finançait le projet, à des conditions très avantageuses, a jeté l’éponge. Il a refusé, systématiquement, de cautionner une magouille. Qu’importe ! L’Etat demandera, aux Indiens, de le financer, via l’Eximbank, et de choisir un nouveau représentant dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est bien introduit et héritier, pour l’occasion, d’un bon pactole. Il y en a qui sont nés sous une bonne étoile. L’affaire a fait grand bruit et contribué à discréditer le pays, auprès d’un important bailleur de fonds, mais ce n’est qu’une goutte d’eau, dans un océan de gabegie, prévarication et pillage organisé. Des exemples, en veux-tu, en voilà. La centrale duale de Nouakchott, les lampadaires solaires, le canal de Keur Macène, le barrage de Seguellil,  les écoles primaires de Nouakchott, les terrains de l’école de police, du stade et de Nouadhibou, cédés aux mêmes, les usines de farine de poisson, la concession de 25 ans à Polyhondong, le clientélisme, le népotisme et le tribalisme érigés en mode de gouvernance.
Jamais, depuis son indépendance, la  Mauritanie n’est tombée aussi bas dans la déchéance. Même au temps d’Ould Taya, qui était tout, sauf un modèle de vertu et de bonne gestion, notre pays ne connut autant de pratiques mafieuses. Plus personne ne peut prétendre à quoi que ce soit, s’il n’est membre ou adossé à un membre du clan. Et il est inimaginable de soumissionner à un marché, sur fonds publics, et le gagner proprement. Les procédures sont biaisées, rien n’échappe à la voracité ambiante. Jusqu’à quand ? Depuis le départ de Mokhtar ould Daddah, le père fondateur qui avait fait don de sa personne et de tout ce qu’on lui offrait, à un pays qu’il a porté sur les fonts baptismaux, et l’arrivée des militaires au pouvoir, on s’enfonce, de plus en plus, dans des eaux nauséabondes. L’argent public n’est plus tabou, le détournement devient la règle et l’enrichissement illicite, une source d’orgueil.
Les Français disent, à juste titre, que « bien mal acquis ne profite jamais ». Nous en avons eu de multiples preuves, avec Kadhafi, Ben Ali, Moubarak et, bien avant eux, Bokassa et Mobutu, pour ne citer qu’eux. Ils amassèrent des fortunes considérables et tout le monde sait comment ils finirent : dans les poubelles de l’Histoire. Dans un pays pauvre, incapable d’assurer un minimum de bien-être, à ses citoyens pressurés d’impôts et de taxes parmi les plus lourds du monde, il n’a pas suffi, à notre guide éclairé, d’être mieux payé que ses homologues qui dirigent de grandes puissances : près de 20.000 euros nets, par mois,  contre 18.000 euros pour Angela Merkel, 16.800 euros, pour le Premier ministre britannique ou 17.550 euros pour Jacob Zuma ; il en veut toujours plus. De quoi être dégoûté. Jusqu’à la nausée.
                                                                   Ahmed ould Cheikh

samedi 18 février 2017

Editorial: A la sénégalaise ou à la mauritanienne ?


Lorsque, le 23 Juin 2011, les députés sénégalais entreprennent l’examen du projet de loi instituant l'élection simultanée, au suffrage universel, du président et vice-président de la République, la rue s’embrase à Dakar. Devant cet énième tripatouillage de la Constitution, fixant, à 25%, le nombre de voix pour élire un « ticket présidentiel », jeunes, syndicats, opposition et société civile décident de s’unir, pour faire échec à cette tentative du président de l’époque, Abdoulaye Wade, de placer son fils Karim sur orbite. Toute la journée du jeudi, policiers et manifestants s’affrontent avec violence. Les leaders de l’opposition battent le macadam devant l’Assemblée nationale, malgré un dispositif de sécurité sans précédent. Face à un tel déferlement de citoyens mobilisés, d’un seul bloc, contre le danger, réel, pesant sur leur démocratie et contre les gesticulations d’un démocrate devenu autocrate, le projet de loi est retiré le même jour. Début de la fin pour le pouvoir de maître Wade. Il perd, quelques mois plus tard, l’élection présidentielle.

Cela s’est passé juste à côté de nous, dans un pays voisin mais, paradoxalement, à mille lieues du nôtre, lorsqu’il s’agit d’élections, de démocratie, d’opposition, de société civile, de syndicats. Où sont, présentement, cette opposition, cette société civile et ces syndicats, face au déni de démocratie que le pouvoir s’apprête à commettre, avec le recours au congrès parlementaire pour faire passer une réforme constitutionnelle ? En vertu de quoi décide-t-il de modifier la Constitution sans une large concertation ? Et pourquoi maintenant, à deux ans de la fin de l’actuel mandat présidentiel ? Pourquoi s’il y a urgence – et il n’y en pas – ne recourt-il pas au référendum, sachant, pertinemment, que le Sénat est forclos et l’Assemblée nationale ne représente pas grand-chose, puisqu’issue d’une élection boycottée par l’opposition ? En une phrase lapidaire, a-t-il le droit de changer notre drapeau et notre hymne national sans nous consulter ?
Si elle ne veut pas rater, et pour de bon, le train de l’Histoire, l’opposition doit sortir de sa torpeur. Organiser périodiquement des meetings, des marches, des conférences de presse et autres publications de communiqués, est une chose ; agir, quand il le faut, en est une autre, sans laquelle la première reste vaine. L’opposition sénégalaise a donné l’exemple. Elle est descendue dans la rue, pour obliger le pouvoir à faire machine arrière. Ses chefs étaient à la tête des manifestants, certains ont été blessés, d’autres tabassés et arrêtés. Elle a fait preuve de détermination et de courage et, lors du second tour de l’élection présidentielle, elle s’est levée, comme un seul homme, pour faire barrage au président sortant et élire son candidat. Qu’attend la nôtre pour bouger, enfin ? Le pays part à vau-l’eau, ses ressources sont bradées, sa situation économique et sociale se dégrade, de jour en jour, et le peu de démocratie pour lequel elle se bat, depuis 1991, ne sera bientôt plus qu’un triste souvenir. Or c’est bien en forgeant qu’en devient forgeron, en agissant qu’on devient acteur, en s’unissant qu’on forme une unité. Dans une communauté d’actions courageuses et décidées. Ce n’est que d’elle que naît le « pouvoir du peuple », la démocratie, donc, directe, réelle. Tout le reste n’est que vents et mirages… 
                                                                     Ahmed Ould Cheikh