dimanche 17 septembre 2017

Editorial: "L"Etat, c'est moi!''

Non content de traîner des sénateurs, des syndicalistes et des journalistes devant les tribunaux, pour des motifs fallacieux, le pouvoir, qui ne recule devant rien pour faire payer à ces « insolents » leur rejet de « ses » amendements constitutionnels et leur liberté de ton, vient de poser un nouveau pas, dans sa politique répressive tous azimuts. Un sénateur est envoyé en prison, treize autres sont placés sous contrôle judiciaire, ainsi que trois journalistes, la directrice d’un site Web et deux syndicalistes. Tout ce beau monde doit remettre ses titres de voyage, se présenter, tous les lundis matin, à la police économique, pour faire acte de présence, et ne quitter Nouakchott sous aucun prétexte. L’arbitraire à l’état « pur ».
Les sénateurs, qui appartiennent tous, bizarrement, à la majorité présidentielle et dont le chef de file n’a pas été inquiété, font les frais de l’ire présidentielle pour être sortis des rangs en refusant de se faire harakiri. Les syndicalistes et les journalistes, eux, ne sont jamais entrés dans les grâces du leader éclairé. Quel lien peut-il  y avoir, entre ces deux affaires ?  Les sénateurs rejettent les amendements constitutionnels et le pouvoir leur  cherche noise : soit, avec toutes les pincettes qu’un tel comportement anti-démocratique oblige. Mais que font les journalistes et les syndicalistes dans cette galère ? Veut-on leur faire payer d’avoir bénéficié des faveurs d’un mécène nommé Mohamed ould Bouamatou ? Si l’on s’en tient à ce raisonnement, beaucoup, et pas n’importe qui, devraient être également traînés devant la justice : la presse, les ONG, les syndicats, les politiques, tant du pouvoir que de l’opposition, les hommes d’affaires, les commerçants, les fonctionnaires… la liste n’est pas exhaustive.
Tous seront, en suivant, accusés de « corruption » et l’Etat se retrouvera rapidement décapité, si la justice suivait son cours « normal ». Mais ce serait trop lui demander d’être moins sélective. Le dossier a été préparé ailleurs, dans ses moindres détails, et il ne restait plus, à la pauvrette, qu’à le mettre en œuvre. Sinon, comment expliquer qu’on trimballât des citoyens innocents, près de vingt- quatre heures durant, à la veille, qui plus est, d’une fête religieuse majeure, entre le Parquet et un pool de juges, nuit et jour, alors qu’il n’y avait pas urgence ? Ne pouvait-on pas attendre que la fête passe ? Quel délit avaient donc commis ces gens, pour que la justice fasse preuve d’autant de célérité dans le traitement de cette affaire ?
Les avocats ne s’y sont pas trompés, en la qualifiant de « purement politique ». L’un d’eux, maître Ebetty, qui a plaidé, plus de trente-six ans, en toute sortes de litiges, dira, à juste titre, qu’il n’a jamais vu un dossier aussi vide. Il a raison, le maître : montage grossier, argumentaire tiré par les cheveux, tout ne tient qu’à son objectif, obsessionnel : mouiller un homme dont le seul tort est de s’opposer à un régime et d’utiliser les moyens dont il dispose pour le combattre. Après avoir été un de ses plus fervents soutiens. Les milliards qu’il distribuait, à tour de bras, pour la réussite du candidat Aziz en 2009, c’était quoi ? Une aumône ? Quoi d’étonnant, aujourd’hui, que sa sympathie et ses dons aillent, depuis, plutôt à ceux qui critiquent le pouvoir qu’à ceux qui le soutiennent, aveuglément ?
Alors qu’Ould Abdel Aziz s’applique, obstinément, à raréfier les sources financières de toute critique de son pouvoir, il sous-entend, par cette nouvelle affaire, que toute expression contraire à ses «propres » décisions serait systématiquement associée, sinon associable, à un financement occulte visant à déstabiliser l’Etat mauritanien. « Inconcevable », semble-t-il pérorer, « qu’un bon citoyen puisse ne pas s’incliner devant mes prestigieuses réalisations ». Et paraphrasant en conséquence le fameux Roi-Soleil : « l’Etat, c’est moi ! », Sa Boursouflure en hurle à la haute trahison. Rumination symptomatique du putschiste invétéré ou… préparation d’un nouveau coup à échéance 2019 ?
                                                                                         Ahmed ould cheikh

dimanche 10 septembre 2017

Editorial: Justice aux ordres

En Mauritanie rectifiée, donner ne se conjugue à aucun temps. Pire, c’est désormais assimilé à une  corruption insolite sans passe-droit en contrepartie. Pour avoir connu ce "dangereux" mécène qu’est Mohamed Ould Bouamatou, trois journalistes et la directrice d’un site web se sont ainsi vus traînés devant la justice. Longs interrogatoires, par la police chargée des crimes et délits financiers, sur la ligne éditoriale de leur organe de presse respectif,  les sujets évoqués, leurs liens supposés avec Ould Bouamatou et son adjoint Mohamed Ould Debagh, les aides reçues de leur part… Alors qu’ils ne sont ni accusés  (pour le moment) ni témoins dans une quelconque affaire, les journalistes, dont le ton critique vis-à-vis du pouvoir actuel dérange apparemment beaucoup, sont passés sur le gril, de longues heures durant.  Mais ils ne seront pas les seuls  à être impliqués dans cette mascarade aux relents politiques manifestes. Après Ould Ghadda, le sénateur récemment kidnappé dans un premier temps  puis placé en garde à vue, plusieurs de ses pairs et deux syndicalistes sont, à leur tour, interpellés et interrogés par la police économique. Avec toujours en ligne de mire, Ould Bouamatou. Tout ce beau monde – sauf la cible principale, toujours exilée au Maroc ou ailleurs – se retrouve au tribunal de Nouakchott, le jeudi 31 Août, au matin, pour être présenté au Parquet. Commence alors un long processus qui ne s’achèvera que le lendemain matin à 7 heures. Le procureur de Nouakchott-Ouest, qui a hérité de la patate chaude, requiert un mandat de dépôt contre Ould Ghadda, El Maalouma mint Meidah, l’icône de l’opposition et sénatrice frondeuse et le sénateur de Magta Lahjar ; des mandats d’arrêt, contre Ould Bouamatou, Ould Debagh et neuf sénateurs absents ; des placements sous contrôle judiciaire, à l’encontre des journalistes et syndicalistes. Le pool de juges, à qui le dossier est envoyé, ne suit cependant pas exactement le Parquet dans  ses réquisitions tout au moins celles qui sont écrites. Il place les deux  sénateurs présents sous contrôle judiciaire, décerne des mandats d’amener contre les sénateurs absents  mais  maintient les deux  mandats d’arrêt internationaux contre les  deux hommes d’affaires en exil. Une véritable  bouffonnerie qui, n’hésitent pas à dire des observateurs judiciaires,  démontre, si besoin est, que la justice est, plus que jamais, aux bottes d’un exécutif déterminé à l’utiliser pour régler ses propres comptes ! Instrumentalisation de la justice à des fins politiques partisanes, soutiennent avec plus de retenue les avocats de la défense. Sinon, comment expliquer qu’on puisse traîner autant de monde  avec une si grande célérité devant des juges, pour avoir seulement bénéficié de la générosité d’un homme, qui a apporté  un appui à une  presse libre encore en  construction et à des syndicats dépourvus de  ressources ? Pourquoi ne pas étendre, alors, la liste à ceux  que M. Bouamatou  a pourvu de milliards, pour financer leur campagne, de maisons (dont une, au moins, a pignon sur rue) et de voitures, reconnaissance nationale et internationale en prime? Depuis quand donner est devenu un acte  criminel ; recevoir, délictueux et licite selon le destinataire et le montant de la donation?  En tout état de cause, il ne nous a jamais été demandé en contrepartie de ce que nous avions pu recevoir de ce mécène ou d’un autre  de commettre un délit ou de porter atteinte à l’honneur  de notre profession ou  à sa dignité.
Depuis que les sénateurs ont asséné, à Ould Abdel Aziz, un coup qu’il n’est pas près d’oublier, auquel s’est ajouté un referendum catastrophique, au regard de son rejet et du peu d’enthousiasme qu’il a suscité, en cette conjoncture, fort irritante, on le convient, pour la très haute opinion qu’il a de lui-même et qu’il exige, sinon universelle, du moins nationale, le chef de l’Etat, ne sait, certes plus, où «donner » de la tête. En pointe dans le combat contre les réformes constitutionnelles, Ould Ghadda, qui a  eu l’outrecuidance d’évoquer des dossiers malodorants, fut le premier à faire les frais de l’ire présidentielle. D’autres victimes collatérales, comme les journalistes et les syndicats, ont été emportées par la bourrasque. Mais la méthode utilisée fut si grossière, le dossier si vide  qu’aucune justice se prévalant d’un minimum d’indépendance ne la qualifierait de recevable. Pourtant, tous ces gens se retrouvent sous contrôle judiciaire. Accabler les juges n’ajouterait cependant qu’une injustice à l’injustice : politique au plus haut degré, la piètre pièce a été écrite ailleurs.  Il ne leur a été demandé que d’en jouer l’acte I. D’autres suivront et seront certainement de même  nature. Philosophes, les habitués du prétoire disent que dans les dossiers judiciaires à caractère politique, les PV de police, les actes d’accusation du Procureur, les mandats du Juge d’instruction,  les décisions rendues par les juridictions de renvoi se suivent et changent seulement de dénomination.
La Mauritanie rectifiée n’en finit pas de nous surprendre. Après s’être ingénié à tarir les sources de financement de la presse indépendante, en interdisant, à toutes les structures de l’Etat, d’en souscrire abonnements ou d’y publier annonces, voici son maître d’ouvrage en train de poursuivre celle-ci, parce qu’elle a reçu le soutien d’un homme plus tout-à-fait en odeur de sainteté auprès de Sa Majesté. A tout prix. Quels qu’en soient les sacrifices. Et l’on se souviendra, en ce lendemain d’Aïd El Kébir, fête par excellence du Sacrifice, de la victime délibérément immolée par Ould Abdel Aziz : rien de moins que la justice elle-même. 
                                                                                             Ahmed Ould Cheikh

dimanche 3 septembre 2017

Editorial: De Grab en Grab

Deux semaines après avoir été kidnappé par des policiers en civil, le 10 Août dernier, alors qu’il jouissait toujours de son immunité parlementaire, le sénateur Mohamed ould Ghadda reste gardé au secret, entre la gendarmerie, la Sûreté d’Etat et la police économique. Ce n’est que sept jours après son enlèvement que son avocat a pu enfin le rencontrer. Sept jours d’angoisse pour sa famille sans nouvelle de lui. La justice non plus, alors que dans un Etat normal, c’est elle et elle seule qui peut – doit – ordonner toute arrestation.  Il aura fallu une semaine, au Parquet, pour se rappeler à nos (bons) souvenirs. Il se fend d’un communiqué, rédigé apparemment à la hâte, faisant état d’« informations documentées, sur l’implication de plusieurs personnes dans des actes de complicité et de planification, en vue de commettre de crimes transfrontaliers de grande ampleur et étrangers aux mœurs et valeurs de notre société, dans le cadre d’une structure organisée, cherchant à semer le désordre et à perturber la sécurité publique ».  Ça ne s’invente pas. Pressé de partout, le pouvoir a voulu lâcher du lest. Tentative maladroite de se rattraper et de donner l’impression d’avoir respecté la procédure. Mais à supposer que ce fut le cas, ce qui est loin d’être vrai, pourquoi attendre une semaine, avant de donner une si vague information ? De quel droit le Parquet ordonne-t-il l’arrestation d’un sénateur qui jouit de l’immunité parlementaire ? Que signifient « actes de complicité et de planification » ?  « Crimes transfrontaliers de grande ampleur » ?  Dans le communiqué, diffusé en arabe, il est fait mention de ‘’crimes de gabegie transfrontaliers’’, un délit qui ne figure nulle part dans le droit pénal mauritanien. D’où l’idée de tordre le cou au texte initial.
Quels règlements de comptes veut-on encore nous faire avaler ? Et qui sont ces gens victimes de l’ire azizienne ? Le rejet, par le Sénat, des fameux amendements du Raïs, abasourdi par une telle effronterie, et le taux catastrophique de participation au referendum décrété, en suivant, par notre guide imprudemment engagé, à titre personnel, pour une si piètre victoire (on parle d’un taux de participation réel de 23%), ont singulièrement terni l’éclat d’un pouvoir qui ne sait plus où donner de la tête. Son parti et ses ministres, avec, à leur tête, le premier d’entre eux,  lui ont fait miroiter l’idée, fausse bien évidemment, que la consultation passerait comme une lettre à la poste. Avec le résultat qu’on sait. S’ajoutent, à ce climat pesant, une situation économique plus que morose, un mécontentement populaire qui ne cesse de prendre de l’ampleur, une opposition farouche qui ne lâche rien, des affaires qui n’arrêtent plus d’éclabousser la tête de l’Etat et un sénateur teigneux qui a juré de déterrer des dossiers pas vraiment parfumés. Que faire ? Embastiller Ould Ghadda, pour le jeter en pâture à l’opinion, en espérant y faire oublier la déconvenue du referendum ? Et après ? Cela le fera-t-il taire ? Rien n’est moins sûr. Chercher d’autres boucs émissaires pour expliquer la fronde des sénateurs ? Indexer, comme au temps des pires régimes dictatoriaux, cette cinquième colonne qui « cherche à semer le désordre dans le pays » ?
Empêtré dans d’inextricables difficultés,  Maaouya avait chargé ses services secrets de goupiller, en 2003, un plan diabolique, nommé Grab 1, pour envoyer les opposants en prison. Il s’avérera, plus tard, qu’il ne s’agissait que d’un montage grossier, inventé de toutes pièces. Alors, un Grab 2 en perspective ? On sait comment le premier s’est soldé, deux ans plus tard. Aurait-on, cette fois, l’opportunité d’en finir, dans les mêmes délais mais avec beaucoup plus de citoyenneté ? Grab… uge des urnes, donc, en 2019 ?
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

samedi 19 août 2017

Editorial: N'en jetez plus, la cour est pleine

Le referendum, (anticonstitutionnel, il faut le souligner) auquel notre guide éclairé tenait tant, pour tenter de se débarrasser d’un Sénat qui risquait de contrecarrer ses (noirs) desseins, appartient désormais au passé. Mais à quel prix ? D’énormes moyens ont été déployés, des meetings organisés un peu partout, des ministres envoyés au charbon, un pays à l’arrêt pendant deux semaines, une administration territoriale au garde-à-vous, pour arriver à un taux de participation qui s’annonçait, avant gavage de divers « bons » offices et le douteux concours de la CENI, rachitique. Dans les grandes villes, la désaffection des bureaux de vote fut manifeste. Une victoire tant entachée d’irrégularités, que les vainqueurs ne l’ont que peu ou prou fêté. Triomphe bien modeste, pour une fois. Le communiqué sanctionnant le conseil des ministres suivant n’a pas lâché un seul mot sur la consultation. Contrairement aux usages, on n’a félicité ni la population, ni les organisateurs, ni les forces armées et de sécurité qui ont « permis le bon déroulement du scrutin ». Le Président, dit-on, serait fort mécontent de son gouvernement, de son parti, de son staff de campagne et de « ses » hommes d’affaires qui n’ont pas mis la main à la poche. Bref, l’atmosphère, au Palais gris, tourne, ces temps-ci, au délétère. Et, pour corser le tout, l’homme des mois d’Août n’a pas trouvé mieux que de kidnapper et jeter, encore une fois en prison, le sénateur Ould Ghadda, alors que celui-ci est encore couvert par son immunité parlementaire, le Conseil constitutionnel n’ayant toujours pas proclamé les résultats du référendum. Et même s’il le faisait, cela ne changera pas grand chose. Bien avant le referendum azizien, le pouvoir considérait que le Sénat n’existait plus. Ni le premier ministre, ni quatre membres de son gouvernement n’ont daigné répondre à ses convocations. Mais pour nombre de citoyens, pour l’opposition, pour les démocrates, le sénat restera toujours la chambre haute du parlement qui s’est levé un jour pour dire  Non à la violation de la Constitution.
 Dans sa guerre sans merci contre le pouvoir, Ould Ghadda vient de démonter, grâce au témoignage d’un sous-officier présent au moment des faits, la version officielle de la « balle amie » de Tweyla, et a promis de dévoiler les dessous de l’affaire Senoussi. Il est devenu plus que gênant. Tout comme certains opposants à qui le pouvoir s’apprêterait à intenter un procès au pénal.
Le climat serait-il donc au politico-policier ? Ministre de la justice et président de la Cour suprême, sous la supervision directe d’Aziz, sont sommés de nettoyer les boubous de l’Etat. Ils ont en effet du pain sur la planche : Ghanagate (où l’inamovible Coumba Bâ est empêtrée) ; rançon de Senoussi ; argent de Khadafi ; monnayage de positions diplomatiques (un jour avec l’Iran et le Soudan, un autre avec le Qatar, une nuit avec la Saoudie, une attaque en règle contre l’Europe) ; Polyhondong exonéré de taxes et de rapatriement de devises, pendant 25 ans ; 7 milliards de dollars de la SNIM 2010-14 partis en fumée ; minerais bradés ; écoles, stades et ancien aéroport vendus à des privés triés sur le volet ; ATTM et ENER croulant sous la mauvaise gestion ; dette du pays propulsée à plus de cinq milliards de dollars ; centrales électriques ; avions de la MAI ; l’usine de montage des avions qui n’a jamais vu le jour malgré le déblocage de sommes faramineuses ; terres du fleuve, droits de douanes compromis ; fausses quittances du Trésor ; marchés de gré à gré et cession  monnayée d'une partie du territoire : les armoires du pouvoir sont emplies de cadavres… Et il n’est pas du tout certain qu’en s’en prenant à ceux qui n’en supportent plus l’odeur, on élimine celle-ci. Bien au contraire. Le peuple mauritanien s’est certes habitué, en quarante années de développement militarisé, à toutes sortes de pestilences. Mais les estomacs les plus rustiques finissent, tôt ou tard, par se révulser. N’en jetez plus, général, la cour est pleine…
                                                      Ahmed Ould Cheikh

dimanche 13 août 2017

Editorial: 53% d’honneur : à emporter ou à consommer sur place ?

Ould Abdel Aziz a finalement (dés)organisé « son » referendum. Après le coup de sabot lancé, aux amendements constitutionnels, par le Sénat, les renvoyant, sans autre forme de procès, à leur expéditeur, notre guide éclairé tenait à cette consultation populaire,  pour « laver son honneur » terni par une bande de « corrompus », comme il se plaisait à appeler les honorables de la Chambre haute. Malgré son caractère anticonstitutionnel (l’article 38 qui lui sert de base juridique ne peut être invoqué, s’il s’agit de toucher la loi fondamentale de notre République), son coût (on parle de six milliards) et la levée de boucliers qu’il a suscitée dans la rue, le referendum a été bâclé, samedi dernier 5 Août. Août ? Tiens, tiens… Le choix n’est pas aussi fortuit que cela. Après les coups d’Etat du 6… Août 2008 et 3… Août 2005, contre des présidents, nous avons, désormais, celui du 5… Août 2017, contre le pays, sa Constitution et ses symboles. Jamais deux sans trois. Dans une atmosphère de fraude sans précédent, qui rappelle, étrangement, les premiers balbutiements de notre « démocratie militaire », lorsque le bourrage des urnes était la règle d’une administration juge et partie. Elle a été, cette fois encore, mise à contribution, après avoir été reléguée aux oubliettes, lors des consultations précédentes. Chaque hakem a, en effet, reçu la rondelette somme de 17 millions d’ouguiyas pour « organiser » le scrutin comme il se doit. Et ils ne se sont pas fait prier pour faire du « bon » boulot. C’étaient eux, en fait, les véritables directeurs de campagne. À tourner et retourner, sensibiliser sur la nécessité – que dis-je, l’obligation ! – d’un oui massif, à défaut d’être franc, promettre et menacer, même, ceux qui n’étaient pas « chauds ». L’essentiel était d’obtenir le meilleur score possible. Il faut dire que l’absence des représentants de l’opposition, dans les bureaux de vote, leur a grandement facilité la tâche. On a vu des bureaux voter oui à 100% d’inscrits, des absents et des morts accomplir leur devoir civique, des votes multiples, voire multi-multiples, des enfants voter comme des grands et des votants plus nombreux que les inscrits. Parallèlement, on a vu des villes « mortes » et des bureaux de vote déserts. Un hiatus énorme, entre les agglomérations urbaines – là où y a le plus de votants, où le degré d’éveil est important et dont les habitants ont dit non aux amendements – et certaines localités de l’intérieur où les notabilités ont encore leur mot à dire. Dès les premières heures de la matinée de samedi, on s’est rendu compte que le taux de participation, dans les grandes villes, serait, sinon catastrophique, du moins très bas. Et la tendance ne s’est inversée à aucun moment de la journée. Si bien qu’à Nouakchott, on évoquait un taux qui ne pouvait guère dépasser les 10%. Grosse panique dans les rangs de la majorité. Mais où est donc passée la marée humaine qui accueillit Ould Abdel Aziz, lors de son « super méga-meeting » de clôture de la campagne ? N’étaient-ils là que parce qu’ils étaient obligés ? La ferveur du jeudi soir a rapidement cédé à l’abattement. La fête organisée, à grands frais, au Palais des congrès, pour fêter la victoire, a fini en queue de poisson. Ould Abdel Aziz s’est retiré bien avant la fin du show, énervé, dit-on, par la faible mobilisation des électeurs et le rendement plus que médiocre de certains directeurs de campagne qui l’ont, aurait-il dit, « roulé dans la farine ». L’arroseur arrosé…
La balle était à présent dans le camp de la commission électorale. Allait-elle proclamer les résultats véritables, au risque de fâcher ? Ou prendre ses aises avec les chiffres, pour les rendre plus « présentables » ? Tout au long de la journée de dimanche, on évoquait de profondes divergences, entre ses membres dont plusieurs auraient refusé de tripatouiller les calculs. Il n’en était rien, puisqu’à 22 heures sonnantes, son président annonce un taux de participation de… 53%. Logique, s’il parlait du… Sénégal voisin qui vient d’organiser des élections législatives. Mais, en Mauritanie, au seul vu du déroulement du scrutin et malgré la fraude, il est impossible que ce chiffre atteigne de telles proportions. Ah, vieillesse ennemie, se lamentera donc le plus propre des sept «metteurs en CENI » de cette triste mascarade, que n’ai-je donc vécu que pour cette infamie ? Le vieux peut en effet se lamenter. Entendez-vous glousser les rires, partout dans nos villes ? Hé, m’sieur l’président, vos 53% d’honneur, c’est pour emporter au Palais ou vous consommez sur place ?
                                                                                            Ahmed Ould Cheikh

lundi 7 août 2017

Editorial: La fatwa de Trump

Au Pakistan (pas en Mauritanie, qu’à Dieu ne plaise !), la Cour suprême a décidé, vendredi dernier, de destituer le Premier ministre, Nawaz Sharif, pour corruption, après la publication, au printemps 2016, de documents du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, démontrant que ses enfants détenaient des sociétés et des biens immobiliers, par l’intermédiaire de holdings offshore. Une commission d’enquête, nommée par la Cour Suprême, avait constaté une « importante disparité », entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie. La fortune de Nawaz a, en effet, connu une « hausse exorbitante », entre 1985 et 1993, soit lors de ses premières années au pouvoir. Sa fille Maryam est également propriétaire de luxueux appartements londoniens.
La ressemblance avec la Mauritanie est frappante. La fuite programmée des enregistrements Whatsapp attribués au sénateur Mohamed ould Ghadda et la contre-attaque fulgurante qui s’en est suivie, dans les media, ont étalé, au grand jour, le problème de la fortune de notre Nawaz Sharif national, qui a connu, elle aussi, une « hausse exorbitante », forte de luxueux appartements parisiens, si l’on en croit le leader de la fronde sénatoriale. Ould Ghadda a cité, entre autres, les marchés de gré à gré (qui ont généré d’énormes commissions), les immeubles, les sociétés, les terrains et deux appartements très bien situés à Paris. Et  il faut  s’attendre, dans les jours qui suivent, à ce que la liste de ses biens, ceux de sa famille  et de ses prête-noms à l’étranger (comptes bancaires et biens immobiliers notamment) s’allonge dangereusement.
Il n’en faut pas plus pour que les internautes s’emparent de la question. Un de ces appartements, celui de la rue Lauriston (dans le 16ème arrondissement, le plus chic de Paris, non loin du siège de la Gestapo française), propriété de l’une de ses filles, est aussitôt déniché. Sa photo fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Malheureusement, nous n’avons, en Mauritanie, ni justice indépendante, ni Cour suprême autonome mais une démocratie de façade, des institutions de pacotille et une fâcheuse tendance à s’engraisser sur le dos de la bête. Sinon, comment le Président pourrait-il s’abstenir de déclarer, comme la loi l’y oblige, son patrimoine ? Pourquoi les déclarations d’une extrême gravité d’Ould Ghadda n’ont suscité aucune réaction officielle ? Si, comme on veut nous le faire croire, le judiciaire n’est pas aux ordres de l’exécutif, pourquoi un juge ne s’autosaisit-il pas  et ordonne une enquête, pour séparer le bon grain de l’ivraie ? Il n’est en rien logique, dans un pays « normal », qu’un président accusé de telles turpitudes reste de marbre. Comment, dans ces conditions, peut-on demander, à l’opposition, de respecter la loi, si le premier responsable, celui qui doit veiller à son application, la transgresse ouvertement ? Au rythme où vont les choses, quand la parentèle du chef se permet de tirer, à balles réelles, sur des citoyens ou de gifler des hommes de loi impunément, plus personne ne respectera rien dans ce pays.
Donald Trump a vu juste,  pour une fois, en déclarant, récemment, qu’il n’y a pas de raccourci vers la maturité et que les dirigeants africains changent les constitutions, en leur faveur, pour demeurer président à vie. Des propos qui sonnent, pour nous, comme une prémonition. Avec les amendements constitutionnels en cours d’accouchement, il est fort à craindre qu’Ould Abdel Aziz se donne les coudées franches, pour s’attaquer au verrou qui hante ses nuits, celui de la limitation des mandats. Franches, c’est tout de même beaucoup dire. Car, franchement, c’est sans aucune vergogne qu’il tend, désormais, à dévoiler sa roublardise…
                                                                           Ahmed ould cheikh 

samedi 29 juillet 2017

Editorial: Etat voyeur, Etat voyou

Depuis quelques jours, une nouvelle affaire, dite des « enregistrements Whats’app » attribués au sénateur Mohamed ould Ghadda, affaire aux relents de film de série B, ne cesse de défrayer la chronique, malgré l’actualité de la campagne référendaire, lancée par Ould Abdel Aziz himself. Le sénateur, farouche opposant au pouvoir en place et dont les téléphones avaient été confisqués, en Mai dernier, par la gendarmerie de Rosso, après un accident de voiture, a vu ses discussions étalées au grand jour. Les services de renseignements ont pris leur temps pour tripoter lesdits téléphones et en extraire des conversations où l’homme évoque, surtout, la fronde au Sénat et le rejet des amendements constitutionnels par cette haute chambre du Parlement. Rien que du très banal, pour un homme politique, engagé à fond dans une cause, qui affûte ses armes, mobilise les soutiens et cherche à rallier un maximum d’adhérents à sa cause. Qu’y a-t-il de mal à récolter des fonds pour soutenir des collègues, appuyer des partis d’opposition ou venir en aide à un(e) collègue, dans des circonstances déterminées ? Naguère général et pourtant alors soumis, lui, à une obligation de réserve, Ould Abdel Aziz ne suscita-t-il pas lui-même et soutint (en faisant appel à d’autres) un bataillon de parlementaires, pour mener la vie dure au seul président démocratiquement élu de notre histoire républicaine ? D’où obtint-il des fonds, pour maintenir la cohésion de sa troupe politicienne ? Peut-il reprocher, à quiconque, d’utiliser les armes dont il usa lui-même ? A la guerre, comme à la guerre…
Distillée au compte-gouttes, la publication de ces enregistrements, qui n’apportent rien de nouveau sur le fond, sauf, peut-être, qu’Ould Ghadda a joué un rôle-clé, dans le rejet, par le Sénat, des amendements constitutionnels, vise, en fait, un double objectif : occuper l’opinion et lui démontrer que les motivations des sénateurs n’étaient pas aussi désintéressées qu’ils l’ont affirmé. Mais la médaille a son revers. En violant le secret des correspondances, le pouvoir se met dans une inconfortable position. Cette Constitution qu’il veut amender et pour laquelle il mobilise les ministres, les hauts fonctionnaires, l’Administration, l’Armée et tous les moyens de l’Etat, ne stipule-t-elle pas, en son article 13 que « l’honneur et la vie privée du citoyen, l’inviolabilité de la personne humaine, de son domicile et de sa correspondance, sont garanties par l’Etat » ? A quoi sert une Constitution si, à la première occasion, on la piétine, en étalant, de surcroît, son forfait sur la place publique ? A quoi servent les lois, si ceux-là mêmes qui sont censés les faire appliquer, les violent impunément ? Qu’appelle-t-on un Etat qui saccage, au lieu de la  garantir, l’inviolabilité de la personne, de son domicile et de sa correspondance et ne s’en cache pas ? Un Etat-voyou, tout simplement. Qui ne recule devant rien, pour traîner ses opposants dans la boue, divulguer leurs correspondances et chercher le moindre prétexte pour les embastiller.
                                                                                           Ahmed Ould Cheikh

lundi 24 juillet 2017

Editorial: Amendements spirituels

Après le premier des ministres à l’Est, en Assaba et au Brakna, où il a tenu des meetings en faveur des amendements constitutionnels, c’est au tour du président de l’UPR – le parti-Etat, version PRDS, l’argent et les foules en moins – de prendre son bâton de pèlerin pour sillonner le Trarza, de long en large. Tout sourire, Ould Maham, accueilli, comme un chef d’Etat, à l’entrée des cités, ne boudait apparemment pas son plaisir.
Il passe en revue les cadres, accourus de Nouakchott, les notables et ceux qui le sont moins, en se délectant d’être à la tête d’un parti visiblement aussi populaire que ceux qui l’ont précédé. Et qui, pourtant, volèrent tous en éclats, à la première bourrasque emportant leur tête « pensante »…  Mais foin de mauvais augures ! Pour l’heure, le président de l’UPR veut profiter de l’instant présent. Cette foule qui l’acclame, ce micro qu’on lui tend, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, ce n’est pas donné à tout le monde.
Et le voilà, emporté par son élan, à faire preuve d’une mémoire étonnamment sélective : « Le Trarza, cette région qui a donné, au pays, tant d’oulémas et de savants, dont le rayonnement a dépassé nos frontières... ». Mais pas un mot sur l’émirat séculaire, la résistance à la colonisation, les dizaines de martyrs… Les traits rouges au drapeau pour lesquels il fait campagne ne sont-ils pas un hommage à cette même résistance ? Ne lui faisons pas porter le chapeau. Ould Maham n’est que la voix de son maître qui n’apprécie pas, particulièrement, cette région, du moins en certaines de ses composantes. Et il ne s’en cache pas.
Alors pourquoi le Trarza, alors qu’il n’a encore visité aucune autre ville de l’intérieur, pas même les chefs-lieux de région ? Qu’a-t-elle de plus que les autres pour expliquer ce putatif engouement envers les amendements constitutionnels ? Que lui vaut cet honneur ? Des ministères à la pelle, comme lors d’un passé récent ? Des secrétariats généraux de ministères, des directions d’établissements publics ou des ambassades ? Jamais, en effet, cette région n’a été aussi marginalisée et ses symboles si peu considérés.
Mais elle n’est pas la seule. Comme le reste du pays, le Trarza souffre d’un profond mal-être. Ses élites, qui refusent de s’abaisser à la flagornerie et au « lèche-bottisme », sont exclues. La seule route qui la relie au monde, et qui date des années 60, a été volontairement sabotée, au moment où d’autres, dont l’impact est quasi-nul, sont construites aux frais du contribuable. Les « grandioses » projets qu’on y lance, ne lui sont pas destinés. Ils servent, plutôt, à enrichir des intermédiaires à la moralité douteuse. Et s’il s’agissait, de surcroît, de la dépouiller d’une partie de son histoire, il n’y avait qu’un pas qu’Ould Maham a allègrement franchi à Rosso. Avant d’en franchir un autre,  beaucoup plus grave,  à Boutilimitt, en déclarant qu’Ould Abdel Aziz « a nourri ce peuple à sa faim et l’a protégé de la peur » (sic !), comme le fit Allah envers les Qoraichites. Révisionnisme et associationnisme en guise d’amendements spirituels ? L’appétit, il est vrai, vient en mangeant…
                                                                             Ahmed Ould Cheikh

lundi 17 juillet 2017

Editorial: ...Et la caravane passe

Troisième mandat ! Le mot qu’on croyait tabou est lâché et pas par n’importe qui. Par le premier des ministres en personne, lors d’un meeting à Bouratt, au milieu de ce qu’on a coutume d’appeler le Triangle de la pauvreté. Pourtant, on pensait que le débat était clos, depuis l’allocution prononcée, par Ould Abdel Aziz, en Octobre dernier,  lors de la cérémonie de clôture du dialogue organisé avec une partie de l’opposition. Notre guide éclairé avait alors déclaré, solennellement, qu’il n’était pas question, pour lui, de toucher les articles limitant le mandat présidentiel et qu’il plaçait l’intérêt du pays au-dessus du sien. Si la déclaration allait de soi, puisque les articles en question étaient verrouillés, ça irait « encore mieux en le disant », pour paraphraser Charles Maurice. Qu’est-ce qui a changé entretemps, pour que l’appétit revienne aussi vite ? En fait, très peu d’observateurs pensaient qu’Ould Abdel Aziz était sincère, dans son affiche respectueuse d’une Constitution qu’il a foulée du pied, allègrement et à plusieurs reprises, mais le contexte n’était pas favorable à une annonce qui risquait d’avoir des conséquences désastreuses pour son pouvoir. Il a donc joué « balle à terre », comme disent les footballeurs, en attendant que l’idée mûrisse et que l’occase de s’en délecter se présente. Un premier essai s’est révélé pourtant calamiteux, avec le refus des sénateurs de voter les amendements constitutionnels qui supprimaient leur Chambre parlementaire et lui permettraient d’avoir les coudées franches, pour passer toute modification à sa convenance,  par une assemblée nationale toute à sa botte. Une déconvenue qui chamboulait tous ses plans et qu’il a très mal prise. Il ne lui restait plus qu’à s’obliger, contraint et forcé, à un incertain referendum, anticonstitutionnel, de surcroît, puisque le refus des sénateurs en interdisait même le recours, selon le titre IX de notre loi fondamentale. Branlebas de combat et report, pour la troisième fois, de la date de clôture du recensement électoral, au constat de ce que ledit referendum n’intéressait personne. Des généraux, des ministres et des hauts fonctionnaires envoyés au charbon, pour sensibiliser les leurs. Un président de la République qui multiplie les audiences, parfois avec des sous-fifres incapables de mobiliser leur propre famille. Celui de l’UPR qui sillonne le pays, pour dire que la Mauritanie a encore besoin  de « son » président, pour parachever l’œuvre de construction nationale entamée en 2008. Et, last but no least, le Premier ministre qui lâche, enfin, le morceau. Après avoir déclaré, à Tintane, que le système en place ne quitterait pas le pouvoir en 2019, le revoilà qui précise son idée : Ould Abdel Aziz fera bien  un troisième mandat. Le parjure ne faisant apparemment pas partie de son vocabulaire, Ould Hademine fait fi du serment prêté, par son mentor, de l’inviolabilité des articles sur le mandat présidentiel et du danger que fait peser, sur le pays, une énième violation de la Constitution. Mais ne lui faisons pas porter un chapeau plus gros que sa tête. Il fut toujours fidèle exécutant. C’est ce qui explique sans doute sa longévité, sans le moindre état d’âme, au service d’un pouvoir qui en est encore moins pourvu. Ce qui ne les disculpe, ni l’un ni l’autre. Il arrivera bien un jour où il faut rendre compte et se cacher derrière le sacro-saint principe de l’obéissance aux ordres venus « d’en haut » ne prémunira pas l’auteur de tout acte contraire aux lois et textes en vigueur.
Mais, avant d’en arriver là, il faut sonner le tocsin. L’opposition, la société civile, les démocrates et les partenaires étrangers doivent coordonner leurs efforts, pour faire échec à cette nouvelle forfaiture en gestation. Nous ne sommes certes pas de ceux qui crient « Aux armes, citoyens ! » mais nous voilà debout avec tous ceux qui croient en la souveraineté du peuple, bien au-dessus de ceux qui ne s’emploient qu’à l’abuser. Les propos d’Ould Hademine sont volontairement provocants. Ils ne traduisent que l’aboi d’un pouvoir en mal-être.  Lève-toi donc, peuple mauritanien, et que ta caravane passe, majestueuse, au pas tranquille de tes chameaux !
                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 9 juillet 2017

Editorial: Défaillances systématisées


Les Nouakchottois, du moins ceux qui habitent le quartier huppé de Tevragh Zeïna, ont été surpris, la nuit suivant la fête, par un promeneur un peu particulier.  A bord d’un bolide (de ceux que le Qatar avait gracieusement offerts, à notre pays, à l’occasion du Sommet arabe !), Ould Abdel Aziz longeait les rues, ce soir-là, accompagné de sa douce moitié, particulièrement celles de ce quartier chic (n’exagérons rien). Echangeant saluts avec les rares personnes qui croient encore aux vertus de la Rectification, il s’est arrêté aux feux, comme tout bon citoyen. Et, dans un accès subit de générosité, a même offert un billet de 5000 UM à un mendiant. La scène a été filmée et a fait le tour des réseaux sociaux. Ses soutiens y ont vu un président « humain, normal, sensible à la détresse de ses concitoyens ». Il n’y a pourtant pas de quoi se vanter. S’il avait réalisé le quart de ce qu’il nous avait promis, il n’aurait pas vu un seul homme ou femme se départir de tout orgueil, pour un billet de banque sans lequel ses enfants périraient de faim. S’il n’avait pas renvoyé Pizzorno, pour un problème personnel, et attribué le ramassage des ordures à des sociétés fictives, pour des raisons politiques, Nouakchott ne croulerait pas sous les ordures. A-t-il vu, de ses propres yeux, le laisser-aller, érigé en mode de gestion de cette vitrine que doit être la capitale ? A-t-il vu les étals sur les trottoirs et la chaussée, ne laissant, aux automobilistes, qu’un filet de route pour s’y faufiler?  Pourquoi n’a-t-il pas réagi alors ?
Il est vrai que Nouakchott est à l’image du pays : mal géré, sale et désorganisé. Si nos ressources naturelles étaient bien gérées, la pauvreté et le chômage auraient disparu depuis longtemps. N’est-il pas symptomatique que le dernier rapport du National ressource Gouvernance Institute (NRGI), mesurant l’indice de gouvernance des ressources naturelles dans 81 pays, classe la Mauritanie dans la catégorie des Etats dont la gouvernance est qualifiée de « défaillante », au même titre que le Zimbabwe ou l’Erythrée ? Où sont passées les dividendes du fer, de l’or, du cuivre et du poisson ? Où sont partis les 4 milliards de dollars que nous avons contractés auprès des bailleurs de fonds ?  S’il avait accordé les mêmes chances à tout le monde, s’il n’avait pas banni certains et mis un embargo sur leurs sociétés, le chômage n’aurait pas atteint de telles proportions. Si tout l’argent qu’on reçoit était réellement destiné au développement, le pays serait doté d’infrastructures dignes du nom. Si la planification avait droit de cité, on n’aurait pas besoin de démolir nos routes, pour les refaire à nouveau. Si, dès son arrivée, il y a 9 ans, il avait accordé un tout petit peu d’importance à l’enseignement, la « génération Aziz » serait, maintenant, au collège et sortirait ainsi d’un îlot de médiocrité. Si, en son temps, l’esprit mercantiliste n’avait pas pris le dessus, toutes les façades des maisons ne seraient pas transformées en boutiques et les écoles vendues pour devenir des marchés.  Rectification, en langage azizien, est bel est bien synonyme de systématisation des défaillances.
                                                                                   Ahmed Ould Cheikh

samedi 24 juin 2017

Editorial: Honni soit qui mal y pense!

Il a renversé un président civil, tenu son pays en laisse pendant plus de vingt ans, pillé ses maigres ressources, avec la complicité de son épouse et de son entourage, organisé des élections pour les gagner haut la main, avant d’être obligé de céder le pouvoir, après avoir reconnu sa défaite, lors de la seule élection où il y eut un semblant de transparence. Il, vous l’avez sans doute reconnu, c’est Yaya Jammeh, le fantasque dictateur gambien qui, comme tout bon militaire, s’est accroché, jusqu’au bout, à son pouvoir, avant de le lâcher, lorsque les bruits d’autres bottes atteignirent les portes de Banjul. Défait par un candidat qui n’était ni le principal leader de l’opposition (qui se trouvait, à ce moment, en prison), encore moins une lumière, Jammeh est en train de connaitre les affres de l’exil et, bientôt, de la solitude.
Sa fortune en Gambie a été saisie par les nouvelles autorités. Quatre-vingt-six comptes bancaires et cent trente-et-un biens immobiliers et autres entreprises sont venus renflouer un Trésor public que sa gestion calamiteuse avait rendu exsangue. Dernier épisode en date, dans cette descente aux enfers : sa femme Zeynab vient de demander le divorce. Sentant l’étau se resserrer autour d’elle, celle que les Gambiens appelaient la « pilleuse d’or » ou la « diablesse a préféré jeter l’éponge. Elle en a apparemment assez des frasques de celui qui sera bientôt son ex-mari. N’ayant plus le pouvoir, il n’a plus, comme tous les dictateurs de son acabit, aucun attrait.
Un belle leçon de vie pour ceux qui ont démis et renversé des présidents, s’incrustent au pouvoir, en font leur chasse gardée, méprisent leur opposition, organisent des élections entachées de fraude, piétinent le texte fondamental et les lois de leur république, comme bon leur semble, confondent biens publics et propriétés privées, font, de l’attribution des marchés de gré à gré au profit de leur clan, leur sport favori, négocient comme s’ils étaient des hommes d’affaires, construisent hôtels et marchés, prennent des participations dans les banques et les sociétés, au vu et au su de tout le monde ; bref, s’enrichissent ostensiblement, alors que l’écrasante majorité ploie sous le fardeau d’une vie de plus en plus impitoyable. Pensant, à tort, que ce qui est arrivé à Jammeh n’arrive qu’aux autres, ils dorment sur leurs lauriers, jusqu’au jour où tout s’écroule sur leur tête, comme un château de cartes. Ni l’armée, ni les forteresses, ni, encore moins, la fortune amassée avec boulimie ne peuvent alors endiguer le flot. Quand la roue de l’Histoire tourne, elle écrase tout son passage. Kadhafi, Moubarak, Ben Ali, Compaoré et, plus récemment, Jammeh, en savent quelque chose.
Toute ressemblance avec notre pays est évidemment fortuite. Depuis 2008, la Mauritanie est devenue un paradis sur terre. Sa démocratie marche à merveille et son Président, très peu intéressé par les biens matériels de ce bas-monde, n’a d’autre souci que le bien-être de ses concitoyens. Il fera ses deux mandats et se retirera en douceur. Les amendements constitutionnels qu’il propose ne sont destinés qu’à corriger des imperfections. Et honni soit qui mal y pense !
                                                                                           Ahmed ould Cheikh

dimanche 18 juin 2017

Editorial: Ecrire l'Histoire

Dans une précipitation pour le moins douteuse, la Mauritanie a décidé, subitement la semaine dernière, de rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar, celui qu’elle appelait, il y a peu encore,  un  « pays frère et ami ». Savez-vous pourquoi ? Ce « pays frère et ami » nous a-t-il agressé ? A-t-il financé une rébellion ou un mouvement armé pour nous déstabiliser ? Un de ses dirigeants nous a-t-il attaqués verbalement ? Al Jazeera, qu’il finance, a-t-elle mené campagne contre nous ? A-t-il été le premier à  rompre nos relations, pour qu’on fasse jouer la réciprocité ? Que nenni ! Nous l’avons fait, tout simplement, parce que l’Arabie saoudite nous a demandé de la suivre, dans une escalade dangereuse pour la stabilité de cette région du monde. Nous avons, du coup, mis le doigt dans un engrenage dont les conséquences nous échappent, un jeu de grands où nous n’avons rien à faire, une querelle de leadership où nous n’avons rien à voir. Si l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn accusent le Qatar de chercher à normaliser ses relations avec l’Iran, de financer le terrorisme (le Hamas devient, du coup, une organisation terroriste) et de chercher à déstabiliser le monde arabe, par la voix d’Al Jazeera, de quoi se mêle la Mauritanie ? Notre guide, sûrement pas éclairé cette fois, obéit, au doigt et à l’œil désormais, au royaume wahhabite et ne s’est  pas fait prier pour rompre avec le Qatar, dont l’émir, accueilli, en grandes pompes, l’été dernier, pour le Sommet arabe, n’était pas aussi infréquentable que ça. Il avait tenu à rehausser ce Sommet de sa présence, contrairement à d’autres derrière lesquels on court à présent.
N’était-il pas plus juste et sage de marquer un temps d’arrêt, avant de prendre une décision aussi radicale ? De petits pays plus pauvres que nous, la Somalie et l’Erythrée, sollicités par l’Arabie saoudite et les Emirats, pour rompre avec le Qatar, contre un pont d’or, ont poliment décliné l’offre. Les deux Etats ont exprimé leur inquiétude, devant une situation qui divise, un peu plus, le monde arabe. Ils ont demandé, à ces Etats frères, de  privilégier la voie du dialogue et de la concertation, pour régler le différend. Le Maroc, allié stratégique de l’Arabie saoudite qui y investit des milliards de dollars, ne devrait, normalement, rien lui refuser. Il a pourtant décidé de « ne pas verser dans les déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences », selon un communiqué de son ministère des Affaires étrangères. Une position pleine de bon sens qui aurait dû être adoptée par tout Etat doté d’un peu de… bon sens.
Il est vraiment loin le temps où notre diplomatie, sous la férule de feus Mokhtar ould Daddah et Hamdi ould Mouknass, réussissait à exclure Israël de l’Afrique, jouait les intermédiaires, entre l’Egypte de Nasser et la Chine, faisait réunir le Conseil de sécurité à Addis Abéba, pour discuter du problème de l’Apartheid. Mokhtar, symbole du désintéressement, n’avait qu’une seule chose en ligne de mire : l’intérêt de son pays et sa grandeur. Et il a réussi, au-delà de toute espérance, sans jamais négocier ou vendre une position qui allait porter préjudice à un pays auquel il a fait don de sa personne.
Que retiendra l’Histoire du règne azizien ? Les coups de tête et les fanfaronnades ou les coups bas et les trahisons ? Chacun écrit, certes, l’histoire qu’il peut. Mais quand on s’est hissé à la prétention d’écrire celle d’une nation, il faut, pour atteindre à la majuscule – celle de l’Histoire – une réelle élévation de cœur, d’intelligence et d’esprit ou, du moins, la volonté d’y parvenir. Ould Abdel Aziz a-t-il seulement celle-ci ?
                                                                          Ahmed Ould Cheikh

lundi 12 juin 2017

Editorial: Avis de coup de vent

Coup de tonnerre ! Lundi dernier, 29 Mai, la nouvelle tombe, très tôt le matin ; un mini-remaniement du gouvernement vient d’être opéré. Un seul fait majeur: le départ de Moulaye ould Mohamed Lagdhaf, ministre secrétaire général de  la Présidence. Celui qui fut, pendant près de six ans, Premier ministre et qu’on considérait proche parmi les plus proches du général-président a été débarqué aux premières heures de la matinée, juste avant le Conseil des ministres, comme s’il était surtout question d’éviter qu’il y participât. Cité parmi les probables dauphins du guide illuminé qu’il accompagna dans les moments difficiles, lorsque la Rectification en était encore à ses premiers balbutiements, il était considéré comme une colombe, comparé au Premier ministre et au président de l’UPR actuels. Qui – coïncidence ? – s’étaient tous deux fendus, la semaine dernière, de déclarations confirmant ce que beaucoup craignaient : pas question de céder le pouvoir en 2019, le pays a encore besoin d’Ould Abel Aziz. Le genre de propos qui sonnent bien à l’oreille d’un général persuadé qu’après lui, ce sera le déluge. Ils auraient pu ajouter, nos  deux « lumières », qu’il a besoin aussi d’eux, dans l’exaltante mission qu’ils se sont donnée : couler leurs adversaires par tous les moyens,  promouvoir les leurs et mener le pays à la dérive in fine. Sont-ils en train de réussir ? Rien qu’à relever certains indicateurs, on se rend compte de l’immensité du gâchis : taux d’endettement qui approche les 100% du PIB, malgré d’énormes ressources engrangées au cours des dernières années, suite à la hausse des prix des matières premières ; à peine 28% de la population totale pourvus en électricité (contre 55% au Sénégal), 47% en zone urbaine et 2% en zone rurale (contre 90 et 28% au Sénégal) ; 12%, seulement, buvant à leur soif ; 63%  des nouveaux diplômés sans emplois et seulement 15% du budget consacrés au développement. Et l’on vous dira, malgré tout, à la première occasion, que le pays a fait de « grands pas dans la lutte contre la gabegie » (où sont donc passées ces milliards ?) ; que la production d’électricité a été multipliée par dix (pourquoi ne pas la fournir aux populations, alors ?) ; que le chômage a reculé et que le taux de croissance est en constante progression. Lancez ces chiffres à la tête des populations miséreuses qui peuplent, désormais, les rues de Nouakchott ou celles de l’intérieur et leur vie s’en trouvera complètement changée. Elles auront où loger, de quoi se nourrir, boire une eau de qualité, obtenir du travail pour leurs enfants, et de l’électricité à bas prix. Elles sauront se reconnaître dans un pays qui ne les exclut plus, où tous auront les mêmes droits, fréquenteront les mêmes hôpitaux et les mêmes écoles, où le Président et son gouvernement, irréprochables, n’ont d’autre souci que le bien-être, le bonheur et la quiétude de leurs concitoyens.
C’est à ce prix – à ce prix seulement – qu’on pourra dire qu’un président a bien rempli son contrat. Certes, toute œuvre humaine est imparfaite. Mais, quand rien de tout cela n’a été fait, pas même la moindre once, aller jusqu’à clamer que tel ou tel est indispensable relève de l’insolence ; pire, de la vulgarité. Où sont passés Ould Daddah, Ould Mohamed Saleck, Ould Haidalla ou Maaouya, pour ne citer qu’eux ? Comment ont fini Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali ?
                                                                  Ahmed Ould Cheikh

lundi 5 juin 2017

Editorial: Discours

Tout le monde ou presque connaît le discours de la Méthode cher à Descartes, le fameux discours du général de Gaulle à Londres, demandant, au peuple français, de ne pas baisser les bras et de lutter contre l’occupant allemand, le discours de JFK à Berlin, en pleine Guerre froide, le discours de Mitterrand à La Baule, point de départ des processus démocratiques en Afrique, ou, plus de près de nous, le discours qu’Ould Taya débita, en Avril 1986 à Néma et en français, svp, sur les dangers de l’analphabétisme, devant des citoyens qui n’en comprirent pas un traître mot. Nous avons, à présent, le discours de Tintane de notre inénarrable Premier ministre, envoyé, à l’Est, prêcher la « bonne » parole et défendre les amendements constitutionnels. Dans une région généralement très réceptive aux discours officiels mais dont les élus et les notables commencent à montrer des signes d’énervement, face à un pouvoir dont la prodigalité n’est pas la qualité première, loin s’en faut. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que les meneurs de la fronde au Sénat soient, justement, des élus du grand Est. C’est donc en toute conscience de ce que le feu couve qu’Ould Abdel Aziz a envoyé son Premier ministre-pyromane jouer au pompier.
Mais, au lieu de chercher à arrondir les angles et élargir sa base, Iznogoud, celui qui veut devenir vizir à la place du vizir, est resté fidèle à lui-même. Il n’a visité que les quatre localités où il croit tenir un semblant de base populaire, pour y tenir un discours tranchant, nettement, avec celui de son mentor. « Ce régime ne quittera pas le pouvoir en 2019. Nous avons un programme que nous continuerons à appliquer au-delà de cette date. Qu’on se le tienne pour dit ! », a-t-il martelé, sautant du coq à l’âne. La vidéo a fait le buzz, sur les réseaux sociaux pendant plusieurs jours, suscitant une levée de boucliers de l’opposition qui y voit une volonté du système de tenter, par tous les moyens, de s’incruster au pouvoir. De fait, cette déclaration est tout, sauf innocente. Personne, même un Premier ministre, ne peut se hasarder à une sortie d’une telle gravité, s’il n’en a pas le feu vert. D’où un certain nombre d’interrogations. Ould Abdel Aziz, qui déclara, un peu tôt, qu’il ne se présentera pas en 2019, a-t-il senti sa base se déliter ? Craint-il, au rythme où vont les choses, de se retrouvera bientôt « nu » ? Pense-t-il que ce baroud d’honneur aura de l’effet sur une majorité qui finira par se dire que rien n’est perdu ? Ou croit-il, sincèrement, qu’après la réforme constitutionnelle et la suppression d’un Sénat frondeur, il pourra déverrouiller, en toute impunité, les articles relatifs aux mandats ? Va-t-il finir par tenter le tout pour le tout, au risque de susciter une situation d’instabilité qui finira par l’emporter ?
Il est normal qu’un système qui perdure depuis 1978 fasse tout pour ne pas se faire évincer d’un pouvoir auquel il  a pris goût. Qu’il fasse tout ce qu’il peut pour arrêter la roue de l’Histoire. Qu’il s’accroche de toutes ses forces  aux lambris dorés d’un Etat qu’il a sucé jusqu’à la moelle. Mais une donnée leur échappe : ce peuple mauritanien de 2017 n’est plus celui d’hier, a fortiori avant-hier : les discours, il en a bu et rebu, jusqu’à la lie, et celui de notre Iznogoud national paraît bien être, sinon le goût, du moins l’avant-goût de celle-ci.
                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

jeudi 1 juin 2017

Editorial: Au sens plein et entier de la démocratie....

Vendredi 12 Mai dernier, alors qu’il roulait, sur la route de Rosso, vers Nouakchott, Mohamed ould Ghadde, le sénateur frondeur est victime d’un accident de la route. Voulant éviter un chameau en divagation, il perd le contrôle de son véhicule et quitte la route. Voyant la voiture foncer sur eux, les habitants d’une baraque au bord de la route s’éparpillent aux quatre vents. Une femme et son bébé sont fauchés et décèdent. Une autre est grièvement blessée. Alertée, la gendarmerie se présente rapidement sur les lieux. Elle entame la procédure habituelle en pareilles circonstances. Mais au bout de quelques minutes, la nouvelle remonte en haut lieu et, soudain, changement complet de décor : la voiture du sénateur est fouillée de fond en comble, ses téléphones confisqués et il est mis aux arrêts, malgré son immunité parlementaire qui devrait, dans un Etat normalement constitué, le prémunir d’une arrestation intempestive. Commence alors une longue série de vexations pour faire payer, au sénateur, son « insolence ». Le voilà mis au secret et privé de visite. Même son avocat, accouru de Nouakchott, est empêché de le voir, pendant trois jours. La presse aux ordres est mise à contribution, pour distiller des informations tout aussi erronées les unes que les autres : la voiture n’aurait pas de police d’assurance en cours de validité, le sénateur a été arrêté en flagrant délit, ce qui lève, de fait, son immunité, fait-on ainsi savoir. Renseignements pris, il n’en est strictement rien. Sinon, l’occasion, rêvée, de faire payer, à ce bouillant sénateur, son opposition, non seulement, aux amendements constitutionnels mais, aussi, à toutes les dérives du pouvoir actuel qu’il ne cesse de fustiger.
Après trois jours de garde à vue, Ould Ghadde est présenté à un juge et son dossier programmé pour une sentence expéditive. Le Sénat monte alors au créneau. Ses pairs, qui ne se sentent désormais plus en sécurité, décident d’activer l’article 50 de la Constitution stipulant que « la détention ou la poursuite d’un membre du Parlement est suspendue, si l’assemblée dont il fait partie le requiert ». Une injonction en bonne et due forme, adressée au Parquet et, au-delà, au ministre de la Justice et à tout l’exécutif dont le chef n’appréciera que modérément cette nouvelle fronde du Sénat. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la justice n’a, cependant, plus d’autre choix que de libérer le sénateur.
Au-delà de cet épisode malheureux,  voilà que toute personne ayant exprimé un avis divergent ou manifesté son opposition au pouvoir se retrouve en sursis. A la moindre incartade, c’est à la case prison qu’on est illico envoyé. Mais ne baissons pas, pour autant, les bras ! Qui ne dénonce pas une injustice en devient le complice. En cette occurrence, la presse, ce « quatrième pouvoir », a une responsabilité énorme. Tout comme la société civile. L’une et l’autre doivent, elles aussi, monter aux créneaux. Citoyens, dénoncez les agissements illégaux du pouvoir, indexez, par la publication de leur nom et photo, les fonctionnaires qui se prêtent à son jeu : agents des impôts, juges, policiers, gendarmes, tous ceux, gradés, troufions ou dégradés, qui tendent leurs mains pour exécuter un quelconque acte illégal... Intimidez-les ! Mettez-les devant leurs responsabilités : un policier qui m'arrête, me retire mon téléphone ou commet tout autre acte que je juge dégradant, illégal ou anti-civique, c'est lui nommément qu’il me faut dénoncer, avec sa photo, nom et corps d'origine (police, gendarmerie, justice, etc.). Qu’on se le répète, citoyens, dans les khaîmas et les cases ! C’est, à chacun, au quotidien, à chaque instant, de vivre et faire vivre le pouvoir du peuple, c’est-à-dire la démocratie, au sens plein et entier du terme.
                                                                           Ahmed Ould Cheikh

Eitorial: Le souffle d'Ely

Le militaire qui a conduit le changement de régime, en 2005, dans les conditions que tout le monde connaît, celui qui a dirigé une transition de deux ans, avant de remettre le pouvoir, de son plein gré, à un président civil, l’homme qui se battait, depuis 2008, seul ou avec l’opposition, contre le dévoiement d’une démocratie qu’il avait mise sur les rails en 2007, a subitement disparu, un vendredi 5 Mai. Laissant un vide immense. On dit souvent, à juste titre, qu’on ne se rend compte de la valeur des hommes qu’après leur disparition. Et Ely ne déroge pas à la règle. Il était un opposant véritable, craint et respecté. Il avait un nom et une aura. Il avait surtout un courage à ce point hors pair que le pouvoir actuel le craignait par-dessus tout. Il assistait aux meetings et marches de l’opposition, n’hésitant pas à prendre la parole et à porter, haut, les espoirs de tout un pays. Que ce soit dans la presse nationale ou internationale, Ely n’a cessé de dévoiler, au grand jour, les malheurs d’un peuple pris en otage par une junte militaro-affairiste.
A présent qu’il est disparu, sur qui fonder espoir ? Ahmed ould Daddah, l’opposant historique, blanchi sous le harnais, n’a plus la possibilité de briguer les suffrages des électeurs… Sur qui miser ? Ould Abdel Aziz n’est plus candidat, le système va, obligatoirement, générer un dauphin issu de ses rangs, pour éviter que le pays ne leur échappe. Une tentative désespérée, si l’opposition réussit à s’entendre et à ressouder les rangs. La Gambie vient d’en donner un exemple éclatant, il y a quelques mois. Les leaders de l’opposition en prison, le trésorier du principal parti anti-Jammeh a été investi et a battu le dictateur, à plate couture et surprise générale. Pourquoi ce qui s’est passé en Gambie ne serait pas applicable à la Mauritanie ? Ne sommes-nous pas capables de prendre notre destin en main ? Jusqu’à quand resterons-nous conditionnés par un système, ses généraux, notables et autres chefs de tribus ? Certes, on s’habitue à tout et Dieu sait combien les habitudes sont tenaces ! Mais la leçon, en fin de compte, des morts subites est qu’elles nous révèlent suffisamment de vide, de sentiment de manque, pour nous pousser à resserrer les rangs. Ce n’est pas seulement à Dieu qu’Ely a rendu son souffle, il nous l’a transmis, à tous, pour nous donner l’inspiration de gonfler, ensemble, nos poumons.      
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

samedi 13 mai 2017

Editorial: Plus grand encore mort que vivant

La nouvelle est tombée, vendredi dernier, comme un couperet. L’ancien chef de l’Etat, Ely ould Mohamed Vall, venait de succomber à une crise cardiaque, en début d’après-midi, dans le lointain Tiris qu’il aimait tant. Celui qui fut, pendant près de vingt ans, directeur général de la Sûreté nationale (sous Maaouya), puis chef de l’Etat, de 2005 à 2007, après un putsch contre son mentor  (d’où le surnom de « Sauveur » que ses admirateurs n’ont pas hésité pas à lui coller), laisse un vide immense. Farouche opposant à la « Rectification » opérée, par son cousin en 2008, Ely se sera investi, corps et âme au cours de ses dernières années, pour que la Mauritanie retrouve la chemin de la démocratie sur lequel il l’avait placée, en Avril 2007 lorsqu’il remit, de son plein gré et en strict respect de ses engagements, le pouvoir à un président civil.
Grand chef de guerre, Ely ould Mohamed Vall fut, surtout, un grand homme d'Etat, de première envergure et culture. Fin connaisseur de la Mauritanie et des Mauritaniens, il avait cette capacité de discernement et d'écoute sans commune mesure qui permet, aux décideurs, de prendre les bonnes décisions, au bon moment. A cet égard, on n’oubliera pas qu’en dépit de vingt années à la Direction générale de la Sûreté, son nom n’a jamais été cité dans le dossier du passif humanitaire ni dans aucune affaire « sale ».
Grand commis de l’Etat, sans donc jamais s’abaisser à l’exécution aveugle des basses œuvres, c’est, incontestablement, avec la Transition qu’il conduisit, de main de maître, entre 2005 et 2007, qu’Ely a révélé sa pleine dimension de chef d’Etat. Le respect de ses engagements publics lui a valu une aura internationale que beaucoup lui ont enviée, sans jamais parvenir, à l’instar de bien d’autres, à seulement en atteindre les fondements. Car, au-delà de l’assainissement de la situation économique – dettes intérieure et extérieure épongées –  c’est bel et bien le président du Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) qui rendit le pouvoir aux civils.
Soupçonné d’avoir manipulé le processus de transition, en proposant d’abord Sidi ould Cheikh Abdallahi, avant de se rétracter, Ely ould Mohamed Vall aura cette réponse, sans fard, de s’opposer, dix-huit mois plus tard, au coup d’Etat de son cousin. S’engageant, sans équivoque, contre la « Rectification », c’est en défenseur de la démocratie que l’ex-président du CMJD, devint, ainsi, un des plus farouches opposants au putschisme maladif de ses pairs.
Naturellement discret et plus porté au filigrane qu’au-devant la scène, Ely ould Mohamed Vall aurait-il pu constituer une alternative, pour le règlement de la crise que subit le pays ? Il était assez grand, vivant, pour assumer cette responsabilité. Mort, il l’est plus encore, en ce que son décès inattendu cristallise une position sans concession contre l’abus de pouvoir. Ould Abdel Aziz ne s’y est pas trompé, en réservant, aux funérailles de son cousin, trois jours de deuil national. Mais cette tentative désespérée de récupération post-mortem réussira-t-elle à faire entrer l’encombrant cadavre dans le petit placard de la Rectification ? Vivant, il était grand ; mort, il l’est plus encore…
                                                                              Ahmed ould Cheikh

samedi 29 avril 2017

Editorial: Tant va la cruche à l'eau...

Le referendum devrait finalement avoir lieu le 15 Juillet prochain. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres, lors de sa réunion du jeudi dernier. Ould Abdel Aziz maintient donc le cap, contre vents et marées, malgré la levée de boucliers que continue de susciter son recours à l’article 38 de la Constitution. Qui autorise, certes, le Président à consulter le peuple, pour toute question d’intérêt national… sauf s’il s’agit de révision constitutionnelle qu’encadrent les articles 99, 100 et 101. Le professeur Lô Gourmo l’a d’ailleurs bien expliqué, l’autre soir, dans un débat  sur une télévision privée. Son contradicteur, qui  a fini par reconnaître qu’il était, lui, magistrat et non juriste, avait si peu d’arguments pour défendre le recours à l’article 38, qu’il finit par jeter l’éponge. Dans un raisonnement implacable, le professeur a précisé que la finalité du referendum, organisé sur la base de l’article 38 – subitement transformé en article « fourre-tout », selon Gourmo, et que rien ne peut entraver, si l’on en croit Ould Abdel Aziz – n’est pas nécessairement les amendements constitutionnels  actuels mais le verrou limitant les mandats. Si cette forfaiture réussit par le referendum, Ould Abdel Aziz, qui a échoué à la faire passer par le congrès parlementaire, aura toutes les cartes en main, avec une assemblée aux ordres et un sénat rebelle en moins. D’où la nécessité, pour la classe politique, la Société civile et les jeunes, de se battre pour que la Constitution ne soit pas foulée du pied et qu’un militaire en fin de mandat n’ait pas à décider de notre sort. Il y va de la survie de notre démocratie, déjà mise à rude épreuve, un certain 6 Août 2008, lorsqu’un général limogé se retourna contre un président démocratiquement élu, pour le renverser. Un péché originel dont Ould Abel Aziz n’arrive toujours pas à s’affranchir, malgré deux élections présidentielles. Ce complexe, qui le poursuit et l’empêche de se voir en président « normal », explique, peut-être, son entêtement à vouloir  imprimer son empreinte à un pays qui ne l’a pourtant pas vu naître, en s’employant à modifier, sans consensus, son drapeau et son hymne national. Qu’y a-t-il d e si urgent et de tant d’importance nationale, à modifier la Constitution ? Les six milliards qui seront engloutis par le referendum ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs ? Quel intérêt y-a-t-il à exacerber les tensions entre les pour et les contre, au lieu d’essayer de recoller les morceaux  et de préparer une alternance pacifique ? Ne vaut-il pas mieux pour un Aziz à deux ans de la fin de son dernier (?) mandat, de jouer l’apaisement et se retirer en douce ?
Les frustrations sont toujours mauvaises conseillères et un peuple, lassé de voir ses maigres ressources pillées sans vergogne, ne restera pas éternellement les bras croisés. Personne ne pensait les populations tunisiennes, libyennes ou égyptiennes capables d’un tel déferlement de violences, lors du Printemps arabe. Mais leurs dirigeants les avaient  tant bastonnés qu’ils ont fini par dire basta ! Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, dit un célèbre dicton. Notre expert en coup de force devrait, ici, se poser la bonne question : en l’occurrence de son referendum, c’est quoi, c’est qui la cruche ?
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

dimanche 23 avril 2017

Editorial: Bizarre...

Ould Abdel Aziz est parti, la semaine dernière, en France, après plusieurs années d’une rupture qui ne disait pas son nom. Profitant du séjour, à Nouakchott, du ministre français des Affaires étrangères qui l’aurait invité à se rendre en France, si l’on en croit la très officielle AMI, l’homme du 6 Août a débarqué au Bourget… sans un seul chat pour l’accueillir. L’invitation d’Ayrault n’était peut-être que protocolaire ? Très peu au fait des pratiques diplomatiques – le contraire aurait, d’ailleurs, étonné, de la part d’un militaire – notre guide éclairé aura donc simplement sauté sur l’occasion d’une vague exposition, à l’Institut du Monde Arabe, pour fouler le sol français. Et, disent les mauvaises langues, revoir le médecin qui le suit depuis la fameuse « balle amie » de 2012. S’entretenir aussi avec François Hollande, sans qu’on sache sur quoi, exactement. Le président français, à qui il reste, à peine, un mois de pouvoir, n’a visiblement plus grand-chose à faire, sinon recevoir des chefs d’Etat africains. Même ceux avec qui il avait peu d’atomes crochus, comme le nôtre à qui la France ne parvenait toujours pas à pardonner son faux bond, lors de la guerre du Mali. Alors qu’il avait assuré Hollande, en personne, qu’il apporterait son soutien contre AQMI, après avoir accompli plusieurs opérations par procuration, notre expert ès rectification s’était piteusement débiné, lorsque les armes s’étaient mises à parler. Ce que l’Etat français n’avait que très modérément apprécié. Depuis les relations ont évolué en dents de scie. Et Ould Abdel Aziz n’a loupé aucune occasion de le faire savoir. En commençant par glorifier, à tire-larigot, la résistance contre l’occupant français, donnant, au nouvel aéroport de Nouakchott, le nom d’Oum Tounsi, lieu d’un célèbre affrontement, en 1932, où périt, entre autres, le lieutenant Mac Mahon, petit-fils d’un ancien président de la 3ème République  française. En hommage à cette même résistance, notre guide se bat, actuellement, pour ajouter deux bandes rouges au drapeau national, au détour d’une réforme constitutionnelle déjà recalée par le Sénat. Mais Ould Abdel Aziz ne s’avoue pas vaincu. Il veut, à présent, imposer un referendum dans ce qui s’apparente à un nouveau coup d’état contre la Constitution. Juste pour agacer l’ancienne métropole qui s’est certainement sentie offusquée, lorsqu’il déclara, en Mai 2016, à Néma, que les opposants qui cherchent la bénédiction française peuvent aller se rhabiller. « Ce qui vient de France n’est pas le Saint Coran », avait-il alors péroré, un brin agacé. Et, tout récemment, lors d’un entretien sur France 24, en réponse à une question sur la décision du Quai d’Orsay de sortir, de la zone rouge,  les villes de Chinguitti et Ouadane, il s’est fendu d’une réponse très peu diplomatique : « Zone bleue, blanche ou rouge, ça ne change rien pour nous ». Comme si le tourisme, qui pourrait reprendre, à la faveur de cette décision et faire revivre ces régions, n’était pas important, en soi, pour un pays aussi pauvre que le nôtre.
Malgré ce discours, sinon va-t-en guerre, du moins je-m’en-foutiste,  notre chef d’Etat a trouvé cependant opportun d’aller dire au revoir à un président en fin de mandat et dont l’Histoire ne retiendra pas grand-chose… sinon d’avoir donné la bizarre onction française au referendum anticonstitutionnel que le général défroqué s’apprête à commettre ? « Je vous assure, mon cher cousin, que vous avez dit bizarre ! – J’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre… »
                                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 16 avril 2017

Editorial: Quel ostracisme!

La Mauritanie a célébré, le 1er Avril dernier, la Journée nationale du sport. Avec tambours et trompettes. Le président de la République, le Premier ministre et une palette de ministres, tous en tenue de sport (une fois n’est pas coutume) ont fait le déplacement du Stade olympique pour le coup d’envoi du marathon de Nouakchott. Ils ont également visité les stands des différentes fédérations sportives. Cinq  jours plus tard, c’est le monde entier qui fêtait cette fois la Journée Internationale du Sport pour la paix et le développement. Une décision prise par les Nations Unies en août 2013. La longue liste des destinataires de la lettre du secrétaire général des NU, invités à fêter  cette journée, commence d’abord par les gouvernements, donc le nôtre. Qui fête chaque semaine une journée internationale de quelque chose, du plus important au plus farfelu. Pourquoi pas celle du sport, surtout quand il est pour la paix et le développement ?
 Les deux fêtes auraient pu coïncider. Mais non ! La Mauritanie veut sa propre fête à elle. Où le Comité national olympique, dirigé, depuis nombre d’années, par un « rebelle », n’aura pas son mot à dire, contrairement à ce qui se passe dans les pays « normalement » constitués. Où le Président ne politise pas tout et ne fait pas, de la  devise « qui n’est pas avec moi est contre moi », son immuable credo.
L’ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats et le précédent président de la Communauté urbaine de Nouakchott, qui avaient le malheur d’être du « mauvais » côté, firent, en leur temps, eux aussi les frais de cet ostracisme présidentiel. Le premier organisa la Conférence internationale des barreaux de tradition juridique commune (CIB) avec la présence des plus grands avocats francophones qui foulent notre sol national pour la première fois. Le second, une grande réunion des maires francophones. Aucun officiel mauritanien n’a assisté aux cérémonies d’ouverture ou de clôture. Les délégations étrangères, malgré leur importance, ne reçurent aucun accueil officiel et les ministres de la Justice ou de l’Intérieur, qui assurent la tutelle, n’ont pas daigné leur accorder une visite de courtoisie. Quitte à écorner un peu plus l’image du pays dont la réputation n’était déjà pas des plus flatteuses. Et, pas plus tard que la semaine dernière, le président de 54 Comités nationaux olympiques d’Afrique, le général ivoirien Lassana Palenfo, s’est déplacé à Nouakchott. Il n’a pas eu plus de chance que les avocats ou les maires francophones. Le ministre des Sports, qui recevait pourtant il n’y a pas longtemps le président de la fédération de football de Madagascar, l’a superbement ignoré. Malgré une demande d’audience adressée par le CNO. Notre guide éclairé est têtu. Il n’en fait qu’à sa tête. Il n’est pas possible dans ce pays, qui se veut démocratique, d’occuper un poste même électif (président de comité olympique, bâtonnier des avocats ou maire d’une grande ville) et travailler normalement si on ne gravite pas le giron présidentiel.
Il y va du sport comme de la politique. Le bannissement y est la règle. Les opposants qui refusent de courber l’échine sont pris pour cible. Les journalistes qui essayent d’être un tantinet objectifs, exclus de tout. Les hommes d’affaires qui n’appartiennent pas au clan et veulent faire preuve d’un peu d’indépendance  subissent les foudres du fisc  et de la douane. Les notables qui n’entrent pas dans les rangs ne reçoivent plus rien de l’Etat. Qu’il est loin le discours de 2008-2009 ! Lorsqu’on nous bassinait avec cette Mauritanie nouvelle où la justice régnerait en maître, où personne ne serait exclu pour ses positions politiques, où les pauvres auraient « leur » Président qui s’occuperait de leurs problèmes à temps plein, où la gabegie et la déprédation appartiendraient au passé… On voit, huit ans plus tard, ce qu’il en est. La situation parle d’elle-même. S’il est très peu probable qu’un seul de nos ministres se soit fatigué à courir, le 1er Avril, seulement cent mètres du marathon, il est, par contre, très certain que le peuple mauritanien n’ait aucunement besoin d’une telle manifestation pour se sentir épuisé : son quotidien y pourvoit largement.
                                        EDAhmed Ould Cheikh