dimanche 12 novembre 2017

Editorial: A Kantaki, Jazuka, Rasshmar et autres fantômes…

Sur Cridem et divers forums, des anonymes m’attaquent souvent. Toujours aussi prompts à défendre Ould Abdel Aziz qu’aux premiers jours de la Rectification – une erreur dont ils pourraient s’honorer, en en revendiquant le droit – ils ont, malheureusement pour eux, également gardé cette pleutrerie d’évoluer masqués. Aveu implicite de leur honte à assumer des « idées » dictées par leurs commanditaires et/ou précaution en vue de « l’après-Aziz », la survivance de cet archaïsme révèle combien la dissimulation demeure une des tares les plus obsédantes de notre culture. En se préservant la possibilité d’un double-jeu, ces flagorneurs pensent, peut-être, garder en main toutes les cartes. Alors qu’ils ne font, en réalité, que se les brouiller. S’en gommer le sens, y devenir fantômes… Ce qui leur reste d’esprit – s’il leur en reste – ne sait plus, n’ose plus lire la réalité. Ce n’est donc pas en ce qu’ils m’agressent qu’ils sont condamnables mais en ce qu’ils se dénient leur propre liberté d’expression et, partant, l’essence même de la démocratie.
Il y a neuf ans, presque jour pour jour, le 11 Novembre 2008 très exactement, je leur rappelais, en ces mêmes colonnes, que le « pouvoir du peuple » – demo-cratia, en grec – c’est, précisément, le débat. Libre, ouvert, éventuellement contradictoire. De mon point de vue, de là où je me situe, voici ce que je vois, voici ce que je pense. C’est, évidemment, une vision relative et j’en suis d’autant plus intimement persuadé que je suis croyant en l’Absolu, Un, Unique et Enjeu suprême. Aussi fais-je appel à ton point de vue qui, même radicalement opposé au mien, même si je le combats, va nous enrichir tous. Nous approcher, tous ensemble, de l’inaccessible Vérité totale.
C’est cet hymne à la diversité, cette foi en ce que Dieu nous a créés relatifs au dessein de nous enrichir mutuellement, que Le Calame entend, chaque semaine, exalter. Kantaki, Jazuka, Rasshmar et consorts, Ould Abdel Aziz ou Ould Bouamatou, venez vous y dire ! Signez vos articles, publiez vos photos, racontez votre parcours, vos angoisses, vos complexes, vos envolées, vos espoirs : les vôtres, ceux qui vous font ce que vous êtes, vous-mêmes et pas votre voisin ni votre voisine. En vous écrivant, vous vous lisez : vous écrivez et lisez le Réel. C’est au prix de ce courage que la Mauritanie y avancera. Y avance, en dépit des survivances archaïques. Et, certes, si nous avons pris le parti de privilégier, d’abord, la parole de ceux qui n’y ont que peu ou prou droit – l’opposition, notamment – nous savons, nous, au Calame, ce que signifient « peuple » et « Nation » : un effort commun à se reconnaître chacun, à s’accepter tous. En pleine clarté d’esprit.
                                                                                                Ahmed ould Cheikh

dimanche 5 novembre 2017

Editorial: Lettre à Aziz

Je n’écris pas pour faire amende honorable ou mon mea culpa, je reste ce que j’ai toujours été : le pourfendeur d’une rectification catastrophique pour le pays. Certains ont considéré que je suis allé un peu trop fort et vite, ils commencent à se rendre compte que ce sont eux qui avaient fausse route, les rangs des déçus de l’Azizisme ne cessent de s’étoffer. Et, certes, c’est dès le départ que j’ai essayé d’attirer l’attention sur les dangers que faisait courir, au pays, le retour des militaires au pouvoir, après une transition relativement réussie et l’élection d’un civil à la tête de l’Etat. Sans guère de succès au début, tant la populace et une partie de la classe politique étaient subjuguées par votre discours, si ouvertement « révolutionnaire », sur la lutte contre la gabegie, le détournement des deniers publics… Ah, « président des pauvres », comme cela sonnait bien à leurs oreilles, largement majoritaires, hélas, en notre chère Mauritanie ! C’était suffisant pour vous faire élire. Cela sera, tout aussi certainement, pour vous faire maudire.
Car, « chassez le naturel, il revient au galop », vous êtes apparu rapidement sous votre vrai jour. Les marchés de gré à gré, si médiatiquement combattus, les premiers temps de votre règne, alors qu’ils n’étaient que l’exception, sont devenus la norme et votre clan a fait main basse sur le pays : centrales électriques, routes, barrages, aménagements agricoles, places publiques, écoles… rien n’échappe à sa boulimie. La Mauritanie est à l’arrêt, l’ouguiya dégringole, jusqu’aux abysses, face aux devises étrangères, l’endettement atteint des records, la situation politique est bloquée, les partis d’opposition absents de l’Assemblée nationale, devenue, quant à elle, simple chambre d’enregistrement, après la suppression d’un Sénat dont le seul tort fut d’avoir rejeté vos amendements anticonstitutionnels et de tenter d’ouvrir la boîte de Pandore que constitue la Fondation Rahma… Et, comme pour noircir un peu plus ce navrant tableau, une sécheresse implacable qui risque de décimer le cheptel et de jeter, dans nos villes déjà surpeuplées, des hordes de citoyens désemparés.
Je suis persuadé que cette lettre, comme mes précédentes, ne vous plaira pas. Mais c’est mon devoir de continuer à attirer votre attention, inlassablement, sur ce que notre pays endure. Vous n’avez, certes, plus que deux ans à tirer et, probablement, guère plus de temps pour rectifier le tir. Aurez-vous celui d’un départ, sinon honorable, du moins sans tumulte ? Las, de quelle sortie votre compte à rebours a-t-il entamé le processus ? Au lieu de jouer l’apaisement, vous montez une cabale contre des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes ! Avec en ligne de mire, celui qui vous a fait roi. Mohamed Ould Bouamatou, qui a fait avaler votre coup d’état à la communauté internationale et a contribué à votre élection à hauteur de milliards d’ouguiyas, a été contraint à l’exil 16 mois après votre investiture. Il fait à présent l’objet d’un mandat d’arrêt international pour…. délit de mécénat. Tout comme son adjoint, Mohamed Ould Debagh que vous n’avez pas hésité à jeter en prison en 2013 et que vous avez, lui aussi, poussé à abandonner femme, enfants et affaires depuis six mois.
Vous ne pouviez pas vous tromper plus d’ultime combat. C’est contre le tribalisme et le népotisme, en plein âge d’or, depuis 2008 ; contre le favoritisme par la loi duquel on ne peut prétendre à rien, si l’on n’est pas adossé à un membre de votre club ; contre le régionalisme que vos plus proches collaborateurs pratiquent à merveille ; qu’il vous faudrait jeter vos dernières cartouches.
Vous avez fermé toutes les vannes de financement, pour étouffer la presse libre. Votre justice, qui devait être nôtre mais que vous avez vassalisée à l’outrance, m’a placé  sous contrôle judiciaire, parce qu’un ami mécène a aidé le journal dont j’assume la direction, et vous n’hésiteriez pas, j’en suis sûr, à m’envoyer en prison, si vous en aviez la possibilité. Mais, en tous les cas, vous ne me ferez pas taire, vous ne ferez jamais taire « Le Calame », journal le plus censuré de Mauritanie, au temps d’Ould Taya. Où est, aujourd’hui, celui dont les services prenaient un malin plaisir à nous saisir ? Où sera, demain, celui qui s’acharne à nous couper les vivres ? Nul n’est éternel et il faudra bien, un jour, rendre comptes. Monsieur le président de votre petit club, j’ai, moi, la conscience, tranquille, d’agir pour notre pays tout entier. Et, précision certes pas superflue, je ne vous ôterai jamais ce qui revient à tout citoyen qui sentirait lésé par quelque publication du Calame : le droit de réponse. Est-ce par mansuétude, mépris ou indigence d’arguments que vous oublieriez d’en faire usage ? Il doit certainement y avoir, entre ces trois hypothèses, au moins une vraie…
                                                                                     Ahmed Ould Cheikh 

dimanche 29 octobre 2017

Editorial; Lettre à Bouamatou

Je ne suis pas homme à lâcher qui m’a soutenu. Encore moins à tenter de le poignarder dans le dos. Je laisse cette félonie à d’autres assez galonnés pour se croire autorisés à cracher sur ce qui les faisait homme. Piétiner l’humanité des gens sous leurs bottes… et la leur avec. Oui, Mohamed ould Bouamatou est un ami. Oui, il est venu au secours du Calame, alors que d’autres s’employaient à en torpiller les revenus, à défaut d’oser s’en prendre directement à la liberté de sa ligne éditoriale. Un secours d’autant plus méritoire qu’il ne demandait rien en échange. Sinon de continuer à poursuivre, inlassablement, l’œuvre de Habib ould Mahfoudh.
Voilà pourquoi je veux m’employer, aujourd’hui, à aider cet homme secourable. A-t-on déjà fait le compte des services que ce Mohamed-là a rendus à la Nation ? Combien l’hôpital Bouamatou a-t-il soigné, gratuitement, de cataractes, de glaucomes et de trachomes? La fondation de même nom soutenu de projets, petits et grands ? La GBM sauvé d’entreprises en difficulté? Combien d’emplois générés, en Mauritanie, par cet entrepreneur on ne peut plus mauritanien ? Et l’on devrait, aujourd’hui, gober la farce qui voudrait faire, de ce noble fils de la Patrie, un conspirateur visant à la détruire ? Allons, donc, de qui se foutent ceux qui se commettent à telle embrouille ?
Bouamatou pense, peut-être, qu’il vaut mieux ne pas s’abaisser à répondre à tant de crasse bêtise. Il a probablement raison. Mais je crois, cependant, qu’il devrait plutôt voir, en cette occasion si médiatique, une opportunité de s’élever, d’élever le débat sur l’implication des investisseurs privés nationaux dans le développement durable de la Nation. La meilleure des défenses, c’est l’attaque. Investis, Mohamed, investis en Mauritanie ! Plus que jamais, à des hauteurs inouïes, dans un maximum de projets, à commencer par les plus humbles, les plus ruraux, les plus populaires. A coups de dizaines, de centaines de millions, de milliards d’ouguiyas, prouve, à tous, la puissance de ta générosité. C’est le moment. C’est ce qu’attendent tes compatriotes de toi : vole au-dessus des vautours, incapables, eux, d’atteindre à cette noblesse d’âme.
Et, aussi pénible cela pourrait paraître à ta discrétion naturelle, n’oublie, évidemment pas, d’en faire la plus large publicité, en mobilisant tous les media possibles et inimaginables, nationaux et internationaux, réseaux sociaux et autres. Car il ne s’agit pas seulement de toi. La Mauritanie a besoin de retrouver ses plus nobles valeurs, il lui faut contempler des actes puissants, des clartés suffisamment fortes et douces, comme des phares, pour réveiller, en chacun de ses fils, en chacune de ses filles, le sentiment que, oui, être mauritanien, c’est un noble label, une qualité d’être au monde, généreuse, libre, haute. Pas appartenir à un troupeau de consommateurs effrénés et avides, obnubilés par la seule obsession de l’argent et des biens. Mets toute ta force en ce sens, Mohamed ould Bouamatou, c’est le moment de frapper les esprits. Précisément. Juste et fort.
                                                                          Ahmed ould Cheikh

dimanche 22 octobre 2017

Editorial: Cour des miracles

L’affaire dite « Ould Bouamatou et consorts » n’en finit pas de faire des vagues. Alors que les prévenus ont été, soit envoyés en prison, soit placés sous contrôle judiciaire, depuis près de quarante-cinq jours, l’instruction n’a commencé que mercredi dernier 11 Octobre. Les juges formant le pool chargé de la mener n’en semblent nullement pressés, bien que le Code pénal exige un procès rapide, lorsque l’accusé est placé en détention provisoire, lors d’affaires de corruption ( !!!!). Même si les charges sont légères et le dossier vide, ils auraient pu tenter, au moins, de sauver la face, en respectant un semblant de procédure. Mais il y a longtemps que notre justice n’essaie même plus de faire semblant. Elle est devenue une annexe du pouvoir exécutif qui l’utilise, à sa guise, pour régler ses comptes, envoyer en prison ou placer sous contrôle judiciaire. Le malheur est que les juges, qui disposent, au moins sur le papier, d’une certaine liberté de manœuvres, se retrouvent très souvent sur la même longueur d’onde que le Parquet. En fait, il est utopique d’exiger une quelconque indépendance de « notre » justice, quand les promotions, les nominations et les déchéances sont décidées par un Conseil supérieur de la Magistrature présidé par le chef de… l’Exécutif. Une bizarrerie mauritanienne, comme on en voit tous les jours.
Mais, bref, l’instruction sur le fond du dossier a  donc commencé mercredi dernier. Et de quelle manière ! Premier à comparaitre, Mohamed ould Ghadda a été extrait de prison, menotté, conformément à une directive décidée… la veille. Une façon de l’humilier un peu plus. Mais le sénateur est teigneux. Placé, de force, dans la voiture qui l’amène au Palais de justice, il refuse de se mettre debout pour rencontrer le juge, tant que les menottes ne lui sont pas retirées. A 17 heures et las d’attendre, le magistrat reporte la séance au lendemain 10 heures. Le jeudi, c’est donc un sénateur libre de ses mouvements mais en grève de la faim, pour protester contre ses conditions de détention, qui se présente devant le pool. Ce sera, ensuite, au tour des autres sénateurs, des journalistes et des syndicalistes de passer sur le gril dans les prochains jours. Ils seront, soit envoyés en procès, soit libérés de toutes charges. De longues journées en perspective, pour des prévenus qui se demandent toujours par quel « miracle » a-t-on pu les accuser de la sorte et entraver leur liberté de mouvement, alors que les charges retenues contre eux prêtent à sourire. Leurs avocats ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en qualifiant l’affaire de « mascarade », montée de toutes pièces, pour faire payer, à certains, leur insolence et leur liberté de ton.  Human Rights Watch s’est aussi jointe au concert de récriminations. L’organisation internationale non-gouvernementale, qui plaide en faveur des droits humains et a partagé, en 1997, le prix Nobel de la paix, en tant que membre fondateur de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnelles, a publié un communiqué dénonçant l’arrestation du sénateur, « sur la base de vagues accusations de corruption » et la mise sous contrôle judiciaire de sénateurs, de journalistes et de syndicalistes, « dans une affaire qui consiste davantage à museler l’opposition au Président qu’à rendre justice ». D’autres ONG, des Etats et des organisations de syndicats et de journalistes ont, à leur tour, dénoncé une cabale qui ne dit pas son nom. Ce qui n’a pas manqué d’hérisser notre guide éclairé, si convaincu du caractère providentiel de ses humeurs et de ses antipathies. Mais d’hérissements en déchirements, de rectifications en providences, d’antipathies en haines, vers quel effondrement un tel égocentrisme maladif mène-t-il la Mauritanie ? Ce n’est pas seulement qu’on en soit obligé de dire, à l’entrée des juges au prétoire, « Messieurs, mesdames, la Cour des miracles ! », c’est que ces miracles, s’accumulent… avant que les miraculés ne se décident, enfin, à balayer la cour de ses abracadabrants éclairages présidentiels ?
                                                                                  Ahmed Ould Cheikh

dimanche 15 octobre 2017

Editorial: Mauritanie/Sénégal: Arrondir les angles

Dans un style qu’on croyait à jamais révolu, la très officielle Agence mauritanienne d’information (AMI) s’est fendue, la semaine dernière, d’un « éditorial » qui flaire les années de braise des tristement célèbres régimes militaires. La voilà à attaquer, en termes très peu voilés, notre voisin sénégalais. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’agence de presse sénégalaise (qui dépend, certes, du ministère de l’Information mais qui, contrairement à la nôtre, dispose d’une certaine marge de manœuvres, aussi petite soit-elle) a publié une information relative à une conférence de presse  que comptaient organiser des ONG sur « la situation des droits de l’homme et des libertés démocratiques en Mauritanie ». Sous le titre « Erreur ou dérive délibérée », le pamphlet de l’AMI qualifie le communiqué repris par l’APS de « haineux, mensonger, diffamatoire et hostile à la Mauritanie » – excusez du peu –  et décoche une flèche empoisonnée, en évoquant l’esclavage, dont « la Mauritanie n’est pas historiquement connue en centre de gravité sous-régional de la traite des êtres humains ». Manière de rappeler l’île  de Gorée, sans la citer nommément. Sur la bonne gouvernance où la Mauritanie se voit de plus en plus épinglée – le rapport de Sherpa ne date que de quelques jours – l’AMI rétorque : « Pour une crédibilité maximale, [ces ONG] auraient dû s’intéresser, prioritairement, aux cas de corruption soulevés par la presse sénégalaise locale ». Là, notre AMI y va un peu fort et en langage très peu diplomatique.
Les manœuvres ne se sont pas arrêtées en si « bon » chemin. La Mauritanie a fait pression sur le Sénégal qui a fait pression, à son tour, sur les ONG pour que ni la conférence de presse de samedi (à laquelle devaient assister des avocats français, dont le président de Sherpa), ni celles du jeudi suivant n’aient lieu. Elles furent annulées. Macky, qui a su, jusqu’à présent, gérer intelligemment Ould Abdel Aziz, a préféré éviter l’incident diplomatique avec un pays voisin et un président dont les réactions sont imprévisibles. Comme l’année dernier, lorsque  celui-ci décida, subitement, de renvoyer chez eux tous les pêcheurs sénégalais, parce que le Sénégal avait ordonné, aux éleveurs mauritaniens, de rapatrier leurs troupeaux, au motif qu’ils constituaient un danger pur l’écosystème. Malgré l’existence d’un accord, signé en 2006, règlementant la transhumance entre les deux pays. Le Sénégal était rapidement revenu sur sa décision mais  Ould Abdel Aziz a la rancune tenace. Depuis, il y a comme un nuage, sur les relations entre les deux Etats. D’autant plus persistant que Dakar a pris la fâcheuse habitude de recevoir, sur son sol, des opposants au régime mauritanien. Ses télés, radios et journaux privés leur ouvrent largement les bras, ne ménageant nullement le régime de Nouakchott. Et, quand l’agence de presse officielle s’est mise de la partie,  ce fut comme la goutte qui fait déborder le vase. Mais le Sénégal, soucieux de préserver ses relations de bon voisinage, a joué balle à terre. Son nouveau ministre des Affaires étrangères faisant même le déplacement de Nouakchott, à l’occasion d’une tournée sous-régionale. Non pas, bien évidemment, pour se plier en quatre devant notre guide éclairé, comme l’ont rapporté certains sites – toujours les mêmes porte-couteaux qu’on utilise pour le sale boulot – mais, pour arrondir, tout simplement, les angles.
                                                                                      Ahmed Ould Cheikh

lundi 9 octobre 2017

Editorial: Blanchissez, blanchisseurs

Samedi 30 Septembre, le régime mauritanien n’allait pas être à la fête à Dakar. Ce jour-là, en effet, le président de l’ONG Sherpa (spécialisée dans la traque des biens mal acquis) comptait présenter, lors d’une conférence de presse organisée par le président d’IRA, Biram Ould Dah, le rapport de son organisation intitulé « La corruption en Mauritanie, un gigantesque système d’évaporation ». Mais les autorités sénégalaises, qui gèrent leurs relations avec la Mauritanie avec une extrême prudence, n’ont pas voulu prendre le risque de froisser l’homme fort de Nouakchott dont les nerfs paraissent à fleur de peau, depuis sa dernière déconvenue sénatoriale. Elles ont préféré interdire la conférence de presse conjointe. Une réaction surprenante de la part d’une démocratie et une décision regrettable venant d’un Etat qui a toujours été une terre d’accueil. Malgré cette interdiction (une mesure qui ne grandit pas ses auteurs), le rapport accablant de l’ONG a été, quand même, envoyé à la presse  et son impact n’en a été que plus grand. Etabli en 2013, il a été mis à jour  cette année, avec un seul constat : « la situation n’a fait qu’empirer, les spoliations se sont accentuées, alors même que le pays traverse une période difficile, depuis la chute des prix des minerais de fer. Les ressources publiques continuent à être détournées par le clan au pouvoir ».  Un constat qui résume, parfaitement, la situation que nous vivons depuis un bien triste 6 Août 2008 tuant, dans l’œuf, notre embryon de démocratie. Depuis, c’est la prédation à grande échelle. Un clan a fait main basse sur le pays et ses ressources. Une situation extrêmement grave et aux conséquences imprévisibles que dénonce Sherpa. Bien documenté et chiffres à l’appui, le rapport de l’ONG revient, avec force détails, sur la mise à sac de l’Etat et de ses ressources. Il évoque, d’abord, la malédiction des ressources minérales dont les prix ont connu une flambée, entre 2010 et 2014, qui a  si peu profité au pays, seulement à des chanceux « bien nés ». Il dresse, ensuite, la liste des marchés de gré à gré conclus au profit des mêmes, sans aucun respect pour les procédures, comme l’aéroport international de Nouakchott, la centrale électrique duale (attribuée à la société Wartsila dont l’offre était pourtant la plus chère), des marchés « bien souvent conclus au mépris de l’intérêt général », note le rapport.  Et d’épingler, dans la foulée, le programme Emel 2012 qui coûta des milliards, pour un résultat plus qu’aléatoire, sommet, parmi tant d’autres, hélas, de la mauvaise gestion et du pillage des finances publiques, au grand dam des institutions financières internationales.
C’est donc un énorme pavé dans la mare que vient de lancer cette ONG. Il aurait pu être plus complet, si l’on y avait ajouté un petit paragraphe sur la justice. Ce bras vengeur du pouvoir exécutif a perdu toute crédibilité. Désormais utilisée pour fabriquer des dossiers de toutes pièces et régler des comptes, elle a perdu son indépendance et n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sinon, comment expliquer qu’on puisse placer, sous contrôle judiciaire, douze sénateurs,  quatre journalistes et deux  syndicalistes, pour la simple allégation qu’ils furent aidés par un mécène ? Comment comprendre qu’à part les petits dealers, aucun gros bonnet du trafic de drogue ne croupit actuellement en prison ? Ils ont pourtant été arrêtés, parfois la main dans le sac.  Par quel miracle dix kilos de cocaïne, saisis récemment, se sont-ils transformés en ciment blanc ? Blanchissez, blanchisseurs, mais craignez qu’une fois pris, le ciment ne vous fixe à la merci du peuple qui vous demandera, tôt ou tard, des comptes…
                                                                       Ahmed Ould Cheikh

dimanche 1 octobre 2017

Editorial: Ne pas prévoir, c'est quoi?

Si l’on en croit le site Al Akhbar (généralement bien informé), le gouvernement vient d’attribuer un marché de gré à gré, de près de 14 milliards d’ouguiyas, à une société de la place, pour la construction d’un nouveau palais des congrès, non loin du nouvel aéroport de Nouakchott. L’homme d’affaires, qui dirige cette heureuse société, commence à entrer, de plus en plus, dans les grâces du pouvoir. Il s’est, en effet, déjà vu attribuer un agrément bancaire et une usine de décorticage du riz – à… Néma, alors qu’il est produit à Rosso ! – à plus d’un milliard d’ouguiyas, alors que sa société n’a même pas participé à l’appel d’offres. Il y en a qui ont de la veine, vous dis-je. Mais là où il y a un hic, c’est quand notre guide éclairé se permet de déclarer – les enregistrements sont là – que plus jamais les marchés publics ne se feront de gré à gré. Tant que lui sera au pouvoir, en tout cas. Alors, en sus des deux marchés susdits, à qui ont été attribués le canal de Keur Macène (facturé quatre fois son prix et qui a donné lieu à de faramineuses commissions), le barrage de Seguelil et les routes que l’ENER devait construire ? Les exemples ne manquent pas. Ces dernières années, le financement des infrastructures est désormais imputé sur le budget de l’Etat, alors qu’en principe, ce sont les bailleurs de fonds et les partenaires techniques et financiers qui doivent s’en charger. Vous savez pourquoi ? Ceux qui mettent la main à la poche sont très regardants sur les procédures et il n’est pas facile de leur faire avaler n’importe quoi. Quand c’est l’Etat qui finance, on tord facilement le cou aux textes et, par le fait du prince, on choisit l’adjudicataire qui a ses faveurs. Une anomalie budgétaire bénéfique, pour certains, mais qui se répercute, immanquablement, sur le fonctionnement de l’Etat, les services sociaux de base et creuse un peu le déficit budgétaire. Il est vrai que notre capacité d’endettement a atteint près de 74 % du PIB (si l’on en croit le dernier rapport du FMI) mais ce n’est pas une raison pour charger encore plus la barque. A quoi sert, par exemple, un nouveau palais des congrès, quand on en a déjà un qui reste pratiquement vide toute l’année ? N’aurait-il pas été plus conséquent d’orienter ces quatorze milliards vers quelque chose de plus judicieux, comme la construction d’hôpitaux ou de dispensaires et leur équipement ? La construction ou la réhabilitation de routes ? Un réseau d’assainissement à Nouakchott ?
Dans un pays qui manque de tout, dépenser autant d’argent, pour le prestige, relève du crime économique. A l’heure où le déficit pluviométrique se creuse dangereusement, ce qui risque de provoquer, dans les mois à venir, une hécatombe au sein du cheptel et une terrible famine, dans les zones rurales, il aurait été plus sage d’orienter cet argent ou, au moins, une partie, dans un plan d’urgence. On sauverait ainsi des milliers, pour ne pas dire des millions, de têtes de bétail et l’on empêcherait, du coup, un nouvel exode rural désastreux. Gouverner, c’est prévoir. Alors ne pas prévoir, c’est quoi ?
                                                                                                      Ahmed Ould Cheikh

samedi 23 septembre 2017

Editorial: Délit de mécènat

Après avoir passé quelques jours à vadrouiller, entre Paris, Astana au Kazakhstan et Bamako (l’Europe, l’Asie et l’Afrique, presque un tour du Monde en moins d’une semaine), Ould Abdel Aziz n’est revenu à Nouakchott que le temps d’enfiler un nouveau costume. Destination : l’Amérique, New-York plus précisément où l’ONU tient son assemblée générale annuelle. Il est bien loin le temps où celui qui se prétendait encore président des pauvres accusait Sidioca de tous les maux dont le plus flagrant, selon lui, est de multiplier les voyages aux frais de la princesse. Celui-là ne parcourut pourtant jamais, lui, quatre continents en une semaine. Pour un résultat plus qu’aléatoire : une table ronde sur le Tchad, une conférence sur les sciences et la technologie, des entretiens avec IBK et un discours devant l’assemblée générale de l’ONU. Rien de vraiment urgent ni de véritablement utile, pour un pays dont les maigres ressources devraient plutôt aller aux services de base, au lieu de financer les pérégrinations d’un président fuyant une réalité qui finira bien par le rattraper. Tôt ou tard. Voyons voir : en neuf ans de règne sans partage, qu’a réalisé notre guide éclairé, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la justice, du partage des ressources, de l’emploi, de la lutte contre la gabegie, de l’industrie, du redressement économique ? Qu’a-t-il fait des milliards que le pays a engrangés, lorsque les prix des matières premières étaient au firmament, et des autres que nous léguerons, à nos générations futures, sous forme de dettes ? Une école par-ci, un dispensaire par-là, une route reliant deux trous perdus méritent-ils un tel tapage ? Il faut bien plus, pour construire un Etat, et ce ne sont pas quelques affaires, manigancées par quelques sombres officines, qui cacheront l’amère réalité.
Après les affaires d’Air Mauritanie, du riz avarié, de l’argent de la BCM, de Biram et de son autodafé, ce pouvoir a, en effet, pris la fâcheuse habitude, chaque fois que la situation devient intenable, de jeter quelque chose en pâture à l’opinion, pour la distraire. Et lui faire oublier un quotidien de plus en plus difficile. Le plat qui nous est servi, depuis quelques semaines, ne déroge pas à la règle. Des sénateurs, des syndicalistes et des journalistes sont traînés devant la justice, tout simplement parce qu’ils ont osé dire non. On leur a confisqué leur passeport et interdit de quitter Nouakchott, seulement coupables d’avoir bénéficié des largesses d’un mécène. Mais ils ne sont pas les seuls, apparemment. Si l’on en croit les informations publiées par la presse, preuves à l’appui, de hauts responsables encore en fonction sont, eux aussi, allés à la soupe bouamatienne. Ils n’ont pas été inquiétés pour autant. La Mauritanie nouvelle a la mémoire sélective. Ceux qui ne lui obéissent pas au doigt et à l’œil se retrouveront dans sa ligne de mire. Quitte à inventer un nouveau délit: celui de mécénat.
                                                                                           Ahmed ould cheikh

dimanche 17 septembre 2017

Editorial: "L"Etat, c'est moi!''

Non content de traîner des sénateurs, des syndicalistes et des journalistes devant les tribunaux, pour des motifs fallacieux, le pouvoir, qui ne recule devant rien pour faire payer à ces « insolents » leur rejet de « ses » amendements constitutionnels et leur liberté de ton, vient de poser un nouveau pas, dans sa politique répressive tous azimuts. Un sénateur est envoyé en prison, treize autres sont placés sous contrôle judiciaire, ainsi que trois journalistes, la directrice d’un site Web et deux syndicalistes. Tout ce beau monde doit remettre ses titres de voyage, se présenter, tous les lundis matin, à la police économique, pour faire acte de présence, et ne quitter Nouakchott sous aucun prétexte. L’arbitraire à l’état « pur ».
Les sénateurs, qui appartiennent tous, bizarrement, à la majorité présidentielle et dont le chef de file n’a pas été inquiété, font les frais de l’ire présidentielle pour être sortis des rangs en refusant de se faire harakiri. Les syndicalistes et les journalistes, eux, ne sont jamais entrés dans les grâces du leader éclairé. Quel lien peut-il  y avoir, entre ces deux affaires ?  Les sénateurs rejettent les amendements constitutionnels et le pouvoir leur  cherche noise : soit, avec toutes les pincettes qu’un tel comportement anti-démocratique oblige. Mais que font les journalistes et les syndicalistes dans cette galère ? Veut-on leur faire payer d’avoir bénéficié des faveurs d’un mécène nommé Mohamed ould Bouamatou ? Si l’on s’en tient à ce raisonnement, beaucoup, et pas n’importe qui, devraient être également traînés devant la justice : la presse, les ONG, les syndicats, les politiques, tant du pouvoir que de l’opposition, les hommes d’affaires, les commerçants, les fonctionnaires… la liste n’est pas exhaustive.
Tous seront, en suivant, accusés de « corruption » et l’Etat se retrouvera rapidement décapité, si la justice suivait son cours « normal ». Mais ce serait trop lui demander d’être moins sélective. Le dossier a été préparé ailleurs, dans ses moindres détails, et il ne restait plus, à la pauvrette, qu’à le mettre en œuvre. Sinon, comment expliquer qu’on trimballât des citoyens innocents, près de vingt- quatre heures durant, à la veille, qui plus est, d’une fête religieuse majeure, entre le Parquet et un pool de juges, nuit et jour, alors qu’il n’y avait pas urgence ? Ne pouvait-on pas attendre que la fête passe ? Quel délit avaient donc commis ces gens, pour que la justice fasse preuve d’autant de célérité dans le traitement de cette affaire ?
Les avocats ne s’y sont pas trompés, en la qualifiant de « purement politique ». L’un d’eux, maître Ebetty, qui a plaidé, plus de trente-six ans, en toute sortes de litiges, dira, à juste titre, qu’il n’a jamais vu un dossier aussi vide. Il a raison, le maître : montage grossier, argumentaire tiré par les cheveux, tout ne tient qu’à son objectif, obsessionnel : mouiller un homme dont le seul tort est de s’opposer à un régime et d’utiliser les moyens dont il dispose pour le combattre. Après avoir été un de ses plus fervents soutiens. Les milliards qu’il distribuait, à tour de bras, pour la réussite du candidat Aziz en 2009, c’était quoi ? Une aumône ? Quoi d’étonnant, aujourd’hui, que sa sympathie et ses dons aillent, depuis, plutôt à ceux qui critiquent le pouvoir qu’à ceux qui le soutiennent, aveuglément ?
Alors qu’Ould Abdel Aziz s’applique, obstinément, à raréfier les sources financières de toute critique de son pouvoir, il sous-entend, par cette nouvelle affaire, que toute expression contraire à ses «propres » décisions serait systématiquement associée, sinon associable, à un financement occulte visant à déstabiliser l’Etat mauritanien. « Inconcevable », semble-t-il pérorer, « qu’un bon citoyen puisse ne pas s’incliner devant mes prestigieuses réalisations ». Et paraphrasant en conséquence le fameux Roi-Soleil : « l’Etat, c’est moi ! », Sa Boursouflure en hurle à la haute trahison. Rumination symptomatique du putschiste invétéré ou… préparation d’un nouveau coup à échéance 2019 ?
                                                                                         Ahmed ould cheikh

dimanche 10 septembre 2017

Editorial: Justice aux ordres

En Mauritanie rectifiée, donner ne se conjugue à aucun temps. Pire, c’est désormais assimilé à une  corruption insolite sans passe-droit en contrepartie. Pour avoir connu ce "dangereux" mécène qu’est Mohamed Ould Bouamatou, trois journalistes et la directrice d’un site web se sont ainsi vus traînés devant la justice. Longs interrogatoires, par la police chargée des crimes et délits financiers, sur la ligne éditoriale de leur organe de presse respectif,  les sujets évoqués, leurs liens supposés avec Ould Bouamatou et son adjoint Mohamed Ould Debagh, les aides reçues de leur part… Alors qu’ils ne sont ni accusés  (pour le moment) ni témoins dans une quelconque affaire, les journalistes, dont le ton critique vis-à-vis du pouvoir actuel dérange apparemment beaucoup, sont passés sur le gril, de longues heures durant.  Mais ils ne seront pas les seuls  à être impliqués dans cette mascarade aux relents politiques manifestes. Après Ould Ghadda, le sénateur récemment kidnappé dans un premier temps  puis placé en garde à vue, plusieurs de ses pairs et deux syndicalistes sont, à leur tour, interpellés et interrogés par la police économique. Avec toujours en ligne de mire, Ould Bouamatou. Tout ce beau monde – sauf la cible principale, toujours exilée au Maroc ou ailleurs – se retrouve au tribunal de Nouakchott, le jeudi 31 Août, au matin, pour être présenté au Parquet. Commence alors un long processus qui ne s’achèvera que le lendemain matin à 7 heures. Le procureur de Nouakchott-Ouest, qui a hérité de la patate chaude, requiert un mandat de dépôt contre Ould Ghadda, El Maalouma mint Meidah, l’icône de l’opposition et sénatrice frondeuse et le sénateur de Magta Lahjar ; des mandats d’arrêt, contre Ould Bouamatou, Ould Debagh et neuf sénateurs absents ; des placements sous contrôle judiciaire, à l’encontre des journalistes et syndicalistes. Le pool de juges, à qui le dossier est envoyé, ne suit cependant pas exactement le Parquet dans  ses réquisitions tout au moins celles qui sont écrites. Il place les deux  sénateurs présents sous contrôle judiciaire, décerne des mandats d’amener contre les sénateurs absents  mais  maintient les deux  mandats d’arrêt internationaux contre les  deux hommes d’affaires en exil. Une véritable  bouffonnerie qui, n’hésitent pas à dire des observateurs judiciaires,  démontre, si besoin est, que la justice est, plus que jamais, aux bottes d’un exécutif déterminé à l’utiliser pour régler ses propres comptes ! Instrumentalisation de la justice à des fins politiques partisanes, soutiennent avec plus de retenue les avocats de la défense. Sinon, comment expliquer qu’on puisse traîner autant de monde  avec une si grande célérité devant des juges, pour avoir seulement bénéficié de la générosité d’un homme, qui a apporté  un appui à une  presse libre encore en  construction et à des syndicats dépourvus de  ressources ? Pourquoi ne pas étendre, alors, la liste à ceux  que M. Bouamatou  a pourvu de milliards, pour financer leur campagne, de maisons (dont une, au moins, a pignon sur rue) et de voitures, reconnaissance nationale et internationale en prime? Depuis quand donner est devenu un acte  criminel ; recevoir, délictueux et licite selon le destinataire et le montant de la donation?  En tout état de cause, il ne nous a jamais été demandé en contrepartie de ce que nous avions pu recevoir de ce mécène ou d’un autre  de commettre un délit ou de porter atteinte à l’honneur  de notre profession ou  à sa dignité.
Depuis que les sénateurs ont asséné, à Ould Abdel Aziz, un coup qu’il n’est pas près d’oublier, auquel s’est ajouté un referendum catastrophique, au regard de son rejet et du peu d’enthousiasme qu’il a suscité, en cette conjoncture, fort irritante, on le convient, pour la très haute opinion qu’il a de lui-même et qu’il exige, sinon universelle, du moins nationale, le chef de l’Etat, ne sait, certes plus, où «donner » de la tête. En pointe dans le combat contre les réformes constitutionnelles, Ould Ghadda, qui a  eu l’outrecuidance d’évoquer des dossiers malodorants, fut le premier à faire les frais de l’ire présidentielle. D’autres victimes collatérales, comme les journalistes et les syndicats, ont été emportées par la bourrasque. Mais la méthode utilisée fut si grossière, le dossier si vide  qu’aucune justice se prévalant d’un minimum d’indépendance ne la qualifierait de recevable. Pourtant, tous ces gens se retrouvent sous contrôle judiciaire. Accabler les juges n’ajouterait cependant qu’une injustice à l’injustice : politique au plus haut degré, la piètre pièce a été écrite ailleurs.  Il ne leur a été demandé que d’en jouer l’acte I. D’autres suivront et seront certainement de même  nature. Philosophes, les habitués du prétoire disent que dans les dossiers judiciaires à caractère politique, les PV de police, les actes d’accusation du Procureur, les mandats du Juge d’instruction,  les décisions rendues par les juridictions de renvoi se suivent et changent seulement de dénomination.
La Mauritanie rectifiée n’en finit pas de nous surprendre. Après s’être ingénié à tarir les sources de financement de la presse indépendante, en interdisant, à toutes les structures de l’Etat, d’en souscrire abonnements ou d’y publier annonces, voici son maître d’ouvrage en train de poursuivre celle-ci, parce qu’elle a reçu le soutien d’un homme plus tout-à-fait en odeur de sainteté auprès de Sa Majesté. A tout prix. Quels qu’en soient les sacrifices. Et l’on se souviendra, en ce lendemain d’Aïd El Kébir, fête par excellence du Sacrifice, de la victime délibérément immolée par Ould Abdel Aziz : rien de moins que la justice elle-même. 
                                                                                             Ahmed Ould Cheikh

dimanche 3 septembre 2017

Editorial: De Grab en Grab

Deux semaines après avoir été kidnappé par des policiers en civil, le 10 Août dernier, alors qu’il jouissait toujours de son immunité parlementaire, le sénateur Mohamed ould Ghadda reste gardé au secret, entre la gendarmerie, la Sûreté d’Etat et la police économique. Ce n’est que sept jours après son enlèvement que son avocat a pu enfin le rencontrer. Sept jours d’angoisse pour sa famille sans nouvelle de lui. La justice non plus, alors que dans un Etat normal, c’est elle et elle seule qui peut – doit – ordonner toute arrestation.  Il aura fallu une semaine, au Parquet, pour se rappeler à nos (bons) souvenirs. Il se fend d’un communiqué, rédigé apparemment à la hâte, faisant état d’« informations documentées, sur l’implication de plusieurs personnes dans des actes de complicité et de planification, en vue de commettre de crimes transfrontaliers de grande ampleur et étrangers aux mœurs et valeurs de notre société, dans le cadre d’une structure organisée, cherchant à semer le désordre et à perturber la sécurité publique ».  Ça ne s’invente pas. Pressé de partout, le pouvoir a voulu lâcher du lest. Tentative maladroite de se rattraper et de donner l’impression d’avoir respecté la procédure. Mais à supposer que ce fut le cas, ce qui est loin d’être vrai, pourquoi attendre une semaine, avant de donner une si vague information ? De quel droit le Parquet ordonne-t-il l’arrestation d’un sénateur qui jouit de l’immunité parlementaire ? Que signifient « actes de complicité et de planification » ?  « Crimes transfrontaliers de grande ampleur » ?  Dans le communiqué, diffusé en arabe, il est fait mention de ‘’crimes de gabegie transfrontaliers’’, un délit qui ne figure nulle part dans le droit pénal mauritanien. D’où l’idée de tordre le cou au texte initial.
Quels règlements de comptes veut-on encore nous faire avaler ? Et qui sont ces gens victimes de l’ire azizienne ? Le rejet, par le Sénat, des fameux amendements du Raïs, abasourdi par une telle effronterie, et le taux catastrophique de participation au referendum décrété, en suivant, par notre guide imprudemment engagé, à titre personnel, pour une si piètre victoire (on parle d’un taux de participation réel de 23%), ont singulièrement terni l’éclat d’un pouvoir qui ne sait plus où donner de la tête. Son parti et ses ministres, avec, à leur tête, le premier d’entre eux,  lui ont fait miroiter l’idée, fausse bien évidemment, que la consultation passerait comme une lettre à la poste. Avec le résultat qu’on sait. S’ajoutent, à ce climat pesant, une situation économique plus que morose, un mécontentement populaire qui ne cesse de prendre de l’ampleur, une opposition farouche qui ne lâche rien, des affaires qui n’arrêtent plus d’éclabousser la tête de l’Etat et un sénateur teigneux qui a juré de déterrer des dossiers pas vraiment parfumés. Que faire ? Embastiller Ould Ghadda, pour le jeter en pâture à l’opinion, en espérant y faire oublier la déconvenue du referendum ? Et après ? Cela le fera-t-il taire ? Rien n’est moins sûr. Chercher d’autres boucs émissaires pour expliquer la fronde des sénateurs ? Indexer, comme au temps des pires régimes dictatoriaux, cette cinquième colonne qui « cherche à semer le désordre dans le pays » ?
Empêtré dans d’inextricables difficultés,  Maaouya avait chargé ses services secrets de goupiller, en 2003, un plan diabolique, nommé Grab 1, pour envoyer les opposants en prison. Il s’avérera, plus tard, qu’il ne s’agissait que d’un montage grossier, inventé de toutes pièces. Alors, un Grab 2 en perspective ? On sait comment le premier s’est soldé, deux ans plus tard. Aurait-on, cette fois, l’opportunité d’en finir, dans les mêmes délais mais avec beaucoup plus de citoyenneté ? Grab… uge des urnes, donc, en 2019 ?
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

samedi 19 août 2017

Editorial: N'en jetez plus, la cour est pleine

Le referendum, (anticonstitutionnel, il faut le souligner) auquel notre guide éclairé tenait tant, pour tenter de se débarrasser d’un Sénat qui risquait de contrecarrer ses (noirs) desseins, appartient désormais au passé. Mais à quel prix ? D’énormes moyens ont été déployés, des meetings organisés un peu partout, des ministres envoyés au charbon, un pays à l’arrêt pendant deux semaines, une administration territoriale au garde-à-vous, pour arriver à un taux de participation qui s’annonçait, avant gavage de divers « bons » offices et le douteux concours de la CENI, rachitique. Dans les grandes villes, la désaffection des bureaux de vote fut manifeste. Une victoire tant entachée d’irrégularités, que les vainqueurs ne l’ont que peu ou prou fêté. Triomphe bien modeste, pour une fois. Le communiqué sanctionnant le conseil des ministres suivant n’a pas lâché un seul mot sur la consultation. Contrairement aux usages, on n’a félicité ni la population, ni les organisateurs, ni les forces armées et de sécurité qui ont « permis le bon déroulement du scrutin ». Le Président, dit-on, serait fort mécontent de son gouvernement, de son parti, de son staff de campagne et de « ses » hommes d’affaires qui n’ont pas mis la main à la poche. Bref, l’atmosphère, au Palais gris, tourne, ces temps-ci, au délétère. Et, pour corser le tout, l’homme des mois d’Août n’a pas trouvé mieux que de kidnapper et jeter, encore une fois en prison, le sénateur Ould Ghadda, alors que celui-ci est encore couvert par son immunité parlementaire, le Conseil constitutionnel n’ayant toujours pas proclamé les résultats du référendum. Et même s’il le faisait, cela ne changera pas grand chose. Bien avant le referendum azizien, le pouvoir considérait que le Sénat n’existait plus. Ni le premier ministre, ni quatre membres de son gouvernement n’ont daigné répondre à ses convocations. Mais pour nombre de citoyens, pour l’opposition, pour les démocrates, le sénat restera toujours la chambre haute du parlement qui s’est levé un jour pour dire  Non à la violation de la Constitution.
 Dans sa guerre sans merci contre le pouvoir, Ould Ghadda vient de démonter, grâce au témoignage d’un sous-officier présent au moment des faits, la version officielle de la « balle amie » de Tweyla, et a promis de dévoiler les dessous de l’affaire Senoussi. Il est devenu plus que gênant. Tout comme certains opposants à qui le pouvoir s’apprêterait à intenter un procès au pénal.
Le climat serait-il donc au politico-policier ? Ministre de la justice et président de la Cour suprême, sous la supervision directe d’Aziz, sont sommés de nettoyer les boubous de l’Etat. Ils ont en effet du pain sur la planche : Ghanagate (où l’inamovible Coumba Bâ est empêtrée) ; rançon de Senoussi ; argent de Khadafi ; monnayage de positions diplomatiques (un jour avec l’Iran et le Soudan, un autre avec le Qatar, une nuit avec la Saoudie, une attaque en règle contre l’Europe) ; Polyhondong exonéré de taxes et de rapatriement de devises, pendant 25 ans ; 7 milliards de dollars de la SNIM 2010-14 partis en fumée ; minerais bradés ; écoles, stades et ancien aéroport vendus à des privés triés sur le volet ; ATTM et ENER croulant sous la mauvaise gestion ; dette du pays propulsée à plus de cinq milliards de dollars ; centrales électriques ; avions de la MAI ; l’usine de montage des avions qui n’a jamais vu le jour malgré le déblocage de sommes faramineuses ; terres du fleuve, droits de douanes compromis ; fausses quittances du Trésor ; marchés de gré à gré et cession  monnayée d'une partie du territoire : les armoires du pouvoir sont emplies de cadavres… Et il n’est pas du tout certain qu’en s’en prenant à ceux qui n’en supportent plus l’odeur, on élimine celle-ci. Bien au contraire. Le peuple mauritanien s’est certes habitué, en quarante années de développement militarisé, à toutes sortes de pestilences. Mais les estomacs les plus rustiques finissent, tôt ou tard, par se révulser. N’en jetez plus, général, la cour est pleine…
                                                      Ahmed Ould Cheikh

dimanche 13 août 2017

Editorial: 53% d’honneur : à emporter ou à consommer sur place ?

Ould Abdel Aziz a finalement (dés)organisé « son » referendum. Après le coup de sabot lancé, aux amendements constitutionnels, par le Sénat, les renvoyant, sans autre forme de procès, à leur expéditeur, notre guide éclairé tenait à cette consultation populaire,  pour « laver son honneur » terni par une bande de « corrompus », comme il se plaisait à appeler les honorables de la Chambre haute. Malgré son caractère anticonstitutionnel (l’article 38 qui lui sert de base juridique ne peut être invoqué, s’il s’agit de toucher la loi fondamentale de notre République), son coût (on parle de six milliards) et la levée de boucliers qu’il a suscitée dans la rue, le referendum a été bâclé, samedi dernier 5 Août. Août ? Tiens, tiens… Le choix n’est pas aussi fortuit que cela. Après les coups d’Etat du 6… Août 2008 et 3… Août 2005, contre des présidents, nous avons, désormais, celui du 5… Août 2017, contre le pays, sa Constitution et ses symboles. Jamais deux sans trois. Dans une atmosphère de fraude sans précédent, qui rappelle, étrangement, les premiers balbutiements de notre « démocratie militaire », lorsque le bourrage des urnes était la règle d’une administration juge et partie. Elle a été, cette fois encore, mise à contribution, après avoir été reléguée aux oubliettes, lors des consultations précédentes. Chaque hakem a, en effet, reçu la rondelette somme de 17 millions d’ouguiyas pour « organiser » le scrutin comme il se doit. Et ils ne se sont pas fait prier pour faire du « bon » boulot. C’étaient eux, en fait, les véritables directeurs de campagne. À tourner et retourner, sensibiliser sur la nécessité – que dis-je, l’obligation ! – d’un oui massif, à défaut d’être franc, promettre et menacer, même, ceux qui n’étaient pas « chauds ». L’essentiel était d’obtenir le meilleur score possible. Il faut dire que l’absence des représentants de l’opposition, dans les bureaux de vote, leur a grandement facilité la tâche. On a vu des bureaux voter oui à 100% d’inscrits, des absents et des morts accomplir leur devoir civique, des votes multiples, voire multi-multiples, des enfants voter comme des grands et des votants plus nombreux que les inscrits. Parallèlement, on a vu des villes « mortes » et des bureaux de vote déserts. Un hiatus énorme, entre les agglomérations urbaines – là où y a le plus de votants, où le degré d’éveil est important et dont les habitants ont dit non aux amendements – et certaines localités de l’intérieur où les notabilités ont encore leur mot à dire. Dès les premières heures de la matinée de samedi, on s’est rendu compte que le taux de participation, dans les grandes villes, serait, sinon catastrophique, du moins très bas. Et la tendance ne s’est inversée à aucun moment de la journée. Si bien qu’à Nouakchott, on évoquait un taux qui ne pouvait guère dépasser les 10%. Grosse panique dans les rangs de la majorité. Mais où est donc passée la marée humaine qui accueillit Ould Abdel Aziz, lors de son « super méga-meeting » de clôture de la campagne ? N’étaient-ils là que parce qu’ils étaient obligés ? La ferveur du jeudi soir a rapidement cédé à l’abattement. La fête organisée, à grands frais, au Palais des congrès, pour fêter la victoire, a fini en queue de poisson. Ould Abdel Aziz s’est retiré bien avant la fin du show, énervé, dit-on, par la faible mobilisation des électeurs et le rendement plus que médiocre de certains directeurs de campagne qui l’ont, aurait-il dit, « roulé dans la farine ». L’arroseur arrosé…
La balle était à présent dans le camp de la commission électorale. Allait-elle proclamer les résultats véritables, au risque de fâcher ? Ou prendre ses aises avec les chiffres, pour les rendre plus « présentables » ? Tout au long de la journée de dimanche, on évoquait de profondes divergences, entre ses membres dont plusieurs auraient refusé de tripatouiller les calculs. Il n’en était rien, puisqu’à 22 heures sonnantes, son président annonce un taux de participation de… 53%. Logique, s’il parlait du… Sénégal voisin qui vient d’organiser des élections législatives. Mais, en Mauritanie, au seul vu du déroulement du scrutin et malgré la fraude, il est impossible que ce chiffre atteigne de telles proportions. Ah, vieillesse ennemie, se lamentera donc le plus propre des sept «metteurs en CENI » de cette triste mascarade, que n’ai-je donc vécu que pour cette infamie ? Le vieux peut en effet se lamenter. Entendez-vous glousser les rires, partout dans nos villes ? Hé, m’sieur l’président, vos 53% d’honneur, c’est pour emporter au Palais ou vous consommez sur place ?
                                                                                            Ahmed Ould Cheikh

lundi 7 août 2017

Editorial: La fatwa de Trump

Au Pakistan (pas en Mauritanie, qu’à Dieu ne plaise !), la Cour suprême a décidé, vendredi dernier, de destituer le Premier ministre, Nawaz Sharif, pour corruption, après la publication, au printemps 2016, de documents du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, démontrant que ses enfants détenaient des sociétés et des biens immobiliers, par l’intermédiaire de holdings offshore. Une commission d’enquête, nommée par la Cour Suprême, avait constaté une « importante disparité », entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie. La fortune de Nawaz a, en effet, connu une « hausse exorbitante », entre 1985 et 1993, soit lors de ses premières années au pouvoir. Sa fille Maryam est également propriétaire de luxueux appartements londoniens.
La ressemblance avec la Mauritanie est frappante. La fuite programmée des enregistrements Whatsapp attribués au sénateur Mohamed ould Ghadda et la contre-attaque fulgurante qui s’en est suivie, dans les media, ont étalé, au grand jour, le problème de la fortune de notre Nawaz Sharif national, qui a connu, elle aussi, une « hausse exorbitante », forte de luxueux appartements parisiens, si l’on en croit le leader de la fronde sénatoriale. Ould Ghadda a cité, entre autres, les marchés de gré à gré (qui ont généré d’énormes commissions), les immeubles, les sociétés, les terrains et deux appartements très bien situés à Paris. Et  il faut  s’attendre, dans les jours qui suivent, à ce que la liste de ses biens, ceux de sa famille  et de ses prête-noms à l’étranger (comptes bancaires et biens immobiliers notamment) s’allonge dangereusement.
Il n’en faut pas plus pour que les internautes s’emparent de la question. Un de ces appartements, celui de la rue Lauriston (dans le 16ème arrondissement, le plus chic de Paris, non loin du siège de la Gestapo française), propriété de l’une de ses filles, est aussitôt déniché. Sa photo fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Malheureusement, nous n’avons, en Mauritanie, ni justice indépendante, ni Cour suprême autonome mais une démocratie de façade, des institutions de pacotille et une fâcheuse tendance à s’engraisser sur le dos de la bête. Sinon, comment le Président pourrait-il s’abstenir de déclarer, comme la loi l’y oblige, son patrimoine ? Pourquoi les déclarations d’une extrême gravité d’Ould Ghadda n’ont suscité aucune réaction officielle ? Si, comme on veut nous le faire croire, le judiciaire n’est pas aux ordres de l’exécutif, pourquoi un juge ne s’autosaisit-il pas  et ordonne une enquête, pour séparer le bon grain de l’ivraie ? Il n’est en rien logique, dans un pays « normal », qu’un président accusé de telles turpitudes reste de marbre. Comment, dans ces conditions, peut-on demander, à l’opposition, de respecter la loi, si le premier responsable, celui qui doit veiller à son application, la transgresse ouvertement ? Au rythme où vont les choses, quand la parentèle du chef se permet de tirer, à balles réelles, sur des citoyens ou de gifler des hommes de loi impunément, plus personne ne respectera rien dans ce pays.
Donald Trump a vu juste,  pour une fois, en déclarant, récemment, qu’il n’y a pas de raccourci vers la maturité et que les dirigeants africains changent les constitutions, en leur faveur, pour demeurer président à vie. Des propos qui sonnent, pour nous, comme une prémonition. Avec les amendements constitutionnels en cours d’accouchement, il est fort à craindre qu’Ould Abdel Aziz se donne les coudées franches, pour s’attaquer au verrou qui hante ses nuits, celui de la limitation des mandats. Franches, c’est tout de même beaucoup dire. Car, franchement, c’est sans aucune vergogne qu’il tend, désormais, à dévoiler sa roublardise…
                                                                           Ahmed ould cheikh 

samedi 29 juillet 2017

Editorial: Etat voyeur, Etat voyou

Depuis quelques jours, une nouvelle affaire, dite des « enregistrements Whats’app » attribués au sénateur Mohamed ould Ghadda, affaire aux relents de film de série B, ne cesse de défrayer la chronique, malgré l’actualité de la campagne référendaire, lancée par Ould Abdel Aziz himself. Le sénateur, farouche opposant au pouvoir en place et dont les téléphones avaient été confisqués, en Mai dernier, par la gendarmerie de Rosso, après un accident de voiture, a vu ses discussions étalées au grand jour. Les services de renseignements ont pris leur temps pour tripoter lesdits téléphones et en extraire des conversations où l’homme évoque, surtout, la fronde au Sénat et le rejet des amendements constitutionnels par cette haute chambre du Parlement. Rien que du très banal, pour un homme politique, engagé à fond dans une cause, qui affûte ses armes, mobilise les soutiens et cherche à rallier un maximum d’adhérents à sa cause. Qu’y a-t-il de mal à récolter des fonds pour soutenir des collègues, appuyer des partis d’opposition ou venir en aide à un(e) collègue, dans des circonstances déterminées ? Naguère général et pourtant alors soumis, lui, à une obligation de réserve, Ould Abdel Aziz ne suscita-t-il pas lui-même et soutint (en faisant appel à d’autres) un bataillon de parlementaires, pour mener la vie dure au seul président démocratiquement élu de notre histoire républicaine ? D’où obtint-il des fonds, pour maintenir la cohésion de sa troupe politicienne ? Peut-il reprocher, à quiconque, d’utiliser les armes dont il usa lui-même ? A la guerre, comme à la guerre…
Distillée au compte-gouttes, la publication de ces enregistrements, qui n’apportent rien de nouveau sur le fond, sauf, peut-être, qu’Ould Ghadda a joué un rôle-clé, dans le rejet, par le Sénat, des amendements constitutionnels, vise, en fait, un double objectif : occuper l’opinion et lui démontrer que les motivations des sénateurs n’étaient pas aussi désintéressées qu’ils l’ont affirmé. Mais la médaille a son revers. En violant le secret des correspondances, le pouvoir se met dans une inconfortable position. Cette Constitution qu’il veut amender et pour laquelle il mobilise les ministres, les hauts fonctionnaires, l’Administration, l’Armée et tous les moyens de l’Etat, ne stipule-t-elle pas, en son article 13 que « l’honneur et la vie privée du citoyen, l’inviolabilité de la personne humaine, de son domicile et de sa correspondance, sont garanties par l’Etat » ? A quoi sert une Constitution si, à la première occasion, on la piétine, en étalant, de surcroît, son forfait sur la place publique ? A quoi servent les lois, si ceux-là mêmes qui sont censés les faire appliquer, les violent impunément ? Qu’appelle-t-on un Etat qui saccage, au lieu de la  garantir, l’inviolabilité de la personne, de son domicile et de sa correspondance et ne s’en cache pas ? Un Etat-voyou, tout simplement. Qui ne recule devant rien, pour traîner ses opposants dans la boue, divulguer leurs correspondances et chercher le moindre prétexte pour les embastiller.
                                                                                           Ahmed Ould Cheikh

lundi 24 juillet 2017

Editorial: Amendements spirituels

Après le premier des ministres à l’Est, en Assaba et au Brakna, où il a tenu des meetings en faveur des amendements constitutionnels, c’est au tour du président de l’UPR – le parti-Etat, version PRDS, l’argent et les foules en moins – de prendre son bâton de pèlerin pour sillonner le Trarza, de long en large. Tout sourire, Ould Maham, accueilli, comme un chef d’Etat, à l’entrée des cités, ne boudait apparemment pas son plaisir.
Il passe en revue les cadres, accourus de Nouakchott, les notables et ceux qui le sont moins, en se délectant d’être à la tête d’un parti visiblement aussi populaire que ceux qui l’ont précédé. Et qui, pourtant, volèrent tous en éclats, à la première bourrasque emportant leur tête « pensante »…  Mais foin de mauvais augures ! Pour l’heure, le président de l’UPR veut profiter de l’instant présent. Cette foule qui l’acclame, ce micro qu’on lui tend, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, ce n’est pas donné à tout le monde.
Et le voilà, emporté par son élan, à faire preuve d’une mémoire étonnamment sélective : « Le Trarza, cette région qui a donné, au pays, tant d’oulémas et de savants, dont le rayonnement a dépassé nos frontières... ». Mais pas un mot sur l’émirat séculaire, la résistance à la colonisation, les dizaines de martyrs… Les traits rouges au drapeau pour lesquels il fait campagne ne sont-ils pas un hommage à cette même résistance ? Ne lui faisons pas porter le chapeau. Ould Maham n’est que la voix de son maître qui n’apprécie pas, particulièrement, cette région, du moins en certaines de ses composantes. Et il ne s’en cache pas.
Alors pourquoi le Trarza, alors qu’il n’a encore visité aucune autre ville de l’intérieur, pas même les chefs-lieux de région ? Qu’a-t-elle de plus que les autres pour expliquer ce putatif engouement envers les amendements constitutionnels ? Que lui vaut cet honneur ? Des ministères à la pelle, comme lors d’un passé récent ? Des secrétariats généraux de ministères, des directions d’établissements publics ou des ambassades ? Jamais, en effet, cette région n’a été aussi marginalisée et ses symboles si peu considérés.
Mais elle n’est pas la seule. Comme le reste du pays, le Trarza souffre d’un profond mal-être. Ses élites, qui refusent de s’abaisser à la flagornerie et au « lèche-bottisme », sont exclues. La seule route qui la relie au monde, et qui date des années 60, a été volontairement sabotée, au moment où d’autres, dont l’impact est quasi-nul, sont construites aux frais du contribuable. Les « grandioses » projets qu’on y lance, ne lui sont pas destinés. Ils servent, plutôt, à enrichir des intermédiaires à la moralité douteuse. Et s’il s’agissait, de surcroît, de la dépouiller d’une partie de son histoire, il n’y avait qu’un pas qu’Ould Maham a allègrement franchi à Rosso. Avant d’en franchir un autre,  beaucoup plus grave,  à Boutilimitt, en déclarant qu’Ould Abdel Aziz « a nourri ce peuple à sa faim et l’a protégé de la peur » (sic !), comme le fit Allah envers les Qoraichites. Révisionnisme et associationnisme en guise d’amendements spirituels ? L’appétit, il est vrai, vient en mangeant…
                                                                             Ahmed Ould Cheikh

lundi 17 juillet 2017

Editorial: ...Et la caravane passe

Troisième mandat ! Le mot qu’on croyait tabou est lâché et pas par n’importe qui. Par le premier des ministres en personne, lors d’un meeting à Bouratt, au milieu de ce qu’on a coutume d’appeler le Triangle de la pauvreté. Pourtant, on pensait que le débat était clos, depuis l’allocution prononcée, par Ould Abdel Aziz, en Octobre dernier,  lors de la cérémonie de clôture du dialogue organisé avec une partie de l’opposition. Notre guide éclairé avait alors déclaré, solennellement, qu’il n’était pas question, pour lui, de toucher les articles limitant le mandat présidentiel et qu’il plaçait l’intérêt du pays au-dessus du sien. Si la déclaration allait de soi, puisque les articles en question étaient verrouillés, ça irait « encore mieux en le disant », pour paraphraser Charles Maurice. Qu’est-ce qui a changé entretemps, pour que l’appétit revienne aussi vite ? En fait, très peu d’observateurs pensaient qu’Ould Abdel Aziz était sincère, dans son affiche respectueuse d’une Constitution qu’il a foulée du pied, allègrement et à plusieurs reprises, mais le contexte n’était pas favorable à une annonce qui risquait d’avoir des conséquences désastreuses pour son pouvoir. Il a donc joué « balle à terre », comme disent les footballeurs, en attendant que l’idée mûrisse et que l’occase de s’en délecter se présente. Un premier essai s’est révélé pourtant calamiteux, avec le refus des sénateurs de voter les amendements constitutionnels qui supprimaient leur Chambre parlementaire et lui permettraient d’avoir les coudées franches, pour passer toute modification à sa convenance,  par une assemblée nationale toute à sa botte. Une déconvenue qui chamboulait tous ses plans et qu’il a très mal prise. Il ne lui restait plus qu’à s’obliger, contraint et forcé, à un incertain referendum, anticonstitutionnel, de surcroît, puisque le refus des sénateurs en interdisait même le recours, selon le titre IX de notre loi fondamentale. Branlebas de combat et report, pour la troisième fois, de la date de clôture du recensement électoral, au constat de ce que ledit referendum n’intéressait personne. Des généraux, des ministres et des hauts fonctionnaires envoyés au charbon, pour sensibiliser les leurs. Un président de la République qui multiplie les audiences, parfois avec des sous-fifres incapables de mobiliser leur propre famille. Celui de l’UPR qui sillonne le pays, pour dire que la Mauritanie a encore besoin  de « son » président, pour parachever l’œuvre de construction nationale entamée en 2008. Et, last but no least, le Premier ministre qui lâche, enfin, le morceau. Après avoir déclaré, à Tintane, que le système en place ne quitterait pas le pouvoir en 2019, le revoilà qui précise son idée : Ould Abdel Aziz fera bien  un troisième mandat. Le parjure ne faisant apparemment pas partie de son vocabulaire, Ould Hademine fait fi du serment prêté, par son mentor, de l’inviolabilité des articles sur le mandat présidentiel et du danger que fait peser, sur le pays, une énième violation de la Constitution. Mais ne lui faisons pas porter un chapeau plus gros que sa tête. Il fut toujours fidèle exécutant. C’est ce qui explique sans doute sa longévité, sans le moindre état d’âme, au service d’un pouvoir qui en est encore moins pourvu. Ce qui ne les disculpe, ni l’un ni l’autre. Il arrivera bien un jour où il faut rendre compte et se cacher derrière le sacro-saint principe de l’obéissance aux ordres venus « d’en haut » ne prémunira pas l’auteur de tout acte contraire aux lois et textes en vigueur.
Mais, avant d’en arriver là, il faut sonner le tocsin. L’opposition, la société civile, les démocrates et les partenaires étrangers doivent coordonner leurs efforts, pour faire échec à cette nouvelle forfaiture en gestation. Nous ne sommes certes pas de ceux qui crient « Aux armes, citoyens ! » mais nous voilà debout avec tous ceux qui croient en la souveraineté du peuple, bien au-dessus de ceux qui ne s’emploient qu’à l’abuser. Les propos d’Ould Hademine sont volontairement provocants. Ils ne traduisent que l’aboi d’un pouvoir en mal-être.  Lève-toi donc, peuple mauritanien, et que ta caravane passe, majestueuse, au pas tranquille de tes chameaux !
                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 9 juillet 2017

Editorial: Défaillances systématisées


Les Nouakchottois, du moins ceux qui habitent le quartier huppé de Tevragh Zeïna, ont été surpris, la nuit suivant la fête, par un promeneur un peu particulier.  A bord d’un bolide (de ceux que le Qatar avait gracieusement offerts, à notre pays, à l’occasion du Sommet arabe !), Ould Abdel Aziz longeait les rues, ce soir-là, accompagné de sa douce moitié, particulièrement celles de ce quartier chic (n’exagérons rien). Echangeant saluts avec les rares personnes qui croient encore aux vertus de la Rectification, il s’est arrêté aux feux, comme tout bon citoyen. Et, dans un accès subit de générosité, a même offert un billet de 5000 UM à un mendiant. La scène a été filmée et a fait le tour des réseaux sociaux. Ses soutiens y ont vu un président « humain, normal, sensible à la détresse de ses concitoyens ». Il n’y a pourtant pas de quoi se vanter. S’il avait réalisé le quart de ce qu’il nous avait promis, il n’aurait pas vu un seul homme ou femme se départir de tout orgueil, pour un billet de banque sans lequel ses enfants périraient de faim. S’il n’avait pas renvoyé Pizzorno, pour un problème personnel, et attribué le ramassage des ordures à des sociétés fictives, pour des raisons politiques, Nouakchott ne croulerait pas sous les ordures. A-t-il vu, de ses propres yeux, le laisser-aller, érigé en mode de gestion de cette vitrine que doit être la capitale ? A-t-il vu les étals sur les trottoirs et la chaussée, ne laissant, aux automobilistes, qu’un filet de route pour s’y faufiler?  Pourquoi n’a-t-il pas réagi alors ?
Il est vrai que Nouakchott est à l’image du pays : mal géré, sale et désorganisé. Si nos ressources naturelles étaient bien gérées, la pauvreté et le chômage auraient disparu depuis longtemps. N’est-il pas symptomatique que le dernier rapport du National ressource Gouvernance Institute (NRGI), mesurant l’indice de gouvernance des ressources naturelles dans 81 pays, classe la Mauritanie dans la catégorie des Etats dont la gouvernance est qualifiée de « défaillante », au même titre que le Zimbabwe ou l’Erythrée ? Où sont passées les dividendes du fer, de l’or, du cuivre et du poisson ? Où sont partis les 4 milliards de dollars que nous avons contractés auprès des bailleurs de fonds ?  S’il avait accordé les mêmes chances à tout le monde, s’il n’avait pas banni certains et mis un embargo sur leurs sociétés, le chômage n’aurait pas atteint de telles proportions. Si tout l’argent qu’on reçoit était réellement destiné au développement, le pays serait doté d’infrastructures dignes du nom. Si la planification avait droit de cité, on n’aurait pas besoin de démolir nos routes, pour les refaire à nouveau. Si, dès son arrivée, il y a 9 ans, il avait accordé un tout petit peu d’importance à l’enseignement, la « génération Aziz » serait, maintenant, au collège et sortirait ainsi d’un îlot de médiocrité. Si, en son temps, l’esprit mercantiliste n’avait pas pris le dessus, toutes les façades des maisons ne seraient pas transformées en boutiques et les écoles vendues pour devenir des marchés.  Rectification, en langage azizien, est bel est bien synonyme de systématisation des défaillances.
                                                                                   Ahmed Ould Cheikh

samedi 24 juin 2017

Editorial: Honni soit qui mal y pense!

Il a renversé un président civil, tenu son pays en laisse pendant plus de vingt ans, pillé ses maigres ressources, avec la complicité de son épouse et de son entourage, organisé des élections pour les gagner haut la main, avant d’être obligé de céder le pouvoir, après avoir reconnu sa défaite, lors de la seule élection où il y eut un semblant de transparence. Il, vous l’avez sans doute reconnu, c’est Yaya Jammeh, le fantasque dictateur gambien qui, comme tout bon militaire, s’est accroché, jusqu’au bout, à son pouvoir, avant de le lâcher, lorsque les bruits d’autres bottes atteignirent les portes de Banjul. Défait par un candidat qui n’était ni le principal leader de l’opposition (qui se trouvait, à ce moment, en prison), encore moins une lumière, Jammeh est en train de connaitre les affres de l’exil et, bientôt, de la solitude.
Sa fortune en Gambie a été saisie par les nouvelles autorités. Quatre-vingt-six comptes bancaires et cent trente-et-un biens immobiliers et autres entreprises sont venus renflouer un Trésor public que sa gestion calamiteuse avait rendu exsangue. Dernier épisode en date, dans cette descente aux enfers : sa femme Zeynab vient de demander le divorce. Sentant l’étau se resserrer autour d’elle, celle que les Gambiens appelaient la « pilleuse d’or » ou la « diablesse a préféré jeter l’éponge. Elle en a apparemment assez des frasques de celui qui sera bientôt son ex-mari. N’ayant plus le pouvoir, il n’a plus, comme tous les dictateurs de son acabit, aucun attrait.
Un belle leçon de vie pour ceux qui ont démis et renversé des présidents, s’incrustent au pouvoir, en font leur chasse gardée, méprisent leur opposition, organisent des élections entachées de fraude, piétinent le texte fondamental et les lois de leur république, comme bon leur semble, confondent biens publics et propriétés privées, font, de l’attribution des marchés de gré à gré au profit de leur clan, leur sport favori, négocient comme s’ils étaient des hommes d’affaires, construisent hôtels et marchés, prennent des participations dans les banques et les sociétés, au vu et au su de tout le monde ; bref, s’enrichissent ostensiblement, alors que l’écrasante majorité ploie sous le fardeau d’une vie de plus en plus impitoyable. Pensant, à tort, que ce qui est arrivé à Jammeh n’arrive qu’aux autres, ils dorment sur leurs lauriers, jusqu’au jour où tout s’écroule sur leur tête, comme un château de cartes. Ni l’armée, ni les forteresses, ni, encore moins, la fortune amassée avec boulimie ne peuvent alors endiguer le flot. Quand la roue de l’Histoire tourne, elle écrase tout son passage. Kadhafi, Moubarak, Ben Ali, Compaoré et, plus récemment, Jammeh, en savent quelque chose.
Toute ressemblance avec notre pays est évidemment fortuite. Depuis 2008, la Mauritanie est devenue un paradis sur terre. Sa démocratie marche à merveille et son Président, très peu intéressé par les biens matériels de ce bas-monde, n’a d’autre souci que le bien-être de ses concitoyens. Il fera ses deux mandats et se retirera en douceur. Les amendements constitutionnels qu’il propose ne sont destinés qu’à corriger des imperfections. Et honni soit qui mal y pense !
                                                                                           Ahmed ould Cheikh

dimanche 18 juin 2017

Editorial: Ecrire l'Histoire

Dans une précipitation pour le moins douteuse, la Mauritanie a décidé, subitement la semaine dernière, de rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar, celui qu’elle appelait, il y a peu encore,  un  « pays frère et ami ». Savez-vous pourquoi ? Ce « pays frère et ami » nous a-t-il agressé ? A-t-il financé une rébellion ou un mouvement armé pour nous déstabiliser ? Un de ses dirigeants nous a-t-il attaqués verbalement ? Al Jazeera, qu’il finance, a-t-elle mené campagne contre nous ? A-t-il été le premier à  rompre nos relations, pour qu’on fasse jouer la réciprocité ? Que nenni ! Nous l’avons fait, tout simplement, parce que l’Arabie saoudite nous a demandé de la suivre, dans une escalade dangereuse pour la stabilité de cette région du monde. Nous avons, du coup, mis le doigt dans un engrenage dont les conséquences nous échappent, un jeu de grands où nous n’avons rien à faire, une querelle de leadership où nous n’avons rien à voir. Si l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn accusent le Qatar de chercher à normaliser ses relations avec l’Iran, de financer le terrorisme (le Hamas devient, du coup, une organisation terroriste) et de chercher à déstabiliser le monde arabe, par la voix d’Al Jazeera, de quoi se mêle la Mauritanie ? Notre guide, sûrement pas éclairé cette fois, obéit, au doigt et à l’œil désormais, au royaume wahhabite et ne s’est  pas fait prier pour rompre avec le Qatar, dont l’émir, accueilli, en grandes pompes, l’été dernier, pour le Sommet arabe, n’était pas aussi infréquentable que ça. Il avait tenu à rehausser ce Sommet de sa présence, contrairement à d’autres derrière lesquels on court à présent.
N’était-il pas plus juste et sage de marquer un temps d’arrêt, avant de prendre une décision aussi radicale ? De petits pays plus pauvres que nous, la Somalie et l’Erythrée, sollicités par l’Arabie saoudite et les Emirats, pour rompre avec le Qatar, contre un pont d’or, ont poliment décliné l’offre. Les deux Etats ont exprimé leur inquiétude, devant une situation qui divise, un peu plus, le monde arabe. Ils ont demandé, à ces Etats frères, de  privilégier la voie du dialogue et de la concertation, pour régler le différend. Le Maroc, allié stratégique de l’Arabie saoudite qui y investit des milliards de dollars, ne devrait, normalement, rien lui refuser. Il a pourtant décidé de « ne pas verser dans les déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences », selon un communiqué de son ministère des Affaires étrangères. Une position pleine de bon sens qui aurait dû être adoptée par tout Etat doté d’un peu de… bon sens.
Il est vraiment loin le temps où notre diplomatie, sous la férule de feus Mokhtar ould Daddah et Hamdi ould Mouknass, réussissait à exclure Israël de l’Afrique, jouait les intermédiaires, entre l’Egypte de Nasser et la Chine, faisait réunir le Conseil de sécurité à Addis Abéba, pour discuter du problème de l’Apartheid. Mokhtar, symbole du désintéressement, n’avait qu’une seule chose en ligne de mire : l’intérêt de son pays et sa grandeur. Et il a réussi, au-delà de toute espérance, sans jamais négocier ou vendre une position qui allait porter préjudice à un pays auquel il a fait don de sa personne.
Que retiendra l’Histoire du règne azizien ? Les coups de tête et les fanfaronnades ou les coups bas et les trahisons ? Chacun écrit, certes, l’histoire qu’il peut. Mais quand on s’est hissé à la prétention d’écrire celle d’une nation, il faut, pour atteindre à la majuscule – celle de l’Histoire – une réelle élévation de cœur, d’intelligence et d’esprit ou, du moins, la volonté d’y parvenir. Ould Abdel Aziz a-t-il seulement celle-ci ?
                                                                          Ahmed Ould Cheikh