dimanche 20 octobre 2019

Editorial: Game over?

Un enregistrement vidéo datant de quelques années circule, depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux. L’ancien président Ould Abdel Aziz y évoque la gabegie qui mine l’économie du pays. Devant une foule enthousiaste qui croyait encore à ce qui ne se révèlera, finalement, qu’un cynique slogan creux, celui qui s’affirmera, à l’épreuve des faits, comme le plus grand prédateur de la République fait mine de s’emporter : « Deux, trois ou quatre personnes font main basse sur le budget de l’Etat et l’on ne réagit pas.  Il n’est pas normal qu’à chaque changement de régime, on fasse table rase du passé et  laisse les criminels impunis. » Le décor est planté : Le budget de l’Etat, les prêts, les dons, tout a été avalé. Le régime a changé et ses crimes restent, à ce jour, impunis. Risque-t-on de lui appliquer la sentence qu’il a lui-même édictée ? La demande populaire en ce sens est très forte, serait-ce trop demander à son successeur et ami ? Il y a, en tout cas, urgence à nettoyer les écuries d’Augias que ce pouvoir maléfique nous a laissées. En commençant par entreprendre un véritable audit des finances publiques, des sociétés injustement liquidées, des marchés de complaisance en tous les domaines, de la dette astronomique qu’il nous a fourguée, des attributions foncières et, pourquoi pas, du parc automobile. En dix ans, le pays a généré autant d’argent qu’en cinquante années d’indépendance et ne s’en est pourtant pas porté mieux.  Un système éducatif des pires de la planète ; son homologue sanitaire à l’agonie ; un réseau routier toujours pas aux normes, malgré les milliards engloutis ; une dette atteignant les 100% de son PIB : aucun secteur n’arrive à tirer son épingle du jeu. 
Pensait-il, Ould Abdel Aziz,  qu’il passerait, un jour, du statut d’accusateur à celui d’accusé ? Qu’il tomberait en plein dans le mille de ce qu’il reprochait à ses devanciers ? La gestion des deniers publics n’a jamais connu une période aussi sombre que sous son magistère. Il va bien falloir, un jour ou l’autre, en rendre compte. On ne peut pas diriger un pays pendant onze ans, le piller systématiquement, avec le concours d’un clan vorace et se retirer, sur la pointe des pieds  mais dans un bruit de tonnerre : celui d’une ribambelle de casseroles traînées.
En Afrique du Sud, l’ancien président Jacob Zuma, un des leaders de la lutte anti-apartheid, vient d’être rattrapé par la justice de son pays qui lui reproche d’avoir touché des pots-de-vin du groupe français Thales contre un marché d’armement. Il sera jugé pour  corruption. Que dire alors du nôtre qui attribua la centrale électrique duale à la société finlandaise Wartsila, pourtant trente millions d’euros plus chère que les autres entreprises techniquement qualifiées ?  L’aéroport  et le port de Nouakchott, sans le moindre d’appel offres et dans une opacité totale, respectivement  aux sociétés émiratie Afroport et singapourienne Olam ? Un blanc-seing pour piller nos côtes, pendant cinquante ans, à la société chinoise Polyhone Dong ? Dans n’importe quel pays aussi militarisé que le nôtre, un seul de ces crimes aurait valu, à son auteur, cour martiale et peloton d’exécution. Mais en Mauritanie kakie, l’impunité a encore de beaux jours devant elle. Sauf, si la pression de la société civile (qui commence à bouger timidement) et de la rue, décide le pouvoir à franchir le Rubicon. Il y va de notre salut, pour que plus jamais le pouvoir ne soit le chemin le plus court vers l’enrichissement illicite. Game over, une bonne fois pour toutes !
                                                                                                Ahmed Ould Cheikh

lundi 30 septembre 2019

Editorial: Guidons notre guide

Les Mauritaniens aspirent au changement. Après dix ans de disette, jamais le désir de tourner cette sombre page n’a été aussi fort. Si l’on excepte les années de braise de Haidalla (1980-1984) à la fin desquelles le pays tout entier était descendu spontanément dans la rue, pour fêter la délivrance. Au cours de son dernier mandat,  le régime d’ould Abdel Aziz, qui se savait partant, malgré quelques velléités de s’incruster au pouvoir, est devenu synonyme de prédation, gabegie, népotisme, laisser-aller, pillage à ciel ouvert, sans aucun respect des formes. Le pays n’en pouvait plus des mêmes visages bouffis de mauvaise graisse, disant une chose et agissant à l’inverse, prenant l’Etat pour leur vache laitière et le peuple en dindon de la farce. L’administration de la chose publique qu’ils étaient pourtant censés servir et qui leur conférait cette respectabilité (dont ne se prévalent vulgairement que ceux qui en manquent naturellement), n’avait plus d’état que le nom. Missions régaliennes bafouées, ni éducation, ni santé, ni sécurité, jamais l’Etat n’avait été, en à peine une décennie, aussi floué, méprisé, volé. Le peuple (vous, moi et les autres) voyait ses ressources  dilapidées, ses symboles piétinés, son histoire falsifiée. Comme dit le dicton, ce qui tuait à une certaine époque, ne faisait même plus honte. Nous étions tombés au plus bas de la déchéance.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue l’élection présidentielle de Juin dernier. Une élection sur laquelle se sont fondés tous les espoirs, puisqu’elle allait permettre – enfin ! – une alternance pacifique à la tête d’un Etat certes moribond, glissant dangereusement vers l’abîme, mais toujours réformable, si nous nous y mettons avec détermination et constance. D’où l’urgence, pour le nouvel élu, de prendre rapidement le taureau par les cornes, afin de sauver ce qui reste des meubles. Une tâche ardue mais pas insurmontable. Tout balayer d’un coup ? La demande populaire en ce sens est puissante mais, plus encore, le risque de chaos. N’exigeons pas l’impossible. Ould Ghazwani appartient au système qui l’a fait élire. Il ne peut s’en départir d’un trait de plume. L’ombre d’Ould Abdel Aziz continuera à planer sur nous, quelque temps encore, qu’on le veuille ou non. Certains de ses hommes parmi les plus décriés resteront aux commandes en certains postes névralgiques, pour assurer ses arrières. Jusqu’au jour où le vent contraire commencera à tourner. Dans quelques mois ou quelques années. En tout cas, inéluctablement. Le pouvoir, dit-on à juste titre, ne se partage pas et l’on ne peut pas être et avoir été.
L’un assure ses arrières, l’autre ses devants. C’est donc bien qu’on est en interrègne. Entre-temps, les courtisans d’hier se bousculent pour devenir ceux d’aujourd’hui. Que rien ne bouge, surtout, que rien ne bouge ! Sinon en apparence. D’autres, n’aspirant qu’à prendre leur place, n’ont guère plus de volonté à faire bouger réellement les choses. Mais d’autres encore l’ont, cette lucidité de vouloir œuvrer au meilleur, sont conscients de l’impérative nécessité, pour le bien commun, de s’y mettre sans plus tarder ; s’y attèlent déjà parfois. Les Mauritaniens aspirent au changement, disais-je en exergue. Mais de quoi ? Changer de boubou ou de comportement ? De forme ou de fond ? A chacun de nous de répondre à ces questions décisives, en son for intérieur, dans son quotidien, au volant de sa voiture comme à la conduite de sa charrette. Le peuple est souverain, n’attendons pas Ould Ghazwani, prouvons-lui, chacun, partout, à chaque instant, la réalité de notre volonté commune au meilleur, guidons notre guide !
                                                             
Ahmed Ould Cheikh

lundi 2 septembre 2019

Editorial: Rendez nos biens:

Le pont de Rosso sur le fleuve Sénégal, annoncé par le fameux ex-ministre de l’Economie et des finances, suite à un financement de 12 milliards MRO, dans le cadre d'une convention de prêt avec la Banque Africaine du Développement, n’a jamais vu le jour ; ni même un semblant de début de réalisation. Où est passé l’argent ? L’échangeur du Carrefour Madrid, dit Pont de l'Amitié, devait fluidifier la circulation en ce si pénible engorgement, selon les termes du même Ould Djay : le milliard six cent cinquante millions MRU offert par les Chinois à cet effet a disparu… sans que le pont ne soit édifié. La Grande Mosquée de Nouakchott de quinze mille places, avec une aile pour les femmes et autres équipements modernes ; l’hôtel cinq étoiles Sheraton de six étages dont les travaux devaient finir en Septembre 2016 ; l’usine d’assemblage d’avions qui a englouti des dizaines de millions de dollars… sans connaître le moindre début d’exécution. La cour est-elle pleine ? Hélas pas : les installations du projet Guelb 2 de la SNIM ont coûté près d’un milliard de dollars qui n’a servi qu’à acheter des équipements inadaptés, auprès de membres du clan facilement identifiables ; le projet « Sucre de Foum Gleïta », dont les études ont dilapidé des milliards, n’a pas produit le moindre kilo de cette précieuse denrée…  Autant de projets annoncés grandioses dont on attend encore l’audit promis, par Mohamed ould Abdel Aziz, lors d'une de ses conférences de presse. On aurait donc dû savoir, avant la fin de son ultime mandat, si et comment tous les établissements publics avaient respecté les procédures légales et bien géré les fonds et ressources allouées. Mais le 2 Août a passé et l’on n’en sait toujours rien.
Monsieur le Président Ghazwani, vous avez prêté serment, le 1erAoût 2019, devant Dieu et le peuple mauritanien, de servir celui-ci par tous les moyens. Il faut laisser l’amitié de côté et entreprendre, immédiatement, toutes les actions utiles pour récupérer les biens de la nation détournés par votre prédécesseur, sa famille et ses différents acolytes. C'est un devoir auquel nul ne peut vous soustraire. C’est une nécessité pour votre honneur. C’est le moindre gage de votre intégrité. Le peuple, la Nation tout entière se meurt. Ses biens ont été dilapidés. Ses enfants ne sont ni éduqués, ni soignés, encore moins sécurisés. La faute à un pouvoir qui a juré de ne rien laisser, ni pour maintenant, ni pour les décennies à venir.  Allons, Président, courage ! Faites-lui rendre nos biens !
                                                                                                 Ahmed Ould Cheikh

lundi 5 août 2019

Editorial: Enfin!

Plus que  24 heures avant que notre guide éclairé ne disparaisse du devant de la scène politique ! La cérémonie d’investiture du nouveau président élu, prévue le 1er Août, sera incontestablement un tournant dans la vie de notre nation. Celui qui tient les rênes du pouvoir, directement depuis onze ans et indirectement depuis quatorze, va, presque contraint et forcé, céder son fauteuil. Après avoir tenté, il y a quelques mois, un dernier coup tordu, visant à amender la Constitution et s’incruster au pouvoir, il fait brusquement volteface et tue, dans l’œuf, la tentative désespérée de certains députés à violer le texte fondamental. Suit une élection présidentielle contestée envers laquelle il n’aura fourni aucun effort, comme envers toutes celles qui l’ont précédée, pour la rendre un tant soit peu crédible et consensuelle, le voilà à passer, à son successeur, un pays exsangue.  Un cadeau empoisonné… à dessein ? Un pays où plus rien ne marche.  Une économie moribonde, un système bancaire à la dérive, une dette extérieure et intérieure colossale ; un tissu social en lambeaux ; une administration où n’importe qui peut prétendre à n’importe quoi, pourvu qu’il ait les bras assez longs ; une justice totalement inféodée, un système de passation des marchés aux mesures du seul clan ;  l’école et la santé en état de mort clinique ; une insécurité galopante ; des ressources halieutiques aux mains d’un seul homme  qui en distribue les quotas selon son bon vouloir ; un secteur minier dont les retombées ne profitent qu’à une minorité « bien née » ; une agriculture qui continue à absorber des milliards, pour un résultat presque nul… Une capitale pourrie où l’anarchie règne en maître, où les écoles ont été vendues, les places publiques squattées, le plus officiellement du monde, les réserves foncières pillées... Vous en voulez encore ? Il faudrait beaucoup plus de temps et d’espace, pour résumer onze ans de gabegie, de pillage et de laisser-aller. Un héritage tellement lourd qu’il est légitime de se demander si le pays pourra s’en relever.  Des travaux d’Hercule, en somme, pour le nouveau président qui doit, soit assumer l’héritage de son prédécesseur, soit donner un énorme coup de pied dans la fourmilière. Un coup de pied qui emportera moisissures et pourritures dont celle-ci regorge. La nature de l’homme s’y prête-t-elle ? Devenue écuries d’Augias, la Mauritanie a, en tout cas, besoin d’être nettoyée de fond en comble. Mais, bon, plus que 24 heures et tout sera désormais possible. Enfin !
                                                                                                Ahmed Ould Cheikh

lundi 29 juillet 2019

Editorial: Justice transfrontalière

Dans sa chasse effrénée aux opposants, dont le seul tort est de lui avoir dit non et de s’être élevés contre ses méthodes cavalières de gestion, Ould Abdel Aziz  ne veut aucun répit. Même à quelques jours de la fin de son deuxième et dernier mandat, il mobilise avocats et policiers, dans une traque qui risque fort de n’avoir pas plus d’effet que les précédentes. Les mandats d’arrêt lancés, il y a quelques années, contre ses opposants à l’extérieur ont été rejetés par l’Organisation internationale de police, la fameuse Interpol, au motif qu’ils sont de nature politique et ne se basent sur aucune preuve formelle. Aziz ne s’est pas avoué vaincu pour autant. Il ordonne à ses hommes de monter un nouveau dossier où deux hommes d’affaires, opposants en exil, sont accusés, entre autres, de «blanchiment d’argent et fraude fiscale ».  Et pour appuyer sa démarche, il sollicite des experts d’Interpol, de façon à rendre le dossier plus «recevable » que le premier. L’homme a manifestement la haine tenace. Et fait  tout pour porter l’estocade à des adversaires coriaces, avant que ses flancs ne se dégarnissent. C’est ainsi que, de source bien informée, des experts Interpol  sont arrivés, il y a quelques jours, discrètement à Nouakchott au motif qu’ils allaient dispenser une formation mais en fait c’était surtout pour  appuyer lesdits dossiers préparés par le Parquet général mauritanien contre ces opposants vivant l'extérieur du pays. Les voilà repartis après avoir conseillé la maréchaussée sur la meilleure façon de bien ficeler un mandat d’arrêt. N'aurait-il pas été plus judicieux, pour Interpol, que son équipe soit dépêchée pour enquêter sur le Ghanagate et les malles de Coumba Bâ? Un délit transfrontalier où le dollar américain a coulé à flots. Au nom de quel principe Interpol accepte-t-elle de se faire instrumentaliser par un dictateur prédateur qui, jusqu'au dernier jour de son mandat, emprisonne, fait disparaître et libère comme bon lui semble?
Et que dire des ONG peshmergas qui acceptent d'être les instruments de la police politique : plainte contre des opposants à l'extérieur, juste pour leur porter préjudice, quand bien même le dictateur n'ait pu les juger malgré une justice aux ordres ? Ces mêmes ONG qui ont prêté leur nom pour justifier l'emprisonnement des blogueurs Ould Weddady et Cheikh Ould Jiddou ? Et que dire des dizaines de citoyens honnêtes toujours maintenus en liberté provisoire, depuis plusieurs années, juste pour satisfaire l'ego du guide éclairé ?
L'opposition démocratique doit ameuter toute autorité internationalement compétente : Secrétaire Général des Nations unies, Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme, Président et Secrétaire général d'Interpol, etc. – pour dénoncer cette assistance policière internationale  contre l'opposition mauritanienne. Il est vraiment grand temps que cette page se tourne, que la justice cesse d’être instrumentalisée, que l’opposition cesse d’être tenue pour délit. C’est une position normale, critique, indispensable au débat de la chose publique et les institutions internationales si soucieuses de promouvoir la démocratie doivent mettre le holà partout où cette position est bafouée. Et ne jamais accepter, en tout cas, de détourner leurs justes règles au service d’une telle injuste traque.
                                                                                                                 Ahmed Ould Cheikh

lundi 22 juillet 2019

Editorial: Le mois le plus long

On connaissait « Le jour le plus long », film réalisé par Ken Annakin et Andrew Marton, avec John Wayne, Henry Fonda et Bourvil, une fresque historique monumentale et spectaculaire, d'après le livre éponyme de Cornelius Ryan. Sorti sur les écrans en 1962,  il relate, par le menu, le débarquement allié du 6 Juin 1944 sur les côtes normandes. Mais on ne s'imaginait pas alors que ce titre connaîtrait, 75 ans  plus tard, un étonnant remake, plus exactement élongation, quelque part dans une contrée balayée par les vents de sable et qui subit, depuis onze ans, un calvaire sans nom : « Le mois le plus long ». Un navet de chez navets, assurément, qu’aucun réalisateur ne s’aventurera à filmer. Pesant des tonnes de lassitude, ce mois de Juillet 2019, que tout le monde, en Mauritanie, veut voir finir le plus tôt possible, s’étire indéfiniment. Pour  la majorité, sinon la totalité de ce peuple, Août sera celui de la délivrance, de toutes les attentes, de tous les espoirs. Espoir de voir l’actuel Président, dont l’impopularité atteint des records, céder à la place à son dauphin, sans trop de casse. Espoir de voir le pays tourner la page de la crise politique qu’il vit depuis plus de dix ans. Espoir de voir un Président « normal », dirigeant sa majorité avec tact et respectant son opposition, présider à notre destinée. Espoir d’une justice non inféodée à l’Exécutif. Espoir de voir une éducation abandonnée à son sort et une santé publique à l’agonie se relever et marcher normalement. Espoir, pour les opérateurs économiques, d’être tous traités sur un même pied d’égalité. Espoir de ne pas voir une parentèle boulimique faire main basse sur le pays et ses ressources.  Espoir d’une égalité de chances entre tous les citoyens. Espoir de ne voir ni épouse, ni fils, ni fille, ni beau-fils du Président aux premières loges, comme une famille régnante. Espoir de voir toutes les composantes de ce pauvre pays vivre en symbiose, sans haine ni rancune. Espoir enfin d’avoir un Président qui écoute, explique, justifie ses choix, s’excuse s’il le faut, n’en faisant pas qu’à sa tête et ne se prenant pas pour un superman qui veut tout régenter, même les plus petits  détails. Un rêve ? Allons donc ! Jusqu’à présent pacifique, ce peuple ne demande pas la lune. Il veut, tout simplement, être respecté ; que ses richesses ne soient pas dilapidées et que l’Etat remplisse ses obligations à son égard ; que les meilleurs de ses fils, les plus compétents, les plus dévoués au bien, soient aux premières loges pour le servir et non se servir ; qu’il soit sécurisé et que la moindre route ou école de brousse ne soit plus comptabilisée en « grandiose » réalisation. Que la « Direction nationale » ne soit plus le seul point cardinal vers lequel tous s’orientent, pour jouir du moindre petit droit. Bref, que l’Etat chargé, par notre peuple souverain, d’administrer notre bien commun, s’y emploie vraiment, en élaborant et partageant celui-ci avec équité, justice, sens élevé du service, à l’écoute réelle de tous, fussent-ils opposants.
                                                                         Ahmed Ould Cheikh

lundi 8 juillet 2019

Editorial: Une nouvelle page à défaut d'un chapitre

Militaires en faction, fusils en bandoulière, gilets pare-balles, voitures alignées, la commune de Sebkha ressemble, depuis quelques jours, à une zone en état de siège. Après les troubles survenus, suite à la proclamation des résultats de la présidentielle et l’intervention musclée de la police et de la gendarmerie, le pouvoir a voulu marquer le coup. Et de quelle façon ! Le ministre de l’Intérieur est monté au créneau le premier. Il a parlé, pêle-mêle, d’une opération de déstabilisation à grande échelle qui visait notre pays, de  « mains étrangères » – toujours cette cinquième colonne qui nous veut du mal ! – de non-mauritaniens qui seraient passés aux aveux. Bref, de quoi terroriser nos pauvres concitoyens à qui l’on a déjà fait avaler tellement de couleuvres. On arrête, dans la foulée, Samba Thiam, le président des FPC, histoire de diaboliser encore plus les anciens et actuels Flamistes,  et leur attribuer la responsabilité de tous nos malheurs. Mauvais signal au monde où notre pays était bien vu, au moins pour la liberté d’expression qu’il garantissait à ses citoyens, à défaut d’autre chose. Internet est coupé. Pourquoi ? Empêcher le flux d’informations que véhiculaient les réseaux sociaux ? Censurer les images des manifs et de la répression ? Ne pas jeter de l’huile sur des flammes incandescentes ? Un journaliste, Camara Seydi Moussa, directeur de publication de « La Nouvelle Expression », est incarcéré à son tour. Le militant des droits de l’homme, pourfendeur de l’ordre établi, antiféodal à qui l’on ne peut reprocher que sa plume acerbe, fait désordre. Il faut le faire taire.
Et l’armée est appelée à la rescousse, comme si les autres corps n’étaient pas suffisamment outillés pour rétablir l’ordre. Dans un Etat normal, elle n’est appelée qu’en cas de débordements suffisamment graves, état de siège, couvre-feu ou….coup d’Etat. Ould Abdel Aziz veut-il pourrir son fin de règne ? Nous faire regretter les « dix ans de paix et de stabilité » dont ses laudateurs nous bassinent à longueur de journée ? Ou nous préparer à d’autres suites, moins avouables ? A moins qu’il ne soit pas lui-même le commanditaire de ce remue-ménage… L’armée serait-elle intervenue pour siffler la fin de la récréation ? Donner un signal fort au Président sortant ?  Rétablir le « vrai » ordre, en attendant l’investiture du président élu ? La façon dont les troubles ont éclaté, alors qu’ils étaient prévisibles et qu’on pouvait les éviter, le déploiement des forces qui les a suivis, le blackout sur l’information, autant d’indices d’une anguille sous roche. On sent, en tout cela, comme des tiraillements qui ne disent pas leur nom. Des choses nous échappent, à nous autres communs des mortels. On attend donc, on attend l’après-élection, en priant qu’elle ne soit, elle aussi, qu’un leurre. Et qu’elle se termine, en tout cas, sur un après-Aziz sans ambages ni encombres. Le pays en a assez des crises, des crispations, des invectives, du mépris. Il veut tourner la page obscurcie de ratures. En ouvrir au moins une nouvelle, à défaut d’un chapitre...
                                                                                    Ahmed Ould Cheikh