vendredi 27 novembre 2020

Eitorial: Et la Mauritanie témoignera!

 Inna lillahi wa inna ileyhi raji’oune : Sidi ould Cheikh Abdallahi n’est plus. Il a été arraché à l’affection des siens dimanche 22 Novembre. La Mauritanie pleure celui qui fut son premier président démocratiquement élu à sa tête un certain 25 Mars 2007 historique. Après deux tours de scrutin et un débat mémorable entre les deux candidats arrivés en tête à l’issue du premier. Même s’il traînait la « tare » d’être soutenu par les hommes forts du comité militaire qui avait renversé Ould Taya en 2005, feu « Sidioca », comme on l’appelait affectueusement, devint un vrai Président qui osa s’attaquer à divers problèmes cruciaux du pays. Mais la dynamique fut interrompue lorsque ses soutiens militaires (surtout Ould Abdel Aziz,son chef d’état-major particulier) qui avaient tissé une véritable toile autour de lui pour réduire à néant sa marge de manœuvres, prirent la décision de le renverser. Alors qu’il n’a fait qu’user de ses prérogatives constitutionnelles en les limogeant. L’expérience démocratique fut ainsi étouffée dans l’œuf et un nouveau pouvoir militaire, sous vernis démocratique, reprit le pouvoir. Suivirent onze longues années – 2008 à 2019 – de gabegie, prévarications en tout genre et autres détournements qui n’ont toujours pas connu leur épilogue, malgré un rapport plus qu’accablant d’une Commission d’enquête parlementaire plutôt encline à établir la vérité des faits. Quant aux valeurs, l’Histoire a déjà retenu la dignité de Sidi ould Cheikh Abdallahi dans l’épreuve de son injuste destitution. Il est fort peu probable que son tombeur suive son exemple dans la gestion de sa propre chute. Ils se retrouveront en tout cas au Jour de l’Heure. Et la Mauritanie témoignera!, Unanime, elle adresse aujourd’hui toutes ses condoléances à la famille attristée de notre premier Président démocratiquement élu, en priant Dieu d’accorder à celui-ci la plus heureuse place en Son saint Paradis ! Amine.

                                                                                                           Ahmed Ould Cheikh

dimanche 22 novembre 2020

Editorial: J'ai dit bizarre?

 La commission parlementaire a planché six mois dessus. Il a été transmis au Parquet qui en a vérifié la bonne forme. Puis s’est retrouvé entre les mains de la police chargée des crimes économiques et financiers. Le dossier dit de la corruption va- t-il maintenant mourir de sa plus triste mort ? Alors que les auditions des personnes impliquées, avec, à leur tête, l’ex- président Ould Abdel Aziz, se sont achevées depuis plus d’un mois, le dossier n’a toujours été renvoyé au Parquet. Sans qu’aucune explication ne nous soit donnée, à nous autres pauvres citoyens dont les maigres ressources ont été dilapidées pendant une décennie. Certains commencent même à avoir des craintes, à juste titre, qu’il ne finisse en eau de boudin. Témoin de ces atermoiements, les derniers signes du pouvoir donnant l’impression d’une désescalade. D’abord,

l’audience accordée par le président de la République à Isselkou ould Ahmed Izidbih, un des soutiens les plus farouches à Aziz et dont la plume trempée au vitriol n’a ménagé ni la chèvre ni le chou. Reçu au Palais pendant plusieurs heures, il n’a sans doute pas évoqué, avec son hôte, que le temps qu’il fait. Venait-il en médiateur ? Pour s’avancer à telle hypothèse, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’ont pas hésité à franchir. Ensuite, la nomination de Dia Malal au poste de secrétaire général du gouvernement. Un geste que l’opinion publique n’arrive toujours pas à s’expliquer. Cité dans le rapport de la CEP, il a été exclu comme d’autres des instances dirigeantes, en attendant que la justice sépare le bon grain de l’ivraie. Et repêché sans autre forme de procès. « Pourquoi lui ? », serait-on tenté de demander. Enfin, le maintien à la tête de la plus importante société publique d’un homme considéré comme l’âme damnée d’Aziz et dont, bizarrement, le Président vient de dire le plus grand bien lors de la réunion des cadres à Zouérate. Coïncidences ? En tout cas, mon cher cousin, vous avez dit bizarre. Bizarre… J’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre…
                                                                                        Ahmed Ould Cheikh

samedi 14 novembre 2020

Editorial: Air du temps

 D’après les révélations de QG Magazine mises en ligne vendredi, Donald Trump, l’homme qui se surnomme le « guerrier solitaire », aurait accumulé plus de quatre mille poursuites judiciaires et civiles, à ce jour en suspens. « Il ne peut pas se permettre d’accepter la défaite », commente Timothy Snyder, professeur à Yale, « l’office présidentiel est ce qui le maintient hors de la prison et de la pauvreté ».Une enquête du New-York Times renchérit : « Il n’a payé aucun impôt sur le revenu au cours des dix des quinze années précédentes, en déclarant plus de pertes que de gains ». Et à en croire les révélations de Forbes, il serait dans l’obligation de vendre ses propriétés. Bref : Trump a dilapidé la fortune héritée de ses parents. Celui qui occupait, en 2019, la 275èmeplace du classement Forbes des riches américains croulerait sous les dettes : près de trois cents millions de dollars. Et neuf cents autres millions de sa dette immobilière arriveront à échéance dans les quatre ans à venir, selon le Financial Times.

Air du temps ? Si Ould Abdel Aziz se vante, pour sa part, d’une « colossale » richesse, il n’en est pas  moins en suspens d’un nombre au moins aussi important de poursuites. Comme nous le rappelions dernièrement, la Roche tarpéienne est bel et bien contigüe au Capitole… à moins qu’on y dispose des providentielles « dérivations ». L’enquête judiciaire piétine… Pourquoi le chef de l’État reçoit-il Isselkou Ould Ahmed Izidbih dont les déclarations incendiaires contre le régime sont notoires ? Et qui, dans ses tweets et autres publications, ne tarit pas d’éloges sur l’ancien président, victime, selon lui, d’un règlement de comptes qui ne dit pas son nom. Que se sont dit les deux hommes ? Mission de bons offices ? Ghazwani aurait-il encore des scrupules à juger son ami de quarante ans ? Sinon des craintes à ce qu’il entraîne dans sa chute trop de notabilités… et de privilèges ? Cependant la situation du peuple devient inexorablement intenable, il n’acceptera pas que le gang d’Aziz s’en tire à « bon » compte. La roue tournera, d’une manière ou d’une autre. Fasse le ciel que ce soit dans le calme… car à qui profiterait, au final, une politique du chaos ? Aux USA, Donald Trump l’espère, en s’obstinant à refuser le résultat des urnes. Qui donc en Mauritanie parierait-il sur la déstabilisation du pouvoir ? Par quels biais ?

                                                                                                                                     Ahmed ould Cheikh

dimanche 1 novembre 2020

Editorial: Si chère liberté d'expression

 Est-ce en son nom personnel ou en sa qualité de président de la République française qu’Emmanuel Macron s’est cru obligé d’évoquer encore, à la veille de la célébration du Maouloud, les caricatures du prophète Mohamed (PBL), pour magnifier la liberté d’expression ? Choix d’autant plus douteux, au demeurant, que l’équivoque position de son locuteur met tout un pays en position délicate vis-à-vis du milliard et demi de musulmans et musulmanes diversement répartis sur notre bonne vieille Terre. Non pas, bien évidemment, que l’odieux assassinat du professeur d’histoire soit de quelque façon que ce soit justifiable. Insoutenable, une telle barbarie doit être condamnée sans détours. Mais quand on est environné d’un régiment de pompiers et autres gardes-du-corps, mettre de l’huile sur le feu, c’est facile. Quel que soit l’effet recherché – et il vaut mieux supputer en effet que le président français n’est pas une tête de linotte – c’est notablement plus pénible pour le français lambda, notamment celui expatrié en pays musulman. Certes protégé par l’État qui l’accueille, ainsi que par la quasi-totalité des musulmans qu’il côtoie, il est aux premières loges pour entendre leurs plaintes, atteints qu’ils sont en ce qu’ils considèrent, tous, des plus sacrés.

Et, sans présumer du pourcentage réel de fanatiques en notre si patiente Oumma – oui, il y en a, comme en toute assemblée idéologique… – le plus doux des musulmans dispose, lui aussi, de la même liberté d’expression si chère à l’infortuné professeur d’histoire. Et aussi celle de consommer ce qu’il veut à sa guise… et encore de conseiller autrui dans ses choix de consommation. Chère, chère liberté d’expression ! Autant de paramètres, soyons-en certains, qu’aura bien évidemment tournés, avec sa langue, au moins sept fois dans sa bouche le président des Français, avant de parler. Mais, bon, le vin est tiré, il faut le boire. Fussent-ils résolument français, les musulmans n’en veulent pas, inutile de leur en proposer. Sera-ce aux gaulois de s’en lamper jusqu’à la lie, faute de débouchés commerciaux ? Bah, une bonne cuite, après un tel désastre, ça ne coûtera, au pire, qu’une sacrée gueule de bois ! Hé, Macron, une tournée générale au bistrot, c’était ça, l’effet recherché ? Histoire sans doute de diluer ceux plus pervers et politiques d’une conduite si liberticide de lutte contre le Covid 19…au risque de faire encore plus, de l'immense majorité des musulmans, notamment français, qui n'a strictement à voir avec le fanatisme barbare, des boucs émissaires?

                                                                                                                Ahmed Ould Cheikh

samedi 24 octobre 2020

Editorial: Roche tarpéienne

 Le retour il y a quelques jours de du vice-président du groupe BSA, suivi le dimanche dernier de celui de Moustapha Ould Limam Chavi, l’homme qui murmure à l’oreille de plusieurs puissants de ce monde, indiquent, si besoin était, que la vie est précaire et qu’il ne faut jamais dormir sur ses lauriers. Après l’arrivée, en grandes pompes, en mars dernier de Mohamed Ould Bouamatou, il ne reste plus que Maaouya pour qu’Aziz boive le calice jusqu’à la lie. En voyant revenir au pays, accueillis comme des héros, ces hommes qu’il pourchassait hier et accusait de tous les maux, se permettant même de lancer des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre, il ne doit sans doute pas se sentir à l’aise. Un euphémisme pour ne pas dire enragé, lui dont les soutiens se réduisent comme peau de chagrin. Il ne lui en reste d’ailleurs plus qu’une poignée dont rien n’indique qu’ils résisteront à la prochaine et imminente bourrasque.

Pourchassé par la police, interrogé des journées durant et interdit de quitter Nouakchott, son sort semble désormais scellé. L’enquête préliminaire, ayant suivi le rapport de la Commission d’enquête parlementaire, est bouclée et elle sera transmise dans les plus brefs délais au parquet qui délivrera à coup sûr des mandats de dépôt au chef de la bande et certains de ses plus proches acolytes. Comme quoi il ne fait jamais insulter l’avenir : la Roche tarpéienne demeure partout proche du Capitole. Une des conditions du pouvoir, c’est le risque de le perdre. Et, pire, soi-même avec….

                                                                                                                               Ahmed Ould Cheikh

dimanche 18 octobre 2020

Editorial: Jusqu'à quand?

La rapidité, pour ne pas dire la désinvolture, avec laquelle un journaliste a été condamné à un an de prison ferme et jeté au cachot rappelle, si besoin était, que notre combat pour une véritable liberté de presse a encore du chemin à parcourir. Au moment où des affaires autrement plus importantes dorment dans les dédales du palais de Justice, un délit de presse tout ce qu'il y a de plus banal est jugé à la vitesse grand V. Certes le plaignant n'est pas n'importe qui. Un patron des patrons, élevé ex nihilo (ou presque) par Ould Abdel Aziz qui fit la pluie et le beau temps pendant la dernière décennie et à qui l'on ne peut toujours rien refuser. Que reproche-t-il à Ould Lebatt ?

D'avoir dit qu'il a versé une importante somme d'argent à l'ex-Président. Quoi de plus normal ? C'est un secret de Polichinelle que les deux hommes étaient en affaire. Magnanime, il a fini par retirer sa plainte.

Au-delà de cette condamnation (un nouveau mauvais point pour le pays…), se pose le problème de la dépénalisation du délit de presse. Dans les pays de tradition démocratique, qui consacrent la liberté de celle-ci, la peine pour ce genre de délit est le paiement au plaignant d'une ouguiya (un euro ou un dollar) symbolique et la publication dans un journal à grand tirage de la sentence du juge. Jusqu'à cette condamnation, on pensait que notre pays faisait de cette élite, après trente ans de liberté de presse. Hélas non, malheureusement. Encore et toujours un combat à mener. Jusqu'à quand, Seigneur du courage ?

                                                                                                               AHMED OULD CHEIKH

dimanche 11 octobre 2020

Editorial: Deux questions

 La guerre des communiqués a repris de plus belle entre les avocats de la partie « civile » (c’est-à-dire l’État en tant que personne morale) et ceux de l’ex-Président, dans l’affaire désormais connue sous l’appellation « dossier de la corruption ». Si, pour les avocats de l’État, l’immunité dont se prévaut Ould Abdel Aziz devant les enquêteurs existe bel et bien dans les textes, elle ne lui est conférée durant son mandat que pour les seuls actes rentrant dans l’exercice de ses fonctions. « Or » , écrivent-ils, « les actes de corruption, ainsi que les nombreuses infractions assimilées, les crimes et délits de blanchiment, objets de l’enquête en cours, ne peuvent nullement être rattachés à l’exercice normal des fonctions du président de la République. Pour leurs confrères de l’autre camp, « les poursuites engagées contre leur client qui ne peut être jugé que pour haute trahison, en vertu de l’article 93 de la Constitution, ne se fondent sur aucune justification juridique ». Si l’on s’en tient à ce dernier raisonnement abscons, tout ce dont Ould Abdel Aziz s’est rendu coupable en onze années de pouvoir doit passer par pertes et profits. On doit donc lui offrir l’impunité sur un plateau, le laisser profiter des milliards qu’il a engrangés en toute illégalité ; faire, de l’article 93, une muraille infranchissable derrière laquelle tout Président peut désormais se cacher pour ne pas risquer la moindre poursuite, une fois son mandat expiré. Même si son registre de détournement de deniers publics, gabegie, prévarication est plus que plein ! Deux questions : l’objet de la restriction « ne peut être jugé que » serait-il de légaliser la corruption et les malversations au plus haut sommet de l’État ? Existe-t-il un seul juge, même mauritanien, une seule autorité internationale prête à s’exhiber publiquement en telle lecture ?

                                                                                                   Ahmed Ould Cheikh