vendredi 27 décembre 2019

Editorial: Dernier baroud?

Quatre mois après avoir quitté le pouvoir, conclus, au dernier, par une piteuse et vaine tentative de reconquérir le parti qu’il avait fondé à partir de rien, Ould Abdel Aziz s’applique toujours à faire parler de lui. A peine de retour en sa patrie qui ne l’a pas vu naître (malgré une déclaration de naissance des plus frauduleuses), l’ancien chef de l’État convoquait une réunion de gestion de «son » UPR. Tout le monde rappliquait, confiant en la présumée connivence de l’homme avec son ami de quarante ans. Mais le voilà à beugler que le parti c’est lui et personne d’autre. Allusion à ceux qui se sont jetés un peu tôt dans les bras du nouveau pouvoir. Refusant d’être enterré vivant, il tente un dernier baroud d’honneur. L’homme, qui n’est pas né pour échouer selon ses propres termes, se fracasse alors contre un rocher, celui de l’inconsistance d’un parti né du pouvoir et ne peut pas s’en passer. Les membres de son comité de gestion et ses élus (députés, maires et présidents de conseils régionaux) se démarquent. Furieux, l’ex-président de la République  boude les festivités du 28 Novembre et se met à ruminer sa colère. Qui explosera lors d’une conférence de presse convoquée le vendredi 20 Décembre. En son palais des mille et une nuits, plusieurs hôtels s’étant poliment excusés, les autres exigeant une autorisation écrite du hakem qu’il n’a pas réussi à obtenir, malgré son insistance. Une mesure arbitraire qu’il avait lui-même  imposée aux partis et ONG désireux d’organiser des rencontres avec la presse.  L’arroseur arrosé, en somme. Prévue à 20 heures, la conférence de presse ne débute qu’à une heure du matin. Elle n’est pas retransmise en direct à la télévision, en raison d’un « problème technique » apparemment insurmontable. Flanqué de Seyedna Ali ould Mohamed Khouna, président du  comité de gestion de l’UPR et de Boydiel ould Houmeid, député et membre dudit comité – les seuls qui lui sont restés fidèles… – Ould Abdel Aziz s’efforce de rester le plus calme possible. Mais chassez le naturel, en l’occurrence caractériel et impulsif, il revient au galop. C’est même dès l’entame de son propos que l’irascible met directement les pieds dans le plat. «Un parti n’a pas de référence et cette notion qu’on entend depuis quelques jours n’a aucun sens. C’est même anticonstitutionnel », ose-t-il. L’hôpital qui se moque de la charité… Il faut vraiment ne pas manquer d’air pour invoquer la Constitution quand on se trimbale deux coups d’État contre des présidents élus et qu’on l’a tripatouillée sur un coup de tête, pour supprimer un sénat rebelle. La richesse ? « Je suis un homme riche mais n’ai jamais pris une ouguiya du Trésor public ou de la Banque centrale ». Comme si tous les présidents qui se sont enrichis avaient piqué dans la caisse… Votre richesse, monsieur, ce sont les commissions faramineuses, les dons en espèces des pays riches, les passe-droits, les partenariats avec les sociétés étrangères et,  en onze ans de pouvoir, tout ce qu’on peut gratter par ci et par là. Craint-il la commission d’enquête parlementaire ? « Qu’ils viennent ! » Mais, prévient-il, « le terrain est miné…», allusion à peine voilée aux dossiers compromettants qu’il détiendrait contre certains. Assez pour rester à l’abri de toute investigation ?  En se posant en victime à qui l’on a arraché son bien – «son » parti en l’occurrence – le controversé parvenu ne cherche-t-il pas à déplacer la question ? Se donner un peu d’espace vers une porte de sortie acceptable, à défaut d’être vraiment honorable ? Mais un tel tapage ne risque-t-il pas, a contrario, se révéler irrémédiablement contre-productif ? Baroud signifie bagarre, mêlée… On y laisse d’autant plus de plumes, citoyen Mohamed ould Abdel Aziz, qu’on s’y expose publiquement.
                                                                                    Ahmed ould cheikh 

samedi 21 décembre 2019

Editorial: Gabegistes sous tous rapports

Accablants. Et fort révélateurs, les derniers rapports de la Cour des comptes qui ont fuité (à dessein ?). Ils ont remis sur terre ceux, très peu nombreux,  estimant encore que les slogans de lutte contre la gabegie et les détournements de deniers publics, si galvaudés au cours de la dernière décennie, étaient autre chose que de la poudre aux yeux. L’étude a révélé, à la face du Monde, que malgré les « bonnes » intentions, aucun ministère ou société publique n’a échappé à cette entreprise de prévarication à ciel ouvert. Tout y est passé : surfacturations outrancières, dépenses incongrues, contrats léonins, marchés de gré à gré injustifiées... Les contrôleurs de la Cour des comptes en sont restés bouche bée. Seules la Présidence et la Primature ont été épargnées. Savez-vous pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles n’ont pas été contrôlées. Rien n’indique pourtant qu’elles se révèleraient des îlots de bonne gestion dans un océan de forfaitures. Le mal est beaucoup plus profond qu’on ne le pense. Certes, la presse et les réseaux sociaux n’ont cessé de lancer des alertes sur tel ou tel cas de mauvaise gestion ou de marchés de complaisance  mais personne ne pouvait imaginer l’ampleur du gâchis. Il en serait ainsi resté, si la Cour des comptes n’avait pas publié (par inadvertance ?) ses rapports couvrant dix ans (2007-2017) de gabegie sans nom. La preuve ? Ils ne sont plus accessibles. Comme si l’on voulait réparer une faute, en donnant l’impression  qu’elle fut involontaire. Mais en tout état de cause, elle a douché les ardeurs des plus convaincus partisans de l’ex-Président Ould Abdel Aziz et sans doute de ce dernier qui, après trois mois d’absence, commençait à se faire un peu trop bruyant. Il fallait bien lui envoyer un signal fort pour lui rappeler qui était aux commandes lorsque les maigres ressources du pays étaient dilapidées par ceux-là mêmes qu’il avait choisis. Et, à part quelques malchanceux qui ont été épinglés sous son magistère (avant d’être rapidement réhabilités), rien ne donnait l’impression que sa démarche dans la lutte contre la gabegie était empreinte de sérieux. Elle était même très sélective. Le clan avait droit à tout et ceux qui servaient ses intérêts étaient intouchables. Les rapports de la Cour des comptes ou de l’IGE qui les épinglaient étaient mis sous le boisseau. Certains d’entre eux gardent même (haut) pignon sur rue. D’autres sont encore aux commandes. Dans n’importe quel autre pays du Monde, de telles révélations donneraient lieu à un branlebas de combat, démissions en cascade, procès à la pelle, peines  de prison et fortes amendes.
Mais nous sommes en Mauritanie. Où la superbe, aussi cynique soit-elle, suffit à balayer toute objection. Ainsi le clan d’Ould Abdel Aziz se targue-t-il aujourd’hui d’avoir fondé et dynamisé la Cour des comptes afin d’éradiquer la mauvaise gestion ; mais il omet « naturellement » de citer ce qui s’est passé et se passe autour de son chef.
La réalité était que les « commissions et la corruption furent l’exclusivité d’Ould Abdel Aziz et du clan » : le marché de l’aéroport, les ventes des écoles, celles du stade olympique et de l’école de police, la caserne de la gendarmerie d’escorte, la cite fanfare et... cie, en passant par Polyhondone, Sunrise, sans oublier, bien sûr, les comptes bloqués par les Américains à Dubaï et le pactole caché au Swaziland avec lequel nos rapports se sont subitement réchauffés, alors que rien ne nous lie : ni l’histoire, ni la géographie, encore moins l’économie… Des « placements » négociables, donc, à l’heure des comptes en Cour ? On en est probablement là.
                                                                             Ahmed Ould Cheikh

samedi 14 décembre 2019

Editorial: Entre les lignes.....

L’interview exclusive accordée par le président Ghazouani au journal « Le Monde », la semaine dernière, officialise notamment le « conflit » en cours entre l’actuel locataire du Palais et son prédécesseur. Sans être un scoop – toute la presse mauritanienne en faisait état depuis la fête de l’Indépendance – l’information est importante dans sa forme et il convient d’en décrypter les signes en et entre ses lignes. Le choix du journal, l’ordonnance de l’interview, chaque phrase, chaque mot, tout est pesé dans les « confidences » du fils du marabout…
Conflit ? Un terme bien trop guerrier dans la bouche d’Ould Ghazouani qui ne l’emploie même pas pour qualifier la situation du G5, objet apparemment central, au demeurant, de l’interview. Le thème justifiait à lui seul le choix du journal « Le Monde », plaçant ainsi celle-ci en message international – avec adresse toute spéciale à la France et à l’UE… – et le glissement progressif, au cours de l’entretien, vers l’examen de la situation intérieure en Mauritanie où, pas plus qu’ailleurs, « on ne peut pas faire de développement durable sans une situation de sécurité convenable » paraît couler éminemment de source.
Après avoir insisté sur l’importance, dans son programme, du volet social où « nous devons poursuivre un travail entamé » – clin d’œil du côté de la continuité et discret hommage à son prédécesseur : utile préambule… – le président mauritanien peut enfin aborder, huitième question de l’interview, ce qui le différencie d’Ould Abdel Aziz… en commençant  par demander à « ne pas nous limiter à cette recherche de la différence » avec « mon frère, mon ami » ! Velours, velours… Invoquant alors « l’intérêt du pays », c’est en l’éminente stature que lui confère sa nouvelle charge publique qu’Ould Ghazouani expose, immédiatement en suivant, une conviction : « faire œuvre d’ouverture en direction de l’opposition » lui « permettra de bien travailler ».
Serait-ce sur ce point précis que s’est bâti « le décalage entre les visions et appréciations » [des deux hommes] « d’une situation donnée » ? Une simple divergence conjoncturelle, donc ; en tout cas pas un « fossé profond » contrairement à ce qu’en a déduit une opinion nationale inquiète de « l’environnement politique » actuel assez agité, versus majorité… Cependant la clôture de cet « épisode », impérative mais à ce jour inconnue du Président – « Je ne sais pas », tient celui-ci à préciser – pourrait ne pas se faire « d’une façon qui convienne à tout le monde », contrairement aux « efforts » et à l’espérance du nouveau maître du Palais. En deux lignes, voilà soudain le gant de velours  juste ce qu’il faut retiré pour rappeler la main de fer…
Avant de la re-ganter aussitôt, en démentant tout lien entre le différend passager et le « changement » à la tête du BASEP, nécessité « assez banale », pour « quelqu’un qui arrive à un poste aussi sensible que le mien », de « modeler sa sécurité »… Exit donc les « fausses rumeurs » d’arrestations, interrogatoires et mises en résidence surveillée. Simple péripétie de la volonté de changement si fréquemment avancée lors de la campagne électorale… Encore et toujours la fameuse « changité dans le stabilement » si bien croquée par notre regretté Habib ould Mahfoudh, il y a de ça un quart de siècle ? Mais à la différence de 1992, ce n’est pas « on prend les mêmes et l’on recommence ». Ould Abdel Aziz n’a pas dicté, à son ami de quarante ans, la décision de revoir la direction du BASEP : on peut, à tout le moins, tenir cela pour très probable. Et celui-là aurait donc été instruit, par là même et s’il en doutait encore, qu’il n’est plus aujourd’hui le patron. Ni du BASEP, ni de l’État, ni de la République. Ni, par voie de conséquence, de l’UPR, lui ont rappelé ses si naturellement opportunistes caciques.
Très probable plutôt que certain ? On ne peut pas totalement exclure en effet qu’à avoir « fait beaucoup de choses [ensemble] depuis une quinzaine d’années », une telle paire de stratèges se soit secrètement entendue d’un plan pour assurer la continuité par le changement. Jeux de rôles et frictions judicieusement circonstanciées à l’appui, épargnant à chacun des deux compères une position de girouette fort peu compatible avec leur commune affiche d’hommes de principe. On aurait alors une tout autre lecture du décalage entre leur vision respective, non plus conjoncturel mais structurel, histoire d’offrir la plus grande perpétuité possible au régime, avec toujours deux fers bien différenciés au chaud. Aziz-Ghazouani, bifaces d’une même pièce ? Une hypothèse que l’opposition devrait bien se garder de trop tôt abandonner…
Mais « on ne peut pas faire de développement durable sans une situation de sécurité convenable ». Deux fers au chaud ne sont guère plaisants aux investisseurs, notamment institutionnels, à moins de les mettre dans le secret de la combine, indiscrétion au demeurant fatale au secret ainsi trop vite abandonné à Polichinelle… On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : en tous les cas de figure, c’est bien le détenteur du pouvoir politique qui tient les atouts majeurs et les enjeux miniers – gaziers ou autres… – si propices aux enchères et surenchères, ne semblent pas pouvoir damer le pion, à l’heure actuelle, à la nécessité de relancer sans plus tarder une dynamique avec les bailleurs plutôt poussive depuis quelque temps. Une autre manche perdue par Ould Abdel Aziz. La dernière ? A-t-il jamais renoncé à un seul de ses désirs ? S’il s’agit, pour lui, d’avoir obsessionnellement toujours le dernier mot, faudra-t-il donc  attendre le dernier sien ? Encore une fois, restons vigilants.
                                                                                    Ahmed ould Cheikh

dimanche 8 décembre 2019

Editorial: Dans un gant de velours?

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge ! », cette célèbre prière de Voltaire – ou d’Antigonos II, roi de Macédoine, selon une autre version – Ould Abdel Aziz aura tout le temps de la méditer. Revenu au pays après trois mois d’exil volontaire, « voyage d’études » et d’agrément, il pensait probablement être accueilli en héros démocrate, lui qui refusa le troisième mandat, malgré l’insistance de ses (nombreux) soutiens,  lui qui « rectifia » la démocratie en 2008, lui, le « prodigieux bâtisseur ». Or rien n’en fut. Revenu dare-dare parce que, selon ses sources, on commençait à être un peu regardant sur sa gestion calamiteuse d’une décennie qui le fut tout autant. Mises à rude épreuve au cours de celle-ci (malgré les satisfécits décernés à tout va par les institutions de Bretton Wood), les finances publiques ont été saignées à blanc, particulièrement au cours des derniers mois. On parle de milliards qui auraient pris des chemins « détournés » (c’est le terme). Pensant sans doute qu’il avait encore une formation politique à sa botte, des élus et des soutiens fidèles, Ould Abdel Aziz convoque une réunion du comité de gestion de son parti, pour signifier, à ceux qui l’ont enterré un peu tôt, qu’il faut encore compter avec lui. Et qu’il serait hasardeux de lui chercher noise en touchant à son « point faible ». Mais il y a une donnée fondamentale qu’il a feint d’ignorer : la versatilité légendaire des Mauritaniens. En quelques jours, ses soutiens ont fondu comme neige au soleil. Tous – à part trois caciques et pour combien de temps encore ? – se démarquent de lui. Son « aile » militaire est à son tour décapitée, à la veille de la célébration des festivités du 28 Novembre à Akjoujt. Ce qui laisse planer le doute sur une ultime tentative de déstabilisation du pouvoir de son ami de quarante ans, ou, carrément, de prise de pouvoir par la force. Il y a en tout cas anguille sous roche, malgré les démentis du ministre de la Défense. Ould Abdel Aziz ayant refusé de faire le déplacement d’Akjoujt où, comble de l’ironie, un fauteuil lui était réservé… entre Sidioca et Ahmed Ould Daddah (!), la nouvelle que tout le monde guettait a jeté une ombre sur la célébration. Depuis, le doute n’est plus permis. La rupture entre l’ancien et le nouveau Président est désormais consommée. Jusqu’où ira l’escalade ? Assigner Ould Abdel Aziz à résidence ? L’empêcher de voyager ? Le priver de son passeport ? Fouiner dans sa gestion, suivre les milliards disparus à la trace, revoir les marchés de complaisance ? Il y a à boire et à manger, pour peu qu’on le veuille et… que la conjoncture, voire la raison d’État, s’y prête. Le droit d’inventaire est, en tout cas, une forte demande populaire. Les prisons regorgent de pauvres hères, dont certains n’ont volé qu’un téléphone ou une bonbonne de gaz, alors que de gros bonnets qui ont fait main basse sur des milliards se pavanent en toute impunité.
Ould Ghazwani l’a promis : plus rien ne sera comme avant. À la différence de son prédécesseur qui ne mit aucun gant, c’est déjà dans un de velours que le fils du marabout semble mettre sa main de fer. Notamment dans ses « discussions » envers son ami de quarante ans. Il a pour lui le pouvoir, la force et une attente certaine des Mauritaniens à le voir mettre de l’ordre dans la maison. Les récents évènements semblent l’assurer en ce sens. Assez pour lever l’hypothèque Ould Abel Aziz ? Il lui reste à cette fin de poser véritablement et sans plus tarder les marques tangibles du changement, notamment en ce qui concerne les contraintes pesant sur la vie des ménages. C’est à ce prix seulement que sera écartée toute velléité « rectificatrice » de son pesant compagnon d’armes… Assez longtemps pour que celui-ci ne soit plus qu’un (très peu) aimable souvenir !
                                                                                                  Ahmed Ould Cheikh

lundi 2 décembre 2019

Editorial: KO debout?

Il est revenu. Il nous manquait pourtant si peu. Ould Abdel Aziz a préféré écourter son exil volontaire pour replonger dans la mare aux caïmans. Personne n’imaginait cependant qu’il allait tomber aussi bas. On le savait contraint de céder le pouvoir contre son gré, aigri, revanchard et rancunier. Mais on pensait qu’il avait un minimum de discernement pour ne pas tenter le diable. Persuadé que l’UPR était encore « son » parti et que ceux qui l’imploraient, hier, de tenter l’impossible troisième mandat ne le laisseraient jamais tomber, il fait son come-back. Non sans fracas, comme à son habitude ! Première victime à sa descente d’avion : un steward de la MAI qui lui demande une photo –  acceptée d’abord de bon cœur avant de se voir qualifiée de « faute grave » – est licencié sans droits. Trois jours plus tard, il convoque une réunion du comité provisoire chargé de gérer l’UPR en attendant la mise en place de ses instances. Et de taper du poing sur la table : « Le parti, c’est moi et ceux qui veulent avoir le leur n’ont qu’à s’en fonder un ! ». Net et sans bavures. Allusion à ceux qui ont vendu, selon lui, un peu tôt la peau de l’ours. L’opinion publique est abasourdie. Alors qu’elle pensait la page Aziz tournée définitivementet sans regrets, le voilà, tel le phénix, à renaître de ses cendres ! Et si tout ce qu’on disait sur sa volonté de prendre les rênes de « son » parti et diriger « sa » majorité était avéré ? On le savait teigneux mais de là à aller jusqu’à se faire ainsi harakiri ! Le lendemain, branlebas de combat dans les rangs de la majorité. Ould Ghazwani, qui a toujours refusé la confrontation avec son ami de quarante ans, lance une foudroyante contre-attaque. Les associations de maires, les députés, les présidents des conseils régionaux et, enfin, les secrétaires fédéraux du parti se réunissent et affirment que « le président Mohamed ould Ghazwani est la référence exclusive » de leur parti. Sans se montrer aux premières loges ni tirer une seule balle, le « marabout » occupe la scène, coupant l’herbe sous les pieds de son prédécesseur qui se retrouve du coup tout nu. Et aura tout le temps de méditer le sort que lui ont réservé ceux-là mêmes qui, hier, l’applaudissaient à tout rompre. Comme ils l’ont toujours fait pour tout celui qui occupe le palais de la Présidence… juste le temps qu’il l’occupe. Les députés qu’il avait cooptés un à un et pour lesquels il était descendu sur le terrain, croyant sans doute qu’il récolterait une majorité sur laquelle il pourrait toujours compter, ont été les premiers à le lâcher. Comme certains d’entre eux s’y étaient employés, sous son impulsion, contre Sidioca, formant ce qu’on appelait à l’époque le bataillon des frondeurs. Les voilà qui récidivent ! La trahison est bel et bien une arme à double tranchant : qui a tué par l’épée périra par l’épée. Maintenant que les carottes sont cuites, de quelle marge de manœuvres dispose encore l’invétéré putschiste ? Continuera-t-il à « taquiner » son ami ? Quand se rendra-t-il compte que la roue tourne et qu’il faut se rendre à l’évidence ? Jamais dans l’histoire de notre pays, un homme n’aura fait autant de bruit (de casseroles) au pouvoir… et après l’avoir quitté. Mais ce coup (comme celui des sénateurs en son temps) risque fort de le déboussoler un bon bout de temps. KO debout ? En forme interrogative, le constat reconnaît au coléreux une capacité de nuisance encore à l’affût de la moindre opportunité. Restons vigilants !
                                                                                      Ahmed Ould Cheikh

jeudi 14 novembre 2019

Editorial: Lettre ouverte à Ghazouani

Monsieur le Président, vous fêterez très bientôt  vos cent premiers jours à la magistrature suprême. Un délai communément admis dans le Monde pour dresser le premier bilan d’un nouveau chef d’Etat. Pourquoi cent ? Un seuil psychologique choisi probablement au hasard et qui ne représente pas grand-chose des cinq ans (ou plus) que vous passerez à la tête de notre république. Mais je sacrifierai, moi aussi, à ce rituel, même si je reste persuadé qu’il faudra beaucoup plus de cent jours pour seulement avoir une idée du gâchis dont vous avez  hérité. Choisir les hommes, mettre de l’ordre, redresser sont au moins trois paires de manches. Vous ne savez sans doute pas par où commencer, tant la tâche paraît ardue. Mais vous devez d’abord surmonter une difficulté et non des moindres. Ould Abdel Aziz est votre ami, pour ne pas dire alter ego, vous avez longtemps cheminé ensemble, il a contribué à votre élection  et vous ne pouvez pas, d’un revers de main et malgré l’extrêmement lourd passif, jeter le bébé avec l’eau du bain. Vous aurez donc besoin de tout votre talent de stratège pour naviguer entre des eaux tumultueuses et éviter les écueils que ne manqueront pas de poser, sur votre chemin, ceux qui n’ont pas intérêt à ce que la roue tourne. Vous avez commencé timidement : personne ne peut vous le reprocher. Votre culture tout en retenue vous empêche de faire des vagues. Mais, monsieur le Président, il y a urgence en certains domaines. Certes, vous n’avez pas de baguette magique ; pourtant il en faut une. Votre prédécesseur a commis tant de dégâts qu’il faut se révéler sorcier pour voir clair en une situation si ambigüe, opaque, (que dire ?). En voici des exemples et la liste n’est pas exhaustive.
L’école a été laissée pour compte pendant plus de dix ans. Que dire de la santé, infectée par les mauvaises pratiques et intoxiquée par les médicaments périmés ? La justice ? Inféodée à l’Exécutif. L’eau et l’électricité qui ont englouti des milliards ?  Elles ne sont pas assurées à tout le monde. Les infrastructures routières ? Malgré tout l’argent dépensé, elles sont dans un état déplorable. L’économie ? Vous héritez d’une dette de cinq milliards de dollars, soit près de 94% du PIB, 1132 dollars par tête d’habitant. Les marchés publics ? Toujours attribués aux mêmes. Le secteur privé ? Plus que l’ombre de lui-même : au lieu de l’encourager, l’Etat lui a fait la guerre, dix lourdes années durant. Les exemples de gabegie et de malversations ne manquent pas, il serait fastidieux de les citer un à un. Vous en avez été certainement informés. Une chaîne qu’il faut briser au plus vite. Comme vous avez brisé une barrière psychologique, en recevant les leaders de l’opposition et les hommes avec qui vous avez croisé le fer lors de la dernière présidentielle. Un premier pas non négligeable sur la voie de la décrispation de la scène politique. Mais beaucoup de choses restent à faire.  On attend tous le Messie. Il vous faudra sans doute commencer par mettre les choses au clair à ce sujet. Au plus vite, pour éviter des quiproquos et d’incongrus reproches. Vous n’aurez donc jamais à nous décevoir de ne pas être un autre. Et plutôt, je vous l’espère sincèrement, à nous réjouir  de vous constater, dans vos œuvres et services, tout simplement vous-même.
                                                                                             Ahmed Ould Cheikh

lundi 28 octobre 2019

Editorial: Partis en fumée

Il est, en Mauritanie, une règle immuable depuis la nuit des temps républicains. Chaque fois qu’un président se fait remplacer, de gré ou de force, le parti qu’il a fondé ex nihilo est convulsé de spasmes ; autrefois nombreux et disciplinés, ses militants se raréfient puis disparaissent ; jusqu’alors aux premières loges, ravis des grâces du Seigneur, ses chefs se font de plus en plus petits ; son siège qui ne désemplissait pas ressemble désormais à une maison hantée où personne ne veut poser pied ; même ses élus n’en revendiquent plus l’obédience. On connut tel scénario avec le Parti du peuple mauritanien du père fondateur, les Structures d’Education des masses de Haïdalla, le PRDS de Maaouya et, dans une moindre mesure, l’ADIL du président Sidioca. Et le voilà en notre quotidien contemporain, avec l’UPR, le parti qu’Ould Abdel Aziz porta sur les fonts baptismaux. Premier à porter l’estocade, un transfuge d’APP, ancien député UPR. Avec un énorme pavé dans la mare, en déclarant ouvertement que ce parti doit « se tourner vers l’avenir ». Au moment même où l’on évoquait, avec insistance, l’imminent retour d’Aziz pour présider le congrès de l’UPR et en prendre la tête ! Petit tollé rapidement étouffé. Les partisans du comeback – ils ne sont pas nombreux… – mettent de l’eau dans leur zrig. Le président du comité provisoire  de gestion du parti, qui a hérité d’un ‘’bon’’ morceau, ne pipe plus un mot. Pire, chacun peut constater, lors de la dernière réunion de ce comité, la disparation, comme par enchantement, de la grande photo du « président-fondateur » qui ornait le mur de la salle  de conférence. Un fait dont  les réseaux sociaux et la presse se sont fait largement l’écho. Les Mauritaniens, vous dis-je, ont la mémoire courte et la reconnaissance n’est pas leur qualité première. Aziz, qui se retourna, dès son élection, contre ceux qui l’avaient fait roi, est en train de périr à son tour par l’épée de l’opportunisme. A ce rythme, quelques mois suffiront à ne plus laisser, de ce parti, que le nom et le souvenir de « plus d’un million d’adhérents » fictifs. Tout comme un certain PRDS dont « tous les Mauritaniens étaient membres » et qui, au soir d’un certain 3 Août 2005, entama sa descente aux enfers, avant d’être enterré dans les oubliettes de l’Histoire. Ould Abdel Aziz aura-t-il plus de chances que ses prédécesseurs ? Saura-t-il maintenir son parti en vie après son départ du pouvoir ? Ses soutiens entretenir la flamme ? Rien n’est moins sûr, au vu du lourd héritage qu’a laissé l’homme derrière lui. Et des frais diluviens d’entretien d’une telle cour de courtisans si sensibles aux faveurs sonnantes et trébuchantes… Il dispose certes d’un épais matelas de devises méthodiquement glanées sur le dos du pays et ce ne serait pas superflu qu’une partie de ces revenus indus circule un tant soit peu en Mauritanie mais, bon, chaque jour qui passe réduit inexorablement l’hypothétique rendement d’un tel investissement. Dieu merci!
                                                                              Ahmed Ould Cheikh