dimanche 17 mars 2019

Editorial: Boucles de bourdes

On l’avait peut-être enterré un peu tôt. Ould Abdel Aziz renaît, tel le phénix, de ses cendres. Depuis le communiqué, publié en catastrophe depuis les Emirats, où il demandait, aux députés, d’arrêter l’initiative visant à modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat, notre guide éclairé faisait profil bas. Jusqu’à sa dernière sortie, à l’occasion de l’inauguration de quelques kilomètres de route bitumée, où le revoilà à s’emporter devant un journaliste lui demandant s’il présentait, effectivement, Ould Ghazwani à la future présidentielle. « Je ne l’ai pas présenté, il se présente lui-même », s’agace-t-il, sur un ton désinvolte, comme pour signifier qu’il en a assez de cette situation. La vidéo fait le tour du Web en quelques minutes. Les réseaux sociaux s’en emparent. La presse en fait ses (feuilles de) choux gras. Perceptible malaise. Sentant, après coup, la maladresse commise que « son » candidat risque de n’apprécier que très modérément, Ould Abdel Aziz cherchait une occasion de « se racheter ». Profitant d’une visite de l’UPR, pour assister à la réunion de la commission mise en place, à l’issue de son dernier congrès, pour assurer la gérance du parti, en attendant la désignation de ses prochains dirigeants, il est revenu sur ses déclarations de l’avant-veille. Exactement comme feu Ely ould Mohamed Vall, alors chef de l’Etat, déclarant, en 2006, devant un palais des Congrès médusé, que, pour la continuité de la Transition, il suffisait, aux Mauritaniens, de voter blanc à la présidentielle. La déclaration avait fait l’effet d’une bombe et les militaires, qui géraient le pays avaient failli en venir aux mains. A tel point que le lendemain, au micro de RFI, le colonel fut obligé de revoir sa copie. Quant au nouvel Aziz, « Ould Ghazwani est bien son candidat et celui de la majorité ». Si j’ai dit qu’il se présente lui-même, « c’est qu’il peut le faire et nous le soutenons ». Couleuvres, couleuvres…
A propos des deux milliards de dollars gelés aux Emirats, selon divers sites électroniques et bloggeurs,  Ould Abdel Aziz s’est contenté d’annoncer que « les jours à venir verront éclater la vérité ». Quarante-huit heures à peine plus tard, deux bloggeurs et deux journalistes sont convoqués par la police chargée de la répression des crimes économiques, longuement interrogés sur leurs sources, avant d’être relâchés. Passeports et cartes d’identité leur sont confisqués, en attendant que leur dossier soit transféré à la justice. Comme dans l’affaire Ould Ghadda lorsque des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes furent privés de leur liberté de mouvement pendant une année entière. L’instruction de leur dossier achevée depuis plus d’un an et demi, ils n’ont toujours pas été jugés. L’histoire est un éternel recommencement ? En sa version azizienne, elle ondule plus précisément entre bourde et rabâchage de bourde, en boucles.
                                                                                                  Ahmed ould Cheikh

dimanche 3 mars 2019

Editorial: Requiem de l'opposition mauritanienne?

L ‘accouchement est en cours. Dans la douleur. Une césarienne sera probablement nécessaire. Rassurez-vous : vous n’êtes pas dans une maternité mais dans une réunion du comité, désigné par l’opposition, pour dénicher l’oiseau rare : le candidat unique qui portera ses couleurs, lors de la présidentielle de Juin prochain. Inutile de le ressasser : les débats sont longs, parfois houleux. On pose la question qui tue : Le candidat doit-il être issu d’un parti d’opposition ou non, s’il a la capacité de rassembler ? Les critères de sélection sont passés en revue et les candidats au peigne fin.  Des noms émergent. On élimine certains, on en garde d’autres sous la main. Les infos fuitent avec parcimonie. Ahmed ould Daddah étant hors-jeu – limite d’âge… – on parle de Mohamed ould Maouloud qui serait, dit-on, intéressé. L’homme n’a plus rien à prouver, sur le plan du combat politique pour une véritable démocratie en Mauritanie mais il n’arrive pas à réunir le consensus pour porter l’étendard de l’opposition réunie. Les islamistes rechignent, en effet, à soutenir un homme de gauche. Mahfoudh ould Bettah ? Il n’a pas de grand parti derrière lui ni beaucoup de moyens pour financer sa campagne. Un temps pressenti, Mohamed Mahmoud ould Mohamed Saleh, un brillant professeur de Droit, proche du RFD dont il fut le directeur de campagne, lors de la présidentielle de 2007, a poliment décliné l’offre.  Cheikh ould Hannena, le leader des sénateurs frondeurs ? Issu du grand Est, il peut être un bon cheval mais n’a pas une grande expérience politique.  Et pour arriver en tête, dans une course aussi serrée que la présidentielle, il faut avoir, non seulement, du souffle mais, aussi, une solide assise financière. Sidi Mohamed ould Boubacar ? Deux fois Premier ministre (1992-1996 et 2005-2007), plusieurs fois ministre et ambassadeur, il a, incontestablement, une grande expérience et peut, sans doute, mobiliser des moyens. Mais il a l’inconvénient d’avoir servi, jusqu’à sa chute, un régime  que cette opposition a combattu. Sa gestion remarquable de la transition 2005-2007 lui vaudra-t-elle absolution ? Le fait qu’il ait toujours gardé le silence, face aux dérives du pouvoir actuel, ne joue pas en sa faveur. Certains militants de l’opposition commencent, d’ailleurs, à lui en faire reproche. Mieux vaut tard que jamais, pourrait-il leur répliquer : juste à côté de nous, Macky Sall fut ministre puis Premier ministre de Wade, avant de prendre ses distances vis à vis de son mentor et le défier, lors de la présidentielle de 2012. L’opposition sénégalaise avait flairé le bon coup et misa sur lui, en le soutenant au second tour. Vu l’enjeu, elle ne s’embarrassa ni  de considérations partisanes ni de sentiments.
Bref, qui d’autre de cette liste, pourrait-il être cette arlésienne de candidat unique ? Mohamed ould Bouamatou ? Le nom de l’homme d’affaires, devenu opposant pur et dur, subissant, depuis plus de sept ans, les affres du régime, a été également cité. Doté de solides relations, à l’extérieur et à l’intérieur, qu’il peut activer à bon escient, il a, en outre, l’énorme avantage de pouvoir financer, lui-même, sa campagne électorale. A condition, bien sûr, qu’il accepte d’entrer dans la danse et que l’opposition unanime le désigne. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. L’homme garde toujours le silence sur ses intentions et l’opposition arrivera difficilement à s’entendre. Or le temps presse. L’autre camp commence déjà à fourbir ses armes. Et, comme en 2007, 2009 et 2014, l’opposition risque fort rater encore le train. Par sa seule faute mais, cette fois, la goutte risque de faire déborder le vase. Ainsi gira une opposition auto-noyée dans ses atermoiements ?
                                                                         Ahmed ould Cheikh

lundi 11 février 2019

Editorial: Assainissement de la Nation?

Ça y est,  le candidat de la majorité, à la présidentielle de Juin prochain, est désormais connu. On le pressentait, depuis longtemps déjà, mais, avec la tentative, heureusement infructueuse, de certains députés de tripatouiller la Constitution pour ouvrir la voie à un troisième mandat, il était passé au second plan. Avant un retour, tout en douceur, sur le devant de la scène. Pour faire passer le message, Ould Abdel Aziz, tout frais émoulu d’une escapade émiratie pas si innocente que ça, n’a pas attendu le congrès de l’UPR, prévu le 2 Mars. Un parti qu’il a pourtant fondé ex nihilo mais à qui il ne voue, manifestement pas, une grande estime. Recevant quelques députés, il leur a signifié sa préférence. Juste ce qu’il fallait pour que les flagorneurs commencent à baver. Certains, engagés à fond, jusqu’alors, pour un troisième mandat, n’hésitent pas à retourner leurs plumes pour vanter les mérites d’un homme « qui ne peut être que le meilleur, puisqu’il a été choisi, par le Président fondateur, pour continuer l’œuvre de construction nationale » (sic). Est-il écrit « quelque part », que nous ne sortirons  jamais de ce cercle vicieux de la flagornerie, du mensonge et de l’aplatissement ?  Qui sera-t-il, le futur président aura, en tout cas, beaucoup ; beaucoup grain à moudre, s’il veut nous débarrasser de ces tares. Et beaucoup de travail, pour redresser une économie moribonde, résorber le chômage, payer notre dette, colossale ; trouver des solutions aux problèmes de l’éducation et de la santé, instaurer une réelle justice sociale, mettre fin à la gabegie et au favoritisme. En bref, il faut, au plus vite, neutraliser le « guichet unique » ; plus exactement, le fermer définitivement : c'est la source de toute gabegie, népotisme, clientélisme... une source où s’abreuve la mal-gouvernance qui a miné notre pays, ces dix dernières années, malgré les ressources, gigantesques, engrangées par notre économie, suite, non seulement, au renchérissement des prix des matières premières mais, également, à la dette contractée, sur notre dos, par une équipe d'incompétents et de malhonnêtes, qui n'avaient qu'un seul objectif : obtenir des financements pour faire tourner les sociétés du chef.
Bref, mettre un pays pourri, par tant de pratiques frauduleuses, dont les maigres ressources ont été pillées, au cours des dernières décennies, et qui n’a donc connu aucun répit, sur le chemin de la normalité. Normalité dans l’attribution des marchés publics. Normalité dans les recrutements et les promotions. Normalité dans les décisions de justice. Normalité dans les élections.  Normalité en tout. Serait-ce trop demander ? Le poisson, tout comme les Etats, pourrit par la tête. Une pourriture qui aura suffisamment atteint le nouveau Président, avant son investiture, en Juin prochain, pour espérer poursuivre sa gangrène ? « Ô musulmans, vos dirigeants sont à l’image de vos œuvres », disait  Sheikh Raslan. Une célèbre sentence musulmane, tout aussi reconnue, ailleurs : « Toute nation a le gouvernement qu'elle mérite », énonçait ainsi, au 19ème siècle, Joseph de Maistre. Ce serait donc en chacun de nous, en chacune de nos œuvres, que se jouerait, d’abord et en définitive, l’assainissement de notre Nation ? 
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

dimanche 3 février 2019

Editorial: Tourner la page, enfin !

La Mauritanie a-t-elle frôlé le pire ? Les amendements constitutionnels que certains députés de la majorité s’apprêtaient à proposer puis à faire voter, par l’Assemblée nationale, seraient-ils passés sans encombre ? La rue allait-elle rester impassible, devant une si flagrante violation de la Constitution ? L’opposition toujours à dormir, devant la nouvelle confiscation du pouvoir ? Si une main, pas si invisible que ça, n’avait mis un frein au processus engagé par un bataillon de députés félons, à quoi fallait-il s’attendre ? Rétrospectivement, il y a de quoi avoir froid dans le dos. Imaginez un instant que les députés soient allés au bout de leur initiative et que l’Assemblée ait approuvé, en deux temps, la modification de la Constitution permettant à Ould Abdel Aziz de se présenter à un troisième et, pourquoi pas, quatrième mandat. La bêtise humaine aidant d’autant plus qu’elle est sans limites, qu’aurait-il bien pu se produire, alors ? L’opposition appelle à défendre la Constitution, la jeunesse se mobilise, la rue s’embrase, après quelques jours d’émeutes, l’armée prend ses responsabilités et…. re-re-rebelote, nouvel engrenage enclenché. Exactement comme au Niger et au Burkina. Mais, heureusement, on n’en est pas arrivé là. La raison a fini par prévaloir et le pays semble bien s’acheminer, à ce jour, vers une alternance qu’on espère pacifique. A moins qu’un nouveau soubresaut ne vienne rabattre les cartes. Ould Abdel Aziz n’a-t-il pas dit et répété qu’il respectera la Constitution et qu’il ne se présentera pas aux futures élections, avant de se rétracter et initier, il est vrai indirectement, des démarches à caractère régional, demandant un troisième mandat, et un mouvement de députés pour amender les articles limitant les mandats présidentiels ? Publié dans l’urgence, le communiqué mettant fin audit mouvement, au moment où, coïncidence bizarre, le Président était à l’étranger (ce qui corrobore le fait que la situation était grave), va-t-il enfin sonner le glas du troisième mandat ? Cette fois sera-t-elle la bonne ? On peut en douter, tant l’homme nous a habitués aux voltefaces. Mais le contrôle de la situation n’est-il pas en train de lui échapper ? Ce qui n’est, en tout cas, plus exclu. La donne a apparemment changé. A présent, outre l’hymne national et le drapeau qu’il a changés, ainsi que l’avenue Jemal Abdel Nasser qu’il vient de débaptiser, la seule chose qu’il peut laisser, à la postérité, est de veiller à mettre en place une CENI consensuelle, assurant, aux prochaines élections, la plus grande transparence possible, et remettre le pouvoir à quelqu’un dont l’élection ne sera entachée d’aucune irrégularité. Il est temps que le pays tourne la page de la crise politique ; de l’infernale situation où le pouvoir et l’opposition se regardent en chiens de faïence, où les efforts ne sont pas tournés vers le développement mais vers l’accumulation des richesses, au profit d’une minorité insatiable ; de cette manie à s’occuper de choses futiles, au lieu d’aller à l’essentiel ; de cette personnalisation excessive du pouvoir ; de cette fâcheuse tendance au népotisme qui ne fut jamais aussi prégnant qu’en cette dernière décennie et, pour couper court à la plus navrante des litanies, de tous ces travers qui empêchent le pays d’avancer vers la normalité.
                                                                           Ahmed Ould Cheikh

dimanche 27 janvier 2019

Editorial: Processus occultes

Alors que l’initiative de certains députés de la majorité, visant à modifier la Constitution pour permettre, à Ould Abdel Aziz, de briguer un troisième mandat, battait son plein, la nouvelle tombe net, comme un couperet : un communiqué, signé du président de la République, pourtant en déplacement à l’étranger, remet les pendules à l’heure. Ould Abdel Aziz ne pouvait-il pas attendre son retour, pour arrêter cette mascarade ? Pourquoi n’a-t-il pas, tout simplement, donné ordre, aux députés, de surseoir à cette pièce de théâtre de mauvais goût ? Outre son caractère urgent, encore inexpliqué, le communiqué recèle une autre anomalie ; et pas des moindres. Il remercie les députés qui appelaient, ouvertement, au parjure et étaient sur le point d’enclencher un processus dont les conséquences pouvaient être dramatiques pour le pays, et… oublie, tout aussi ouvertement, ceux qui défendent une Constitution dont le président est censé être le garant. Un autisme politique inégalé. Ould Abdel Aziz réitère, une fois de plus, qu’il respectera la limitation des mandats. Comme s’il ne l’avait pas déjà dit, à plusieurs reprises par le passé, sans convaincre personne. Sa famille et son cercle proche n’ont-ils pas encouragé, pour ne pas dire pensé, l’idée des initiatives à caractère régional demandant un troisième mandat ? Ses cousins n’ont-ils pas démarché les députés, un à un, pour obtenir leur signature en vue de faire passer les amendements constitutionnels ? Ses flagorneurs, laudateurs et autres lèche-bottes n’ont-ils pas envahi les réseaux sociaux, dans une opération savamment orchestrée, comme pour préparer l’opinion à ce qui s’apparente à un coup d’Etat contre la Constitution ? Qu’on vienne ensuite nous dire que le Président est « étranger à toutes ces manœuvres » relève de la plus mauvaise foi. Dans un pays où le Président est tout (avant qu’il ne soit rien, une fois dehors), ce genre d’initiatives ne peut être mené sans son aval. Et, à quelques jours près, il était sur le point d’aboutir. Avant qu’un grain de sable, venu d’on ne sait où, ne vienne enrayer une machine déjà en branle. D’où une foultitude de questions : pourquoi un communiqué de la Présidence ? En quelle urgence ? Qu’est-ce qui a poussé Ould Abdel Aziz à faire volte-face ? L’Armée, qui commence à en avoir assez des agissements de certains « civils » n’hésitant plus à demander, aux généraux, de faire pression sur leurs alliés, pour soutenir les nouveaux amendements constitutionnels ? Les Occidentaux, qui avaient salué la décision d’Ould Abdel Aziz de ne pas se présenter en 2019 et dont les investissements ont besoin d’un climat social et politique apaisé ? Le risque de voir la majorité voler en éclats et le texte rejeté, comme les sénateurs l’avaient fait, en 2017 ? La menace de voir le peuple, affamé et sans plus rien à perdre, descendre dans la rue et tout balayer sur son passage ?
Ce qui est sûr, en tout cas, est qu’il y a anguille sous roche. Au plus fort de la crise ivoirienne, le chanteur Alpha Blondy avait trouvé une formule devenue célèbre : « Si quelqu’un », déclara-t-il à un media français, « dit qu’il comprend quoi que ce soit à ce qui se passe en Côte d’ivoire, c’est qu’on lui a mal expliqué ». D’avoir annoncé, depuis tant de mois, qu’il soutiendrait un candidat, Ould Abdel Aziz a-t-il sciemment fermé la porte à tout entendement de la situation ? Ou, tout simplement, mis en évidence les processus occultes qui font et défont le pouvoir, chez nous ?
                                                                    Ahmed ould Cheikh

dimanche 20 janvier 2019

Editorial: Jusqu'au jour où.....

Lors de la cérémonie de clôture du dialogue inclusif, en 2016, entre les partis de la majorité et une partie de l’opposition, Ould Abdel Aziz déclara, dans un discours très applaudi par l’assistance, qu’il n’était pas question de toucher les articles de la Constitution limitant les mandats présidentiels. Et que ceux qui le demandaient étaient des ennemis de la Nation dont ils cherchaient la perte. Il aura répété, plusieurs fois, à des organes de presse étrangers, qu’il respectera le texte fondamental et ne se présentera pas à un troisième mandat. Le pays tout entier, tant les partisans du généralissime que ses détracteurs, poussa un grand ouf de soulagement. Celui qui a mis le pays en coupe réglée va enfin passer la main. A n’importe qui. Pourvu qu’il parte. Pourtant, malgré le verrou constitutionnel et ces déclarations de bonnes intentions, il restait toujours beaucoup de gens persuadés qu’Ould Abdel Aziz ne céderait jamais le pouvoir de gaieté de cœur et ferait tout ce qui est en son pouvoir, pour y rester le plus longtemps possible. Et les faits, malheureusement, sont en train de leur donner raison. Des membres de son cercle proche et des députés de l’UPR se mobilisent, en effet, depuis quelques jours, pour obtenir un maximum de signatures de parlementaires en faveur d’amendements constitutionnels modifiant les articles limitant à deux les mandats du président de la République. L’initiative à laquelle Ould Abdel Aziz serait « étranger » (!) aurait déjà recueilli près de soixante-dix signatures mais elle rencontre, parallèlement une forte opposition de divers députés de la majorité. Rumeurs et contre-rumeurs circulent. N’ayant pu obtenir les voix des deux-tiers des députés et risquant, du coup, faire voler le camp du Président en éclats, l’initiative aurait, dit-on,  été abandonnée. Que nenni !, rétorquent d’autres sources, elle continue son petit bonhomme de chemin et ses soutiens ne cessent d’augmenter. Difficile, dans ces conditions, de démêler le vrai du faux. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que le pays est à un tournant. Des députés irresponsables sont en train de le mener vers des lendemains périlleux. Rarement une initiative n’aura été autant décriée et ses auteurs vilipendés, sur les réseaux sociaux. Comme si les Mauritaniens s’étaient donné le mot d’ordre que, cette fois, ils ne se laisseront pas faire et n’accepteront plus qu’on les prive de leur dernier espoir, qu’enfin ce pays se normalise, grâce à une alternance pacifique. La frustration et l’amertume seront d’autant plus grandes que ce pouvoir tant décrié se maintiendra, de longues années encore. Si elle aboutissait, l’initiative desdits députés serait-elle la goutte qui fera déborder le vase ? Elle laissera, en tout cas et à coup sûr, des traces. Lorsqu’il essaya, en 2011, de modifier la Constitution sénégalaise, le président Abdoulaye Wade dut faire face à une opposition déterminée. En tête de cortège, ses leaders s’enchainèrent aux grilles de l’Assemblée et ses militants affrontèrent, avec courage, les forces de l’ordre. Les amendements firent ainsi chou blanc, Wade annonçant, le soir même, qu’ils étaient retirés. Mais, chez nous, où en est notre opposition ? Continuera-t-elle à se contenter de communiqués de dénonciation… jusqu’au jour où il sera trop tard ?
                                                                                         Ahmed Ould Cheikh

lundi 7 janvier 2019

Editorial: Surprenante énormité



Surprenante, c’est le moins qu’on puisse dire… L’image du Maroc en a pris un sérieux coup. Le royaume chérifien n’avait pas la réputation d’accepter qu’on lui dicte quelque conduite à tenir et ses amis en Mauritanie – ils  sont nombreux… – sont tombés des nues, après la publication du communiqué de son ministre des Affaires étrangères accusant – sans, évidemment, la moindre preuve – un homme de la trempe de Bouamatou d’avoir diffusé, sur le Net, des photos de passeports marocains présumés appartenir à Ould Abdel Aziz et à son fils.  Un jeu d’enfants que n’importe quel technicien maîtrisant un tant soit peu l’informatique peut aisément réaliser.
Rediffusé, devrait-on dire, puisque ces montages furent déjà publiées sur la Toile, il y a deux ou trois ans de cela, sans que personne ne leur accordât la moindre importance. Mais, aujourd’hui, le Maroc est engagé dans une course effrénée avec l’Algérie, pour obtenir les faveurs de notre potentat local. L’occasion était trop belle de montrer patte blanche, en tombant, à bras raccourcis, sur un opposant déclaré, quitte à l’accabler de la plus ridicule des accusations. L’avocat d’Ould Bouamatou n’a d’ailleurs pas tardé à réagir, indiquant que son client s’inscrit en faux contre ces allégations, déclare sans équivoque n’avoir jamais diffusé de telles images et défie quiconque de démontrer le contraire.
En le citant nommément, le communiqué du ministère marocain (qu’on pourrait mettre sur le compte de l’inexpérience du ministre) a cependant donné, à l’affaire, juste ce qu’il fallait de caractère officiel pour qu’Ould Abdel Aziz estime avoir obtenu gain de cause et que son ennemi intime soit désormais persona non grata sur la terre de leurs ancêtres communs. Bouamatou y a vécu plus de six ans, y a investi, y dispose d’un capital relationnel non négligeable et a toujours respecté ses lois. Opposant résolu et déclaré au pouvoir de Nouakchott, il s’est pourtant abstenu, durant son séjour marocain, de toute déclaration ou communiqué qui aurait pu nuire aux relations entre les deux pays. C’est depuis l’Europe qu’il a lancé, en Août dernier, un appel pour combattre la tyrannie d’Ould Abdel Aziz, après avoir décidé de quitter le sol marocain, afin de retrouver de franches coudées, dans sa lutte contre celle-ci.
La décision chérifienne va-t-elle permettre, aux relations entre les deux pays, d’enfin se décrisper ? Ou faire monter plus encore les enchères ? Car ce que prouve surtout cette pantalonnade, c’est que la Mauritanie est devenue très importante, pour son voisin septentrional, notamment du fait de sa position géographique – elle dispose de la seule route reliant le Royaume au reste du Continent – et pour la question cruciale du Sahara. Mais rien n’indique que cette course (Harwala pour reprendre un terme en vogue lors de l’établissement de relations diplomatiques de certains pays arabes avec Israël) portera ses fruits. L’Algérie veille au grain et ne se laissera pas doubler facilement.
On attend donc le prochain caprice de l’Azizanie. Et le nouveau pliage en quatre du Maroc, contraint à satisfaire l’orgueil démentiel de celui qui se veut l’alter ego de leur roi. Mais il est vrai que la honte ne tue pas. Elle est simplement plus dure – et beaucoup plus durable – que la pauvreté…
Ahmed ould Cheikh