samedi 8 décembre 2018

Editorial: Fissure....stratégique

La décision « historique » d'Interpol d’effacer les « notices rouges » concernant Mohamed ould Bouamatou et Mohamed Debagh fera date. En relevant « la dimension politique prédominante dans cette affaire », l’organisation internationale impose, en effet, de pertinentes  limites au droit des Etats à poursuivre leurs ressortissants. Et, certes, comme ont rappelé ses avocats, maîtres William Bourdon et Elyezid Ould Yezid, ce plus polichinelle des secrets, « Ould Bouamatou n'a jamais caché qu'il soutenait légalement l'opposition mauritanienne, notamment financièrement, afin de favoriser la démocratie en Mauritanie ». 
La supercherie azizienne – crimes transfrontaliers ? Expert en la matière, notre Ghanagâteur national n’a jamais eu froid aux yeux… –  aura tout même tenu assez longtemps pour empocher des élections municipales, régionales et parlementaires où l’argent de Bouamatou aurait, évidemment, apporté un contrepoids, certain, aux corruptions en tout genre ouvertement développées par le pouvoir… Lendemains qui déchantent ? Quoique la justice mauritanienne se révèle toujours impuissante à émettre – et pour cause – le moindre jugement dans le dossier « Bouamatou et consorts », l’objective position d’Interpol ne signifie pas encore la liberté retrouvée de mouvements et d’actions de notre célèbre mécène – et opposant déclaré – en sa propre patrie. Mais, patience, cher Mohamed : le mensonge est bel et bien fissuré. De bon augure, à quelques mois de la présidentielle ?
De quoi,  en tout cas, se tâter, « là-haut » : repriser, à la hâte, le tissu de calomnies, au risque de le voir se déchirer définitivement et de se retrouver embourbé, jusqu’au cou, sinon par-dessus la tête, dans l’infâmerie d’une ingratitude enfin étalée à la face du monde, après celle de la Mauritanie ? Ou feinter, gagner du temps, s’éclipser, en douce, en « abandonnant » la place à un alter ego moins mouillé, et juste assez de champ, à l’opposition, pour se parer, lui, du titre de promoteur d’une démocratie en gestation…  au risque d’assister à sa naissance prématurée ? On a dit, à tort ou à raison, Ould Abdel Aziz fin stratège. S’il se croit peut-être le meilleur, cela laisse à supposer qu’il sait n’être pas seul, en cet art d’autant plus difficile qu’il y a toujours, au-dessus de « là-haut », un « encore-plus-là-haut ». Fortuite, donc, la décision d’Interpol, dans le puzzle de la politique mauritanienne ? Ouvrez grand les yeux, messieurs-mesdames, la partie n’est plus tout-à-fait fermée…
                                                                    Ahmed Ould Cheikh

lundi 26 novembre 2018

Editorial: Bons amis...

La nouvelle a fait sensation et ne  cesse de faire le buzz dans les media et les réseaux sociaux. Un comité interministériel de sept ministres, présidé par le premier d’entre eux, a attribué, le 5 Octobre dernier, une concession de trente ans, portant sur le financement, la construction et l’exploitation d’un terminal à conteneurs et d’une jetée pétrolière, au port autonome de Nouakchott, à la société ARISE-Mauritanie dont le représentant local ne serait autre que… le beau-fils du président de la République. Deux jours plus tôt, le Comité permanent de la Commission nationale du contrôle des marchés publics, s’était réuni, avec une célérité qu’on ne lui connaît qu’en matière de marchés « sensibles », pour déclarer qu’il n’avait pas d’objection audit projet. La ficelle était pourtant trop grosse. Pourquoi ladite Commission, censée vérifier la régularité de tous les marchés, n’a-t-elle pas pris le temps d’étudier le dossier, demander plus de précisions, se renseigner sur la société et exiger, pourquoi pas, un appel d’offres international, histoire d’attribuer le marché à la société la plus disante, en termes d’investissements, production d’emplois et de retombées financières sur le pays ? Pourquoi OLAM, une société indienne spécialisée dans l’agro-alimentaire, si elle n’a pas bénéficié d’un bon coup de piston ? Partout sur la planète, les ports sont devenus, depuis quelques années, l’objet de luttes acharnées, entre multinationales prêtes à tout pour obtenir leur gestion. Celui de Nouakchott ne déroge pas à la règle. Dans ces conditions, pourquoi n’avoir pas fait jouer la concurrence, si le gouvernement veut en privatiser une partie et n’a que l’intérêt du pays en ligne de mire (CQFD) ? La convention, passée, comme une lettre à la poste et pour cause, ne tarde pas à être exposée sur la place publique. Dans un pays normal, où les gouvernants entretiennent un minimum d’éthique, ce genre de marché donnerait lieu à des démissions en cascade, des procès à la pelle et ses auteurs livrés à la vindicte populaire, pour le restant de leur vie. Mais, en Mauritanie nouvelle, tout est permis – seulement à certains – comme vendre une centrale électrique trente millions d’euros plus cher que ses concurrents, parce qu’on est adossé à un membre du clan, piller les sociétés d’Etat (comme la SNIM qui croule sous le poids de la dette et qui risque de mettre la clé sous le paillasson) ; en fermer certaines, effaçant ainsi toute trace de pillage ; fonder des sociétés ex nihilo et leur attribuer autant de marchés qu’on veut. On pourrait multiplier les exemples à l’infini, tant le pays est en coupe réglée, depuis une décennie. Face au tollé provoqué par l’affaire et en l’absence de réaction officielle, Ould Djay, le ministre de l’Economie et des Finances, l’un des signataires de la convention, donne certaines précisions sur sa page Facebook. Selon lui, la société paiera, au port autonome, cinquante dollars, pour chaque conteneur vingt pieds, et soixante-quinze, pour celui de quarante ; plus deux dollars par mètre cube d’hydrocarbures débarqué. Ce qui permettra, au PANPA, d’engranger cinq cent cinquante millions de dollars en trente ans, soit deux milliards d’anciennes ouguiyas par an. La société réalisera un investissement de trois cents quatre-vingt-dix millions de dollars  et créera sept cent cinquante emplois pendant les travaux et cinq cents permanents. Clap, clap ! Tout ceci est bien beau mais… il y a anguille sous roche. C’est-à-dire, toujours la même lancinante question : comment peut-on attribuer marché d’une telle ampleur sans faire jouer la concurrence ? Monsieur  le ministre, dites-vous bien qu’il arrivera un jour – imminent, on l’espère – où vous aurez, tous, à rendre comptes. Ils font les bons amis, dit-on. A condition, bien sûr, qu’ils soient eux-mêmes bons…
                                                                        Ahmed Ould Cheikh

dimanche 11 novembre 2018

Editorial: Déformation gouvernementale

Après plusieurs semaines d’attente, notre gouvernement a été enfin formé. Comme les Belges, il y a quelques années, on aurait pu rester plus de six mois sans gouvernement et l’on ne s’en porterait, à coup sûr, que mieux. La nouvelle est tombée deux journées à peine après la débâcle d’Arafat dont la bataille a mobilisé la cour et l’arrière cour de la République, qui a vu rappliquer colonels, généraux, ministres, secrétaires généraux, conseillers, hommes d’affaires dans ce grand bourg nouakchottois, pour tenter l’impossible mission d’arracher cette commune à l’opposition, particulièrement au parti islamiste qui la gère depuis 2006. A l’issue d’un troisième tour totalement illégal, la victoire est revenue, encore une fois, à ceux qui l’avaient remportée, haut la main, à l’issue des deux tours précédents, sans bourrage ni trucage. Il fallait donc parer au plus pressé, faire oublier cette déculottée monumentale. Aussitôt dit, aussitôt fait : le Premier ministre présente la démission de son gouvernement. Ce qui aurait dû être fait à l’issue des élections législatives a été retardé sciemment, en l’attente du « bon » timing. Il vient avec cette défaite d’Arafat qu’on a voulu faire oublier rapidement, à une opinion publique friande de sensations. Et la manœuvre a réussi. Tous les regards se sont tournés vers la Primature et les supputations allaient bon train. Le Premier ministre tant décrié allait-il être maintenu ? Il en était persuadé, semble-t-il. Il avait peut-être encore quelques comptes à régler. Mais ses prévisions n’ont pas tardé à tomber à l’eau. Celui qu’il craignait le plus et sur le dos duquel il avait fait fuiter, dans la presse, un rapport sur la gestion de la SNIM qu’il dirige, est choisi pour lui succéder. Mohamed Salem ould Béchir, puisque c’est de lui qu’il s’agit, partage, avec son prédécesseur, au moins un point commun : c’est la voix de son maître. Fidèle exécutant, il a toujours travaillé conformément aux orientations du boss et à la volonté du clan, tant à la SOMELEC, qu’au ministère du Pétrole ou à la SNIM qu’il a trouvée, certes, en état de mort clinique.
C’est donc à lui qu’incombe la mission de « former » un gouvernement qui n’aura de nouveau que le nom. Un gouvernement qui aura péché par incompétence et qui sera pourtant reconduit, dans son écrasante majorité. Seuls quatre ministres sont renvoyés et l’on se demande bien  sur quels critères les autres ont été maintenus. Certains, pour ne pas dire la majorité, ont échoué dans la gestion de leur département. D’autres ont fait chou blanc, lors des dernières élections. Et aucun de ceux qui se sont investis, corps, biens et âme, à Arafat, n’en a payé le prix. La sanction et la récompense ont-elles disparu de notre vocabulaire ? Cédant la place à la servilité et l’obséquiosité, conditions semble-t-il sine qua non au maintien en cour, pour ne plus dire fonction, tant le terme paraît-il aujourd’hui si peu approprié à l’emploi gouvernemental.
                                                                                          Ahmed Ould Cheikh

dimanche 21 octobre 2018

Editorial; Pitié!

Finies, les élections. Pliées. Comme on s’y attendait : au profit du parti au pouvoir. Avec, dans son escarcelle, une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, dans les mairies et la totalité des conseils régionaux. Rien que des miettes à l’opposition qui a fini par regretter d’avoir participé à la mascarade. Et qui risque de se voir ravir les communes d’El Mina et d’Arafat, où elle a pourtant gagné, haut la main, à l’issue d’un troisième tour décidé, contre toute logique, par une Cour Suprême dont la célérité devient douteuse, chaque fois que l’UPR introduit un recours. Le recomptage des voix, dans ces deux mairies, ayant donné la coalition de l’opposition gagnante, on se demande bien qu’est-ce qui pourrait justifier un nouveau vote. Si ce n’est la volonté du pouvoir qui a tout fait pour arracher ce bastion qu’est devenu Arafat ; et qui a lamentablement échoué, malgré une débauche de généraux, de colonels et de moyens. Il ne lui reste plus, à présent, qu’à organiser une autre mascarade, contre l’avis de la Commission électorale (dont le président a dénoncé, ouvertement, cette procédure, considérant que les résultats étaient plus que fiables) et décréter ses candidats vainqueurs. Ce vers quoi l’on s’achemine, le 27 Octobre prochain. La guerre enclenchée contre Tawassoul, depuis l’annonce des résultats des élections législatives (qui en font le premier parti d’opposition), n’a toujours pas dit son dernier mot. Après la fermeture du Centre de formation des Oulémas et de l’université Ibn Yacine, place aux coups sous la ceinture ! Quitte à discréditer tout un processus, remettre en cause des résultats certifiés, mettre hors-jeu, et la CENI et le Conseil Constitutionnel, impliquer une Cour suprême qui doit rester indépendante, au-dessus de la mêlée, et annuler une élection qui reflète la volonté populaire. Ne soyez pas surpris si, demain, des unités de l’Armée sont appelées en renfort, non pour assurer la sécurité mais pour voter et faire pencher la balance en faveur de l’UPR. Même si leurs noms ne figurent nullement sur les listes électorales. Comme cela s’est vu en certaines localités « importantes » où l’opposition était sur le point de gagner. Il n’y a donc plus de honte, dans cette Mauritanie nouvelle où l’on peut avoir recours, si l’on n’a pas la possibilité de gagner loyalement, à toutes les méthodes y compris la reconvocation des électeurs, non pas dans un ou deux bureaux litigieux, mais toute une circonscription. Du jamais vu, même au temps où l’élection signifiait fraude, où les résultats étaient proclamés alors que le dépouillement était encore en cours. Elle est atypique cette Mauritanie, vous dis-je. Un pays bizarre où l’on n’organise pas une élection pour la perdre, où les (anciens) militaires ont droit de vie et de mort sur nous, où tout le monde scrute le moindre fait et geste du Président, pour savoir s’il va, anomalie suprême, respecter un serment déclaré devant Allah, la Communauté nationale et internationale. Où des élus invitent, ouvertement, à violer la Constitution, où le parti aux commandes ne reste superpuissant que jusqu’au jour où son fondateur disparaît, où le gouvernement détient la palme d’or de l’incompétence et de l’inconsistance… Pitié, n’en jetez plus, la cour est pleine...
                                                                                                       Ahmed Ould Cheikh 

lundi 8 octobre 2018

Editorial: Et pourtant elle tourne...

« Je soutiendrai un candidat en 2019 » ; « je ne modifierai pas la Constitution » ; « les députés peuvent voter des amendements constitutionnels mais pas nécessairement relatifs au mandat » ; « si vous voulez un troisième, un quatrième mandat ou, même, un royaume, donnez une majorité écrasante à l’UPR » ; « je ne laisserai pas la Mauritanie retomber entre les mains de ceux qui lui ont déjà fait tant de mal, par le passé » : le moins qu’on puisse dire est qu’en quelques mois et quelques mots, Ould Abdel Aziz nous a donné le tournis. A six mois d’une élection majeure, décisive pour l’avenir du pays, personne ne sait à quoi s’en tenir. Le Président le sait-il d’ailleurs lui-même ? Entre hésitations, atermoiements et déclarations contradictoires, il n’a apparemment pas encore fait le deuil de la Présidence. Son désarroi est visible, lorsqu’il évoque la question des mandats. Malgré deux conférences de presse en moins d’un mois, il n’a toujours pas convaincu. Ni ceux qui lui demandent, ouvertement, de fouler au pied la Constitution et de « continuer son œuvre de construction nationale », encore moins ceux qui gardent encore un faible espoir de le voir raison garder et de ne pas s’aventurer sur un chemin si dangereux, pour lui et pour le pays. Il maintient visiblement le flou… en attendant une éclaircie qui permettrait de faire avaler cette couleuvre ? La caution de la France ou le feu vert de l’Armée ? Deux impondérables qui lui tiennent à cœur. L’avis de la population ? Il n’en a que faire. Il tient en si petite estime ce pays, son peuple et sa classe politique qu’il n’a pas hésité à renverser un président élu, changer son hymne national et sa monnaie, piétiner ses symboles, falsifier son histoire  et l’appauvrir encore plus. Dans un contexte où, il est vrai, tout lui a souri mais jusqu’à quand ? La roue tourne et l’on ne peut rester éternellement du bon côté.
« Le pouvoir », disait feu Moktar ould Daddah, « a un goût ». Il faisait allusion, dans un style qui lui est propre, aux tentations et à l’impossibilité de s’en défaire volontairement. Jamais cette formule n’a trouvé autant de sens qu’avec Ould Abdel Aziz. L’homme, qui a pris le pouvoir parce qu’un président de la République, chef suprême des forces armées, a usé de ses pouvoirs régaliens, ne veut plus rien lâcher. Il se considère, désormais, comme notre tuteur sans lequel ce pays serait parti, depuis longtemps, à vau-l’eau. Rappelons-lui, s’il l’a oublié, que c’est à partir de rien qu’Ould Daddah mit en place les fondements de l’Etat, dirigea celui-ci pendant dix-huit ans, Maaouya vingt-et-un. Ils sont partis, la Terre n’a pas arrêté de tourner et la Mauritanie avec, à son rythme…
                                                                                Ahmed Ould Cheikh 

lundi 24 septembre 2018

Editorial: Un pas vers 2019

La situation se répète à chaque élection. Invariablement. Le peuple est appelé à voter ; on lui fait miroiter l’espoir que sa volonté sera respectée ; la campagne électorale prend, chaque fois, des allures de fête foraine ; les portraits des candidats sont affichés partout ; les logos et les slogans foisonnent ; les media publics sont, une fois n’est pas coutume, ouverts à tous, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité ; tout a l’allure d’une démocratie réelle où un homme égal une voix…. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.
Car, entre l’une et les autres, il y a un chef d’orchestre. Plus précisément, le président en exercice de la République, auto-promu directeur effectif de campagne du parti au pouvoir. Il sillonne le pays, tient meeting sur meeting, reçoit, promet, menace, tempête et sort même, parfois, de ses gonds. Les généraux sont mobilisés. Les hommes d’affaires et les banquiers obligés de débourser et de battre campagne. Un redressement fiscal plane sur leurs têtes, comme une épée de Damoclès. Leur préférence doit aller au parti du chef. Interdit de s’afficher ailleurs ou de donner la moindre ouguiya à un autre parti ! Les notables et autres gabegistes recyclés sont appelés à la rescousse, pour monter la « bonne » voie aux électeurs. L’opposition est diabolisée, vouée aux gémonies et nul n’a le droit de lui manifester la moindre sympathie, s’il veut conserver ou prétendre à la moindre petite fonction dans un État mafieux qui classe ses ressortissants selon leur appartenance politique. L’armée, comme d’habitude, est appelée en renfort. Des régiments entiers, encadrés par leurs chefs, votent un peu partout, souvent sans être inscrits sur les listes électorales. Ils feront pencher la balance en faveur des candidats du pouvoir. Les représentants de la Commission électorale, jugés peu dociles face aux injonctions des notabilités, sont mutés sans autre forme de procès. Ajoutez, à ce sombre tableau, les pressions en tous genres exercées sur les électeurs, l’achat des consciences, le bourrage des urnes par des gens sans scrupules ; les votes multiples, le déplacement en masse des électeurs pour voter dans des zones où ils n’ont aucune attache et l’utilisation de l’argent sale. Comment parler d’élections honnêtes et transparentes, dans ces conditions ? Comme toutes celles que le pays organise, depuis l’avènement de cette pseudo-démocratie octroyée par les militaires en 1991. Aucune n’a dérogé à la règle. Toutes étaient des simulacres de consultation électorale, des pièges à cons, des pièces de goût où le recyclage, parfois, même, l’acharnement thérapeutique, sont de règle. Où même les apparences ne sont plus sauves. Où la forme n’est pas respectée. Où la commission chargée de les organiser n’a pas fait l’objet d’un consensus et dont les membres sont choisis sur des critères paternalistes. Où l’administration affiche un parti-pris flagrant.
Un système bâti de la sorte ne peut que générer fraude, dévoiement de la volonté des uns et des autres  et profond sentiment d’injustice. Mais à quelque chose malheur est bon. Malgré tous les moyens mis en œuvre,  l’omnipotent parti au pouvoir a tremblé. Ses plans sont tombés à l’eau. Des citadelles, jusqu’ici imprenables, sont tombées. Des gros bonnets ont sué, jusqu’à la dernière minute. Un pas vient d’être franchi dans la déconstruction du système. Petit, diront les uns. Mais un pas tout de même, rétorqueront les autres. 2019 tranchera-t-il ?
                                                                              Ahmed Ould Cheikh

dimanche 16 septembre 2018

Editorial: Kamikaze ou pas?

Le premier tour des élections municipales, législatives et régionales a vécu. Et ses résultats n’ont été proclamés que samedi dernier, soit une semaine, jour pour jour, après la fin du vote. Certes, le scrutin était lourd : cinq consultations en une, plus de quatre mille bureaux de vote, près de deux mille deux cents listes en compétition et environ cent partis, pour un marathon où les recalés furent, et de loin, plus nombreux que les admis ! Un challenge presqu’impossible à relever, pour une commission électorale qui traînait un vice rédhibitoire, celui d’être plus politique que technique, et de ne pas avoir fait l’objet d’un consensus entre les partis, particulièrement ceux de l’opposition radicale qui considèrent, à juste titre, qu’ils en ont été exclus. La CENI a, malgré tout et tant bien que mal, tracé son petit bonhomme de chemin, essuyant, au passage, salves sur salves de critiques. Dont certaines, il faut le reconnaître, sont bien fondées. Des représentants choisis sur des critères qui furent tout, sauf objectifs, et dont certains étaient ouvertement engagés dans la campagne de l’UPR ; des présidents de bureaux de vote zélés, au profit du parti/Etat, excluant les représentants d’autres partis ou refusant de remettre des copies des PV du dépouillement ; des cas de bourrage d’urnes signalés, ici et là. Tout ceci, et autres « petits détails », ont-ils faussé, de manière significative, l’issue du scrutin ? « Oui », répond en chœur l’opposition pour qui la volonté des électeurs a été « usurpée », par la fraude massive et les manipulations généralisées des résultats. Au profit de qui, selon vous ? Du parti dont le président de la République est devenu le directeur officiel de campagne ; celui qui se prévaut de plus d’un million cent mille adhérents mais dont, chose bizarre, moins du cinquième a voté en sa faveur ; le parti des notabilités, des féodaux, des fonctionnaires et de l’administration territoriale ; le parti, qui raflera, comme le PRDS en son temps, la majorité des sièges, au Parlement, et des conseils municipaux, avant de se volatiliser, à la première secousse qui emportera son fondateur ; un parti qui, malgré tous les moyens légaux et illégaux dont il a usé et abusé, ne réussira pas à obtenir les fameux deux-tiers des députés de l’Assemblée dont Ould Abdel Aziz s’est fait une barrière psychologique. À moins de s’allier avec les autres partis de la majorité et autres qui auront obtenu des représentants à la Chambre, désormais unique, du Parlement. Pour faire quoi ? Tenter l’opération kamikaze des amendements constitutionnels et ainsi faire sauter le verrou des mandats présidentiels qui commence à hanter ses nuits.
Kamikaze : Personne qui se met délibérément en grand danger, à un niveau personnel, professionnel ou autre… On peut certes comprendre qu’Aziz joue le tout pour le tout, pour se maintenir au pouvoir, mais, en agissant ainsi, ne fait-il pas courir de plus graves dangers au pays ? La réponse, en fin de comptes, est bel et bien d’abord entre les mains des électeurs : ils ont encore la possibilité de faire élire plus d’un bon tiers d’opposants résolus à cette aventure. On peut, bien évidemment, parier sur la capacité du pouvoir à tout faire, y compris la plus grossière fraude, pour contrecarrer cette éventuelle volonté populaire. Mais l’important est que celle-ci se manifeste : même s’il la camoufle, le pouvoir saura parfaitement, lui, à quoi s’en tenir. Et mesurer, ainsi, l’exact danger de l’option kamikaze…
                                                                                   Ahmed Ould Cheikh