dimanche 14 janvier 2018

Editorial: Travaux d'Hercule

Une année vient de s’achever. Une autre commence. L’ordre normal des choses et l’heure du bilan. Qu’avons-nous fait de l’année écoulée ?  Un referendum (anti) constitutionnel, des changements de drapeau, hymne national et monnaie. Rien que du symbolique. De la poudre aux yeux. Pour masquer l’essentiel : quel progrès avons-nous réalisé, dans la lutte contre la pauvreté ? Notre école publique est-elle devenue plus performante ? Notre système de santé sorti de son agonie ? Notre ouguiya a-t-elle tenu bon, face aux devises étrangères ? Notre économie redressé la tête ? Le chômage résorbé ? Nos finances publiques assainies ? Bien qu’on soit très loin d’être sorti de l’auberge, il se trouvera toujours de petits flagorneurs pour vous chanter, encore et encore, les « réalisations grandioses de notre guide éclairé ». Certains allant même jusqu’à réclamer un troisième mandat pour « parachever le travail accompli ». Quel travail ? Tuer, une à une, les sociétés publiques ? Jugez par vous-mêmes : l’Etablissement national d’entretien routier a été dissous ; la Sonimex est sur le point de disparaître ; les deux sociétés de transport, terrestre et aérien, sont sous perfusion ; l’Imprimerie nationale n’arrive plus à éditer les quotidiens nationaux et la presse privée (une première depuis 1975) ; la Société du sucre, qui a déjà englouti des milliards, est mort-née ; la Sonader et la SNAAT le sont cliniquement.
Quel travail ? Nous endetter jusqu’à la moelle ?  Offrir, sur un plateau d’argent, le peu de ressources dont nous disposons à un clan qui a juré de saigner ce pays jusqu’à l’os ?  Nous isoler, un peu plus, sur la scène régionale et internationale ?  De quel travail peut-on parler, quand la liberté d’expression et d’association est menacée, quand la presse est bâillonnée, quand la justice n’est plus qu’un appendice de l’Exécutif, quand les mêmes chances ne sont pas offertes à tout le monde, quand on n’est pas tous égaux devant la loi ?
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un régime en fin de mandat a généralement tendance à produire les conditions susceptibles de repousser l’échéance au maximum, en se risquant, soit à modifier la Constitution (Burkina Faso), soit à se pérenniser au pouvoir (Niger et RDC). Avec les résultats qu’on sait : Compaoré a été chassé par la rue, Tandja par l’Armée et Kabila fait face à une insurrection populaire qui finira bien par avoir raison de lui. A écouter ses laudateurs, Ould Abdel Aziz va-t-il tomber dans le piège ? Quoiqu’il en soit, sa situation n’est guère enviable. Tentera-t-il de s’incruster au pouvoir et ce sera un saut vers l’inconnu, pour lui et pays. Cèdera-t-il la place et il aura besoin d’une solide carapace : les nombreux ennemis qu’il s’est fait, au cours de ses deux mandats, ne lui laisseront aucun répit. A moins qu’il ne se choisisse un dauphin tout à la fois assez docile et puissant pour lui assurer l’impunité et la pleine jouissance des biens qu’il a accumulés. Le seul hic est que, si les Mauritaniens sont amateurs de poisson, ils ne goûtent guère les dauphins… Au final, sortir de cette impasse constituera, certainement, le plus rude travail de notre si piètre « Hercule » national. 
                                                                                                                 Ahmed Ould Cheikh

mardi 26 décembre 2017

Editorial: Littérature

Dans l’affaire dite « Bouamatou et consorts », la décision de la Cour suprême qu’on attendait depuis plus d’un mois est tombée. Sans surprise. Le pourvoi en cassation, introduit par les avocats du sénateur Mohamed ould Ghadda, sur la base de l’article 50 de la Constitution qui stipule qu’aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou des votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions, a été rejeté. Après l’avoir été par la Chambre d’accusation qui, elle, s’était déclarée « incompétente », pour invalider ou non les poursuites contre le sénateur. Du coup, la balle revient dans le camp du pool des juges  qui a hérité de l’affaire. Qui peuvent prononcer des non-lieux, renvoyer les prévenus en procès ou continuer l’instruction. Tout dépendra de la volonté du pouvoir de jouer ou non l’apaisement, puisqu’il est illusoire de croire, un seul instant, que les juges diront le droit. Comme avec tout le reste, depuis son arrivée au pouvoir, Ould Abdel Aziz a fait, de la justice, un de ses bras armés pour régler ses comptes personnels. En 2009, il n’avait pas hésité à coffrer, dans le cadre des fameuses affaires d’Air Mauritanie et du riz avarié, une dizaine d’opposants qui avaient, aussi simplement que courageusement, rejeté son coup de force contre un président élu. Leur libération fit l’objet d’âpres négociations, avant la signature de l’Accord de Dakar. Au plus fort de l’affaire, alors que l’instruction battait son plein, Ould Abdel Aziz s’empêtra dans ses contradictions, lors d’un meeting à Rosso, en déclarant qu’il n’intervenait pas dans le fonctionnement de la justice, avant de lancer, quelques minutes après, qu’il était prêt à libérer Ould El Waghf, « s’il acceptait de manger une petite quantité du riz avarié ». Tous les prévenus bénéficièrent d’une liberté provisoire. Tout comme Ould Debagh, vice-président du groupe BSA en 2013. A ce jour, leurs dossiers dorment dans les méandres du palais de justice et, comme une épée de Damoclès pendue au-dessus d’eux, peuvent être réactivés à tout moment. Comment donc parler d’indépendance de la justice ?
Le dossier des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes participe de cette logique. Placés sous contrôle judiciaire, privés de leur liberté de mouvement, depuis plus de trois mois, ils n’ont rien fait d’autre que croiser la route d’un généreux mécène, devenu dangereux et infréquentable, depuis qu’il a coupé les ponts avec le pouvoir actuel. Mais la médaille a son revers. Embrigader la justice, entraver les libertés, violer le secret des correspondances et maintenir en prison, au mépris des lois, ne sont plus acceptables dans un monde désormais petit village. La réunion du parlement ACP/UE, qui s’achèvera le 20 courant en Haïti, s’apprête à adopter un certain nombre de résolutions, portées par des députés européens, condamnant la Mauritanie pour, entre autres, « les mesures répressives continues contre l’opposition, le recours à la torture par les forces de l’ordre, les arrestations arbitraires, la mise au secret de personnes placées en détention provisoire prolongée […], les violations de la liberté de presse, d’association et de conscience et toutes les formes d’esclavage, […] les violations de droits de l’homme subies par les opposants politiques et les différents groupes de militants, y compris ceux engagés dans la lutte contre l’esclavage »... Les résolutions exhortent les autorités mauritaniennes à « respecter les droits de l’homme, y compris la liberté d’expression, d’association et de réunion et à éviter tout recours excessif à la force contre des manifestants pacifiques ». Que ces résolutions soient adoptées ou rejetées parce que la solidarité des dictateurs ACP aura joué en faveur d’Aziz, cela importe finalement peu. Tout a été dit. Le reste n’est que littérature

                                                                                 Ahmed ould Cheikh

dimanche 17 décembre 2017

Editorial: Au service du grand désordre mondial

Les Français vouent un amour certain envers le paradoxe, si proche cousin de l’ambiguïté. Pour nouvelle preuve, s’il était besoin, la forme interrogative donnée au thème du colloque organisé, le 12/12, à l’Assemblée nationale française, par l’Association Europe-Mauritanie (AEM), présidée par l’ex-colonel Peer de Jong : « G5 Sahel: une initiative régionale pour une nouvelle architecture de paix? ».
Outre la date – Ah le 12/12, si cher au cœur des militaires mauritaniens, Ould Abdel Aziz en tête, mais peut-être simple coïncidence, ici – la présence, parmi les intervenants, de Jean-Louis Bruguière, ancien juge antiterroriste, et de François-Xavier de Woillemont, l’ex-patron de Barkhane, signale, déjà, le filigrane guerrier des débats. Et l’on comprend bien par quelle logique sanglante les grands stratèges de ce monde auront-ils fait passer la sous-région, pour y imposer leur paix, après l’avoir si longtemps assignée au non-droit. L’exploitation des matières premières saharo-sahéliennes, désormais rentabilisées par leur inexorable raréfaction en régions plus accessibles, passait par une sécurisation militarisée des espaces si opportunément terrorisés par nos fumeux alqahideux. Est-ce chose accomplie ou en passe de l’être ? Là réside, peut-être, le sens de l’interrogation posée par AEM.
Il n’est évidemment pas anodin qu’Ould Abdel Aziz ait été prié d’assurer la présidence de cet ambigu questionnement. Non pas tant parce qu’il fut le forgeron commis à la fondation du G5 ou qu’il soit président d’une Mauritanie reformatée charnière sahélo-européenne, mais parce qu’il en a été un des plus troubles artisans, depuis, disons, Lemgheïty, prélude de son premier coup d’Etat et de la reprise en main, par la France européanisée, de son « pré carré », après l’offensive américaine des premières années de ce siècle (via, notamment, la Trans-Saharian Counter Terrorism Initiative). Fortuite ou non, la coïncidence lui aura valu un singulier et durable soutien de l’Hexagone. En dépit de ses nombreux errements dans la lutte antiterroriste : la tragédie de Tourine, ses douze militaires décapités et tant de véhicules butinés ; la débandade, à Hassi Sidi, de nos troupes si lamentablement dirigées, depuis Nouakchott, par Ould Abdel Aziz lui-même, et qui ne furent sauvées que par l'intervention d’Ould Debagh, vice-président du groupe BSA, mettant un Boeing à disposition, en pleine nuit, pour transporter, de toute urgence, des troupes d'élite d'Atar à Néma (mention spéciale au courage du commandant El Hadj qui était, cette nuit-là, aux commandes dudit Boeing de Mauritania Airways) ; l’impéritie du coup de Wagadou où, sans l’intervention, là encore, d’Ould Debagh qui mit à nouveau un avion de sa compagnie à la disposition de l'armée, pour acheminer le kérosène et les munitions « oubliées » par l’intendance – mention également au courage du commandant Bennahi et de l'officier pilote Ould Jiddou qui acceptèrent de prendre les commandes de cette bombe volante –   ceci quelques jours seulement après que le même Ould Debagh ait envoyé plusieurs téléphones satellitaires Thurayas, au chef de l’unité à Tombouctou, pour lui assurer des contacts sécurisés avec Ould Abel Aziz et l'état-major en Mauritanie… Le Parlement européen attend toujours les mille huit cents hommes de troupe mauritaniens promis, à Fabius, pour intervenir au Nord-Mali et les attendra aussi longtemps que durera le « gentleman » agreement conclu, par notre si fin « architecte de la paix », avec Al Qaïda au Maghreb Islamique.
A quel prix Jeune Afrique, qui attribue ainsi la paternité de ladite architecture au chef de l’Etat mauritanien, s’est-il ainsi investi dans la déférence servile ? Il faut bien boucler les difficiles fins de mois et soyons justes : Ould Abdel Aziz est, à n’en point douter, un éminent architecte. Celui du mal gratuit, du délabrement  de l'économie mauritanienne, de la destruction du secteur privé national ; de la vente du Domaine public : écoles, pans entiers de l'école de police, du Stade olympique, de la Cité de la fanfare, de la caserne de la gendarmerie d'escorte et tutti quanti. Il est aussi l'architecte du pouvoir personnel, du référendum anticonstitutionnel, de la disparition de l'Administration, du recul de l'Etat de droit et de la liberté d'expression. Des compétences idéales pour présider une nouvelle architecture de quelle paix ? A ce point fragile, hélas, qu’on en sent, ici même, déjà la poudre mais, somme toute, n’est-ce pas là l’épice préférée des militaires et des juges antiterroristes, l’argument de leur gagne-pain, au service du grand désordre mondial ? De quoi valoir, on en admet le paradoxe, une belle jaquette, aujourd’hui, à l’Assemblée nationale française et, plus sûrement encore… une belle veste, demain, au tribunal des peuples du G5.
                                                                                                             Ahmed Ould Cheikh  

dimanche 10 décembre 2017

Editorial: Tout nouveau, tout beau?

Le nouveau drapeau, cher à notre guide éclairé, a été enfin hissé le 28 Novembre, le nouvel hymne aussi chanté, la nouvelle ouguiya sera mise en circulation à partir du 1er Janvier prochain. La Mauritanie nouvelle est en marche. Militaire. Au forceps. Dans la douleur. Alors que personne n’en veut. Les sénateurs en premier, qui ont pris leur courage à deux mains pour dire non. Le peuple ensuite, en boudant les urnes, lors du referendum qui devait permettre son éclosion et qui ne fut qu’une mascarade sans nom. Elle verra le jour, malgré tout, « contre vents et marées », à l’instar de celle du Père fondateur. Sauf que l’avatar du « président-(re)fondateur » cher à l’humoriste Mamane sera l’exact opposé de sa matrice : divisé, écartelé, injuste et insipide. Feu Mokhtar ould Daddah faisait l’unanimité, par son charisme, son sens du sacrifice, sa vaste culture, sa diplomatie hors normes et son désintérêt pour les biens matériels. Il n’avait, en effet, ni comptes en banque garnis, ni marchés, ni banques, ni terrains bien placés, ni matériel de BTP à louer. Il avait fait don de sa personne à la Mauritanie. Faites la différence avec ce que nous endurons, depuis 1978 et, surtout, depuis 2008. Et vous verrez que c’est le jour et la nuit. Nous sommes devenus une république bananière où le chef a droit de vie et de mort sur nous, décide de tout et n’en fait qu’à sa tête. Il a multiplié notre dette à l’infini et s’apprête à diviser notre monnaie par dix, tout comme ses promesses électorales. Une autre façon de nous tourner en bourrique, en dévaluant l’ouguiya en douce, conformément aux injonctions du FMI. Mais la pilule sera d’autant plus dure à avaler que le pouvoir d’achat est largement érodé, les salaires stagnent et les prix flambent. Si l’on ajoute, à ce sombre tableau, l’implacable sécheresse, la situation risque de ne pas être de tout repos, pour un pouvoir largement décrié. Et qui ne tente, en rien, de remonter la pente. Au contraire, il multiplie ses ennemis, à l’intérieur et à l’extérieur. A couteaux tirés avec les sénateurs, les journalistes, les syndicalistes et tout un peuple à qui il n’offre ni enseignement de qualité, ni système de santé fiable, encore moins de justice sociale. Il ne s’entend avec aucun de ses voisins immédiats. Pire, il se permet même de divulguer, à travers les réseaux sociaux, des messages où l’on entend des chefs d’Etat étrangers discuter avec un membre de son opposition en exil. Une monumentale erreur diplomatique qui risque de lui porter un grave préjudice et écorner un peu plus son image. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il a boudé l’important sommet UE/Afrique qui vient de se tenir à Abidjan. Il se déplaçait pourtant pour beaucoup moins que ça. Notre diplomatie, vous dis-je, n’est plus ce qu’elle était.
Quelles perspectives, alors, pour un pays à bout de souffle, endetté jusqu’à la moelle et dont les principales sources de devises se réduisent comme peau de chagrin ? Le gaz en 2020-2021 sur lequel se fondent, désormais, tous les espoirs ? Comme le gisement pétrolier de Chinguitti, il risque de n’être, lui aussi, qu’une (nouvelle) chimère. Le Sénégal et la Mauritanie, qui se partagent le champ gazier de Tortue, n’ont toujours pas signé l’accord sans lequel la compagnie BP ne pourra démarrer la mise en place des installations, en vue  de son exploitation. Le Sénégal, sur lequel la France exerce une énorme pression pour ne pas signer, ne fait pas montre de trop d’empressement. Il détient déjà un champ équivalent, Yakaar, dont l’exploitation commencera au cours des prochaines années, ainsi qu’un autre, de pétrole celui-là (dénommé SNE), et qui produira 125.000 barils/jour. Mais pourquoi, vous demandez-vous, la France interviendrait-elle dans ce dossier ? Parce qu’elle reproche, à Ould Abdel Aziz, d’avoir exclu Total, de traîner les pieds, dans la mise en place de la force conjointe du G5 Sahel, et de lui avoir fait faux bond, lors de l’opération Serval, en 2013, au Mali. De quoi irriter l’ancienne puissance coloniale qui voit toujours d’un mauvais œil qu’un membre de son pré carré pépie à son gré. Bref, aussi nouvelle qu’elle paraisse, la Mauritanie d’Ould Abdel Aziz n’a pas la côte du marché. Et végète ce faisant, dans nos pires travers nationaux : vue courte, opportunisme au jour le jour, repliement identitaire et tout le tintouin pour le triomphe programmé de la zizanie… Tout nouveau, peut-être, mais tout beau, il n’y a que les autruches, la tête bien enfoncée dans le sable, pour en frétiller d’aise.
                                                                                              Ahmed Ould Cheikh

dimanche 26 novembre 2017

Editorial: Bas-fonds....

Ould Mkhaitir, l’auteur de l’article blasphématoire contre le prophète Mohamed (PBL), a-t-il été libéré ? Est-il gardé au secret, en lieu sûr ? Depuis que la Cour d’appel de Nouadhibou l’a condamné, la semaine dernière, à deux ans de prison ferme (une peine qu’il a déjà purgée), il est, en tout cas, devenu libérable. Mais, devant la colère de la rue, chauffée, dès le premier jour, à blanc et sans aucune discernement, par le Président lui-même déclarant que le fautif serait sanctionné sans aucune pitié, le pouvoir a été obligé de faire machine arrière. Ould Mkhaitir ne sera pas libéré, a-t-il fait savoir, tant que le pourvoi en cassation, introduit par le Parquet, ne sera pas examiné par la Cour suprême. Malgré la pression des Occidentaux (dont certains envoyèrent des représentants, au procès de Nouadhibou, alors qu’ils ont gardé le silence, lorsqu’un sénateur, arrêté sans raison, fut amené, enchaîné, au tribunal de Nouakchott), il y a de fortes chances que le forgeron contestataire reste encore, quelque temps, en prison. Le temps que la rue se calme ou… passe à autre chose. Justement, cet autre chose vient de lui être offert, sous forme d’enregistrements, à l’instar de ceux attribués à Ould Ghadda, lorsque son téléphone fut confisqué, en Mai dernier, par la gendarmerie de Rosso. Cette fois, c’est un autre opposant qui fait les frais de ces méthodes dignes de la mafia calabraise. Moustapha ould Limam Chavi, une des figures de proue de l’opposition en exil, qui a fait l’objet, lui aussi, d’un mandat d’arrêt international de nul effet, en est la vedette. Son téléphone était apparemment sur écoute. Avant que Whatsapp ou Telegram ne proposent des solutions. On a ainsi divulgué des discussions anodines avec des journalistes et, beaucoup plus grave, avec des présidents étrangers. Que vont penser ces chefs d’Etat de nous ? Qu’il est loin le pays qui enfanta Mokhtar ould Daddah dont l’aura dépassait les frontières de l’Afrique ! Notre pays serait-il tombé si bas pour s’adonner à ce genre de barbouzeries ?  Acharné à détruire et déconstruire ce que les bâtisseurs ont élevé, des décennies de labeur durant, Ould Abdel Aziz n’a pas plus de programme pour relever le niveau de vue que de vie des citoyens. Il survit d’expédients, au jour le jour : déshabiller un manifestant en pleine rue et le promener devant les gens ; condamner à trois ans de prison ferme un étudiant, pour simple jet de chaussure ; avilir l’opinion publique, entre mensonges éhontés et demi-vérités, avant de s’y lier ; profiter d'un banal accident de circulation, pour saisir les téléphones d'un opposant, et fuiter leur contenu, via des sites affiliés à la police politique ; fouiner dans la vie privée de tout celui qui le critique… Une fange sans nom suinte de la déliquescence d’un ego boursouflé, inonde la vie du pays, tend à le noyer dans des marécages de corruption, courtes vues, amalgames, confusions. Constat sans appel : c’est, tout simplement, parce qu’il est incapable de s’élever lui-même – pire, de se risquer à la moindre autocritique – qu’Ould Abdel Aziz s’applique à abaisser la Mauritanie. Jusqu’à quelle révolte, Seigneur Dieu, de notre âme populaire ?
                                                                                         Ahmed Ould Cheikh

dimanche 19 novembre 2017

Editorial: Du beurre dans les nouilles, en pointillé…

Les besoins d’argent, quasiment tout le monde en a. La question pendante, pour y faire face, reste : à quel prix ? Et la réponse navigue, souvent, entre modération de conscience et souci de respectabilité. Des paramètres particulièrement virulents, dans le domaine de la communication où la crédibilité est essentielle. C’est une lutte de tous les jours pour éviter le piège du peshmerguisme*, tombe classique des plumes et des titres. Alain Faujas, de Jeune Afrique, n’en disconviendra pas. Quels trésors d’ingéniosité ne déploie-t-il pas pour habiller une des plus prolifiques tirelires du journal, « Le Plus de JA », d’une malhfa (voile mauritanien) de sérieux ?
Malhfa, dis-je, car son édition N°2965, du 5 au 11 Novembre derniers, est justement consacrée à la Mauritanie. Sous le titre : « L’avenir en pointillé », juste assez ambigu pour paraître objectif ; voici l’envoyé spécial de « Jeune-à-fric » à Nouakchott commis à dresser un portait doucereux de notre situation nationale où « Aziz en position de force » grâce, notamment, à la « Renaissance d’une armée » – un argument frappant, c’est certain, pour des PTF tétanisés par la menace terroriste – disposerait « De bons augures pour battre le fer », en dépit d’une dette nationale ramenée miraculeusement à 70% du PIB, une fois escamotés, via petite note de bas de page, les 30% dûs aux koweitiens, alors que le président d’Algold resources s’enthousiasme des « excellents résultats » obtenus par sa grosse société et son petit partenaire mauritanien.
Bref, le contenu de ce « Plus » ne se gêne pas pour contredire son titre, en suggérant un avenir en… rose. Le pointillé se résumant, au final, à l’incertitude, quant au choix, par l’omnipotent chef de l’Etat, de son successeur. Un choix d’autant plus important que « l’opposant » de service retenu, par Alain Faujas, pour illustrer « l’impartialité » de son papier, ne se gêne pas de lui rappeler, que « nous nous opposons aux programmes, pas aux personnes ». Autre splendide ambiguïté, tout-à-fait dans la tournure d’esprit de cet éminent manieur de boubou en tout sens, dont on comprend aisément qu’elle ait pu subjuguer notre pauvre collègue enchaîné à sa galère d’apologie masquée.
Une apologie à usage international évidemment exclusif. Si ce n’est, bien sûr, les dithyrambistes attitrés du pouvoir, au demeurant beaucoup plus achalandés, eux, en verroteries complaisantes, nul, en Mauritanie, n’en serait dupe : l’harassant quotidien parle de lui-même et, comme je le disais en exergue, les besoins d’argent, quasiment tout le monde en a. Ici probablement plus rudement qu’ailleurs : c’est de la survie journalière qu’il s’agit, pas de beurre dans les nouilles ; très prosaïquement, les nouilles elles-mêmes. La transparence de la melhfa proposée par Alain Faujas tombe mal, à l’orée d’une saison froide qui s’annonce particulièrement pénible, cette année, après le déficit pluviométrique qu’on sait. Par chance, les populations qui seront les plus touchées n’ont pas accès à la littérature jeune-afriquée. Les lecteurs attitrés de J.A. n’en entendront donc pas les clameurs d’indignation, seule réelle objectivité, pourtant, du pointillé d’un très incertain avenir mauritanien…
                                                                                                    Ahmed ould Cheikh


*Expression utilisée en Mauritanie pour évoquer  ceux qui se disent journalistes (alors qu’ils n’ont rien à voir avec le métier) et se vendent au plus offrant

dimanche 12 novembre 2017

Editorial: A Kantaki, Jazuka, Rasshmar et autres fantômes…

Sur Cridem et divers forums, des anonymes m’attaquent souvent. Toujours aussi prompts à défendre Ould Abdel Aziz qu’aux premiers jours de la Rectification – une erreur dont ils pourraient s’honorer, en en revendiquant le droit – ils ont, malheureusement pour eux, également gardé cette pleutrerie d’évoluer masqués. Aveu implicite de leur honte à assumer des « idées » dictées par leurs commanditaires et/ou précaution en vue de « l’après-Aziz », la survivance de cet archaïsme révèle combien la dissimulation demeure une des tares les plus obsédantes de notre culture. En se préservant la possibilité d’un double-jeu, ces flagorneurs pensent, peut-être, garder en main toutes les cartes. Alors qu’ils ne font, en réalité, que se les brouiller. S’en gommer le sens, y devenir fantômes… Ce qui leur reste d’esprit – s’il leur en reste – ne sait plus, n’ose plus lire la réalité. Ce n’est donc pas en ce qu’ils m’agressent qu’ils sont condamnables mais en ce qu’ils se dénient leur propre liberté d’expression et, partant, l’essence même de la démocratie.
Il y a neuf ans, presque jour pour jour, le 11 Novembre 2008 très exactement, je leur rappelais, en ces mêmes colonnes, que le « pouvoir du peuple » – demo-cratia, en grec – c’est, précisément, le débat. Libre, ouvert, éventuellement contradictoire. De mon point de vue, de là où je me situe, voici ce que je vois, voici ce que je pense. C’est, évidemment, une vision relative et j’en suis d’autant plus intimement persuadé que je suis croyant en l’Absolu, Un, Unique et Enjeu suprême. Aussi fais-je appel à ton point de vue qui, même radicalement opposé au mien, même si je le combats, va nous enrichir tous. Nous approcher, tous ensemble, de l’inaccessible Vérité totale.
C’est cet hymne à la diversité, cette foi en ce que Dieu nous a créés relatifs au dessein de nous enrichir mutuellement, que Le Calame entend, chaque semaine, exalter. Kantaki, Jazuka, Rasshmar et consorts, Ould Abdel Aziz ou Ould Bouamatou, venez vous y dire ! Signez vos articles, publiez vos photos, racontez votre parcours, vos angoisses, vos complexes, vos envolées, vos espoirs : les vôtres, ceux qui vous font ce que vous êtes, vous-mêmes et pas votre voisin ni votre voisine. En vous écrivant, vous vous lisez : vous écrivez et lisez le Réel. C’est au prix de ce courage que la Mauritanie y avancera. Y avance, en dépit des survivances archaïques. Et, certes, si nous avons pris le parti de privilégier, d’abord, la parole de ceux qui n’y ont que peu ou prou droit – l’opposition, notamment – nous savons, nous, au Calame, ce que signifient « peuple » et « Nation » : un effort commun à se reconnaître chacun, à s’accepter tous. En pleine clarté d’esprit.
                                                                                                Ahmed ould Cheikh