dimanche 5 juillet 2020

Editorial: Imminents règlements de compte

L’image a fait le tour du Monde. Elle est révélatrice à plus d’un titre : Ahmed Ouyahya, deux fois Premier ministre d’Algérie, ancien président du parti au pouvoir et apparatchik du régime des généraux, arrive, menottes aux poignets et encadré par plusieurs policiers, à l’enterrement de son frère. Depuis quelques mois, la « grande lessive » menée par le pouvoir algérien a envoyé derrière les barreaux plusieurs  (anciens) responsables et hommes d’affaires accusés d’avoir pillé sans vergogne les ressources de leur pays. L’opération, une des principales revendications du « hirak » qui a secoué la rue plusieurs mois durant, a été favorablement accueillie par une opinion publique lassée de voir un État riche se faire dépecer quotidiennement par ceux-là mêmes qui devaient servir et non se servir. Tout comme la Mauritanie au cours de la dernière décennie. Mais nous n’en sommes encore, chez nous, qu’aux premiers balbutiements d’un tel assainissement. Contrairement aux Algériens qui ont pris le taureau par les cornes, sans s’embarrasser d’une commission d’enquête parlementaire. Ici comme ailleurs, ceux qui étaient aux affaires et qui ont pillé le pays sont connus, tout comme les hommes et les femmes qui gravitaient autour d’eux. Il suffisait juste de les interpeller et de leur demander des comptes. Quoi qu’il en soit, l’heure des comptes a sonné. L’enquête a atteint un point de non-retour. Le pays ne peut plus se permettre de faire l’économie d’une opération « mains propres » que tout un chacun appelle de ses vœux. Il est temps que la page de l’impunité soit tournée pour de bon. Et les comptes apurés.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    AOC

dimanche 28 juin 2020

Editorial: Impuissance?

Biram est rentré la semaine dernière au pays. Frais émoulu après plus de trois mois de confinement en Europe. Et ne s’est pas fait prier pour dire tout haut ce que le reste de l’opposition pense tout bas : il est temps pour le pouvoir de se ressaisir. Presqu’un an d’exercice et ses promesses de normaliser la scène politique, en autorisant les organisations et les partis non reconnus, n’ont connu aucun début d’exécution. Pire, les symboles de la décennie honnie sont encore aux premières loges, gouvernails de l’économie en mains : fer, pétrole, gaz et énergie ; alors que le pays pensait avoir tourné pour de bon la sombre page. Ceux qui le narguaient hier, privilégiant les intérêts d’un clan au détriment de ceux du peuple, et dont les noms sont quotidiennement cités dans des dossiers sulfureux, marchés douteux et malversations en tout genre, sont maintenus contre toute logique en des postes sensibles. Comme si le pays ne pouvait pas se passer de ces (in)compétences ! Biram l’a dit, le peuple le répète à longueur de journée : cette situation est intenable ! Les grandes réformes passent d’abord par les hommes qui vont les mettre en valeur et ce n’est pas avec du vieux pourri jusqu’à la moelle qu’on pourra faire du neuf. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui sera rendu dans quelques semaines sera-t-il le déclic susceptible de séparer enfin le bon grain de l’ivraie ? Prions que la montagne n’accouche pas d’une souris… qui serait évidemment impuissante à contenir le flot grandissant des amertumes populaires.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           AOC

samedi 20 juin 2020

Editorial: Au boulot citoyens!

Il y a quelques jours, un jeune entrepreneur, parmi les rares qui croient encore en quelque chose dans ce pays, entre en contact avec un grand groupe français qu’il veut entraîner en Mauritanie pour y investir ou participer à des appels d’offres. Les contacts sont établis, le partenariat pratiquement scellé et les premiers marchés ciblés. Mais patatras ! Tout s’effondre en une matinée. Les principaux actionnaires du groupe français – des américains – ne veulent pas entendre parler de la Mauritanie. Un pays où, selon eux, « les appels d’offres sont biaisés, les marchés carabinés, la concurrence hors jeu respectée et la justice ne constitue  pas un recours. » Le bonhomme tombe des nues. Il avait cru un peu hâtivement à la chanson que nous chantaient, il n’y a pas longtemps, Ould Djay et ses amis, comme quoi le pays a fait un bond dans le classement Doing Business, code des investissements toiletté pour le rendre plus incitatif, guichet unique institué pour faciliter les démarches des investisseurs étrangers et tout un tintamarre qui, confronté à la réalité, n’était, en fait, que du pipeau. Au cours de la dernière décennie, qui n’appartenait pas au « clan » ne pouvait prétendre à un marché important et les rares qui parvinrent à déroger à la règle furent obligés de s’associer à quelque de celui-là pour contourner des blocages qui désespérèrent plus d’un.
La mésaventure dudit jeune homme n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Le pays récolte ainsi les fruits de onze ans de gabegie, laisser-aller, injustices, inégalité des chances et incurie. L’urgence ? Nettoyer nos écuries d’Augias, mettre de l’ordre dans la maison : c’est à cela que s’emploie la CEP et que devra entériner une justice effectivement rendue à son indépendance. Mais il y a plus : ce n’est pas seulement en notre administration qu’il faut mettre de l’ordre, c’est en chacun nous, toi, moi, nous tous : classer nos priorités, respecter nos engagements, contraindre notre opportunisme à nos principes – et non plus le contraire, comme c’est devenu le quotidien banal de tant de Mauritaniens… Nous avons tous du pain sur la planche : au boulot, citoyen !
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               AOC

dimanche 14 juin 2020

Editorial: Bien mal acquis

Depuis quelques semaines, des tracts et vocaux, dont l’origine est évidemment bien connue, circulent à grande vitesse sur les réseaux sociaux. On y attaque pêle-mêle des opposants, des cadres en rupture de ban avec l’ancien régime (après l’avoir copieusement servi), des hommes d’affaires évoluant en dehors du sérail... Pas un traître mot sur ceux (dont certains encore aux affaires) dont les noms sont associés aux plus grandes malversations que le pays a subies dans la dernière décennie. Objectif avoué de cette campagne dotée de gros moyens : allumer un contre-feu, détourner, ne serait-ce qu’un moment, l’attention de l’opinion publique du travail que mène actuellement la commission parlementaire, tenter d’incruster dans les esprits que cette dernière fait fausse route et que son travail serait incomplet si d’autres « prévaricateurs » n’étaient pas appelés à la barre.
Un combat d’arrière-garde perdu d’avance. Déjà assez avancée dans ses dossiers, la commission vient d’engager des experts étrangers pour l’aider à décrypter clairement un imbroglio dont la seule finalité était de faire main basse, par tous les moyens, sur les ressources de notre pauvre pays. Rien n’échappa, en effet, à la boulimie d’un clan vorace. Mais ce que les chantres d’un passé révolu feignent d’oublier, c’est que la roue tourne. Messieurs-dames, il ne vous reste qu’à coopérer et à rendre les biens spoliés. Game over, comme disent les Américains. Avec cette inéluctable sentence si justement remarquée par le célèbre adage français : « Bien mal acquis ne profite jamais »…
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  AOC

Editorial: Gangrène

L’opposition est enfin sortie de sa torpeur. Pour élever un peu la voix dans un communiqué apportant soutien à la commission d’enquête parlementaire qui « fait face à une pernicieuse et malveillante campagne de dénigrement, mettant en cause sa crédibilité ». Une campagne menée, selon l’opposition, par des « symboles de la gabegie et de la mal-gouvernance toujours présentes dans les hautes sphères de l'État » et dont elle dénonce le maintien. Le mot est lancé. C’est la première fois depuis l’élection du nouveau régime que l’opposition jette ce pavé dans la mare. Ménageant jusqu’à présent un pouvoir qui lui rendait la pareille, elle critiquait à fleuret plus ou moins moucheté, en prenant un maximum de précautions. Le président de la République, qui manifestait à ses leaders les plus grands égards, bénéficiait en outre d’une période de grâce. Celle-ci tire apparemment vers sa fin. L’opposition l’a dit, la majorité le pense et le reste du pays ne comprend toujours pas : comment des responsables, dont les noms sont cités quotidiennement dans les colonnes de la presse, preuves à l’appui, pour malversations, pratiques dolosives, marchés frauduleux et autres complaisances, peuvent-ils être maintenus à des postes stratégiques de la plus haute importance ? Au début, on pensait naïvement qu’il ne s’agissait que d’une question de semaines ou de mois, tout au plus. Le temps que le nouveau pouvoir s’installe, prenne ses marques et évite surtout de se faire d’un coup beaucoup d’ennemis dont certains ont encore une grande capacité de nuisance. Et détiennent par devers eux de fort sensibles dossiers. Mais le début perdure et la gangrène progresse… Jusqu’à quand ?
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          AOC

dimanche 10 mai 2020

Editorial:Calomniez, calomniez.............

Depuis quelques mois circulent sur le net des vidéos anonymes d’une rare violence verbale. Ni le président de la République, ni le Premier ministre, ni celui de l’Intérieur ni même des députés n’échappent à la vindicte de ces nouveaux mercenaires, lâches et anonymes. Que leur reproche-t-on en filigrane ? D’avoir « lâché » Ould Abdel Aziz ? De s’être engagé résolument sur une nouvelle voie où l’ex-Président, qui n’a pas laissé un souvenir impérissable, n’a plus de raison d’être ? D’avoir refusé d’occulter un passé très récent où le pays fut mis à genoux par un clan prévaricateur ? Probablement un peu de tout de cela, Ould Abdel Aziz n’ayant toujours pas digéré d’être évincé d’un pouvoir qu’il avait pris l’habitude soit d’exercer soit d’y interférer ouvertement depuis près de 15 ans. Mais la réalité est plus prosaïque encore. Depuis que la commission d’enquête parlementaire a été mise sur pied, certains ténors du régime déchu font des pieds et des mains pour que tout le monde soit placé dans le même panier. Laissant entendre que tout un chacun allait à la soupe. Que nul n’est irréprochable. Comment distiller tels propos ? Par l’utilisation abusive de réseaux sociaux qui, comme disait Umberto Eco, « ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles […] ainsi nantis aujourd’hui du même droit de parole qu’un prix Nobel. » Un combat d’arrière-garde perdu d’avance. Non seulement la Commission d’enquête est assez avancée dans son travail mais elle a même élargi ses compétences à d’autres dossiers tout aussi sulfureux que les sept sur lesquels elle planchait et la voilà à recruter des experts et autres bureaux d’études spécialisés pour l’aider dans une mission qui s’annonce apparemment plus périlleuse que prévu. Croient-ils, ces revanchards, que la roue de l’Histoire va s’arrêter de tourner ? Que leur champion dont on découvre jour après jour les immenses dégâts laissés derrière lui s’en tirera à si bon compte ? Qu’on nous répétera à l’envi, comme à chaque changement de régime : « Tournons la page ! » ? Que nenni ! La politique de la terre brûlée n’est en tout certainement pas la meilleure formule pour se disculper. Pire, elle peut valoir de grandes inimitiés. Et n’empêchera pas l’inéluctable grand déballage. Il  faut s’armer de patience et de courage pour affronter son destin. Les biens de ce pauvre pays ont été tellement pillés pendant onze ans qu’il serait criminel de tout laisser passer par pertes et profits. Ce que certains zélateurs n’ont malheureusement pas encore compris. Publiez vos diatribes commandées, diffusez vos vocaux et vidéos sur le Net, diffamez à longueur de journée, insultez ouvertement, rien n’y fera : la machine est enclenchée et à ce rythme, elle broiera tout sur son passage. Et, certes, si « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », comme disait Francis Bacon, l’addition n’en sera pas moins salée à payer pour les commanditaires de la calomnie… et peut-être même plus, en ce que les calomniés peuvent se révéler fort peu indulgents.
                                                                                    CalominAhmed ould Cheikh

dimanche 3 mai 2020

Editorial: Dernier écurie d'Augias

Le site Al Akhbar l’a révélé la semaine dernière mais c’était, en fait, un secret de Polichinelle. Au cours de sa dernière année au pouvoir, Ould Abdel Aziz fit feu de tout bois. Comme s’il voulait engranger le maximum avant le passage de témoin à son successeur. Rien n’a échappé à la boulimie dévastatrice du clan. Même les terrains, dont il avait pourtant fait le plein en onze ans de pouvoir, n’ont été épargnés. La zone couvrant l’entrée nord de la ville jusqu’au nouvel aéroport est ainsi devenue un immense titre foncier détenu par « la »famille. 3,5 millions de mètres carrés ont été ainsi attribués à dix-huit sociétés fictives. Convertis en lots, cela fait 8700 de 400 mètres carrés chacun. Alors que des centaines de milliers de familles n’ont jamais bénéficié du moindre terrain, une – une seule ! – faisait main basse sur autant d’espace. C’est pourquoi la commission d’enquête parlementaire a demandé et obtenu – à juste titre – que le foncier de Nouakchott fasse partie des dossiers sur lesquels elle va enquêter. Personne, en effet, ne peut rester les bras croisés devant un accaparement aussi odieux du domaine public. Après les écoles primaires, le Stade olympique, l’école de police à Nouakchott, la base marine, les cabanons, le centre Mamadou Touré à Nouadhibou… – et la liste est loin d’être exhaustive ! – Ould Abdel Aziz peut se vanter d’être le plus grand propriétaire foncier du pays. Et probablement l’un de ses plus riches citoyens, si l’on y adjoint les centaines de marchés en tout genre dont il fit son sport favori. La construction du nouveau Palais des Congrès, dont il chargea un de ses anciens bras droits – 16 milliards d’anciennes ouguiyas ! – le canal de Keur Macène, le barrage de Seguellil, la route de Benichab et le casier-pilote de Boghé, attribués pour près de 25 milliards d’ouguiyas à la société STAM dont tout monde connait les liens avec « la » famille, les lignes haute tension qui relieront Nouakchott à Nouadhibou, Zouérate et jusqu’à la frontière avec le Sénégal, cédés sans appels d’offres à la société indienne Kalpataru – en échange de quoi ? –, les permis de recherche miniers, les quotas de poulpe, la vente du fer de la SNIM via des intermédiaires, la construction de routes… et quoi d’autres ? Il faut bien plus qu’une page d’un journal pour lister tous les méfaits d’un régime fort d’une seule devise : « la thune à tout prix ! » À telle enseigne que la moindre mission de contrôle n’a pas besoin de fouiner : la prévarication affleure partout en surface. La commission d’enquête parlementaire a sans doute déjà une idée du gâchis, après les témoignages des responsables qu’elle a interrogés. Tous ont reconnu les faits et accablé un seul homme. Cela les disculpe-t-il pour autant ? A-t-on le droit de violer la loi, les règlements et les procédures pour obéir à un ordre venu « d’en haut » ? Jusqu’à quand va-t-on se cacher derrière l’obéissance au chef pour accomplir des actes répréhensibles ? En telle condition, peut-on se prévaloir de circonstances atténuantes ? Certainement pas. La demande populaire de changement est si forte qu’elle ne se contentera pas de subterfuges. Ceux qui ont perpétré de tels forfaits doivent répondre de leurs actes. Ould Abdel Aziz est certes parti mais nombre de ceux qui l’aidèrent à éventrer le pays à ciel ouvert sont encore en place. Si la paresse est la mère de tous les vices, c’est bien par l’impunité promue en hauts lieux qu’ils prospèrent jusqu’aux bas-fonds. Dernière écurie d’Augias en date, la Mauritanie attend toujours son Hercule…
                                                                                                  Ahmed Ould Cheikh