samedi 19 août 2017

Editorial: N'en jetez plus, la cour est pleine

Le referendum, (anticonstitutionnel, il faut le souligner) auquel notre guide éclairé tenait tant, pour tenter de se débarrasser d’un Sénat qui risquait de contrecarrer ses (noirs) desseins, appartient désormais au passé. Mais à quel prix ? D’énormes moyens ont été déployés, des meetings organisés un peu partout, des ministres envoyés au charbon, un pays à l’arrêt pendant deux semaines, une administration territoriale au garde-à-vous, pour arriver à un taux de participation qui s’annonçait, avant gavage de divers « bons » offices et le douteux concours de la CENI, rachitique. Dans les grandes villes, la désaffection des bureaux de vote fut manifeste. Une victoire tant entachée d’irrégularités, que les vainqueurs ne l’ont que peu ou prou fêté. Triomphe bien modeste, pour une fois. Le communiqué sanctionnant le conseil des ministres suivant n’a pas lâché un seul mot sur la consultation. Contrairement aux usages, on n’a félicité ni la population, ni les organisateurs, ni les forces armées et de sécurité qui ont « permis le bon déroulement du scrutin ». Le Président, dit-on, serait fort mécontent de son gouvernement, de son parti, de son staff de campagne et de « ses » hommes d’affaires qui n’ont pas mis la main à la poche. Bref, l’atmosphère, au Palais gris, tourne, ces temps-ci, au délétère. Et, pour corser le tout, l’homme des mois d’Août n’a pas trouvé mieux que de kidnapper et jeter, encore une fois en prison, le sénateur Ould Ghadda, alors que celui-ci est encore couvert par son immunité parlementaire, le Conseil constitutionnel n’ayant toujours pas proclamé les résultats du référendum. Et même s’il le faisait, cela ne changera pas grand chose. Bien avant le referendum azizien, le pouvoir considérait que le Sénat n’existait plus. Ni le premier ministre, ni quatre membres de son gouvernement n’ont daigné répondre à ses convocations. Mais pour nombre de citoyens, pour l’opposition, pour les démocrates, le sénat restera toujours la chambre haute du parlement qui s’est levé un jour pour dire  Non à la violation de la Constitution.
 Dans sa guerre sans merci contre le pouvoir, Ould Ghadda vient de démonter, grâce au témoignage d’un sous-officier présent au moment des faits, la version officielle de la « balle amie » de Tweyla, et a promis de dévoiler les dessous de l’affaire Senoussi. Il est devenu plus que gênant. Tout comme certains opposants à qui le pouvoir s’apprêterait à intenter un procès au pénal.
Le climat serait-il donc au politico-policier ? Ministre de la justice et président de la Cour suprême, sous la supervision directe d’Aziz, sont sommés de nettoyer les boubous de l’Etat. Ils ont en effet du pain sur la planche : Ghanagate (où l’inamovible Coumba Bâ est empêtrée) ; rançon de Senoussi ; argent de Khadafi ; monnayage de positions diplomatiques (un jour avec l’Iran et le Soudan, un autre avec le Qatar, une nuit avec la Saoudie, une attaque en règle contre l’Europe) ; Polyhondong exonéré de taxes et de rapatriement de devises, pendant 25 ans ; 7 milliards de dollars de la SNIM 2010-14 partis en fumée ; minerais bradés ; écoles, stades et ancien aéroport vendus à des privés triés sur le volet ; ATTM et ENER croulant sous la mauvaise gestion ; dette du pays propulsée à plus de cinq milliards de dollars ; centrales électriques ; avions de la MAI ; l’usine de montage des avions qui n’a jamais vu le jour malgré le déblocage de sommes faramineuses ; terres du fleuve, droits de douanes compromis ; fausses quittances du Trésor ; marchés de gré à gré et cession  monnayée d'une partie du territoire : les armoires du pouvoir sont emplies de cadavres… Et il n’est pas du tout certain qu’en s’en prenant à ceux qui n’en supportent plus l’odeur, on élimine celle-ci. Bien au contraire. Le peuple mauritanien s’est certes habitué, en quarante années de développement militarisé, à toutes sortes de pestilences. Mais les estomacs les plus rustiques finissent, tôt ou tard, par se révulser. N’en jetez plus, général, la cour est pleine…
                                                      Ahmed Ould Cheikh

dimanche 13 août 2017

Editorial: 53% d’honneur : à emporter ou à consommer sur place ?

Ould Abdel Aziz a finalement (dés)organisé « son » referendum. Après le coup de sabot lancé, aux amendements constitutionnels, par le Sénat, les renvoyant, sans autre forme de procès, à leur expéditeur, notre guide éclairé tenait à cette consultation populaire,  pour « laver son honneur » terni par une bande de « corrompus », comme il se plaisait à appeler les honorables de la Chambre haute. Malgré son caractère anticonstitutionnel (l’article 38 qui lui sert de base juridique ne peut être invoqué, s’il s’agit de toucher la loi fondamentale de notre République), son coût (on parle de six milliards) et la levée de boucliers qu’il a suscitée dans la rue, le referendum a été bâclé, samedi dernier 5 Août. Août ? Tiens, tiens… Le choix n’est pas aussi fortuit que cela. Après les coups d’Etat du 6… Août 2008 et 3… Août 2005, contre des présidents, nous avons, désormais, celui du 5… Août 2017, contre le pays, sa Constitution et ses symboles. Jamais deux sans trois. Dans une atmosphère de fraude sans précédent, qui rappelle, étrangement, les premiers balbutiements de notre « démocratie militaire », lorsque le bourrage des urnes était la règle d’une administration juge et partie. Elle a été, cette fois encore, mise à contribution, après avoir été reléguée aux oubliettes, lors des consultations précédentes. Chaque hakem a, en effet, reçu la rondelette somme de 17 millions d’ouguiyas pour « organiser » le scrutin comme il se doit. Et ils ne se sont pas fait prier pour faire du « bon » boulot. C’étaient eux, en fait, les véritables directeurs de campagne. À tourner et retourner, sensibiliser sur la nécessité – que dis-je, l’obligation ! – d’un oui massif, à défaut d’être franc, promettre et menacer, même, ceux qui n’étaient pas « chauds ». L’essentiel était d’obtenir le meilleur score possible. Il faut dire que l’absence des représentants de l’opposition, dans les bureaux de vote, leur a grandement facilité la tâche. On a vu des bureaux voter oui à 100% d’inscrits, des absents et des morts accomplir leur devoir civique, des votes multiples, voire multi-multiples, des enfants voter comme des grands et des votants plus nombreux que les inscrits. Parallèlement, on a vu des villes « mortes » et des bureaux de vote déserts. Un hiatus énorme, entre les agglomérations urbaines – là où y a le plus de votants, où le degré d’éveil est important et dont les habitants ont dit non aux amendements – et certaines localités de l’intérieur où les notabilités ont encore leur mot à dire. Dès les premières heures de la matinée de samedi, on s’est rendu compte que le taux de participation, dans les grandes villes, serait, sinon catastrophique, du moins très bas. Et la tendance ne s’est inversée à aucun moment de la journée. Si bien qu’à Nouakchott, on évoquait un taux qui ne pouvait guère dépasser les 10%. Grosse panique dans les rangs de la majorité. Mais où est donc passée la marée humaine qui accueillit Ould Abdel Aziz, lors de son « super méga-meeting » de clôture de la campagne ? N’étaient-ils là que parce qu’ils étaient obligés ? La ferveur du jeudi soir a rapidement cédé à l’abattement. La fête organisée, à grands frais, au Palais des congrès, pour fêter la victoire, a fini en queue de poisson. Ould Abdel Aziz s’est retiré bien avant la fin du show, énervé, dit-on, par la faible mobilisation des électeurs et le rendement plus que médiocre de certains directeurs de campagne qui l’ont, aurait-il dit, « roulé dans la farine ». L’arroseur arrosé…
La balle était à présent dans le camp de la commission électorale. Allait-elle proclamer les résultats véritables, au risque de fâcher ? Ou prendre ses aises avec les chiffres, pour les rendre plus « présentables » ? Tout au long de la journée de dimanche, on évoquait de profondes divergences, entre ses membres dont plusieurs auraient refusé de tripatouiller les calculs. Il n’en était rien, puisqu’à 22 heures sonnantes, son président annonce un taux de participation de… 53%. Logique, s’il parlait du… Sénégal voisin qui vient d’organiser des élections législatives. Mais, en Mauritanie, au seul vu du déroulement du scrutin et malgré la fraude, il est impossible que ce chiffre atteigne de telles proportions. Ah, vieillesse ennemie, se lamentera donc le plus propre des sept «metteurs en CENI » de cette triste mascarade, que n’ai-je donc vécu que pour cette infamie ? Le vieux peut en effet se lamenter. Entendez-vous glousser les rires, partout dans nos villes ? Hé, m’sieur l’président, vos 53% d’honneur, c’est pour emporter au Palais ou vous consommez sur place ?
                                                                                            Ahmed Ould Cheikh

lundi 7 août 2017

Editorial: La fatwa de Trump

Au Pakistan (pas en Mauritanie, qu’à Dieu ne plaise !), la Cour suprême a décidé, vendredi dernier, de destituer le Premier ministre, Nawaz Sharif, pour corruption, après la publication, au printemps 2016, de documents du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, démontrant que ses enfants détenaient des sociétés et des biens immobiliers, par l’intermédiaire de holdings offshore. Une commission d’enquête, nommée par la Cour Suprême, avait constaté une « importante disparité », entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie. La fortune de Nawaz a, en effet, connu une « hausse exorbitante », entre 1985 et 1993, soit lors de ses premières années au pouvoir. Sa fille Maryam est également propriétaire de luxueux appartements londoniens.
La ressemblance avec la Mauritanie est frappante. La fuite programmée des enregistrements Whatsapp attribués au sénateur Mohamed ould Ghadda et la contre-attaque fulgurante qui s’en est suivie, dans les media, ont étalé, au grand jour, le problème de la fortune de notre Nawaz Sharif national, qui a connu, elle aussi, une « hausse exorbitante », forte de luxueux appartements parisiens, si l’on en croit le leader de la fronde sénatoriale. Ould Ghadda a cité, entre autres, les marchés de gré à gré (qui ont généré d’énormes commissions), les immeubles, les sociétés, les terrains et deux appartements très bien situés à Paris. Et  il faut  s’attendre, dans les jours qui suivent, à ce que la liste de ses biens, ceux de sa famille  et de ses prête-noms à l’étranger (comptes bancaires et biens immobiliers notamment) s’allonge dangereusement.
Il n’en faut pas plus pour que les internautes s’emparent de la question. Un de ces appartements, celui de la rue Lauriston (dans le 16ème arrondissement, le plus chic de Paris, non loin du siège de la Gestapo française), propriété de l’une de ses filles, est aussitôt déniché. Sa photo fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Malheureusement, nous n’avons, en Mauritanie, ni justice indépendante, ni Cour suprême autonome mais une démocratie de façade, des institutions de pacotille et une fâcheuse tendance à s’engraisser sur le dos de la bête. Sinon, comment le Président pourrait-il s’abstenir de déclarer, comme la loi l’y oblige, son patrimoine ? Pourquoi les déclarations d’une extrême gravité d’Ould Ghadda n’ont suscité aucune réaction officielle ? Si, comme on veut nous le faire croire, le judiciaire n’est pas aux ordres de l’exécutif, pourquoi un juge ne s’autosaisit-il pas  et ordonne une enquête, pour séparer le bon grain de l’ivraie ? Il n’est en rien logique, dans un pays « normal », qu’un président accusé de telles turpitudes reste de marbre. Comment, dans ces conditions, peut-on demander, à l’opposition, de respecter la loi, si le premier responsable, celui qui doit veiller à son application, la transgresse ouvertement ? Au rythme où vont les choses, quand la parentèle du chef se permet de tirer, à balles réelles, sur des citoyens ou de gifler des hommes de loi impunément, plus personne ne respectera rien dans ce pays.
Donald Trump a vu juste,  pour une fois, en déclarant, récemment, qu’il n’y a pas de raccourci vers la maturité et que les dirigeants africains changent les constitutions, en leur faveur, pour demeurer président à vie. Des propos qui sonnent, pour nous, comme une prémonition. Avec les amendements constitutionnels en cours d’accouchement, il est fort à craindre qu’Ould Abdel Aziz se donne les coudées franches, pour s’attaquer au verrou qui hante ses nuits, celui de la limitation des mandats. Franches, c’est tout de même beaucoup dire. Car, franchement, c’est sans aucune vergogne qu’il tend, désormais, à dévoiler sa roublardise…
                                                                           Ahmed ould cheikh 

samedi 29 juillet 2017

Editorial: Etat voyeur, Etat voyou

Depuis quelques jours, une nouvelle affaire, dite des « enregistrements Whats’app » attribués au sénateur Mohamed ould Ghadda, affaire aux relents de film de série B, ne cesse de défrayer la chronique, malgré l’actualité de la campagne référendaire, lancée par Ould Abdel Aziz himself. Le sénateur, farouche opposant au pouvoir en place et dont les téléphones avaient été confisqués, en Mai dernier, par la gendarmerie de Rosso, après un accident de voiture, a vu ses discussions étalées au grand jour. Les services de renseignements ont pris leur temps pour tripoter lesdits téléphones et en extraire des conversations où l’homme évoque, surtout, la fronde au Sénat et le rejet des amendements constitutionnels par cette haute chambre du Parlement. Rien que du très banal, pour un homme politique, engagé à fond dans une cause, qui affûte ses armes, mobilise les soutiens et cherche à rallier un maximum d’adhérents à sa cause. Qu’y a-t-il de mal à récolter des fonds pour soutenir des collègues, appuyer des partis d’opposition ou venir en aide à un(e) collègue, dans des circonstances déterminées ? Naguère général et pourtant alors soumis, lui, à une obligation de réserve, Ould Abdel Aziz ne suscita-t-il pas lui-même et soutint (en faisant appel à d’autres) un bataillon de parlementaires, pour mener la vie dure au seul président démocratiquement élu de notre histoire républicaine ? D’où obtint-il des fonds, pour maintenir la cohésion de sa troupe politicienne ? Peut-il reprocher, à quiconque, d’utiliser les armes dont il usa lui-même ? A la guerre, comme à la guerre…
Distillée au compte-gouttes, la publication de ces enregistrements, qui n’apportent rien de nouveau sur le fond, sauf, peut-être, qu’Ould Ghadda a joué un rôle-clé, dans le rejet, par le Sénat, des amendements constitutionnels, vise, en fait, un double objectif : occuper l’opinion et lui démontrer que les motivations des sénateurs n’étaient pas aussi désintéressées qu’ils l’ont affirmé. Mais la médaille a son revers. En violant le secret des correspondances, le pouvoir se met dans une inconfortable position. Cette Constitution qu’il veut amender et pour laquelle il mobilise les ministres, les hauts fonctionnaires, l’Administration, l’Armée et tous les moyens de l’Etat, ne stipule-t-elle pas, en son article 13 que « l’honneur et la vie privée du citoyen, l’inviolabilité de la personne humaine, de son domicile et de sa correspondance, sont garanties par l’Etat » ? A quoi sert une Constitution si, à la première occasion, on la piétine, en étalant, de surcroît, son forfait sur la place publique ? A quoi servent les lois, si ceux-là mêmes qui sont censés les faire appliquer, les violent impunément ? Qu’appelle-t-on un Etat qui saccage, au lieu de la  garantir, l’inviolabilité de la personne, de son domicile et de sa correspondance et ne s’en cache pas ? Un Etat-voyou, tout simplement. Qui ne recule devant rien, pour traîner ses opposants dans la boue, divulguer leurs correspondances et chercher le moindre prétexte pour les embastiller.
                                                                                           Ahmed Ould Cheikh

lundi 24 juillet 2017

Editorial: Amendements spirituels

Après le premier des ministres à l’Est, en Assaba et au Brakna, où il a tenu des meetings en faveur des amendements constitutionnels, c’est au tour du président de l’UPR – le parti-Etat, version PRDS, l’argent et les foules en moins – de prendre son bâton de pèlerin pour sillonner le Trarza, de long en large. Tout sourire, Ould Maham, accueilli, comme un chef d’Etat, à l’entrée des cités, ne boudait apparemment pas son plaisir.
Il passe en revue les cadres, accourus de Nouakchott, les notables et ceux qui le sont moins, en se délectant d’être à la tête d’un parti visiblement aussi populaire que ceux qui l’ont précédé. Et qui, pourtant, volèrent tous en éclats, à la première bourrasque emportant leur tête « pensante »…  Mais foin de mauvais augures ! Pour l’heure, le président de l’UPR veut profiter de l’instant présent. Cette foule qui l’acclame, ce micro qu’on lui tend, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, ce n’est pas donné à tout le monde.
Et le voilà, emporté par son élan, à faire preuve d’une mémoire étonnamment sélective : « Le Trarza, cette région qui a donné, au pays, tant d’oulémas et de savants, dont le rayonnement a dépassé nos frontières... ». Mais pas un mot sur l’émirat séculaire, la résistance à la colonisation, les dizaines de martyrs… Les traits rouges au drapeau pour lesquels il fait campagne ne sont-ils pas un hommage à cette même résistance ? Ne lui faisons pas porter le chapeau. Ould Maham n’est que la voix de son maître qui n’apprécie pas, particulièrement, cette région, du moins en certaines de ses composantes. Et il ne s’en cache pas.
Alors pourquoi le Trarza, alors qu’il n’a encore visité aucune autre ville de l’intérieur, pas même les chefs-lieux de région ? Qu’a-t-elle de plus que les autres pour expliquer ce putatif engouement envers les amendements constitutionnels ? Que lui vaut cet honneur ? Des ministères à la pelle, comme lors d’un passé récent ? Des secrétariats généraux de ministères, des directions d’établissements publics ou des ambassades ? Jamais, en effet, cette région n’a été aussi marginalisée et ses symboles si peu considérés.
Mais elle n’est pas la seule. Comme le reste du pays, le Trarza souffre d’un profond mal-être. Ses élites, qui refusent de s’abaisser à la flagornerie et au « lèche-bottisme », sont exclues. La seule route qui la relie au monde, et qui date des années 60, a été volontairement sabotée, au moment où d’autres, dont l’impact est quasi-nul, sont construites aux frais du contribuable. Les « grandioses » projets qu’on y lance, ne lui sont pas destinés. Ils servent, plutôt, à enrichir des intermédiaires à la moralité douteuse. Et s’il s’agissait, de surcroît, de la dépouiller d’une partie de son histoire, il n’y avait qu’un pas qu’Ould Maham a allègrement franchi à Rosso. Avant d’en franchir un autre,  beaucoup plus grave,  à Boutilimitt, en déclarant qu’Ould Abdel Aziz « a nourri ce peuple à sa faim et l’a protégé de la peur » (sic !), comme le fit Allah envers les Qoraichites. Révisionnisme et associationnisme en guise d’amendements spirituels ? L’appétit, il est vrai, vient en mangeant…
                                                                             Ahmed Ould Cheikh

lundi 17 juillet 2017

Editorial: ...Et la caravane passe

Troisième mandat ! Le mot qu’on croyait tabou est lâché et pas par n’importe qui. Par le premier des ministres en personne, lors d’un meeting à Bouratt, au milieu de ce qu’on a coutume d’appeler le Triangle de la pauvreté. Pourtant, on pensait que le débat était clos, depuis l’allocution prononcée, par Ould Abdel Aziz, en Octobre dernier,  lors de la cérémonie de clôture du dialogue organisé avec une partie de l’opposition. Notre guide éclairé avait alors déclaré, solennellement, qu’il n’était pas question, pour lui, de toucher les articles limitant le mandat présidentiel et qu’il plaçait l’intérêt du pays au-dessus du sien. Si la déclaration allait de soi, puisque les articles en question étaient verrouillés, ça irait « encore mieux en le disant », pour paraphraser Charles Maurice. Qu’est-ce qui a changé entretemps, pour que l’appétit revienne aussi vite ? En fait, très peu d’observateurs pensaient qu’Ould Abdel Aziz était sincère, dans son affiche respectueuse d’une Constitution qu’il a foulée du pied, allègrement et à plusieurs reprises, mais le contexte n’était pas favorable à une annonce qui risquait d’avoir des conséquences désastreuses pour son pouvoir. Il a donc joué « balle à terre », comme disent les footballeurs, en attendant que l’idée mûrisse et que l’occase de s’en délecter se présente. Un premier essai s’est révélé pourtant calamiteux, avec le refus des sénateurs de voter les amendements constitutionnels qui supprimaient leur Chambre parlementaire et lui permettraient d’avoir les coudées franches, pour passer toute modification à sa convenance,  par une assemblée nationale toute à sa botte. Une déconvenue qui chamboulait tous ses plans et qu’il a très mal prise. Il ne lui restait plus qu’à s’obliger, contraint et forcé, à un incertain referendum, anticonstitutionnel, de surcroît, puisque le refus des sénateurs en interdisait même le recours, selon le titre IX de notre loi fondamentale. Branlebas de combat et report, pour la troisième fois, de la date de clôture du recensement électoral, au constat de ce que ledit referendum n’intéressait personne. Des généraux, des ministres et des hauts fonctionnaires envoyés au charbon, pour sensibiliser les leurs. Un président de la République qui multiplie les audiences, parfois avec des sous-fifres incapables de mobiliser leur propre famille. Celui de l’UPR qui sillonne le pays, pour dire que la Mauritanie a encore besoin  de « son » président, pour parachever l’œuvre de construction nationale entamée en 2008. Et, last but no least, le Premier ministre qui lâche, enfin, le morceau. Après avoir déclaré, à Tintane, que le système en place ne quitterait pas le pouvoir en 2019, le revoilà qui précise son idée : Ould Abdel Aziz fera bien  un troisième mandat. Le parjure ne faisant apparemment pas partie de son vocabulaire, Ould Hademine fait fi du serment prêté, par son mentor, de l’inviolabilité des articles sur le mandat présidentiel et du danger que fait peser, sur le pays, une énième violation de la Constitution. Mais ne lui faisons pas porter un chapeau plus gros que sa tête. Il fut toujours fidèle exécutant. C’est ce qui explique sans doute sa longévité, sans le moindre état d’âme, au service d’un pouvoir qui en est encore moins pourvu. Ce qui ne les disculpe, ni l’un ni l’autre. Il arrivera bien un jour où il faut rendre compte et se cacher derrière le sacro-saint principe de l’obéissance aux ordres venus « d’en haut » ne prémunira pas l’auteur de tout acte contraire aux lois et textes en vigueur.
Mais, avant d’en arriver là, il faut sonner le tocsin. L’opposition, la société civile, les démocrates et les partenaires étrangers doivent coordonner leurs efforts, pour faire échec à cette nouvelle forfaiture en gestation. Nous ne sommes certes pas de ceux qui crient « Aux armes, citoyens ! » mais nous voilà debout avec tous ceux qui croient en la souveraineté du peuple, bien au-dessus de ceux qui ne s’emploient qu’à l’abuser. Les propos d’Ould Hademine sont volontairement provocants. Ils ne traduisent que l’aboi d’un pouvoir en mal-être.  Lève-toi donc, peuple mauritanien, et que ta caravane passe, majestueuse, au pas tranquille de tes chameaux !
                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 9 juillet 2017

Editorial: Défaillances systématisées


Les Nouakchottois, du moins ceux qui habitent le quartier huppé de Tevragh Zeïna, ont été surpris, la nuit suivant la fête, par un promeneur un peu particulier.  A bord d’un bolide (de ceux que le Qatar avait gracieusement offerts, à notre pays, à l’occasion du Sommet arabe !), Ould Abdel Aziz longeait les rues, ce soir-là, accompagné de sa douce moitié, particulièrement celles de ce quartier chic (n’exagérons rien). Echangeant saluts avec les rares personnes qui croient encore aux vertus de la Rectification, il s’est arrêté aux feux, comme tout bon citoyen. Et, dans un accès subit de générosité, a même offert un billet de 5000 UM à un mendiant. La scène a été filmée et a fait le tour des réseaux sociaux. Ses soutiens y ont vu un président « humain, normal, sensible à la détresse de ses concitoyens ». Il n’y a pourtant pas de quoi se vanter. S’il avait réalisé le quart de ce qu’il nous avait promis, il n’aurait pas vu un seul homme ou femme se départir de tout orgueil, pour un billet de banque sans lequel ses enfants périraient de faim. S’il n’avait pas renvoyé Pizzorno, pour un problème personnel, et attribué le ramassage des ordures à des sociétés fictives, pour des raisons politiques, Nouakchott ne croulerait pas sous les ordures. A-t-il vu, de ses propres yeux, le laisser-aller, érigé en mode de gestion de cette vitrine que doit être la capitale ? A-t-il vu les étals sur les trottoirs et la chaussée, ne laissant, aux automobilistes, qu’un filet de route pour s’y faufiler?  Pourquoi n’a-t-il pas réagi alors ?
Il est vrai que Nouakchott est à l’image du pays : mal géré, sale et désorganisé. Si nos ressources naturelles étaient bien gérées, la pauvreté et le chômage auraient disparu depuis longtemps. N’est-il pas symptomatique que le dernier rapport du National ressource Gouvernance Institute (NRGI), mesurant l’indice de gouvernance des ressources naturelles dans 81 pays, classe la Mauritanie dans la catégorie des Etats dont la gouvernance est qualifiée de « défaillante », au même titre que le Zimbabwe ou l’Erythrée ? Où sont passées les dividendes du fer, de l’or, du cuivre et du poisson ? Où sont partis les 4 milliards de dollars que nous avons contractés auprès des bailleurs de fonds ?  S’il avait accordé les mêmes chances à tout le monde, s’il n’avait pas banni certains et mis un embargo sur leurs sociétés, le chômage n’aurait pas atteint de telles proportions. Si tout l’argent qu’on reçoit était réellement destiné au développement, le pays serait doté d’infrastructures dignes du nom. Si la planification avait droit de cité, on n’aurait pas besoin de démolir nos routes, pour les refaire à nouveau. Si, dès son arrivée, il y a 9 ans, il avait accordé un tout petit peu d’importance à l’enseignement, la « génération Aziz » serait, maintenant, au collège et sortirait ainsi d’un îlot de médiocrité. Si, en son temps, l’esprit mercantiliste n’avait pas pris le dessus, toutes les façades des maisons ne seraient pas transformées en boutiques et les écoles vendues pour devenir des marchés.  Rectification, en langage azizien, est bel est bien synonyme de systématisation des défaillances.
                                                                                   Ahmed Ould Cheikh