mardi 19 janvier 2010

Autour d’un thé à la rédaction du Calame

Aujourd’hui, c’est la dèche. Dans la cuisine, rien ne bouge. Pape, le majordome, lit tranquillement son Coran. Les ustensiles sont bien rangés sur l’étagère. Une ambiance de Ramadan règne au Calame. Pourtant, les buveurs de thé ne manquent pas. Mais qui dit thé, dit sucre, menthe, thé vert, pain et consorts. Or, tout cela manque. C’est inhabituel. La crise mondiale est passée par là? Non: les clés sont avec Alioune, le gestionnaire en chef de l’ordinaire du journal. Plus de peur que de mal. Le thé, il y en aura, rassurez-vous. Ah, la bonne nouvelle! Peu à peu, les langues commencent à se délier. A quand le prochain remaniement? Ah, «khlawne dhou Lkhelta» (littéralement: ces gens nous ont tués), allusion au gouvernement actuel. Dix-sept mois de tergiversations, de faux-pas et de maladresses. Une déclaration de politique générale peu novatrice, malgré quelques retouches. Des hakems, des walis, des hauts fonctionnaires, brutalement relevés de leurs fonctions. A quand des ministres éjectés de leur strapontin? Au dernier conseil de ceux-ci, une mesure, spectaculaire, a démis tous les hakems de Nouakchott. Pourquoi? Qu’ont-ils fait, les pauvres préfets? La terre? Le ciel? L’ozone? Mutisme officiel oblige, les rumeurs vont bon train. Prochainement, ce serait le tour des walis. La signature de celui de Nouakchott aurait été ‘’suspendue’’, sur instruction du PM et sa disgrâce serait imminente. Un certain petit fonctionnaire de la wilaya de Nouakchott, payé sur le fonds régional mais qui roule en Land Cruiser SG, serait à l’origine de la brouille. Il serait le nombril du monde, au district. Tout passerait, par sa bonne, ou mauvaise, volonté. L’homme à tout faire de tous les walis, depuis le temps de Maaouya. Seul Kaba Ould Elewa l’aurait chassé, en son temps, et même interdit la wilaya. Revenu en force, depuis, il ferait, aujourd’hui, la pluie et le beau temps.
Les parlementaires sont partis en vacances, après plusieurs semaines d’intenses débats. C’est ça, la nouvelle démocratie. Tous les projets de loi qui leur ont été soumis ont été adoptés. Aucun amendement n’a été retenu. Les nouvelles dispositions sur le terrorisme, sur l’état-civil, sur la nationalité, sur l’aménagement du territoire s’ajoutent à d’anciennes, relatives à l’esclavage, à l’immigration et autres. Resteront-elles dans les tiroirs, comme l’a souligné une députée ou seront-elles appliquées? Le rôle des parlementaires n’est pas, seulement, de voter, précipitamment, des lois, d’empocher de gros salaires, assortis de substantielles indemnités de sessions, mais, aussi, de s’assurer que ces lois soient bien appliquées. Sinon, à quoi sert-il de passer des jours et des jours à défendre un texte destiné à la corbeille? Bonnes vacances, messieurs les parlementaires. Vos débats ont été passionnants. Mention spéciale aux femmes qui ont fait preuve d’un courage et d’une audace inégalables. Les interventions de Nema Mint Megueya, de Kadiata Malik Diallo, Malouma Mint Bilal, Mah Mint Semetta et les autres résonnent, encore, dans nos oreilles. Grâce à vous, la TVM, malgré la nullité de ses programmes, avait, quand même, ses heures de grande écoute. Justement, dans leurs éditions du dimanche 3 janvier 2010, les journaux Horizon et Chaab ont, dans un supplément de quelques pages, fait la rétrospective des grands événements nationaux de l’année écoulée. Les visites, à l’intérieur du pays, du président du HCE, celles de son Premier ministre, les inaugurations, la fête du 1er mai, celle du 8 mars, la désignation des membres de la CENI, le recensement administratif à caractère électoral, le retour du chef de l’Etat de la Libye, la démission d’Ould Abdel Aziz de l’UPR, etc. Pourtant, n’en déplaise à ces journaux, la démission du premier président démocratiquement élu de la Mauritanie, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, s’est passée en 2009 et constitue, qu’ils le veuillent ou non, de loin l’événement le plus important de l’année écoulée. D’ailleurs, si cet acte fondateur, courageux et nationaliste n’avait pas eu lieu, les élections «transparentes» dont on se prévaut, aujourd’hui n’auraient pas été, singulièrement, obscures. Un peu d’honnêteté, de professionnalisme et de déontologie, S.V.P.

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