vendredi 1 janvier 2010

Qui sont-ils, ces militaires qui nous gouvernent ? (deuxième partie)

D) Le général Mohamed Ould Ghazwani :

Les normes de préséance de la logique militaire nous dictent d’ouvrir cette nouvelle page de notre propos, avec le général Mohamed Ould Ghazwani, juste après son ami et alter ego, le général-président Mohamed Ould Abdel Aziz. Qu’on veuille nous permettre cette entorse car traiter de ces deux officiers séparément met en exergue la singularité de chacun. A eux seuls, ils constituent l’alliage indispensable aux deux maillons précieux de la chaîne, deux locomotives tirant la rame-HCE.
Pour en venir au général Ghazwani, chef d’état-major national, n° 2 du conseil militaire, les avis divergent rarement, quant à son attitude, voire son comportement. A son contact, seule la tenue militaire vous rappelle que vous êtes en face d’un soldat. Une fois dehors, vous serez dans l’obligation morale de vous poser l’inévitable question: est-ce un dalaï-lama ou un séminariste, confessant dans un collège helvétique, un imam docteur en théologie musulmane, ou un sadou pressé de se détacher de toutes les réalités terrestres, afin d’accéder au Nirvana? Le général Mohamed Ould Ghazwani n’a rien à envier aux idéalistes ci-dessus mentionnés. Petit-fils du prestigieux moine Ghazwani, l’intéressé, après ses études secondaires, opta pour la carrière militaire. En 1981, sorti, de Meknès, sous-lieutenant, il est affecté à la 2ème région militaire (Bir Moghren, F’Dérick). A l’époque, cette région était une référence, une école, surtout pour les jeunes officiers tenus de parfaire leur formation initiale. Cultivé, ordonné, maîtrisant deux langues (Arabe, Français) cet officier a un autre atout précieux. C’est que la baraka de son aïeul, le cheikh Ghazwani, le suit partout. Que ce soit le 8 juin 2003 où il commandait le BB (bataillon blindé), mais en stage ce jour ; ou le 6 août 2008, alors chef d’état-major national, mais en mission à l’intérieur. Présent, on se demande comment se serait-il se comporter à l’égard de son adjoint, partisan farouche de Sidioca, j’ai nommé le colonel Ely Fall Ould El Khal. Mais la maison était bien gardée par son compagnon de lutte, le général Ould Abdel Aziz, qui a pris les devants, lors de leur destitution (avec les autres chefs de corps) par Sidioca.
Cette complicité ne date pas d’aujourd’hui. Les deux généraux, Ould Abdel Aziz et Ghazwani, l’ont tissée, depuis 1978, à Meknès. Alliés objectifs, ils ont partagé la période des vaches maigres, jusqu’aux lauriers qui commencèrent leurs couronnes, un certain 3 août 2005. Ils se soutiennent mutuellement. Si le premier est un guerrier fougueux, altier voire impérieux, le second est plutôt pondéré et pragmatique. La relation entre ces deux officiers pousse certains esprits malveillants à la comparaison avec l’amitié qui unissait Thomas Sankara et Blaise Compaoré… Raison n’est pas raison car la configuration socio-culturelle, la psychologie et enfin l’histoire militaire des Mauritaniens et des Burkinabé ne sont pas au même diapason.
Toujours est-il que le général Ghazwani porte une lourde responsabilité. Il pilote une grande boîte (l’armée nationale) muette qui bégaie, de temps en temps. Et pour cause: certains chefs militaires n’ont jamais compris qu’un officier n’a ni le droit ni le devoir d’être immensément riche mais plutôt celui de la frugalité, loin de tout «abus de besoin». Dans le seul but de préserver sa dignité, sa crédibilité devant ses troupes afin de léguer, à la postérité, un héritage chaste. L’armée a compté, en son sein, des chefs d’état-major représentant de célèbres marques de voitures, des banquiers, etc. Qu’est-ce qui manque, à notre armée, pour se hisser au firmament du professionnalisme et de la rigueur? Le matériau est sur place (argent, hommes, compétence).
Puisse le général Ghazwani esquisser un «contrat d’objectifs» afin de défier le mauritano-pessimiste stipulant que nous resterons, selon l’exigence de notre destin, les éternels niais du parterre, tant il est dit que la clairvoyance d’une armée est à l’image de son peuple.

E) Le général Félix Negri :

Le 1er octobre 1979, à Atar, un jeune homme se présenta à nous, recrues juste débarquées des camions du 4ème bureau: «je suis le sous-lieutenant Félix Negri, de la 1ère promotion de l’EMIA, je suis votre commandant de brigade. Préparez-vous! Ce soir, vous avez, avec moi, une marche de bienvenue de 8 km!» Personnellement je me suis demandé comment ce sous-lieutenant, sec comme l’arbre du Ténéré, pourrait parcourir 8 km, sac au dos, sans se briser les mollets? Méfions-nous des jugements trop hâtifs: ils sont, le plus souvent, porteurs d’effets contraires.
Pour dire vrai, l’actuel chef d’état-major de la Garde, le général Félix Negri, est parmi ceux qui se sont incorporés, dans l’armée, par réelle vocation. En 1979, dès sa sortie de l’école, il est retenu pour instruire les futurs officiers. Actuellement, on compte au moins cinq de ses anciens élèves commandant des régions militaires. Au début des années 80, il est choisi pour former le 1er BCP (bataillon commandos paras), une unité d’élites, commandée, à l’époque, par un vaillant officier, Sidiyé Ould Yahya, qui, dans une armée moderne, structurée et apolitique, serait le 1er à être nommé au grade de général. Le 1er BCP, avant qu’il ne soit mis totalement à genoux, était une des plus performantes unités de l’histoire militaire mauritanienne. Selon les annales, ce bataillon rivalisait avec la 1ère CCP de feu Soueidatt Ould Weddad qu’il est inutile de présenter.
C’est parce qu’il était réellement affûté, du point de vue militaire, que Félix Negri a pu gravir tous les échelons. Pourtant, lors du conflit Sénégal-Mauritanie, s’en suivra, pour cet officier originaire de Boghé, une longue traversée du désert, même si l’intéressé n’avait absolument rien à se reprocher. Car on ne choisit ni sa race ni son lieu de provenance. Je suis en droit de parler de ce cataclysme qui a pu s’abattre sur les militaires négro-mauritaniens, innocents, dans leur majorité. Au commencement, fut le décès du colonel Yall Abdoulaye, parrain et figure de proue de l’ensemble Peulh de Mauritanie. En effet, il aura suffi que cet officier de qualité rende l’âme pour qu’on commence à démolir l’architecture qu’il avait patiemment dressée, durant des années. Yall: ce nom est synonyme d’autorité de droit et, de fait, dépassant l’entendement. L’homme était craint et suspecté. Mauritanien dans l’âme, parlant hassaniya, il avait su tisser des liens avec toute la nomenklatura maure, imposer son style par la dissuasion, sans jamais franchir le Rubicon, contrairement à certains de ses jeunes «disciples», après sa mort. Un exemple: le quota dans l’armée concernant les Peulhs, c’est lui. Et c’est normal. De son vivant, Yall n’allait jamais accepter qu’on procède à un recensement des populations pouvant indexer la minorité pulaar qui, présente dans les différents secteurs de l’Administration depuis l’indépendance, se croyait majoritaire. Le colonel Yall était, tout simplement, un leader incontournable, un symbole pour sa communauté. Après sa mort, de jeunes officiers désemparés, tentèrent de forcer le doux mais sûr cheminement établi par lui. Les jalons posés pour aboutir au tremplin furent balayés, un certain mois d’octobre 1987. S’en suivirent les douloureux événements de 1989, entre la Mauritanie et le Sénégal. Depuis, la couveuse n’a pas chômé. C’est ainsi que le pouvoir de Maouiya – et non le peuple maure – a procédé à des exactions en catimini dont beaucoup contestent, encore, la triste réalité.
Ces purges ont frappé même des officiers, comme le général Félix Negri, pourtant réputé sage et tolérant. Ce n’est qu’en 2005 que ce général occupera, enfin, la place qui lui sied, lorsqu’il fut choisi, par le général Ould Abdel Aziz pour être membre du comité militaire. On connaît la suite. Nommé chef d’état-major national, il devient le second négro-mauritanien, après Yall Abdoulaye, à occuper ce poste prestigieux, au grand dam de tous les nationalistes Arabes et autres islamistes. Ces derniers lui reprochent de conserver son nom à connotation chrétienne.
La Garde nationale a toujours été une unité structurée, disciplinée, professionnelle, même du temps de Maouiya où la politique primait le militaire. Que fera Negri Félix à la Garde nationale? Comme ses prédécesseurs, ne s’intéressera-t-il qu’au volet pécuniaire, en s’enrichissant davantage, encore et encore? Ou essayera-t-il de rentrer, une fois pour toutes, dans l’Histoire, en s’occupant uniquement du bien-être des subordonnés et de leurs familles?


F) Le colonel Ahmedou Bamba Ould Bayé:

Il est issu de la 1ère promotion de l’EMIA. Dès sa sortie, en 1979, il est affecté au groupement nomade, ensuite à la 5ème région (Néma). Au début des années 80, il est commandant de sous-groupement à Rosso (7ème région). A l’arrivée de Cymper au poste de chef d’état-major national, en 1985, on a voulu «rajeunir» l’armée, notre colonel, alors capitaine, est muté au 2ème bureau (renseignements). Du temps de feu colonel Minnih – période d’immobilisme – trois mousquetaires avaient le vent en poupe à l’état-major: le capitaine Mohamed Mohamed Ould Hadi, du BCS, le capitaine Meguett (transmission) et le capitaine «Bombi», pour les intimes du 2ème bureau. Pour trouver le moindre écrou, en ces temps, il fallait passer par le Grand Manitou, le tout puissant Mohamed Ould Hadi, cousin du président Maouiya qui, au fond, n’est pas méchant mais plutôt obnubilé par le culte de la personnalité.
Toujours est-il que notre officier, le colonel Ahmedou Bamba Ould Bayé, qui, je l’imagine, a fait l’armée non par vocation mais, plutôt, par élimination de possibilités, a été évincé par le colonel Moulaye Ould Boukhreiss, désormais chef d’état-major, au moment de la démocratisation du pays, en 1991. Que voulait devenir réellement Bombi Ould Bayé: banquier ou vedette de cinéma? En tout cas, si l’intéressé avait continué son job d’avant son incorporation, en 1975, il serait, probablement, à la tête d’une galerie ou d’un holding, tant l’homme sait faire fructifier l’argent. Il y a un fait qui ne cesse de me turlupiner, concernant cet officier. Comment s’est-il laisser embobiner, en 1990, jusqu’à vouloir «casser du Négro-mauritanien». Vision panarabe? Je ne le crois pas. Complexe d’infériorité? Impossible car cet officier appartient à deux grands ensembles guerriers de Mauritanie. Alors, quête de notoriété ou de profit? Le litige est là. Quand on veut conjuguer épicurisme et hédonisme, on en vient au «dérèglement de tous nos sens» et l’on se laisse guider par son «bateau ivre».
La situation des Négros-mauritaniens, en 1990, était un problème conjoncturel, c’est-à-dire de système de pouvoir, et non national. Un an plus tôt, las du conflit avec le Sénégal, nous nous sommes, tous, levés pour défendre notre pays: deux armées, face à face, et personne ne pouvait taxer quiconque d’un quelconque extrémisme. Mais faire souffrir un concitoyen, en catimini, parfois jusqu’au martyre, est indigne d’un guerrier. Tirer dans le dos d’un homme désarmé est inqualifiable. Que faire pour réparer ces crimes? Si le général Ould Abdel Aziz a commencé à concilier les âmes, il se doit de poursuivre et persévérer dans cette voie. Afin que les Mauritaniens qui s’étaient «égarés», en 1990-91, prennent conscience de leur faute et disent: «Pardon, plus jamais ça.» Afin que le colonel Bombi Ould Baye puisse vaquer à la permanence de son HCE, sans trainer de casseroles qui nous empêchent, nous ses proches, de dormir.
Ely Ould Krombelé, Orléans – France


Prochainement, incha Allahou : G : Le général Mohamed Ould El Hadi, H : Le colonel Dia Adama Oumar, J : Le colonel Mohamed Ould Znagui Ould Sidiyé

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