samedi 2 janvier 2010

Autour d’un thé à la rédaction du Calame

Comme d’habitude, les convives étaient nombreux, ce jeudi 24 décembre, dans les locaux du Calame. Une animation inhabituelle occasionnait un brouhaha qui dépassait les limites des locaux du journal. Journalistes et visiteurs dégustaient, frugalement, les normaux que Pape servait, avec déférence mais sans distinction. Parfois, un intrépide fumait, insidieusement, une cigarette. Au grand dam du patron Ahmed, vociférant contre l’empestement des lieux. Cependant, les commentaires vont bon train. Beaucoup de projets attendent l’année qui s’annonce. Quelqu’un parle des fréquentes rencontres d’Ould Waghef, une figure emblématique de la nouvelle coalition de l’opposition, avec le président Mohamed Ould Abdel Aziz. C’est, dit-on, pour préparer la formation de la future équipe gouvernementale, à laquelle prendraient part des gens de l’opposition. Ce sera, le cas échéant, la preuve manifeste de la volonté des maîtres du moment d’accomplir, enfin, une clause importante des accords de Dakar: le fameux dialogue inclusif. C’est, dit un autre, un rapprochement du parti ADIL de la majorité. Beaucoup de cadres importants de ce parti, apeurés par la lutte contre la gabegie, exerceraient de fortes pressions sur sa direction, afin qu’elle soutienne, inconditionnellement le rédempteur, le réformateur, le bâtisseur de la Mauritanie nouvelle, Mohamed Ould Abdel Aziz. Ne dit-on pas que le peureux ne peut être caché par la forêt?
Quelle nouveauté! La TVM a annoncé, dans un communiqué diffusé, plusieurs fois, la marche organisée par l’opposition, mercredi dernier. Pourtant, le ciel n’est pas tombé sur la terre. Le régime est, même, resté en place. Le directeur général de la TVM n’a pas été limogé. Le journaliste qui a lu le communiqué s’est bien réveillé, le lendemain de cet acte de bravoure inouïe. Plusieurs milliers de personnes sont venues à la manifestation. Un meeting a été tenu. Des hommes politiques ont pris la parole. Une diffusion, différée, de l’événement a été réalisée par la télévision nationale. Le jeudi, le soleil s’est levé, à l’est, et s’est couché, à l’ouest. Aziz est resté président. Ahmed Ould Daddah, éternel opposant. La vie a repris son cours.
Depuis deux semaines, les conseils de ministres sont assortis de conférences de presse de quelques membres du gouvernement. Ce jeudi 24 décembre, les ministres de la Communication, des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale ont évoqué, dans ce cadre, le dossier communément appelé «affaire des hommes d’affaires et de la BCM». Tour à tour, les trois responsables, particulièrement le ministre des Finances et le gouverneur de la BCM, ont, durant plusieurs dizaines de minutes, essayé d’éclairer, ont-ils dit, l’opinion sur ce dossier ô combien épineux. Malheureusement, malgré leurs compétences avérées et incontestables, leur sortie s’est révélée catastrophique. Confusion. Contradiction. Langue de bois. Dix milliards, quinze milliards donnés, sans raison, à moins de cinq personnes. Un rapport de 2001 ou de 2004, on ne sait plus trop, dans lesquels des inspecteurs reconnaissent les faits. Une opposition «irresponsable» qui jette l’huile sur le feu, en politisant une affaire de justice. La majorité des Mauritaniens ont fait, le 18 juillet, le choix de lutter contre la gabegie et la moralisation de la vie publique. Puis, soudain, une histoire de 134 milliards ou 135 milliards: équilibrer les termes de l’échange, vous avez entendu parler, vous, de l’affaire des faux chiffres? Du vrai coq à l’âne. Economistes de tous les pays, au secours! Ces gens-là sont en train de nous bourrer le mou. Pourtant, déjà, lors de sa visite à l’hôpital Zayed, le président avait déclaré à la presse que les hommes d’affaires ne seraient libres qu’après paiement de 14 milliards. C’est lui qui aurait refusé la formule du consensus à laquelle les hommes d’affaires et la BCM avaient convenu avant leur incarcération. Laissons la justice suivre son cours, ne politisons pas cette affaire, a dit Ould Raiss. Ne gênons pas notre justice, renchérit Kane Ousmane. A qui s’adressent-ils ? Certainement aux «pêcheurs en eaux troubles», gens de l’opposition, bien sûr. Pourtant, tout le monde sait qui donne les ordres aux juges et qui oriente et diligente, véritablement, les enquêtes au cours desquelles, jusqu’ici en tout cas, seules des personnes d’une certaine appartenance politique ont été inquiétées.

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