vendredi 15 janvier 2010

Qui sont-ils, ces militaires qui nous gouvernent? (Quatrième et dernière partie)

K /Le Général Ahmed Ould Bekrine
Durant toute ma médiocre carrière de militaire (1979-2004), je n’ai jamais rencontré le général Ahmed Ould Bekrine, actuel secrétaire général du ministère de la défense nationale. Est-ce un alibi pour ne pas le peindre, même à partir de témoignages dignes de foi ? A quoi auraient servi alors les écrits d’Ibn Khaldun, d’Ibn Batouta, de Michelet concernant la France… et en dernier ressort la prétention de l’histoire (récit des événements du passé) à vouloir nous enseigner des faits que les auteurs ci-dessus n’ont pas nécessairement vécus.
L’idiosyncrasie du général Ahmed ould Bekrine prête rarement à confusion. Pour l’accord unanime des esprits compétents, elle ne souffre pas de contradictions. En effet, il parait que cet officier a un train de vie tellement simple que beaucoup ne peuvent honorer durablement. Foncièrement honnête, une vie rangée, calme, voire timide, le général Bekrine est issu de la promotion de Cherchell (1974-1976) en Algérie. Une promotion dont le sang a été triplement versé avec la mort précoce sur le champ d’honneur de trois de ses officiers : les lieutenants Sid’ Amar Ould Cheikh Ould Mouhamedi, Tajou Ould Salek et Khalihené Ould Abdel Jelil. Ceux qui ont connu Ahmed Ould Bekrine pendant la guerre du Sahara vous décrivent un baroudeur robuste bien que d’apparence mince, toujours là où il le faut. Un officier comme le général Ahmed Ould Bekrine pour lequel on ne connait ni frasques, ni même un hobby du moins à caractère lucratif, n’ayant pour souci que de terminer sa carrière militaire à l’image d’Epinal, doit servir d’exemple à la postérité et de référence pour ses contemporains. Sa permutation récente avec le Colonel N’Diaga Dieng a fait jaser plus d’un. Ce réajustement serait-il lié au kidnapping des trois espagnols sur la route de Nouadhibou ? Le général Ahmed Ould Bekrine aurait-il ‘’fauté’’ cette fois, ou fallait-il un bouc émissaire, tant la pression internationale (occidentale surtout) est à son point de non retour ?
Dans leur prise d’otage pour réclamer ensuite des sommes colossales, les « combattants » d’Al Qaida dépassent le seuil de l’intolérance. En dehors de l’intransigeance pour les combattre, il faut plutôt un réseau de renseignements efficace, impliquant tous les pays concernés, coordonnant et planifiant l’acquisition des données collectées au niveau des différents corps (Armée, gendarmerie, garde) afin d’éviter l’émulation ‘’stérile’’ entre les chefs de corps. On l’a vu lors du conflit Sénégalo-mauritanien où certains commandants de formations (surtout 6émé et 7émé régions militaires) inondant l’Etat major national de pseudo renseignements sur l’ennemi dans le seul but de ne pas se faire oublier et ce au détriment de l’efficacité.
En ce qui concerne Ahmed Ould Bekrine, rendons à César ce qui lui appartient. Gageons que cet officier de bonne moralité finisse sa carrière en apothéose. Lui qui a fait du Stoïcisme, de la probité son credo ‘’pascalien’’ doit éviter le dicton populaire du service de Denebja.

L/ Le colonel Mohamed Ould Ghoulam
Que fait un médecin même militaire et de surcroit gynécologue au milieu d’un conseil de fantassins moulés aux périodes de survie, leurs godillots les « empêchant de marcher » ? A première vue, notre colonel à tendance à amuser la galerie ou compléter le nombre à 12, les chiffres impairs étant souvent incommodes. Ceci est loin de refléter la réalité. Quand on a un bac+10, donc une spécialisation en médecine vous permettant de pouvoir vivre largement de votre profession, l’impératif catégorique devient de facto le respect scrupuleux du serment d’Hippocrate dans toute sa dimension.
Sortant du Maroc au début des années 80, le colonel Ghoulam a exercé dans plusieurs garnisons militaires de Mauritanie. Jovial, prêt à rendre service, en sage-homme, il a choisi d’aider les femmes à donner la vie en homme sage. En « accouchant les esprits » le philosophe Socrate n’a-t-il pas simplement invité sa mère Phénaieté, sage femme accoucheuse ?
Le colonel Ghoulam a été choisi à eux reprises (2005-2008) pour faire partie des instances du pouvoir décisionnaire, installées par les militaires. Cet officier originaire d’Aîoun El Atrouss a été récemment désigné pour être le directeur de l’hôpital militaire, à un moment où cette entité a réellement besoin d’un souffle nouveau. Un gage de confiance car l’hôpital militaire joue un rôle prépondérant dans la vie sociétale de la grande muette. Espérons que le statut du colonel Ghoulam de membre de l’ex HCE, puisse permettre à ce gynécologue de briser la monotonie dans les couloirs, de renflouer les caisses, de garnir les officines pharmaceutiques, de rendre opérationnels les blocs opératoires, de varier le menu, de changer les mentalités du personnel hospitalier souvent à effectif pléthorique, bref d’entamer une révolution.
Le colonel Ghoulam va-t-il réussir là où beaucoup ont échoué dans cet hôpital berceau du népotisme et du favoritisme, enclin au délabrement le plus total ? Souhaitons que l’année 2010 soit l’épitaphe de la gabegie, du détournement de deniers publics afin qu’on puisse graver sur les portiques de ce haut lieu de santé publique des lettres porteuses d’espoir et de bien être.


M/ Le colonel Mesgarou Ould Sidi
C’est le benjamin du HCE, tant il est dit qu’ ‘’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années’’. Issu de la première promotion EOA (élève officier d’active) de 1980 (EMIA d’Atar), sorti seulement en 1982, Mesgarou Ould Sidi a choisi la garde nationale pour entamer une carrière militaire qui va s’avérer riche en rebondissements. Il fait partie de l’intelligentsia militaire, ses jeunes officiers intellectuels injectés en 1980 dans l’armée pour équilibrer le pourcentage défavorable à la filiale d’obédience arabe, jusque là parent pauvre des forces armées et de sécurité. Si le colonel Mesgharou est une exception à la règle, car maîtrisant la langue de Voltaire, ce «renfort» n’a jamais fait l’unanimité. Parce que cette promotion (1980-1982) comportait entre autres d’anciens coiffeurs, des tailleurs et même des chasseurs de primes ayant falsifié leurs diplômes arabes pour accéder à l’EMIA.
Descendant du grand guerrier Mesgharou Ould Ghweïzy, le colonel a hérité de celui-ci un caractère fougueux, une envie insatiable de bouder l’ordre établi, s’il ne va pas dans le sens de la logique. Ce caractère est à la fois sa force et son talon d’Achille car il faillit à maintes reprises être rayé des contrôles de la garde nationale (étant lieutenant) par des chefs jaloux de son aura et de son indépendance d’esprit. L’attitude de cet officier chevaleresque, altier, qui aime le rire et l’ambiance feutrée n’a d’égale que son côté prodigue, la main sur le cœur ou tendue vers les plus démunis. Le 6 août 2008, selon les rumeurs, le colonel Mesgharou Ould Sidi, alors chef d’Etat major adjoint de la garde nationale aurait averti le général Ould Abel Aziz de propos confidentiels émanant de son ministère de tutelle-vrai ou faux ? A sa place, j’aurais agi de la même façon. Car entre la copie (Sidioca) et l’original (le général Aziz), je choisirai sans hésiter l’original. Sidioca a été choisi par les services de renseignements comme doublure, le sachant vulnérable, dans l’incapacité de diriger efficacement la Mauritanie. Actuellement, le colonel Mesgharou occupe une place aux contours mal définis. Est-ce une agence, une société ou un service ? Nous avons besoin de savoir pour ne pas être contraints de répondre à chaque fois par une litote.
Une chose est sûre, sous employer cet officier qui fait partie de l’intelligentsia militaire, c’est ignorer totalement le mythe prométhéen de l’homme à la mesure de toute chose.
Ely Ould Krombelé, Orléans France.
Post scriptum : Nous parlerons prochainement des officiers les plus riches de l’Armée et comment ils ont obtenu leur richesse sans coup férir. Inch’Allahou.

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