lundi 1 février 2010

Autour d’un thé au Calame

Ce mardi, au siège du Calame, c’est le calme plat. Pourtant, il y a du monde. Le thé est abondamment servi. Mais c’est, curieusement, sans éclat ni relief. Dans la grande salle de rédaction, Cheikh et Mansour s’affairent, devant leur machine. Exceptionnellement, tous les journalistes sont présents, en même temps. Mais le patron est absent. Normal. Les charges du journal sont lourdes. Salaires, factures, eau, électricité, Internet, carburant, loyer, dépenses diverses et imprévues. Alors, il faut bien courir. Un bon patron, c’est ça. Surtout que les temps ne sont plus comme avant. Peu de vente. Peu de publicité. Pas de subventions. Surtout pour une «mauvaise presse» comme le Calame, «calomniateur», opposant, «ennemi» du système.
Le président est revenu de son voyage. Mais, il n’est pas revenu bredouille, comme certains. C’est un adepte du concret. Plusieurs centaines de voitures données par la République Islamique d’Iran à la République Islamique de la Mauritanie. Que va-t-on faire de toute cette ferraille? Plusieurs éventualités. En un: recruter des samsaras spécialisés qui vont aller vendre les voitures dans un pays voisin. L’argent de la vente ira renflouer les caisses de l’Etat. En deux: aménager un vaste terrain, de plusieurs hectares, et y implanter une bourse de voitures dont la gestion sera confiée à des personnes de bonne moralité. L’argent, cette fois, servira à construire dispensaires, écoles et autres services de base, dans les adwabas, villages et campements les plus pauvres du pays. En trois: démonter tous les véhicules et ouvrir de grands magasins de pièces détachées, qui seront confiés à des gens en qui le président de la République aura particulièrement confiance. Comme quoi, il est bon de voyager, contrairement à ce que pensaient les Six-Aoûtards. Sinon, nous n’aurions pas reçu toute cette manne. Alors, à quand le prochain voyage pour la Chine, l’Australie, la Suède ou la Russie?
Selon une certaine presse, Birame Ould Dah Ould Abeid, activiste des droits de l’Homme, Hartani révolté, président de l’IRA, est un danger public qui risque de provoquer la guerre civile, par ses déclarations incendiaires et dangereuses. Selon lui, le pays a besoin d’un choc brutal, pour changer des mentalités trop ancrées, fondées sur un référentiel moral qui accentue les inégalités entre les différentes composantes populaires. Birame, sois sage, sois modéré! S’il te plaît, ne mets pas notre pays à feu et à sang! Si tu ne t’y plais pas, allez, oust, émigre! Pars en Haiti, en Guadeloupe ou en Afghanistan, ou même tout près, au Sahara ou à Tamanrasset! Jamais personne, avant toi, n’a jamais demandé l’instauration de la justice ni l’éradication véritable d’un phénomène si abject que celui de l’esclavage. Tu es le premier à vouloir le mal pour le pays. Les événements de 1966, c’est toi. L’épuration de 1989, c’est encore toi. Les tentatives de coup d’Etat, c’est toujours toi. Les FLAM? Tes idées, bien sûr! Tous les putchs qui ont failli faire sombrer le pays, les organisations nasséristes, bathistes et nationalistes de tout bord, c’est de ta faute. Sans toi, les gens vivront en paix. Tu es comme l’âne de la Fontaine, dans sa célèbre fable «les animaux malades de la peste». Tais-toi, tu n’as pas le droit de dire comme tout un chacun, ce que tu penses. C’est la pire des restrictions.
Désormais, Nouakchott a son lycée militaire. Plus d’une centaine de petits élèves en treillis suivent les cours de cet établissement qui accueille, théoriquement, les meilleurs élèves, suite à un concours d’accès. Pour cette fois, seuls les fils des hauts gradés des corps constitués auraient, «brillamment», réussi à y entrer. A cette fin, le concours d’entrée aura dû, tout de même, être reconduit, au moins, trois fois. Le confort, les conditions idéales d’études et les bons professeurs, ça se mérite. Un petit dosage ethnico-social qui ne trompe personne et, hop! Le tour est joué. L’école française, le petit centre, les méharées, la Fontaine et autres très bonnes écoles, pour certains, contre des établissements délabrés et sans formateurs, pour d’autres, c’est ça, le partage de «ce qu’il y a de justice», que Mohamed Ould Abdel Aziz, alors putchiste aux abois, avait promis aux populations venues l’applaudir, au pied de la présidence un certain 7 août 2008.

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