dimanche 21 février 2010

Autour d’un thé au Calame

La Mauritanie attend beaucoup de la dernière réunion des bailleurs de fonds. Six mois après le «retour à la constitutionnalité» dû aux accords de Dakar, le pays redevient fréquentable par une communauté internationale dont certaines institutions n’avaient jamais, réellement, rompu les amarres. Les nouvelles autorités sont, pourtant, loin d’avoir honoré les engagements sur la base desquels la communauté leur a permis de faire leur numéro. La liberté de la presse: zéro. Le dialogue inclusif: zéro. La bonne gouvernance: zéro. Ce ne sont pas là les propos de l’opposition car celle-ci hiberne, en l’attente de se faire rerouler dans la farine, à deux semaines des élections de 2014. Ses principaux responsables ont disparu de la circulation. Leur entourage entretiennent les plus fantaisistes supputations sur leurs «activités». Hé bien, bonnes longues vacances!
Le président de la République a reçu les cadres dirigeants de l’Union Pour La République (UPR). De source infiltrée, autant notre putschiste rectifié est satisfait de la prestation du gouvernement, autant il est déçu du mauvais travail du parti qui aurait, selon le boss, un véritable problème de communication. Pourtant, ce «grand» parti n’est composé que de «vieilles valeurs» qui possèdent le don, exceptionnel, de redorer les blasons les plus ternis. Certainement que les propos du président visaient, particulièrement, les députés de la majorité, ridiculisés par une poignée de leurs collègues de l’opposition, lors de la dernière session parlementaire.
Après six mois de règne, le président sait-il que les problèmes d’accès aux services de base se sont accentués? Selon une enquête d’une des agences des Nations-Unies, seuls 20% de Nouakchottois ont l’eau courante. Les autres boivent une eau insalubre, puisée dans des réserves peu hygiéniques et distribuées à l’aide de citernes et de charrettes tirées par des ânes. C’est vrai que nous avons une longue histoire avec les ânes. Mais il est temps d’en finir avec ces chers aimables baudets.
Quelle innovation! Le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation vient de limiter l’entrée en Mauritanie, à 35 points de passage, répartis sur tout le territoire national. Quel génie! Voilà l’intérêt de mettre les hommes qu’il faut à la place où il faut. Comment les dizaines de ministres de l’Intérieur et la huitaine de présidents qui se sont succédé, des indépendances à nos jours, n’ont-ils jamais pensé à une mesure si salutaire et si protectrice? Bravo, messieurs, finie la pagaille, vive le contrôle!
Décidément les primes de transport dont bénéficient tous les fonctionnaires font problème. Normal, c’est quand même d’argent qu’il s’agit, en une période de si vaches maigres. Alors que les «responsabilisés» se frottent les mains et attendent la fin du mois de février, les autres, plus nombreux, crient au scandale et en appellent à la magnanimité du président de la République. En attendant, toutes les centrales syndicales nationales se préparent à entreprendre un mouvement de grève, pour dénoncer l’injustice et appeler à une renégociation des formalités d’attribution de ces primes. L’esprit de ces indemnités était de réduire les écarts entre les traitements et restaurer la justice entre les fonctionnaires. Or, l’arrêté fixant ces augmentations a plutôt raffermi les disparités. Qui sont les responsables d’un tel sabotage? Quels qu’ils soient, ceux-ci devraient répondre de leurs actes. Attendons le prochain conseil des ministres. Amine.

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