mardi 9 mars 2010

Editorial : Sueurs froides

Le Premier ministre a parlé. Dans une conférence de presse. «Enfin!», serait-on tenté de dire. Quelques mois après sa déclaration de politique générale devant le Parlement, qui n’a pas laissé un souvenir impérissable, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, donné pour partant, il n’y a pas longtemps, est monté au créneau, jeudi dernier. Pour se rappeler à notre mauvais souvenir et nous mijoter son ultime recette, toujours à base d’une langue de bois qu’on croyait éculée. Et il n’est pas allé avec le dos de la louche. Si l’on en croit le primus inter pares – le premier d’entre ses pairs (dans l’ordre protocolaire, sans plus) – nous vivons dans le meilleur des mondes. Où l’on construit des routes à tout bout de champ. Où les délestages d’électricité ne seront plus que mauvais souvenirs, dans quelque(s) temps. Où l’on refuse de négocier avec les terroristes, «preneurs d’otages et tueurs d’innocents». Où les fonctionnaires ne doivent pas se plaindre, puisqu’ils touchent, désormais, 3000 UM d’indemnités de transport. Où le Conseil constitutionnel a le dernier mot. Où une direction nationale, éclairée, veille sur tout.
Les journalistes présents qui ont, chacun, leur petite idée sur la situation que vit réellement le pays, n’ont pas manqué de rire sous cape. Les téléspectateurs et les auditeurs aussi, probablement. Confrontés à un quotidien de plus en plus difficile, ils n’ont, certainement, pas compris grand-chose, à un langage aussi abscons, à mille lieues de la réalité. Et, comme pour contredire le premier de nos ministres, les prix des hydrocarbures se sont envolés de quelques ouguiyas supplémentaires, au lendemain même de cette conférence de presse. Si ce n’est pas un coup tordu, ça y ressemble étrangement.
Mais pourquoi Ould Mohamed Laghdaf est-il, si subitement, sorti de sa réserve? Il y a quelques jours, lors d’une entrevue avec le comité directeur de son parti, le président avait reproché à sa majorité d’abandonner l’espace médiatique à l’opposition. Depuis, les soutiens d’Ould Abdel Aziz font feu de tout bois. Une conférence de presse de l’UPR, organisée, à la va-vite, en réponse aux accusations portées contre le pouvoir par le leader de l’opposition, a été suivie de l’annonce de la naissance d’une coordination des partis de la majorité. Avant que le Premier ministre ne se fende d’un premier bilan de son gouvernement post-élection présidentielle.
Ces sorties ont-elles, pour autant, convaincu une opinion publique qui voit son horizon s’assombrir de jour en jour? A part la longue litanie de promesses de lendemains meilleurs, auxquelles nous sommes désormais habitués, que nous a servi Ould Mohamed Laghdaf? Si le propre d’un Premier ministre est de servir de fusible en cas de dysfonction dans l’application du programme présidentiel, le nôtre ne devrait pas tarder à passer à la trappe. Avec l’écrasante majorité de son équipe, dont certains se demandent, encore, et se demanderont, toujours, tant leurs carences sont criantes, sur quelle planète ils ont atterri.
La gestion d’un pays, pour paraphraser Clemenceau, est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des néophytes. Nous avons longtemps souffert des atermoiements de nos dirigeants. Si l’on doit y ajouter l’incurie, l’incompétence et l’insouciance, il y a de quoi avoir des sueurs froides. Mon Dieu, protégez-nous !
Ahmed Ould Cheikh

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