vendredi 5 mars 2010

Autour d’un thé au Calame

Aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire. Les convives du thé le sont tout aussi moins. Présentation. Il y a, là, un homme d’affaires, un vieil ami du Calame, réputé pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Aussi le président d’un parti politique. Un des soixante-dix-huit que compte le pays. Pourquoi dire son nom? Inutile. Un parti ne vaut que par son appartenance à la majorité ou à celle de l’opposition. Pour celui-là, ça dépend des circonstances. Il y a, enfin, un inconditionnel du président Mohamed Ould Abdel Aziz. (MOAA) Un de ces rectificateurs rectifiés qui ont, très tôt, compris la rectification six-aoûtarde. Visiblement, pour Ahmed, le directeur de notre chère publication, ce sont, là, de grands hôtes. La preuve: sur une petite table devant le bureau, un plateau rempli d’arachides, surplombé d’une dizaine de «pains de bois». Ambiance inspiratrice. Selon l’homme d’affaires, le système en place est champion en affaires terminées en queue de poisson. L’ex-première dame, Khatou Mint Boukhari, brutalisée dans sa maison, accusée de tous les torts: finalement, on n’en parle plus. L’affaire Air Mauritanie. Des anciens directeurs, dont un ancien Premier ministre, écroués, vilipendés, insultés publiquement: finalement relâchés. L’histoire du riz. Ould Waghef ne serait libéré que lorsqu’il aurait goûté de ce riz avarié. Le (re)voici, pourtant, très familier des dédales de la Présidence. Les hommes d’affaires accusés d’avoir, indûment, bénéficié de milliards; arrêtés, jetés en prison. Le président dira, même, lors de sa visite à l’hôpital Zayed, qu’ils ne recouvreraient leur liberté qu’une fois restitué l’argent: Non seulement leur libération fut due à une intervention qui fait encore jaser mais ils seront, de surcroît, invités à dîner chez le président. En quelques mois, le pays a connu une succession d’affaires tout aussi rocambolesques les unes que les autres, sans que jamais l’opinion nationale ne sache sur quelle base elles se sont dénouées.
Selon l’«aziziste» de service, Khatou aurait reçu de l’argent. Les autres affaires auraient été réglées suivant des considérations politiques. J’avoue, pour ma part, qu’il faut être fort introduit dans le système, pour espérer comprendre d’aussi floues insinuations. Entre deux verres, quelqu’un évoque l’histoire des quatre mille huit cents fonctionnaires dont les salaires sont suspendus, en ce mois de février, à quelques jours de la commémoration de la naissance du prophète (PSL) que les Mauritaniens ont l’habitude de fêter. Pour le consoler, un autre lui apprend que la ministre de la Fonction Publique, certains conseillers à la Présidence et le trésorier général-adjoint, entre autres hauts fonctionnaires, font partie des suspendus. Comme on dit, le justificatif est pire que la faute. C’est juste une erreur. Les choses se rétabliront. Calmez-vous, vous aurez vos sous. C’est encore une exagération de l’opposition qui fait feu de tout bois.
Jusque là calme, le haut responsable politique, président d’un parti que je ne nommerais toujours pas, se réajuste sur sa chaise et prend la parole, dans un brouhaha indescriptible. Remise en cause totale de toutes les prétentions de l’actuel pouvoir dont beaucoup de ses très très très hauts responsables ne seraient que de petits agents de renseignements, à la solde de services d’un pays voisin. Quelques membres du gouvernement ne sont même pas mauritaniens. Encore des mécontents, encore des opposants. Virage à cent à l’heure.
Birame qui raconte des histoires, me dit, dans les yeux, l’aziziste, dégoûté par ce qu’il vient d’entendre. Il n’a qu’à renoncer à la nationalité mauritanienne. C’est un petit corrompu qui veut, lui aussi, faire de la cause Harratine un fond de commerce. Je le connais, je le connais. Découragé par les allégations de ses cousins, l’aziziste s’en prend à moi et à mon hypothétique cousin Birame. Dans la perception de celui-là, nous sommes le «mur le plus court». Imperturbable, je souris au souvenir de l’adage populaire: Les gens me battent et, moi, je bats ma femme. C’est exactement cela.

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