lundi 5 avril 2010

Haidalla a-t-il perdu une occasion de se taire?

Dans une émission diffusée, il y a quelques jours, sur la chaine satellitaire Al Jazeera, l’ancien chef de l’Etat, Mohamed Khouna Ould Haidalla, est revenu sur l’exécution des auteurs du coup d’Etat manqué du 16 mars 1981. Une exécution qu’il «ne regrette pas», selon ses termes. «J’aurai, pourtant, pu les gracier mais je ne l’ai pas fait», dira-t-il. Pourquoi, 29 ans après ces douloureux événements, Haidalla veut-il aiguiser les rancœurs des familles des victimes et raviver des plaies qui commencent à peine à cicatriser? Quel intérêt a-t-il à porter, tout seul, la responsabilité d’exécutions dont le pays aurait pu faire l’économie? Une rumeur, jamais confirmée, prétendait que le président du CMSN de l’époque ne fut pas partisan de la peine de mort mais que c’étaient ses collègues militaires qui lui auraient forcé la main. Que gagnerait-il à se dévêtir de cette toque de pacifiste, apparemment usurpée, pour porter celle de bourreau?

La vérité est plus prosaïque: depuis que ces hommes, dont il connaissait toutes les qualités, déclarèrent la guerre à son régime, Haidalla ne dormait plus que d’un œil. Leur tentative de le bouter hors du pouvoir, qu’ils savaient suicidaire, en cas d’échec, lui a donné l’occasion, inespérée, de se débarrasser, enfin, d’eux. Quitte à ce que leur procès ne soit qu’une parodie et que l’un d’eux, le lieutenant Doudou Seck, condamné à mort sans être jugé, soit tiré de son lit d’hôpital, grièvement blessé, et conduit au poteau d’exécution. Très souvent, avec le temps, la vraie nature apparaît au grand jour. Il aurait été plus sage, pour éviter que les masques ne tombent, de ne pas trop se dévoiler. Communiquer est un art, en abuser, un désastre.

AOC

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