mercredi 23 décembre 2009

Portraits d’après mémoire Qui sont-ils, ces militaires qui nous gouvernent ?

Qui sont, réellement, ces officiers qui, de manière chronique, nous gouvernent, depuis 1978, sans jamais se lasser de reproduire les mêmes erreurs politiques, de susciter des marasmes économiques, corollaires d’une atmosphère sociale délétère ? A l’aboutissement de la chaîne liant Moustapha Ould Mohamed Salek, tombeur de Moktar Ould Daddah, à Maaouya Ould Taya, le tombeur de celui-ci, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, serait-il l’épitaphe de la soldatesque au pouvoir, depuis plus de trois décennies? Après l’épisode du «Marabout et le Colonel», voici ouvert un 3ème baron, «Robin des Bois» ou sheriff, qui tire sur tout ce qui bouge. Ould Abdel Aziz serait-il le rédempteur tant attendu ou le dernier nuage toxique de passage? Qui est-il? Et qui sont, réellement, ses collègues qui gouvernent avec lui?



A/ Le général Mohamed Ould Abdel Aziz

On ne peut connaître l’âme, les sentiments, les intentions d’un homme, avant qu’on l’ait vu exercer le pouvoir et édicter des lois. Ces propos de Sophocle, il y a plus de 25 siècles, sont toujours d’actualité. J’avoue, avec le recul, avoir été triplement surpris, par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, le désormais président de la RIM. Surpris, d’emblée, par son discours, en Arabe, juste après son coup d’Etat contre Sidioca. Je savais cet officier tout à la fois débonnaire et jusqu’auboutiste, dans toutes ces initiatives. Mais s’entêter, obstinément, à «cultiver son jardin», en un laps de temps si record, relève d’une opiniâtreté herculéenne. Certes, nul n’a le monopole du savoir. Le sage Socrate avait raison quand, par sa maïeutique - l’art d’orienter les consciences par de judicieuses questions – il se contentait d’«accoucher les esprits» et de confondre ses interlocuteurs, souvent imbus de leurs prétendues connaissances. Si Socrate concluait toujours par: «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien», il n’est jamais trop tard, pour un homme, de cultiver son goût, son sens critique et de parfaire sa « weltanschauung », surtout quand il postule aux plus hautes fonctions de l’Etat. Surpris, également, de la façon par laquelle le général Ould Abdel Aziz a géré la crise mauritanienne, à la … sénégalaise, jusqu’à l’élection présidentielle. En effet, il eût suffi à un quarteron de «Boy Nar», entretenant des relations, privilégiées, avec Gorgui, le président Wade, pour mettre en déroute un ceinturon d’opposants, cette fois-ci « Nar-gue-Nar » et « Nar-Boukhaiç » se croyant les «manitous» de la politique. Le stratagème est digne du cadeau empoisonné – le fameux cheval de Troie – offert, aux Troyens, par plus malins qu’eux, les Achéens. Jugez par vous-même. La démission, programmée, du général, l’octroi, à l’opposition, de quelques ministères – fussent-ils régaliens (Défense et Intérieur) – ont vite fait s’aiguiser l’appétit, gargantuesque, de tous les adversaires du putschiste. L’opposition, comme hyène affamée, en voulant vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, n’a pu ou n’a su voir venir le «traquenard» posé, depuis longtemps, par le pouvoir militaire. Nos hommes politiques manquent de vision. N’ayant jamais effectué de service militaire, il leur manquera, toujours, une potion tactique, ce sixième sens qui vous permet de vous sortir des caves du désespoir.

Même les observateurs, neutres mais intéressés par la crise mauritanienne, ont été embobinés, légitimant ainsi les accords de Dakar, en leur donnant une carapace diplomatique, à l’échelle planétaire. Pourtant, des personnes dont l’empirisme, en politique, ne faisait plus doute, telles Ould Maouloud, Ahmed Ould Daddah, Messaoud, etc.. ont, eux-mêmes, tiré le thé, avant de se retrouver contraints de le boire trop vite. Ne savaient-ils pas que ces bacchanales «honorant» le culte de Dyonisos – Bacchus pour les potes latinistes – orchestrées par le pouvoir, n’étaient, en fait, que scénettes théâtrales destinées à échafauder, majestueusement, un guet-apens?

Là aussi, je ne savais pas le général Ould Abdel Aziz si fin diplomate calculateur, adepte – malgré lui? –de Machiavel. Qu’on le veuille ou non, ce général, impavide et impérieux, par moment, dont les agissements rappellent un certain Nietzsche faisant « parler Zarathoustra », s’est imposé, plutôt, en fin renard du désert, un Goliath plus qu’un David. Nous nous sommes tous trompés sur cet officier débordant d’ambition. Or l’ambition, chez l’homme, n’est légitime que tant qu’elle ne convoite pas la mégalomanie hitlérienne. Le général voulait, vaille que vaille, être le président de tous les Mauritaniens. Il l’est maintenant. Adolescent, l’un des plus illustres écrivains «de l’Atlantique à l’Oural», je nomme Victor Hugo, disait : je veux être Châteaubriand ou rien. Avec son imagination fertile et l’immensité de ses œuvres, il sut plier son destin à sa volonté.

Pour revenir à l’élection présidentielle de juillet 2009, personne n’a vu le coup venir: on imaginait un nouveau coup de force, des troubles, etc. Même l’ancien président, Ely Ould Mohamed Vall, après vingt ans de Sûreté nationale, n’a pas su lire, en amont, ce que son cousin nous réservait. On a le droit de se demander comment – pourquoi ? – un tel éminent officier, archi-moulu dans l’espionnage et le contre-espionnage, s’est révélé incapable de prouver la moindre «pratique dolosive» – si dol il y a – dans l’élection présidentielle ! De fait, c’est, surtout, dans la campagne électorale, interminable, du général que tout s’est joué. Son thème de prédilection, fustigeant les gabegistes, les prévaricateurs, et autres dilapidateurs de deniers publics, a été des plus judicieux. Mais cela suffisait-il à le faire passer dès le 1er tour ? Nous avons besoin de savoir. Il paraîtrait que, conscient des risques que lui auraient réservé un second tour, le général aurait incité jusqu’aux «djinns » à voter pour lui ! C’est ainsi que les bulletins, une fois dans l’urne, se seraient transformés en sa faveur. Au 21ème siècle, l’alchimie prend le pas sur les sciences normatives, au pays des hommes bleus. Ce « para-phénomène» rappelle celui des sorciers du Niger qui sillonnent, périodiquement, la sous-région. Ils vous tendent la main et vous avez l’impression que votre zizi a disparu. Dans ce cas de «figure», vous voilà dans l’obligation de «parlementer» avec eux, afin qu’ils vous restituent vos bijoux de famille, moyennant une substantielle somme, à votre grand dam.

L’opposition mauritanienne se trouve, me semble-t-il, dans cette situation. Elle éprouve l’ultime impression qu’on lui a volé sa victoire. Mais comment le justifier? Système «iranien» ? Système «sénégalais» ? Dans tous les cas, elle n’a d’autre choix que de dialoguer, de se concerter avec le pouvoir, afin de sauver le pays d’un bras de fer de trop, malencontreux pour tous les protagonistes.

Surpris enfin par sa facilité d’adaptation au pouvoir, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ceux qui croyaient – moi y compris – aux sanctions économiques diplomatiques et tout le tintouin, en ont été pour leurs frais. Sur le plan intérieur et pour la 1ère fois, nous voyons un président qui s’attaque, de front, aux racines du mal: ceux qui détournent les deniers publics. Certes, il a commencé par ses adversaires de toujours. Ce que beaucoup ignorent. En effet, le litige entre le général président et les cousins de Maaouya ne date pas d’aujourd’hui.

Depuis le début des années 90 et la fondation du BASEP qui a coïncidé avec le discours de la Baule et la démocratisation des régimes africains, un climat de méfiance s’est installé, entre le capitaine Ould Abdel Aziz et la majorité des officiers, cousins du président Maaouya. On déteste cet officier pas comme les autres qui refuse de fayoter les proches de Ould Taya et ceux-ci, dont la majorité est encore dans les rangs, feront tout pour l’évincer du BASEP. Ould Abdel Aziz sera, ainsi, muté au BCS, fera sa formation d’état-major au Maroc, pour se voir propulsé… adjoint à la 6ème région militaire. Passeront six à sept longues années où l’homme rumina, beaucoup. Il se sentait délaissé, marginalisé, victime de ces officiers cousins et fils de Maaouya qui ne l’aiment pas, parce qu’il n’a jamais accepté d’être leur marionnette. A son retour au BASEP, en 2000, on le soupçonne de vouloir fomenter un coup d’Etat, notamment lors de la manœuvre militaire de Tweile, en 2001. De fait, à force de crier au loup… il finit par se manifester. Ce sont, bel et bien, les officiers cousins de Maaouya qui ont fait germer l’idée de coup d’Etat, dans l’esprit du général Ould Abdel Aziz.

Commencer par Chriv Ould Abdellahi, Mohamed Ould Noueigued et consorts n’a rien de fortuit. Le ver est, depuis longtemps, dans le fruit. Tout le monde doit comprendre que, désormais, rien n’est impossible. Personne n’est intouchable. Le général Ould Abdel Aziz est-il le Messie, le Rédempteur attendu, de longue date, par le peuple mauritanien? Serait-il à la hauteur de ses aspirations?

L’histoire nous enseigne qu’en de pareils cas, il faut aller jusqu’au bout et ne jamais s’arrêter à mi-chemin. On accuse le général de n’avoir interpellé que ses adversaires – ceux qui n’ont pas voté pour lui – et d’épargner ses «amis» et sympathisants gabegistes. Il faut qu’il cogite sur cette problématique car l’histoire (encore elle) risque de se répéter. Parles temps qui courent, je dois du respect à l’ennemi qui ne se cache pas, plutôt qu’à un «ami» qui risque me lâcher, au moindre ennui. Enfin le général devrait méditer les paroles de son démiurge Maaouya, lors d’une certaine journée du 3 Août 2005: «Oh, mon Dieu, épargne-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge!» A bon entendeur, chapeau !

B/ Le Général Mohamed Ould Meguett

Issu de la première promotion EOR (1975-1976) et active (1978-79), le général Mohamed Ould Meguett est, à première vue, parmi ces officiers de l’Armée qui sèment le vent. En effet, au moment où feu le colonel Minnih était chef d’état-major national, Meguett, alors directeur des transmissions, s’est forgé un alibi afin de devenir incontournable. On le croyait «pêcheur en eaux troubles», échafaudant querelles byzantines ou de chapelles, entre les officiers de l’Est et de l’Ouest. Avec le recul, on comprit qu’il n’en était rien. L’homme est ouvert à tout le monde, disposé à venir en aide et reçoit, donc, beaucoup; surtout ses proches. Machiavélisme? Une telle assertion nécessite un pas que je ne franchirais pas, désormais. Originaire de Cheggar, le général Meguett est, plutôt, un officier opportuniste, au sens tactique du terme, et son rôle, récent, au sein du conseil militaire, avant, pendant et après l’élection présidentielle de juillet 2009, illustre cette assertion. Il s’est beaucoup investi aux côtés du général Ould Abdel Aziz, par fidélité à ses principes. Au vu et au su de tout le monde, il recevait citoyens ordinaires, députés, maires, hommes religieux, personnes âgées, etc. Toujours avec mansuétude. Le matin, devant son bureau de l’inspection des forces armées, le nombre d’indigents et d’éclopés attirait l’attention du chaland qui se demandait: «est-ce la clinique d’un médecin dentiste?»

En sage, le général Meguett a toujours essayé de jouer les médiateurs, tout en se préservant d’offusquer son quelconque vis-à-vis. Bref, un homme de compromis et non de compromission, comme je le crus, des années durant. Saint Augustin a dit: «On ne connait son prochain que par l’amitié.» Officier expérimenté, ayant servi dans presque toutes les formations militaires du pays – centre d’instruction, régions militaires, bureaux d’état-major, etc. – le général Meguett, fidèle en amitié, surtout, est celui qu’on aimerait toujours avoir à ses côtés, tant ses conseils sont précieux. Et il suffit de le soustraire du «Kenach» des Oulad Ahmed de Chegar, pour que les «raisins»n’y poussent plus.

C/ Le Colonel Hanene Ould Sidi

Le Colonel Hanene Ould Sidi est sorti, en 1981, de l’Académie royale de Meknès, avec une kyrielle de collègues de promotion, à la fois compétents et surprenants. Captivants et compétents, quand il s’agit du général Ghazwani, des colonels Dah Ould Mamy, directeur des Douanes, de Sid’Ahmed Elmane, directeur du génie militaire, pour ne citer que ceux que j’ai réellement côtoyés. En somme, cette promotion de Meknès aurait pu s’appeler promotion «Rvoud Ehel Lekhlé». D’un côté, des officiers compétents; de l’autre, des calamités ne parlant ni arabe ni français, et dont la majorité n’est plus, d’ailleurs, dans les rangs.

Longtemps affecté dans les formations destinées à l’instruction militaire, le colonel Hanene Ould Sidi est parmi les officiers les plus brillants de notre armée. Il est, même, une référence, faisant partie de ceux qu’on appelle, communément, les Hanms – Hanene, N’Diawar, Meyine du 3ème bureau et S pour Seydina Oumar Ould Elemine qui devance, un peu, ses aînés, par l’immensité de sa culture générale tout court et non militaire en particulier.

Le Colonel Hanene Ould Sidi appartient à une éminente famille princière de Bassiknou – les Oulad Daoud – qui a su résister, des siècles durant, aux assauts des hordes touarègues venant du Mali voisin, permettant, ainsi, de dessiner les contours orientaux du «Trab Beïdane». Et ce, jusqu’à nos jours. Un milieu austère et inhospitalier a forgé, chez cet officier, un tempérament de même acabit mais, aussi, une mémoire d’éléphant, doublée d’une imagination fertile, le tout couronné d’un calme olympien, synonyme de fierté. Inspecter les forces armées et de sécurité est un poste qui lui sied. Pour une fois, on a respecté la notion de «l’homme qu’il faut, à la place qu’il faut».

Cependant, le colonel Hanene Ould Sidi doit, désormais, composer avec son neveu, le richissime colonel intendant de l’armée nationale, Hanene Ould Henoun. L’agora de ce dernier et son carnet d’adresses s’agrandissent, de jour en jour, dans leur fief de Bassiknou. L’oncle Sam qu’est Hanene Ould Sidi risque, s’il ne prend pas garde, de devenir, tout simplement, l’oncle Tom. Car ces querelles intestines peuvent, à la longue, ternir l’image de cette majestueuse famille qui a résisté à tous les soubresauts, jusqu’à nos jours. La génétique pourra-t-elle résister aux billets de banque? Toujours est il que l’argent peut «payer», même, les «âmes bien nées», mais jamais les chromosomes.

Ely Ould Krombollé, Paris, France

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