samedi 19 juillet 2014

Editorial: Qui dit ''modèle''...

Depuis quelques années, la Mauritanie est classée en tête des pays arabes, en matière de liberté de presse, par l’ONG « Reporters Sans Frontières » (RSF). Une occasion rêvée, pour les pouvoirs publics et les media aux ordres, de vanter les mérites du « modèle mauritanien ». Oubliant, au passage – volontairement ? – ce que certains journaux et journalistes ont enduré, durant vingt années, pour que le pays en arrive là. De nouveaux visages font ainsi leur apparition, comme pour cacher les anciens et expliquer, en long et en large, ce que la Rectification a apporté au pays tout entier et à ses media, en particulier. Où étaient-ils, ces nouveaux chantres de la liberté, lorsque la presse se faisait censurer, interdire et malmener, en vertu du fameux article 11 liberticide ?
La presse, la vraie, celle qui a osé dire non, qui a soulevé les dossiers qui fâchent, qui a évoqué le passif humanitaire, lorsqu’il était encore tabou, qui a dénoncé l’esclavage, qui a mis à nu la démocratie de façade que nous vivons, depuis 1991, a toujours été – et reste encore – marginalisée. La situation que nous avons vécue, sous Ould Taya, et celle que nous vivons, présentement, sont sensiblement les mêmes, la censure en moins. Ostracisme, pressions en tout genre et exclusion étaient – et demeurent – notre lot quotidien. « Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir » s’appliquerait, transposé à la presse, parfaitement à notre situation. D’autant plus que, depuis quelques mois, un autre coup bas est en train de nous être asséné, en douce. On veut nous frapper là où ça fait le plus mal : au niveau du portefeuille. Comme si nous étions habitués à vivre dans l’aisance ! Des personnalités influentes, parfois haut placées, utilisent leur position dominante, pour faire pression sur des clients de certains journaux et sites parfois très peu tendres avec le pouvoir, pour les amener à ne plus traiter avec eux. On ne sait toujours pas, malgré plusieurs cas répertoriés et preuves à l’appui, s’il s’agit d’une manœuvre orchestrée du pouvoir ou l’excès de zèle de l’un ou l’autre de ses fonctionnaires qui confondent, aisément, (se) servir et sévir.
Dans le torrent d’autosatisfaction déversé, en hauts lieux, sur le « modèle mauritanien », on n’imagine pas, un seul instant, l’Etat reconnaître sa main sous ces sales combines. Mais, à défaut de (pouvoir) sévir contre elles – faudra-t-il déposer plainte devant la Haute Autorité de la Presse et sous quelle forme, pour mettre le pouvoir au défi de mettre de l’ordre dans ses troupes ? – il serait du meilleur effet qu’un pays prétendument démocratique s’engage à des actes positifs, précis et dynamiques, assurant la plus vaste pluralité possible d’expression des points de vue mauritaniens, dans toute leur diversité. Comment ? C’est une excellente question. Il ne manque plus que la décision d’en haut, tout en haut, pour qu’on en discute. Nous, nous y sommes prêts.
                                                                                                Ahmed Ould Cheikh

dimanche 13 juillet 2014

Editorial: La transparence, c’est quoi ?

Dans sa proclamation, le 29 juin dernier, des résultats définitifs des résultats de l’élection présidentielle, maître Sghair Ould M'Bareck, président du Conseil constitutionnel, nous a confirmé ce que le monde entier savait déjà, depuis belle lurette, hélas : le niveau d’études requis, en Mauritanie, pour diriger une haute institution de l’Etat ne dépasse pas l’école primaire. On bataillait sur l’année : cinquième ou sixième ? La saillie d’Ould M’Bareck nous oblige à revoir la question à la baisse. Ce serait, plutôt, entre troisième et quatrième année du Fondamental…
Preuve par neuf. Pour calculer le nombre de votants à une élection, on doit faire deux additions. Tout d’abord, celle des bulletins valides pour chaque candidat, qui donne le nombre des suffrages exprimés. Soit, en l’occurrence de l’élection du 21 juin, 580 062 + 61 757 + 31 381 + 31 245 + 3 453 = 707 898. Là, rien à dire, Ould M’Bareck s’en est tiré avec un 10/10 sans bavures et le maître pouvait s’éponger le front, en soupirant d’aise, après ce premier et brillant succès. La seconde addition consistait à ajouter, à ce nombre de suffrages exprimés, les bulletins nuls et les blancs : 707 898 + 32 442 + 10 853 ; afin d’obtenir le nombre de votants D’après Ould M’Bareck (1), cela ferait 751 163. Aïe ! Mouchkil ! Il en a oublié 30 en chemin !
Evidemment, deux additions successives, c’est beaucoup. Les neurones, à cet âge, ça fatigue vite ; il lui en manque aussi quelques-uns, c’est dans l’ordre des choses. Et puis, tout de même, il a réussi au moins une des deux opérations, notre expert national ! On lui mettra donc 10/20, il a la moyenne. C’est médiocre, bien sûr, mais tout-à-fait dans la norme de nos hauts cadres nationaux. Certes, ce résultat « définitif » - qu’on pourrait même qualifier d’historique, une vraie révolution arithmétique, à placarder dans toutes nos écoles, en illustration exemplaire du « Mouvement de la Rectification » – ce résultat, dis-je, vole, un chouïa, un taux de participation déjà fort chagrin. Les stratèges de la majorité s’interrogent : faut-il invalider le scrutin ?
Sans compter les petites bizarreries des différences entre les chiffres de la CENI et ceux du Conseil Constitutionnel. La CENI a compté 10 877 bulletins blancs. Par quelle magie 24 d’entre eux se retrouvent-ils comptabilisés dans les suffrages exprimés, par le CC qui ne décompte, lui, que 10 853 bulletins blancs ? La même question pour 758 bulletins réputés nuls, par la CENI, qui se retrouvent validés, par le CC… Rectification sainte, peut-être. Mais pas très saine, sûrement. On mangera donc du merle… En attendant que les processus de vérification, entre les résultats provisoires et définitifs, soient, enfin, élucidés, aux yeux du moindre citoyen. La transparence, c'est aussi cela...

                                                                                       Ahmed Ould Cheikh


(1) : http://www.ami.mr/fr/index.php?page=Depeche&id_depeche=27520
http://mauritanie-ouldkaige.blogspot.com/2014/06/non-coincidence-des-chiffres-publies.html

samedi 5 juillet 2014

Editorial : Rendez-nous notre RIM !



Dix jours après l’élection présidentielle qui a propulsé le président Ould Abdel Aziz à un deuxième mandat consécutif ; sept mois après les municipales et législatives qui ont permis, à son parti, de rafler la majorité des sièges ; où en est-on ? Quel visage offre notre démocratie ? Le tableau est, malheureusement, guère reluisant : une scène politique en lambeaux ; des partis qui se regardent en chiens de faïence ; aucune perspective ni possibilité de compromis à l’horizon ; un peuple hagard, pris en otage par sa classe politique et ne sachant plus sur quel pied danser. Face à des prix qui flambent sans arrêt, rendant la vie impossible, il ne sait plus où donner de la tête. Même la campagne électorale, naguère exutoire, moyen d’oublier un quotidien difficile et occasion de se faire un peu d’argent à moindre frais, n’est plus qu’un tonneau vide. Le nerf de la guerre en fut le plus grand absent, sauf pour quelques privilégiés. Dont la qualité première n’est pas le partage. D’où une démobilisation sans précédent. A qui la faute ? A l’opposition qui a refusé de jouer le jeu, en l’absence de garanties réelles ? Au pouvoir qui a refusé de lâcher du lest, au risque de porter un coup dur à notre démocratie ?
Certes, il serait aisé de renvoyer tout ce monde dos à dos. Et de faire sienne la formule « Un pour tous, tous pourris ». Cela nous sortira-t-il pour autant de l’auberge ? Va-t-on rester encore cinq ans dans cette situation de ni guerre ni paix ? Avec une opposition qui refuse de reconnaître le pouvoir mais sans aucun moyen de lui opposer quoi que ce soit ? Avec un pouvoir qui détient tous les leviers et un rapport de forces apparemment tout à sa faveur ? Débat ? Nul. Critiques ? Non avenues. Corrections ? Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et, s’il ne l’est pas, on fera comme si. Au p’tit bonheur la chance. Au pif, à l’esbroufe, à l’applaudimètre. Mais cinq ans, c’est trop ! Et pire, encore, si, derrière, il n’y a rien… Messieurs, trouvez-vous une formule pour dépasser vos divergences. Nous en avons assez de vos querelles byzantines. Mettez-vous au travail, afin que s’atténuent, réellement, nos difficultés quotidiennes. Ouvrez-nous une vraie voie – pas une promesse, pas un rêve – où nous ayons, nous, les citoyens qui vous font vivre, une autre fonction que ramasse-miettes de vos prébendes sur les richesses de notre pays. Politiciens, devenez de vrais politiques, de vrais artisans de la vie de la cité : rendez-nous, enfin, notre RIM !

                                                                                                             Ahmed Ould Cheikh

samedi 28 juin 2014

Editorial: La course est finie, les paris sont ouverts...



L’élection présidentielle a vécu. Premier constat : deux semaines de vacarme et des meetings à n’en plus finir n’auront pas convaincu les citoyens d’aller accomplir leur devoir civique. Moins de 45% des mauritaniens en âge de voter ont fait le déplacement. Les hommes d’affaires, les banquiers, les notabilités et les petits roitelets locaux ont, pourtant, tous été mis à contribution. Avec un seul mot d’ordre : tirer le taux de participation vers le haut. Des milliers de personnes ont été ainsi déplacées pour le vote. C’était la course à celui qui ramènerait la « meilleure » urne. Dans certains bureaux de vote à l’intérieur du pays, le nombre de votants fut, pile poil, égal à celui des inscrits. Aucun absent, ni voyageur, ni malade. Et ce ne sont pas seulement les personnes qui ont fait le déplacement. Des milliers de cartes d’identité ont été envoyées aux quatre coins du pays. L’essentiel était que le taux montât, au fil des heures, pour atteindre 100%, par endroits. Des miracles comme seule sait en produire la démocratie mauritanienne.
Second constat : avec plus de 81% des suffrages exprimés, le président candidat est, incontestablement, le grand vainqueur de la consultation. Avec une confortable majorité à l’Assemblée nationale, il peut, désormais, voir venir les cinq prochaines années. Mais à quel prix ? Le taux de participation, dont on a fait le principal enjeu de cette élection, en l’absence de l’opposition, a-t-il atteint un seuil de « légitimation » ? L’élection a-t-elle soldé la crise politique que nous vivons depuis 2008 ? Avec un taux de participation de 56 % des inscrits (soit environ 19 points de moins que lors des dernières municipales et législatives), peut-on dire qu’Ould Abdel Aziz est mal élu ? Que le mot d’ordre de boycott, lancé par l’opposition, a porté ?
Avec une telle démobilisation de l’électorat, l’opposition peut-elle regretter, a contrario, de ne pas avoir pris part au scrutin ? Aurait-elle dû investir l’arène, pour tenter de porter un coup au pouvoir d’Ould Abdel Aziz, l’affaiblir et éviter qu’il ne rentre, dans son second mandat, « comme dans du beurre » ? Quand finira-t-elle par comprendre que les marches et les meetings, certes signes de vitalité démocratique, ne servent que le régime en place ?
Les thuriféraires de celui-ci vont, certainement, pavoiser le pays des 82% de votants pour leur champion ; d’autres ne lui reconnaîtront que 43% des inscrits, quand d’autres encore s’inquièteront de son maigre score de 34% auprès des mauritaniens en âge de voter – à peine un sur trois ! – un piètre actif que contesteront, sans aucun doute, les derniers, évoquant diverses fraudes... Une telle cacophonie peut-elle déboucher, à terme, sur une négociation généralisée des conditions existentielles de notre démocratie ? Peut-être vaut-il mieux parier, en effet, sur les résultats de la Coupe du Monde…

                                                                                                  Ahmed Ould Cheikh

dimanche 22 juin 2014

Editorial : Gangrène



Voila plus de dix jours que la campagne électorale pour la présidentielle du 21 juin est lancée. Et, mis à part quelques tentes dressées sur les principaux axes de Tevragh Zeïna, distillant toutes sortes de musiques, rien ne sort véritablement de l’ordinaire. On est loin des campagnes de 2007 et 2009, où il y avait une réelle concurrence. Même si l’on s’est rendu compte, par la suite, que ce n’était que du pipeau. Que les jeux étaient déjà faits. Que les vainqueurs étaient connus d’avance. Les campagnes n’étaient destinées qu’à endormir le petit peuple, lui faire croire qu’il existe une possibilité d’alternance et que notre démocratie est bien réelle. Mais, cette fois, rien de tout cela. Ni campagne digne de ce nom, ni débat, encore moins de démocratie. Juste un président-candidat à sa propre succession et de candidats prêts à jouer les faire-valoir. Hormis Biram, qui décoche quelques flèches empoisonnées (mais pas plus qu’il n’en faut) à destination d’Ould Abdel Aziz, les autres « prétendus prétendants » au fauteuil donnent l’impression qu’ils ne sont là que pour remplir une mission, boucler un parcours et attendre la suite. Seul le président-candidat essaie d’animer le débat, lors des meetings qu’il anime, au pas de charge, dans les chefs-lieux de régions. II ne manque pas une occasion d’encenser son œuvre, nous révélant, au passage, que la Mauritanie n’existait pratiquement pas avant 2009. Et de s’en prendre ouvertement à l’opposition, des « vieillards incapables », aux gabegistes, dont certains comptent, pourtant, parmi ses soutiens les plus farouches, et aux civils qui ont « bousillé » l’Armée, en y introduisant des idées politiques nocives.
Il semble avoir oublié que la plus grande manœuvre de sape de l’Armée fut entreprise sous Maaouya, de façon à ce qu’elle ne soit plus un danger, faisant sienne la célèbre adresse de Hassan II à ses officiers : « laissez la politique, enrichissez-vous ! » Aziz était, à ce moment, aux avant-postes et ne pouvait pas ne pas voir le degré de pourrissement qu’avait atteint la Grande Muette. Il a d’ailleurs fait, de son redressement, un de ses principaux chantiers, dès son accession au pouvoir. Dans quel but, pensez-vous, sinon en faire un pilier de son pouvoir. Mais la médaille a son revers. En prenant goût à l’argent facile et au confort, les officiers, qui voient l’argent couler à flots mais pas toujours dans leur direction, risquent d’avoir des idées vraiment nocives cette fois.
La pente semble fatale. Une fois exclu le jeu démocratique, le coup de force devient le seul mode de dévolution du pouvoir. Pour en minimiser les risques, il faut limiter la force des éventuels adversaires. Par l’oppression ou le pourrissement. Le premier terme de l’alternative – la privation des libertés – actuellement très déconsidéré par la « Communauté internationale », il ne reste plus que le second. Mais c’est une gangrène. Elle affecte tout le corps social et le développement, accéléré, de la délinquance, sous toutes ses formes, est le signe, indubitable, de l’avancée du mal. Vers quelles amputations Ould Abdel Aziz conduit-il la Mauritanie ? Au service de quels intérêts ?

                                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

samedi 14 juin 2014

Editorial : La démocratie assoiffée



La campagne électorale est lancée. Depuis le vendredi 6 juin à 0 heures. Dans une morosité totale. Si l’on excepte Nouakchott – Tevragh Zeïna, devrais-je plutôt dire, les autres moughataas pauvres ne semblent guère concernées par ce « sport de riches » – et Kaédi où le président-candidat a entamé sa tournée, dans le reste du pays, c’est comme si rien n’a changé. L’ambiance bon enfant, la ferveur partisane et la bonne humeur, qui ont marqué les campagnes précédentes, sont, cette fois, totalement absentes. L’absence de challengers sérieux, pour une élection gagnée d’avance, a, sans doute, influé négativement sur l’engagement des militants et autres « souteneurs professionnels ». Ould Abdel Aziz l’a d’ailleurs bien compris, en s’attaquant, ouvertement, à l’opposition boycottiste, « oubliant » ses rivaux de l’heure, auxquels il n’a adressé la moindre pique. Le bon sens aurait bien voulu qu’il leur taille quelques petites croupières, ne serait-ce que pour donner un semblant de crédibilité à un processus à sa botte. Dont l’issue ne fait pas de doute mais dont l’enjeu principal est le taux de participation. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, qu’Aziz a beaucoup insisté, dans son discours d’ouverture, sur la nécessité de se mobiliser pour le vote. L’ombre du Forum National pour la Démocratie et l’Unité plane sur la campagne. L’immense marche qu’il a organisée, la semaine passée, sonne comme une alerte pour le pouvoir, désormais dans l’obligation d’obtenir un taux de participation honorable. Ce qu’il ne semble pas avoir compris. La mobilisation n’est toujours pas au point et le nerf de la guerre est le grand absent de cette campagne. Habitués, par le passé, à voir l’argent couler, à flots, avant toute élection, les Mauritaniens acceptent difficilement d’en être sevrés. L’absence de la moindre conviction politique étant la « qualité » la plus partagée, il faut délier les cordons de la bourse, si l’on ne veut pas être jeté aux orties.
On évoque, pourtant, quelques milliards qui auraient été collectés, auprès des banquiers et autres hommes d’affaires, toujours prompts à se montrer généreux, chaque fois que le titulaire du Palais gris se lance dans une campagne pour son élection, pour le Livre ou le Savoir pour tous. Deux ou trois d’entre eux sont toujours aux premières loges, aux meetings du président-candidat. On se demande d’ailleurs à quel titre. La démocratie, ailleurs, préfère ne pas voir les argentiers qui la manipulent. Ici, ils doivent s’exhiber, pour la motiver. Et l’arroser. Il ne restera plus qu’à relever le taux de participation pour mesurer l’ouverture des vannes. Comme un compteur SNDE. C’est simple, la politique en Mauritanie, ça coule de source…
                                                                                                   Ahmed Ould Cheikh

dimanche 1 juin 2014

Editorial: A quand la fin du néant ?

Les dés sont désormais jetés. L’élection présidentielle aura bien lieu le 21 juin prochain. Le pouvoir n’ayant strictement rien concédé à une opposition qui n’en demandait pas tant. Résultat des courses : une élection tronquée, comme les législatives et municipales de l’année dernière. Sans opposition véritable, point de scrutin crédible, serait-on tenté de dire. Le pauvre citoyen, à qui personne n’a demandé son avis, semble, lui, hors-jeu de ces chaises plus grinçantes que musicales. Sa vie est, désormais, non pas un long fleuve tranquille mais un parcours du combattant. Il observe, de loin, les querelles de chapelles et se dit qu’au vu des expériences passées et quel que soit celui qui héritera des commandes, son quotidien n’en sera que plus dur. Il avait écouté, religieusement, celui qui s’était baptisé « président des pauvres » et qui entend bien le rester, grâce aux prix de plus en plus inabordables. « Président, de plus en plus riche, des plus en plus pauvres » : ne s’est-il pas joliment orné, le titre de notre prince ? Comme ceux qui l’ont précédé et ceux qui le suivront, notre Raïs demeure fidèle à la même religion : le petit peuple ne mérite pas qu’on se tracasse pour son bonheur. Il est petit, que voulez-vous… Tel un mouton de Panurge, il vous suivra, tant que vous resterez en selle. Trotte donc, belle chamelle ! On aura toujours des matraques pour tabasser les ânes qui refuseraient d’avancer. Il y en a de plus en plus, d’ailleurs, de ces grandes oreilles qui n’entendent rien. C’est bien normal : l’Education n’éduque plus personne, depuis belle lurette. Quant à la Santé, elle est à l’agonie. La Justice ? Totalement inféodée à l’Exécutif. La vie ? De plus en plus chère. L’ouguiya bat de l’aile. Mais qui se soucie de ces détails ? On a accroché le pays aux résultats d’un hypothétique dialogue qui n’a jamais rien donné. Il y reste suspendu, comme une corde de puits à un arbre mort. Les puisatiers, ceux qui étaient censés abreuver le peuple, ils n’ont, eux, plus qu’un souci en tête : le pouvoir ! Comment y accéder, comment s’y maintenir ? Et pendant que ceux-là se prennent la tête à ce vertige, le troupeau des ânes et des moutons grignote, comme il peut, en attendant une toujours plus illusoire soudure. Alors, une élection farceuse par-ci, une farce électorale par-là, ça l’occupe… Mais ça l’amuse de moins en moins. On en verra bien la fin, de ce néant. Un jour ou l’autre.

                                                                                                                                     Ahmed Ould Cheikh