vendredi 26 juin 2026

Editorial: Mieux vaut prévenir.....

 Le rapport d’analyse de la situation des enfants et des adolescents en Mauritanie publié la semaine dernière par l’UNICEF met en lumière une crise profonde de la situation de l’enfance dans notre pays. Ainsi, tenez-vous bien, 95 % des enfants de 10 ans ne savent ni lire ni comprendre un texte simple. Si près de 96,9 % des enfants sont officiellement scolarisés, seuls 64,3 % le sont réellement de manière régulière. Moins de 1 % des enseignants disposent des compétences requises et les établissements manquent cruellement de manuels scolaires et de ressources pédagogiques. La malnutrition aiguë touche 13,5 % d’entre eux, tandis que 77 % souffrent d’anémie. Plus de 41 % d’entre eux ne sont pas enregistrés à l’état-civil, compromettant leur accès aux droits fondamentaux.  

Si les chiffres sont réels, on peut dire, sans risque de se tromper, qu’il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme. S’ils sont faux ou n’ont pas été traités avec le recul nécessaire, il y a de quoi décréter tout le personnel de cette organisation onusienne persona non grata. L’Algérie l’a déjà fait pour moins que ça. Faut-il s’en inquiéter pour autant ? Absolument, quand on voit tous les efforts menés par les pouvoirs publics au profit de l’école, ces dernières années, et les immenses moyens qui y ont été injectés. Les plus optimistes vous diront qu’il faut attendre quelques années pour récolter ce qu’on a semé aujourd’hui. Certes, mais il y a urgence. L’échec scolaire, les frustrations et les inégalités sont une bombe à retardement et, comme dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

                                                 Ahmed ould Cheikh

Editorial: Une requête loin d'être anodine

 Va-t-il enfin avoir lieu ce dialogue national inclusif tant attendu ? Après la remise des documents où tout un chacun a fait ses propositions pour un dialogue serein, des dizaines de réunions entre son coordinateur et les différents représentants des pôles politiques de l’opposition, de la majorité et de ceux qui ne sont ni-ni, et les audiences accordées par le président de la République aux partis de l’opposition pour tenter de calmer le jeu et rassurer sur ses bonnes intentions, force est de constater que le train est toujours en gare. Pourquoi selon vous ? Pour un point de détail, selon la majorité, mais un problème insurmontable, selon l’autre camp : la question des mandats présidentiels que les soutiens du Président veulent coûte que coûte inscrire à l’agenda des assises. En principe verrouillé par la Constitution qui limite le nombre de mandats à deux, sans possibilité d’y changer quoi que ce soit, cette disposition n’est pas sacrée pour autant, selon ceux qui avaient poussé Ould Abdel Aziz à la fin de son deuxième mandat à sauter le pas. Il n’en était pas loin… avant se rétracter à la dernière minute, pour des raisons que personne n’est parvenu à expliquer jusqu’à présent. Ils sont en train de répéter le même scénario avec son successeur. Auront-ils plus de chance cette fois ? Une présidente d’un parti de la majorité a d’ailleurs déjà mis les pieds dans le plat en demandant ouvertement un troisième mandat pour le Président. Sa sortie n’a suscité, pour le moment, que des moqueries sur les réseaux sociaux. Aucun poids lourd de la majorité ne lui a encore emboîté le pas. Une requête pourtant loin d’être innocente. Wait and see…

                                        Ahmed ould Cheikh

mercredi 10 juin 2026

Editorial: Débat hors du commun

 Habitué à utiliser les réseaux sociaux, notamment Facebook, pour y exposer, contrairement à ses prédécesseurs, sa vision et son programme, le Premier ministre Mokhtar ould Djay vient de jeter un énorme pavé dans la mare. Dans un long post sur la subvention des hydrocarbures et intitulé « quelle option est la plus efficace, avantageuse et équitable pour les citoyens à faibles revenus ? », il expose deux points de vue, a priori antinomiques, sur la politique de l’État en la matière, laissant au lecteur le choix de voir par lui-même quelle est la plus judicieuse : faut-il maintenir les prix des carburants (liquides et gaz) à leurs niveaux d'avant-guerre (d’Iran), ce qui aurait coûté 50 milliards d’ouguiyas au Trésor public (pour la seule période Mars-Avril-Mai), cette mesure se faisant évidemment au détriment des programmes sociaux et de développement prévus qui seraient alors gelés ? Ou bien, l'État peut-il prendre en charge une partie de la différence de prix pour tous (35 milliards d’ouguiyas sur la même période), le consommateur supportant le reste (15 milliards d’ouguiyas), ce qui permettrait d'éviter de supprimer 15 milliards d’ouguiyas des programmes sociaux et de développement et d'apporter un soutien ciblé de plus de 18 milliards d’ouguiyas spécifiquement destiné aux citoyens à faibles revenus ? 

Le post a suscité un très grand débat sur la Toile entre les pour et les contre. Chacun y est allé de son analyse. Des politiques, un ancien ministre (et pas n’importe lequel, celui de l’économie), des bloggeurs, de simples citoyens, tous y ont mis leur grain de sel. Ce qui a au moins le mérite de poser les jalons d’un débat plus ou moins franc sur un sujet sensible qui touche à la vie de tous les jours. À défaut d’un dialogue national sur lequel s’étripent encore les acteurs politiques, reconnaissons au moins au PM le courage d’exposer ses idées et de les défendre becs et ongles. On ne peut ne pas être d’accord avec lui, certes, mais le fait est assez rare pour être signalé.

                                            Ahmed ould Cheikh

vendredi 5 juin 2026

Editorial: Vache-à-lait

 Ils ont sans doute eu le tournis à l’occasion de la fête d’El Adha. Ils, ce sont les pauvres de famille. Confrontés à la montée vertigineuse des prix du gaz, des hydrocarbures, du transport et des denrées alimentaires, pour ne citer que ceux-là, les voilà obligés de payer le prix fort pour acquérir un bélier et se conformer ainsi à la Sunna du prophète (PSL). Les moutons se monnayaient, en effet, cette année autour de 100.000 MRO, un seuil jamais atteint auparavant. Vous imaginez le casse-tête chinois auquel sont confrontés les hommes qui doivent, en même temps, habiller les enfants et satisfaire les caprices de leur deuxième moitié. Si, en plus, les salaires ne sont pas alignés sur le niveau de vie et n’augmentent qu’au compte-gouttes, le mal de tête est garanti. Comment peut-on dans ces conditions demander à un salarié d’être désintéressé et productif ? D’être à l’écoute des usagers et de s’approcher des citoyens ? Quand on n’a pas de quoi assurer le repas du jour, de soigner un malade ou de faire face à la moindre obligation sociale, il est utopique de demander des résultats à un fonctionnaire, quel que soit son niveau de responsabilité, ou de remplir une mission quelle qu’elle soit. Il pensera d’abord à grignoter de petites marges par-ci et par-là pour arrondir ses fins de mois. Et comme l’appétit vient en mangeant, plus il monte en grade, plus les besoins s’amplifient et plus les marges augmentent jusqu’à devenir un fossé qui engloutit tout sur son passage. L’Etat n’est plus alors qu’une vache-à-lait que chacun traie de son côté. Et ce depuis que les militaires venus sauver le pays l’ont entrainé dans une spirale infernale. Heureusement que la Mauritanie n’est pas une boutique. Elle aurait mis la clé sous la porte depuis bien longtemps…

                                             Ahmed ould Cheikh