dimanche 23 juin 2013

Editorial : Comme on fait son lit…



La nouvelle est tombée la semaine dernière : Le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), le plus grand parti d’opposition, s’apprêterait à annoncer son boycott des futures élections municipales et législatives. L’information est passée presque inaperçue, personne n’ayant cherché à la confirmer ou l’infirmer. Elle est pourtant lourde de sens. Le RFD, qui s’est déjà fait une idée de ce que seront ces prochaines consultations électorales, chercherait-il à mettre la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) devant le fait accompli et l’entraîner dans son sillage ? C’est, en tout cas, le contraire qui aurait étonné : une participation, dans le contexte actuel, laisserait pantois plus d’un, tant les relations, entre le pouvoir et la COD, ne sont empreintes d’aucune confiance. Et il est tout à fait évident que cette dernière ne ferait rien pour crédibiliser un processus dont elle a été exclue. D’où la sempiternelle question : que valent des élections sans la véritable opposition ? Et celles qui en découlent naturellement : le pouvoir prendrait-il le risque d’organiser des élections sans la COD ? A quoi servirait un Parlement monocolore ou avec quelques députés de l’opposition « light » ?
Pour ne pas laisser les débats traîner en longueur, le RFD a donné le tempo. Avis à ceux parmi la COD qui ne voyaient pas d’un mauvais œil de se mesurer, sur le terrain, au parti d’Ould Abdel Aziz : pas question d’envisager une quelconque participation. Le parti d’Ould Daddah, qui traîne, encore, le péché originel d’avoir soutenu la « rectification » du 6 août 2005 et facilité, ainsi, la reconnaissance internationale du putsch, joue, à présent, au faucon, face à un pouvoir qui ne veut plus rien lâcher. Mais, tout compte fait et au vu de ce qui s’est passé par la suite, le poids du RFD, à l’époque, était-il à ce point important qu’il permettait l’absolution du putsch ? Probablement pas, si l’on s’en tient à certaines confidences lâchées, par divers hommes politiques français et mauritaniens, sur le changement d’attitude de Sarkozy, quelques mois après le renversement de Sidioca. Si le RFD n’avait pas mis son grain de sel, la donne n’aurait en rien changé. Dès novembre 2008, la religion de la France était faite. L’entrée en lice de Claude Guéant, de Robert Bourgi et de Mohamed Ould Bouamatou a permis de renverser la tendance en faveur d’Ould Abdel Aziz. Interrogé par un ami socialiste sur ce qui se passe en Mauritanie, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, lui dira en substance : « On ne peut plus accepter qu’il y ait un coup d’Etat tous les six mois , dans ce pays. Nous avons décidé de soutenir ce pouvoir et puis, Aziz fait bien son boulot ». On a déjà tout dit sur ce revirement des Français  et ses causes matérielles. Les enquêtes en cours, sur les comptes bancaires de Guéant, nous fourniront, un jour peut-être, de plus amples informations sur les gros montants qui avaient circulé à l’époque. Et qui, selon beaucoup, ont fait changer les idées de certains…
C’est fort de cet appui de la France, que Hollande lui a déjà réitéré, qu’Ould Abdel Aziz se sent pousser des ailes. Il ne fait aucune concession à l’opposition, rejette l’initiative de Messaoud et s’entête à vouloir organiser des élections unilatérales. Une fois pliées celles-ci, il est assez probable qu’il engrange, dans la foulée, un quinquennat supplémentaire. Sans coup férir ? Il en est probablement persuadé mais, comme on fait son lit, on se couche… Les nuits risquent fort d’être longues – et blanches – jusqu’aux très improbables vingt ans de Taya… 
                                                                                                                               Ahmed Ould Cheikh

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