lundi 12 juin 2017

Editorial: Avis de coup de vent

Coup de tonnerre ! Lundi dernier, 29 Mai, la nouvelle tombe, très tôt le matin ; un mini-remaniement du gouvernement vient d’être opéré. Un seul fait majeur: le départ de Moulaye ould Mohamed Lagdhaf, ministre secrétaire général de  la Présidence. Celui qui fut, pendant près de six ans, Premier ministre et qu’on considérait proche parmi les plus proches du général-président a été débarqué aux premières heures de la matinée, juste avant le Conseil des ministres, comme s’il était surtout question d’éviter qu’il y participât. Cité parmi les probables dauphins du guide illuminé qu’il accompagna dans les moments difficiles, lorsque la Rectification en était encore à ses premiers balbutiements, il était considéré comme une colombe, comparé au Premier ministre et au président de l’UPR actuels. Qui – coïncidence ? – s’étaient tous deux fendus, la semaine dernière, de déclarations confirmant ce que beaucoup craignaient : pas question de céder le pouvoir en 2019, le pays a encore besoin d’Ould Abel Aziz. Le genre de propos qui sonnent bien à l’oreille d’un général persuadé qu’après lui, ce sera le déluge. Ils auraient pu ajouter, nos  deux « lumières », qu’il a besoin aussi d’eux, dans l’exaltante mission qu’ils se sont donnée : couler leurs adversaires par tous les moyens,  promouvoir les leurs et mener le pays à la dérive in fine. Sont-ils en train de réussir ? Rien qu’à relever certains indicateurs, on se rend compte de l’immensité du gâchis : taux d’endettement qui approche les 100% du PIB, malgré d’énormes ressources engrangées au cours des dernières années, suite à la hausse des prix des matières premières ; à peine 28% de la population totale pourvus en électricité (contre 55% au Sénégal), 47% en zone urbaine et 2% en zone rurale (contre 90 et 28% au Sénégal) ; 12%, seulement, buvant à leur soif ; 63%  des nouveaux diplômés sans emplois et seulement 15% du budget consacrés au développement. Et l’on vous dira, malgré tout, à la première occasion, que le pays a fait de « grands pas dans la lutte contre la gabegie » (où sont donc passées ces milliards ?) ; que la production d’électricité a été multipliée par dix (pourquoi ne pas la fournir aux populations, alors ?) ; que le chômage a reculé et que le taux de croissance est en constante progression. Lancez ces chiffres à la tête des populations miséreuses qui peuplent, désormais, les rues de Nouakchott ou celles de l’intérieur et leur vie s’en trouvera complètement changée. Elles auront où loger, de quoi se nourrir, boire une eau de qualité, obtenir du travail pour leurs enfants, et de l’électricité à bas prix. Elles sauront se reconnaître dans un pays qui ne les exclut plus, où tous auront les mêmes droits, fréquenteront les mêmes hôpitaux et les mêmes écoles, où le Président et son gouvernement, irréprochables, n’ont d’autre souci que le bien-être, le bonheur et la quiétude de leurs concitoyens.
C’est à ce prix – à ce prix seulement – qu’on pourra dire qu’un président a bien rempli son contrat. Certes, toute œuvre humaine est imparfaite. Mais, quand rien de tout cela n’a été fait, pas même la moindre once, aller jusqu’à clamer que tel ou tel est indispensable relève de l’insolence ; pire, de la vulgarité. Où sont passés Ould Daddah, Ould Mohamed Saleck, Ould Haidalla ou Maaouya, pour ne citer qu’eux ? Comment ont fini Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali ?
                                                                  Ahmed Ould Cheikh

lundi 5 juin 2017

Editorial: Discours

Tout le monde ou presque connaît le discours de la Méthode cher à Descartes, le fameux discours du général de Gaulle à Londres, demandant, au peuple français, de ne pas baisser les bras et de lutter contre l’occupant allemand, le discours de JFK à Berlin, en pleine Guerre froide, le discours de Mitterrand à La Baule, point de départ des processus démocratiques en Afrique, ou, plus de près de nous, le discours qu’Ould Taya débita, en Avril 1986 à Néma et en français, svp, sur les dangers de l’analphabétisme, devant des citoyens qui n’en comprirent pas un traître mot. Nous avons, à présent, le discours de Tintane de notre inénarrable Premier ministre, envoyé, à l’Est, prêcher la « bonne » parole et défendre les amendements constitutionnels. Dans une région généralement très réceptive aux discours officiels mais dont les élus et les notables commencent à montrer des signes d’énervement, face à un pouvoir dont la prodigalité n’est pas la qualité première, loin s’en faut. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que les meneurs de la fronde au Sénat soient, justement, des élus du grand Est. C’est donc en toute conscience de ce que le feu couve qu’Ould Abdel Aziz a envoyé son Premier ministre-pyromane jouer au pompier.
Mais, au lieu de chercher à arrondir les angles et élargir sa base, Iznogoud, celui qui veut devenir vizir à la place du vizir, est resté fidèle à lui-même. Il n’a visité que les quatre localités où il croit tenir un semblant de base populaire, pour y tenir un discours tranchant, nettement, avec celui de son mentor. « Ce régime ne quittera pas le pouvoir en 2019. Nous avons un programme que nous continuerons à appliquer au-delà de cette date. Qu’on se le tienne pour dit ! », a-t-il martelé, sautant du coq à l’âne. La vidéo a fait le buzz, sur les réseaux sociaux pendant plusieurs jours, suscitant une levée de boucliers de l’opposition qui y voit une volonté du système de tenter, par tous les moyens, de s’incruster au pouvoir. De fait, cette déclaration est tout, sauf innocente. Personne, même un Premier ministre, ne peut se hasarder à une sortie d’une telle gravité, s’il n’en a pas le feu vert. D’où un certain nombre d’interrogations. Ould Abdel Aziz, qui déclara, un peu tôt, qu’il ne se présentera pas en 2019, a-t-il senti sa base se déliter ? Craint-il, au rythme où vont les choses, de se retrouvera bientôt « nu » ? Pense-t-il que ce baroud d’honneur aura de l’effet sur une majorité qui finira par se dire que rien n’est perdu ? Ou croit-il, sincèrement, qu’après la réforme constitutionnelle et la suppression d’un Sénat frondeur, il pourra déverrouiller, en toute impunité, les articles relatifs aux mandats ? Va-t-il finir par tenter le tout pour le tout, au risque de susciter une situation d’instabilité qui finira par l’emporter ?
Il est normal qu’un système qui perdure depuis 1978 fasse tout pour ne pas se faire évincer d’un pouvoir auquel il  a pris goût. Qu’il fasse tout ce qu’il peut pour arrêter la roue de l’Histoire. Qu’il s’accroche de toutes ses forces  aux lambris dorés d’un Etat qu’il a sucé jusqu’à la moelle. Mais une donnée leur échappe : ce peuple mauritanien de 2017 n’est plus celui d’hier, a fortiori avant-hier : les discours, il en a bu et rebu, jusqu’à la lie, et celui de notre Iznogoud national paraît bien être, sinon le goût, du moins l’avant-goût de celle-ci.
                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

jeudi 1 juin 2017

Editorial: Au sens plein et entier de la démocratie....

Vendredi 12 Mai dernier, alors qu’il roulait, sur la route de Rosso, vers Nouakchott, Mohamed ould Ghadde, le sénateur frondeur est victime d’un accident de la route. Voulant éviter un chameau en divagation, il perd le contrôle de son véhicule et quitte la route. Voyant la voiture foncer sur eux, les habitants d’une baraque au bord de la route s’éparpillent aux quatre vents. Une femme et son bébé sont fauchés et décèdent. Une autre est grièvement blessée. Alertée, la gendarmerie se présente rapidement sur les lieux. Elle entame la procédure habituelle en pareilles circonstances. Mais au bout de quelques minutes, la nouvelle remonte en haut lieu et, soudain, changement complet de décor : la voiture du sénateur est fouillée de fond en comble, ses téléphones confisqués et il est mis aux arrêts, malgré son immunité parlementaire qui devrait, dans un Etat normalement constitué, le prémunir d’une arrestation intempestive. Commence alors une longue série de vexations pour faire payer, au sénateur, son « insolence ». Le voilà mis au secret et privé de visite. Même son avocat, accouru de Nouakchott, est empêché de le voir, pendant trois jours. La presse aux ordres est mise à contribution, pour distiller des informations tout aussi erronées les unes que les autres : la voiture n’aurait pas de police d’assurance en cours de validité, le sénateur a été arrêté en flagrant délit, ce qui lève, de fait, son immunité, fait-on ainsi savoir. Renseignements pris, il n’en est strictement rien. Sinon, l’occasion, rêvée, de faire payer, à ce bouillant sénateur, son opposition, non seulement, aux amendements constitutionnels mais, aussi, à toutes les dérives du pouvoir actuel qu’il ne cesse de fustiger.
Après trois jours de garde à vue, Ould Ghadde est présenté à un juge et son dossier programmé pour une sentence expéditive. Le Sénat monte alors au créneau. Ses pairs, qui ne se sentent désormais plus en sécurité, décident d’activer l’article 50 de la Constitution stipulant que « la détention ou la poursuite d’un membre du Parlement est suspendue, si l’assemblée dont il fait partie le requiert ». Une injonction en bonne et due forme, adressée au Parquet et, au-delà, au ministre de la Justice et à tout l’exécutif dont le chef n’appréciera que modérément cette nouvelle fronde du Sénat. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la justice n’a, cependant, plus d’autre choix que de libérer le sénateur.
Au-delà de cet épisode malheureux,  voilà que toute personne ayant exprimé un avis divergent ou manifesté son opposition au pouvoir se retrouve en sursis. A la moindre incartade, c’est à la case prison qu’on est illico envoyé. Mais ne baissons pas, pour autant, les bras ! Qui ne dénonce pas une injustice en devient le complice. En cette occurrence, la presse, ce « quatrième pouvoir », a une responsabilité énorme. Tout comme la société civile. L’une et l’autre doivent, elles aussi, monter aux créneaux. Citoyens, dénoncez les agissements illégaux du pouvoir, indexez, par la publication de leur nom et photo, les fonctionnaires qui se prêtent à son jeu : agents des impôts, juges, policiers, gendarmes, tous ceux, gradés, troufions ou dégradés, qui tendent leurs mains pour exécuter un quelconque acte illégal... Intimidez-les ! Mettez-les devant leurs responsabilités : un policier qui m'arrête, me retire mon téléphone ou commet tout autre acte que je juge dégradant, illégal ou anti-civique, c'est lui nommément qu’il me faut dénoncer, avec sa photo, nom et corps d'origine (police, gendarmerie, justice, etc.). Qu’on se le répète, citoyens, dans les khaîmas et les cases ! C’est, à chacun, au quotidien, à chaque instant, de vivre et faire vivre le pouvoir du peuple, c’est-à-dire la démocratie, au sens plein et entier du terme.
                                                                           Ahmed Ould Cheikh

Eitorial: Le souffle d'Ely

Le militaire qui a conduit le changement de régime, en 2005, dans les conditions que tout le monde connaît, celui qui a dirigé une transition de deux ans, avant de remettre le pouvoir, de son plein gré, à un président civil, l’homme qui se battait, depuis 2008, seul ou avec l’opposition, contre le dévoiement d’une démocratie qu’il avait mise sur les rails en 2007, a subitement disparu, un vendredi 5 Mai. Laissant un vide immense. On dit souvent, à juste titre, qu’on ne se rend compte de la valeur des hommes qu’après leur disparition. Et Ely ne déroge pas à la règle. Il était un opposant véritable, craint et respecté. Il avait un nom et une aura. Il avait surtout un courage à ce point hors pair que le pouvoir actuel le craignait par-dessus tout. Il assistait aux meetings et marches de l’opposition, n’hésitant pas à prendre la parole et à porter, haut, les espoirs de tout un pays. Que ce soit dans la presse nationale ou internationale, Ely n’a cessé de dévoiler, au grand jour, les malheurs d’un peuple pris en otage par une junte militaro-affairiste.
A présent qu’il est disparu, sur qui fonder espoir ? Ahmed ould Daddah, l’opposant historique, blanchi sous le harnais, n’a plus la possibilité de briguer les suffrages des électeurs… Sur qui miser ? Ould Abdel Aziz n’est plus candidat, le système va, obligatoirement, générer un dauphin issu de ses rangs, pour éviter que le pays ne leur échappe. Une tentative désespérée, si l’opposition réussit à s’entendre et à ressouder les rangs. La Gambie vient d’en donner un exemple éclatant, il y a quelques mois. Les leaders de l’opposition en prison, le trésorier du principal parti anti-Jammeh a été investi et a battu le dictateur, à plate couture et surprise générale. Pourquoi ce qui s’est passé en Gambie ne serait pas applicable à la Mauritanie ? Ne sommes-nous pas capables de prendre notre destin en main ? Jusqu’à quand resterons-nous conditionnés par un système, ses généraux, notables et autres chefs de tribus ? Certes, on s’habitue à tout et Dieu sait combien les habitudes sont tenaces ! Mais la leçon, en fin de compte, des morts subites est qu’elles nous révèlent suffisamment de vide, de sentiment de manque, pour nous pousser à resserrer les rangs. Ce n’est pas seulement à Dieu qu’Ely a rendu son souffle, il nous l’a transmis, à tous, pour nous donner l’inspiration de gonfler, ensemble, nos poumons.      
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

samedi 13 mai 2017

Editorial: Plus grand encore mort que vivant

La nouvelle est tombée, vendredi dernier, comme un couperet. L’ancien chef de l’Etat, Ely ould Mohamed Vall, venait de succomber à une crise cardiaque, en début d’après-midi, dans le lointain Tiris qu’il aimait tant. Celui qui fut, pendant près de vingt ans, directeur général de la Sûreté nationale (sous Maaouya), puis chef de l’Etat, de 2005 à 2007, après un putsch contre son mentor  (d’où le surnom de « Sauveur » que ses admirateurs n’ont pas hésité pas à lui coller), laisse un vide immense. Farouche opposant à la « Rectification » opérée, par son cousin en 2008, Ely se sera investi, corps et âme au cours de ses dernières années, pour que la Mauritanie retrouve la chemin de la démocratie sur lequel il l’avait placée, en Avril 2007 lorsqu’il remit, de son plein gré et en strict respect de ses engagements, le pouvoir à un président civil.
Grand chef de guerre, Ely ould Mohamed Vall fut, surtout, un grand homme d'Etat, de première envergure et culture. Fin connaisseur de la Mauritanie et des Mauritaniens, il avait cette capacité de discernement et d'écoute sans commune mesure qui permet, aux décideurs, de prendre les bonnes décisions, au bon moment. A cet égard, on n’oubliera pas qu’en dépit de vingt années à la Direction générale de la Sûreté, son nom n’a jamais été cité dans le dossier du passif humanitaire ni dans aucune affaire « sale ».
Grand commis de l’Etat, sans donc jamais s’abaisser à l’exécution aveugle des basses œuvres, c’est, incontestablement, avec la Transition qu’il conduisit, de main de maître, entre 2005 et 2007, qu’Ely a révélé sa pleine dimension de chef d’Etat. Le respect de ses engagements publics lui a valu une aura internationale que beaucoup lui ont enviée, sans jamais parvenir, à l’instar de bien d’autres, à seulement en atteindre les fondements. Car, au-delà de l’assainissement de la situation économique – dettes intérieure et extérieure épongées –  c’est bel et bien le président du Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) qui rendit le pouvoir aux civils.
Soupçonné d’avoir manipulé le processus de transition, en proposant d’abord Sidi ould Cheikh Abdallahi, avant de se rétracter, Ely ould Mohamed Vall aura cette réponse, sans fard, de s’opposer, dix-huit mois plus tard, au coup d’Etat de son cousin. S’engageant, sans équivoque, contre la « Rectification », c’est en défenseur de la démocratie que l’ex-président du CMJD, devint, ainsi, un des plus farouches opposants au putschisme maladif de ses pairs.
Naturellement discret et plus porté au filigrane qu’au-devant la scène, Ely ould Mohamed Vall aurait-il pu constituer une alternative, pour le règlement de la crise que subit le pays ? Il était assez grand, vivant, pour assumer cette responsabilité. Mort, il l’est plus encore, en ce que son décès inattendu cristallise une position sans concession contre l’abus de pouvoir. Ould Abdel Aziz ne s’y est pas trompé, en réservant, aux funérailles de son cousin, trois jours de deuil national. Mais cette tentative désespérée de récupération post-mortem réussira-t-elle à faire entrer l’encombrant cadavre dans le petit placard de la Rectification ? Vivant, il était grand ; mort, il l’est plus encore…
                                                                              Ahmed ould Cheikh

samedi 29 avril 2017

Editorial: Tant va la cruche à l'eau...

Le referendum devrait finalement avoir lieu le 15 Juillet prochain. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres, lors de sa réunion du jeudi dernier. Ould Abdel Aziz maintient donc le cap, contre vents et marées, malgré la levée de boucliers que continue de susciter son recours à l’article 38 de la Constitution. Qui autorise, certes, le Président à consulter le peuple, pour toute question d’intérêt national… sauf s’il s’agit de révision constitutionnelle qu’encadrent les articles 99, 100 et 101. Le professeur Lô Gourmo l’a d’ailleurs bien expliqué, l’autre soir, dans un débat  sur une télévision privée. Son contradicteur, qui  a fini par reconnaître qu’il était, lui, magistrat et non juriste, avait si peu d’arguments pour défendre le recours à l’article 38, qu’il finit par jeter l’éponge. Dans un raisonnement implacable, le professeur a précisé que la finalité du referendum, organisé sur la base de l’article 38 – subitement transformé en article « fourre-tout », selon Gourmo, et que rien ne peut entraver, si l’on en croit Ould Abdel Aziz – n’est pas nécessairement les amendements constitutionnels  actuels mais le verrou limitant les mandats. Si cette forfaiture réussit par le referendum, Ould Abdel Aziz, qui a échoué à la faire passer par le congrès parlementaire, aura toutes les cartes en main, avec une assemblée aux ordres et un sénat rebelle en moins. D’où la nécessité, pour la classe politique, la Société civile et les jeunes, de se battre pour que la Constitution ne soit pas foulée du pied et qu’un militaire en fin de mandat n’ait pas à décider de notre sort. Il y va de la survie de notre démocratie, déjà mise à rude épreuve, un certain 6 Août 2008, lorsqu’un général limogé se retourna contre un président démocratiquement élu, pour le renverser. Un péché originel dont Ould Abel Aziz n’arrive toujours pas à s’affranchir, malgré deux élections présidentielles. Ce complexe, qui le poursuit et l’empêche de se voir en président « normal », explique, peut-être, son entêtement à vouloir  imprimer son empreinte à un pays qui ne l’a pourtant pas vu naître, en s’employant à modifier, sans consensus, son drapeau et son hymne national. Qu’y a-t-il d e si urgent et de tant d’importance nationale, à modifier la Constitution ? Les six milliards qui seront engloutis par le referendum ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs ? Quel intérêt y-a-t-il à exacerber les tensions entre les pour et les contre, au lieu d’essayer de recoller les morceaux  et de préparer une alternance pacifique ? Ne vaut-il pas mieux pour un Aziz à deux ans de la fin de son dernier (?) mandat, de jouer l’apaisement et se retirer en douce ?
Les frustrations sont toujours mauvaises conseillères et un peuple, lassé de voir ses maigres ressources pillées sans vergogne, ne restera pas éternellement les bras croisés. Personne ne pensait les populations tunisiennes, libyennes ou égyptiennes capables d’un tel déferlement de violences, lors du Printemps arabe. Mais leurs dirigeants les avaient  tant bastonnés qu’ils ont fini par dire basta ! Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, dit un célèbre dicton. Notre expert en coup de force devrait, ici, se poser la bonne question : en l’occurrence de son referendum, c’est quoi, c’est qui la cruche ?
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

dimanche 23 avril 2017

Editorial: Bizarre...

Ould Abdel Aziz est parti, la semaine dernière, en France, après plusieurs années d’une rupture qui ne disait pas son nom. Profitant du séjour, à Nouakchott, du ministre français des Affaires étrangères qui l’aurait invité à se rendre en France, si l’on en croit la très officielle AMI, l’homme du 6 Août a débarqué au Bourget… sans un seul chat pour l’accueillir. L’invitation d’Ayrault n’était peut-être que protocolaire ? Très peu au fait des pratiques diplomatiques – le contraire aurait, d’ailleurs, étonné, de la part d’un militaire – notre guide éclairé aura donc simplement sauté sur l’occasion d’une vague exposition, à l’Institut du Monde Arabe, pour fouler le sol français. Et, disent les mauvaises langues, revoir le médecin qui le suit depuis la fameuse « balle amie » de 2012. S’entretenir aussi avec François Hollande, sans qu’on sache sur quoi, exactement. Le président français, à qui il reste, à peine, un mois de pouvoir, n’a visiblement plus grand-chose à faire, sinon recevoir des chefs d’Etat africains. Même ceux avec qui il avait peu d’atomes crochus, comme le nôtre à qui la France ne parvenait toujours pas à pardonner son faux bond, lors de la guerre du Mali. Alors qu’il avait assuré Hollande, en personne, qu’il apporterait son soutien contre AQMI, après avoir accompli plusieurs opérations par procuration, notre expert ès rectification s’était piteusement débiné, lorsque les armes s’étaient mises à parler. Ce que l’Etat français n’avait que très modérément apprécié. Depuis les relations ont évolué en dents de scie. Et Ould Abdel Aziz n’a loupé aucune occasion de le faire savoir. En commençant par glorifier, à tire-larigot, la résistance contre l’occupant français, donnant, au nouvel aéroport de Nouakchott, le nom d’Oum Tounsi, lieu d’un célèbre affrontement, en 1932, où périt, entre autres, le lieutenant Mac Mahon, petit-fils d’un ancien président de la 3ème République  française. En hommage à cette même résistance, notre guide se bat, actuellement, pour ajouter deux bandes rouges au drapeau national, au détour d’une réforme constitutionnelle déjà recalée par le Sénat. Mais Ould Abdel Aziz ne s’avoue pas vaincu. Il veut, à présent, imposer un referendum dans ce qui s’apparente à un nouveau coup d’état contre la Constitution. Juste pour agacer l’ancienne métropole qui s’est certainement sentie offusquée, lorsqu’il déclara, en Mai 2016, à Néma, que les opposants qui cherchent la bénédiction française peuvent aller se rhabiller. « Ce qui vient de France n’est pas le Saint Coran », avait-il alors péroré, un brin agacé. Et, tout récemment, lors d’un entretien sur France 24, en réponse à une question sur la décision du Quai d’Orsay de sortir, de la zone rouge,  les villes de Chinguitti et Ouadane, il s’est fendu d’une réponse très peu diplomatique : « Zone bleue, blanche ou rouge, ça ne change rien pour nous ». Comme si le tourisme, qui pourrait reprendre, à la faveur de cette décision et faire revivre ces régions, n’était pas important, en soi, pour un pays aussi pauvre que le nôtre.
Malgré ce discours, sinon va-t-en guerre, du moins je-m’en-foutiste,  notre chef d’Etat a trouvé cependant opportun d’aller dire au revoir à un président en fin de mandat et dont l’Histoire ne retiendra pas grand-chose… sinon d’avoir donné la bizarre onction française au referendum anticonstitutionnel que le général défroqué s’apprête à commettre ? « Je vous assure, mon cher cousin, que vous avez dit bizarre ! – J’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre… »
                                                                                     Ahmed Ould Cheikh