samedi 12 avril 2014

Editorial : Pigeons et dindon



Fini, le dialogue ! Fini, avant même d’avoir commencé. Un p’tit tour et puis s’en vont, comme diraient nos amis français. Juste une petite balade du côté du Palais des congrès, avec ouverture solennelle du ministre de la Communication, et puis plus rien. La délégation du Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), qui réclamait, à cor et à cri, des négociations avec le pouvoir, via son gouvernement – et non avec des partis de la majorité – a plié bagages, dès la fin de la cérémonie officielle, en même temps que le ministre. Un membre du gouvernement est présent ? Nous y sommes. Il n’y en a plus ? Nous non plus. Les choses sont claires. L’opposition ne veut pas tomber dans le panneau dans lequel sont tombés d’autres, en 2009 et 2013. Les négociations sont une affaire trop sérieuse pour être confiées à des seconds couteaux. On discute sérieusement, cartes sur table, sans sujet tabou et sans préalables, ou l’on rentre chez soi, chacun désormais libre de choisir sa voie.
Il serait loisible de jeter l’opprobre sur une opposition qui s’est fait rouler dans la farine, et pas qu’une fois depuis 2008, mais reconnaissons-lui, cette fois au moins, d’avoir su tenir tête. Du moins jusqu’à présent. Puisqu’il n’est pas exclu que certains fassent faux bond, comme  l’année dernière, lorsque les islamistes de Tawassoul, que le pouvoir menaçait de frapper là où ça fait le plus mal, ont accepté de se mesurer à lui. Brisant, du coup, les rangs de l’opposition qui boycottait, dans son ensemble, les scrutins. Et si tout ce tintamarre, autour de l’ONG Al Moustaghbel, présidée par Ould Deddew et dissoute par le pouvoir, n’était qu’un nouveau prétexte, pour amener Tawassoul à présenter un candidat à la future présidentielle, histoire d’apporter, à celle-ci, un minimum de crédibilité ? Notre opposition nous a habitués à tellement de voltefaces que même les cas d’école les plus improbables ne sont plus une exception mais la règle.  
A la décharge de l’opposition, il faut reconnaître que le pouvoir, qui a droit de vie et de mort sur le pays, ne lui facilite guère la tâche. Ses cadres sont frappés d’ostracisme, ses hommes d’affaires, exclus du sérail et ses leaders, diabolisés. Du coup, on devient beaucoup plus sensible à l’appel des sirènes. La politique du ventre, qui a acquis ses lettres de noblesse sous Ould Taya, a encore de beaux jours devant elle. Faut-il pour autant s’avouer vaincu ? Le bras de fer, engagé, par le FNDU, avec le pouvoir, pour un dialogue sérieux, est une occasion, inespérée pour l’opposition, de redorer son blason. A condition, bien évidemment, que le front ne se lézarde pas. Uni, il fera bouger les lignes ou, du moins, ne sera plus tourné en ridicule. Mais, quoiqu’il en advienne, son attitude actuelle aura rappelé une donnée essentielle de notre actuel système politique : présidentiel à outrance, celui-ci débilise les discussions entre partis. Notre président de la République ne l’ignore évidemment pas. En refusant de déléguer un membre de son gouvernement, en réduisant sa présence à l’ouverture d’une piaillerie de basse-cour, il veut nous instruire qui sont les pigeons, qui est celui qui dispense le grain. Quelle farce ! Mais, dites-moi, qui en sera, au bout du compte, le dindon ?
Ahmed Ould Cheikh 

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