samedi 8 février 2014

Editorial :Pitié pour notre image de marque !



Ils étaient tous là, ministres, hauts fonctionnaires, députés, applaudisseurs, simples citoyens. Venus accueillir Ould Abdel Aziz qui se pare, désormais, du titre de président en exercice de l’Union africaine, ils ont voulu partager, avec le peuple mauritanien, « ce moment de pur bonheur », pour reprendre les termes d’une applaudisseuse, lunettes noires et casquette vissée sur la tête. On la voulait imposante, la fête. Elle ne le sera que très peu. Le mot d’ordre, lancé aux citoyens (on ne sait toujours par qui) pour affluer vers l’aéroport, a été peu suivi. Très loin du rassemblement lors du retour d’Aziz après sa « balle amie ». La majorité de nos concitoyens ne sait, probablement, pas ce que l’Union Africaine veut dire, ni ce que sa présidence apportera à leur quotidien de plus en plus difficile. La tête n’était donc pas à la fête, sauf dans la presse officielle où l’événement a été traité en long et en large, en amont et en aval, comme dirait l’autre. On a invité un tas de monde, pour disserter sur la « portée historique » d’une telle présidence et l’on s’est même permis le luxe de la comparer à celle de Mokhtar Ould Daddah qui fut, pourtant, obtenue par mérite, elle, et non par défaut. A l’époque – le 23 juin 1971, très exactement – feu Mokhtar avait été élu, haut la main, par ses pairs  et ce n’étaient pas n’importe quels pairs. Membre fondateur de l’OUA, il avait porté la voix de l’Afrique et réussi la prouesse d’amener les Etats d’Afrique subsaharienne à rompre avec l’entité sioniste. Il s’était battu, avec force, contre l’Apartheid, avait demandé et obtenu que le Conseil de sécurité se réunisse à Addis Abbeba, spécialement pour débattre de cette question. Un petit pays comme le nôtre avait voix au chapitre et l’on n’était pas peu fiers d’avoir un président, qui avait fondé un pays ex nihilo et discutait, d’égal à égal, avec les grands de ce monde et les honneurs dus à son rang.
Quarante-trois ans après la distinction continentale du père de notre nation, notre bilan porte moins à bomber le torse : avalanche de coups d’Etat –  la plaie ouverte par celui de 2008, dernier en date, est toujours ouverte – qui ont fait, de notre pays, le détenteur d’un record très peu enviable ; succession de présidents militaires, plus préoccupés par des questions bassement matérielles que par le rayonnement de la Mauritanie ; affairismes et trafics en tout genre, népotisme et corruption banalisées, j’en passe, par respect pour vos narines et vos estomacs… Non, ce n’est pas une présidence de l’UA, obtenue parce qu’aucun autre président d’Afrique du Nord n’était présent au sommet de leurs pairs continentaux, qui fera avaler la pilule d’une image de marque passablement écornée, doublée d’une situation intérieure désastreuse. On priera seulement le Tout Miséricordieux pour que notre Rectificateur national ne fasse pas de l’Union africaine ce qu’il a fait de la Mauritanie…
                                                                                                              Ahmed Ould Cheikh

Aucun commentaire:

Publier un commentaire