mercredi 3 novembre 2010

Editorial : On en rit encore

Le ministère de la Défense a organisé, la semaine dernière, un débat national sur le terrorisme et l’extrémisme. Des centaines de participants, venus d’horizons divers, ont planché sur ces deux phénomènes et ont tenté de leur trouver des explications. Avec des fortunes diverses. Si certains s’en sont plutôt bien sortis, d’autres ont passé le temps à parler pour ne rien dire. Mais ce qui a retenu le plus l’attention des hommes de médias que nous sommes, c’est la troisième journée consacrée, pêle-mêle, à comment traiter l’information, la responsabilité du journaliste, le nécessaire respect de l’éthique, lorsque la sécurité du pays est menacée. Des vestiges du journalisme, façon monolithisme et parti/Etat, se sont succédé, aux tribunes, pour fustiger l’attitude de certains médias qui ont refusé d’applaudir les opérations menées par l’armée au Mali. D’autres ont appelé au civisme et au patriotisme des journalistes. Certains n’ont pas hésité à appeler le gouvernement à mettre en branle l’arsenal juridique répressif, contre ceux qui «font l’apologie du terrorisme».

Sans verser dans une polémique stérile, il suffit, juste, de rappeler à ces messieurs, dont la plupart ne savent pas ce que liberté d’expression veut dire, que cette presse qu’ils visent, par des tournures alambiquées, sans citer de noms, a atteint un tel degré de maturité qu’il serait illusoire de vouloir lui donner des leçons de morale ou de patriotisme. La presse, comme les partis ou les organisations syndicales, est un acteur de la vie d’un pays et il faut la traiter comme tel. Elle restera sourde aux conseils ou aux injonctions, tant qu’elle ne sera pas considérée comme un partenaire à part entière.

Recevant, il y a quelques jours, une association de journalistes, Ould Abdel Aziz leur déclara, en substance, que l’argent que reçoivent les journaux privés, sous forme d’abonnements, «n’est ni un droit, ni un devoir de la part de l’Etat». Et ce que le Budget verse, annuellement, aux partis politiques, c’est quoi, président ? Comment peut-on prétendre «orienter» quelqu’un et éclairer sa lanterne, quand on a si peu de considération envers lui? Pourquoi parler aux médias, si l’on n’a aucun droit ni devoir, vis-à-vis d’eux?

Certes, de prétendus journaux et journalistes font honte à la profession. Ils l’ont salie, l’ont humiliée et ont nui à sa réputation mais le propre d’un gouvernement est de séparer le bon grain de l’ivraie. Le «bon» journaliste sait ce qu’il écrit et fait la distinction entre ce qui touche à la sécurité de son pays et ce qui n’arrange pas ses gouvernants. Le «bon» journaliste sait être critique, quand il le faut, et n’applaudit, jamais, sur commande. Il existe des laudateurs professionnels qui s’y emploient si bien. Le «bon» journaliste n’a pas besoin d’un forum, d’un débat national ou de conseils de l’armée, fussent-ils éclairés, pour bien faire son métier. Imaginez, un instant, qu’une association de journalistes se mette en tête d’organiser une rencontre, pour apprendre à l’armée comment faire la guerre, en se basant sur la célèbre maxime du président Clémenceau. De doctes penseurs viendraient nous dire que les excursions en territoire malien doivent être mieux préparées; que notre armée doit être aussi bien équipée que celle du Mali, qui dispose de chasseurs Mig et de chars Leclerc; que les chefs militaires, qui n’ont jamais fait la guerre, doivent entreprendre des (re)mises à niveau. Tout le monde rirait bien. Ce que nous avons tous fait, à l’écoute des interventions de la 3ème journée du débat, consacrée à la presse.

Ahmed Ould Cheikh




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