mercredi 10 novembre 2010

Editorial : Continuez le jeu

Depuis quelques semaines, le pays vit au rythme des meetings dits de «sensibilisation», organisés par l’Union Pour la République (UPR, le nouveau parti/Etat), à Nouakchott et dans plusieurs localités du pays. Tantôt ce sont les dangers du terrorisme qui frappe notre pays et le rôle d’avant-garde de nos vaillantes-forces-armées-et-de-sécurité pour le combattre qui sont mises en relief, par les différents orateurs. Tantôt, c’est l’UFP, qui a osé critiquer cette «guerre par procuration», qui reçoit des volées de bois vert et se voit accusée de tout et, même, de marxisme-léninisme, entre autres coups sous la ceinture. Un militant, pris dans une envolée lyrique, ira jusqu’à proclamer, lors du meeting du Ksar, qu’il n’a jamais «vu, nulle part, une opposition servir à quelque chose». Ça ne s’invente pas et c’est surtout dans l’air du temps de faire feu de tout bois contre ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas penser comme vous et de ne pas applaudir une guerre qui ne dit pas son nom. Il faut, certes, reconnaître que le parti d’Ould Maouloud n’a jamais été particulièrement tendre, vis-à-vis du pouvoir issu du coup d’Etat «rectificatif» du 6 août 2008. Que ce soit lors de la contestation anti-putsch, au Parlement, lors de la campagne électorale ou, tout dernièrement, lors du passage de témoin de la présidence de la COD à l’UNAD, la politique menée par le gouvernement a été vouée aux gémonies. Tout le monde a encore en mémoire les sorties, solidement argumentées, des députés de ce parti, notamment Mohamed El Moustapha Ould Bedreddine et Kadiata Diallo, démontant, point par point, les arguments des membres du gouvernement qui se présentaient devant l’Assemblée nationale. Cette haine, tenace, entre les deux camps explique pourquoi Ould Maouloud est, jusqu’à présent, le seul leader de l’opposition qui n’a jamais été reçu au Palais ocre. Et s’explique, aussi, quand on remonte à 2008, lors de la formation du premier gouvernement de Yahya Ould El Waghf, tandis qu’Ould Abdel Aziz embrigadait une cohorte de députés frondeurs, pour protester contre l’entrée de l’UFP et des islamistes de Tawassoul dans cet attelage. Après avoir brandi la menace d’une dissolution de l’Assemblée nationale, Sidioca finira par éjecter ces deux formations du gouvernement Waghf 2. Sous la pression de ses généraux. La spirale, qui conduira au putsch du 6 août 2008, est désormais enclenchée. Depuis, la guerre est ouverte entre ces anciens kadihines et les militaires ; elle ne connaîtra plus de répit. La campagne, menée, ces jours-ci, tambour battant, par l’UPR contre l’UFP, n’est qu’une de ses éruptions périodiques. D’autant plus chaudes qu’à 57 ans, Ould Maouloud constitue un adversaire à bien plus longue échéance qu’Ahmed Ould Daddah ou Messaoud Ould Boulkheir…

Cela dit, au lieu de se chamailler sur des considérations sémantiques – guerre ou pas guerre contre AQMI, Al Qaïda ou bande de trafiquants et criminels – la majorité et l’opposition devraient se retrouver autour d’une table, pour débattre de la situation du pays. A moins d’un an d’élections législatives et municipales, ne vaudrait-il pas mieux débattre des préparatifs du scrutin, du mode d’élection, du choix d’une CENI et autres détails du même genre, pour que la consultation soit entourée de toutes les garanties de transparence? Mais personne ne semble se soucier de ces considérations. Le pouvoir, pour fixer les règles à sa guise, et l’opposition, pour crier au loup. Le peuple, lui, restera le dindon de la farce et le spectateur d’un jeu qui le dépasse…

Ahmed Ould Cheikh

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