mercredi 21 juillet 2010

Editorial : Un ambassadeur (vuvu)zélé

«Il y a trois semaines, la Mauritanie a réuni, à Bruxelles, tous ses partenaires et trouvé, auprès d’eux, un remarquable soutien pour les politiques qu’elle a définies, dans les secteurs clés de son développement social et économique […] Désormais, et c’est pour cela aussi que cette année est importante pour la Mauritanie, les conditions d’une croissance soutenue, créatrice d’emplois et de richesses pour tous, semblent réunies […] Le gouvernement, à qui il appartient de définir les objectifs de ce développement, dans une nécessaire concertation avec toutes les forces politiques et sociales, les entrepreneurs qui créent des activités nouvelles et les associations qui mènent des programmes sociaux, ne manquera pas d’appuis»…

Qui est, selon vous, l’auteur de ces phrases? Ould Abdel Aziz, devant la presse? Ould Mohamed Laghdaf, devant le Parlement? Ou un quelconque ministre, faisant du zèle pour sauver sa tête, avant le remue-ménage qui se prépare? Perdu! Il s’agit de monsieur Vandepoorter, ambassadeur de France en Mauritanie, qui s’exprimait, à l’occasion de la fête du 14 juillet, à Nouakchott.

Son Excellence, dont la position, sur le coup d’Etat du 6 août 2008, n’a jamais été équivoque, évolue à présent à visage découvert. On se rappelle qu’il s’était démené, avec d’autres ambassadeurs de l’Union européenne, pour que le régime issu de ce putsch soit coopté par leur pays respectif. Il exprimait, certes, la position de la France, laquelle était dictée par cette Françafrique «new-look» pour qui les relations doivent être guidées, d’abord et avant tout, par les intérêts. La démocratie et les grands idéaux peuvent toujours attendre. Que ce soit en Mauritanie, au Togo, au Gabon, au Tchad, en Centrafrique, au Sénégal ou ailleurs, la France doit être chez elle. Quitte à fouler, du pied et plus, si nécessaire, le droit des peuples à choisir, eux-mêmes, ceux qui présideront à leur destinée. Monsieur Vandepoorter, comme les autres ambassadeurs probablement, a rapidement assimilé la leçon. A aucun moment, le représentant du pays des droits de l’Homme et de la Révolution de 1789 n’a condamné la prise de pouvoir par les armes. Contrairement à son homologue à Dakar qui n’a cessé, jusqu’à son départ, de mettre à nu la dérive «monarchique» vers laquelle le Sénégal semble s’acheminer. Pire, le diplomate s’est souvent fait le chantre, pour ne pas dire le griot, du régime d’Ould Abdel Aziz, seul capable, à ses yeux, d’assurer la stabilité du pays. Et les intérêts de la France, pendant qu’on y est.

Reconnaissants envers l’ancienne métropole qui leur a permis d’accéder ou de se maintenir au pouvoir, les dirigeants de ces pays ont accouru, le 14 juillet, à Paris, pour voir défiler des contingents de leur armée, dans une parade de la honte. Buvant le calice jusqu’à la lie, ils ont démontré, à la face du monde, que la page de la colonisation n’est pas encore tournée. Et que la France tient toujours à son «pré carré». Comme pour prouver, aux autres, qu’elle reste une (petite) puissance. Ce que n’ont jamais fait ni de Gaulle, ni Giscard, ni Mitterrand, ni Chirac. Après le discours calamiteux de Dakar, l’ego de Sarko est en train de lui jouer un bien mauvais tour. Et de faire perdre, à son pays, des points précieux. La France n’est plus ce qu’elle était et il y a de fortes chances qu’elle tombe encore plus bas. Avec les scandales à répétition, les accusations de corruption, les coups sous la ceinture, rien ne va plus en Gaule.

Réveille-toi, Astérix, ils sont devenus fous!

Ahmed Ould Cheikh

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