mardi 15 juin 2010

Editorial : Lourde responsabilité

Après les accords de Dakar, signés en juin 2009, qui entendaient mettre fin à la crise politique consécutive au coup d’Etat du 6 août 2008, le pays s’achemine vers une échéance capitale: la réunion de Bruxelles. Qui s’apparente à un examen de passage, au cours duquel la Mauritanie devra présenter sa stratégie de développement et les grands projets qu’elle initiera dans les années à venir. Le point sera également fait sur les engagements pris par les bailleurs de fonds en 2007. Une table ronde qui vient à point nommé, c’est le moins qu’on puisse dire, pour un pays pris à la gorge, vivant surtout des subsides octroyés par les donateurs et qui attend, depuis son «retour à l’ordre constitutionnel», qu’on se penche, enfin, sur son sort. Seulement voilà, il y a encore comme un petit problème qui empêche l’horizon de s’éclaircir. Les Accords de Dakar, signés sous l’égide de la Communauté internationale, prévoyaient plusieurs points que le pouvoir a fait mine d’ignorer. Tant que cela l’arrangeait. Ainsi le dialogue avec l’opposition, qui s’est limité, depuis la dernière présidentielle, à des attaques en règle, de part et d’autre. Or, cette situation risque de compromettre les chances de succès de la réunion de Bruxelles, malgré le soutien, affiché, de l’Espagne et de la France, au pouvoir d’Ould Abdel Aziz. Le royaume ibérique, qui ne désespère pas de voir la Mauritanie accéder aux demandes d’Al Qaida de libérer certains de ses membres, en échange des humanitaires espagnols, a même dépêché son ministre des Affaires étrangères pour amener Ould Abdel Aziz à de meilleurs sentiments vis-à-vis de son opposition. La réaction ne s’est pas fait attendre. Le président de la République convoque le président d’Adil pour lui notifier sa prédisposition au dialogue. Prise de court, l’opposition dit d’abord «oui», puis «oui mais» et, enfin, «non». Chat échaudé craint l’eau froide. Sentant, derrière l’annonce, un coup fourré et instruite par l’expérience de Dakar, elle ne veut plus s’engager à la va-vite, pour être roulée, plus tard et très méticuleusement, dans la farine.
Si, sur le conseil de ses soutiens, Ould Abdel Aziz voulait se mettre dans la posture du «chef-ouvert-au-dialogue-mais-dont-l’opposition- ne-veut-pas-jouer-le-jeu», qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Cela lui garantira-t-il le succès bruxellois escompté? On peut en douter. Nos interlocuteurs ne sont pas uniformément aveugles ni toujours dupes des évènements. Ce qui est, en tout cas, certain, c’est qu’un échec de la table ronde impliquerait autant le pouvoir que l’opposition, dans la lourde responsabilité de la catastrophe qui ne manquerait pas de s’abattre sur notre pays pauvre et exsangue. Un espoir déçu? Un de plus.
Ahmed Ould Cheikh

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