dimanche 7 février 2016

Editorial: Auto, boulot, dodo...


e porte-parole du gouvernement l’a dit et répété : il n’y aura pas de baisse des prix du gasoil à la pompe. Malgré la chute des cours du pétrole sur le marché international et les protestations des citoyens, accablés par le coût, de plus en plus exorbitant, de la vie. Savez-vous pourquoi l’Etat mauritanien ne veut toujours pas céder sur ce point précis, a contrario de tous ses homologues du Monde ? Parce qu’il veut continuer à engranger des milliards – cent cinquante par an, dit-on… – sur le dos des contribuables ainsi forcés de passer à la caisse, à défaut de celle des impôts directs ? Parce que ses fins de mois sont désormais plus que difficiles, à cause, entre autres, de l’écroulement des cours du fer et de l’or ? Parce que, comme la cigale, il n’a fait que chanter, lors des années d’abondance, oubliant que le plus dur était à venir ? Ou, tout simplement, parce qu’il méprise ses citoyens, à qui il fait avaler n’importe quoi, sachant, pertinemment, que le danger ne viendra ni de la rue ni d’une opposition amorphe. Autant d’arguments, dont certains tirés par les cheveux, je vous l’accorde, qui auraient pu expliquer le statu quo. Et dont aurait pu s’inspirer le si peu inspiré ministre de la Communication. Qui n’a pas trouvé mieux, pour expliquer le refus de l’Etat de baisser les prix des hydrocarbures, d’arguer de ce que cette baisse « ne bénéficierait qu’aux riches ». Pour s’approvisionner en « matières premières », les pauvres ont, selon lui, les boutiques Emel et où chacun  a droit quotidiennement à  un kilo de riz, un kilo de sucre et 200 cl d’huile de mauvaise qualité. Et des charrettes pour se déplacer, aurait-il pu ajouter.
« Il faut tourner sept fois sa langue dans sa  bouche avant de parler », conseille un fameux dicton. Un adage que devraient bien méditer nos vaillants ministres. Il y a quelques années, un d’entre eux, en charge de l’Education, avait déclaré, devant l’Assemblée nationale, que « notre système éducatif est plus performant que celui de la France ». Un scoop qu’il tenait, accrochez-vous bien, de Cridem! Le ministre des Finances, lui, est bien plus catégorique. Lors de la présentation de la loi des finances 2016, il a, pince-sans-rire devant les honorables députés, affirmé que l’Etat honore tous ses engagements, au moins sur le plan intérieur, et n’a, donc, aucune dette envers ses fournisseurs. Les parlementaires et les rares téléspectateurs qui regardent encore la Télé Vide de Mauritanie (TVM), en ont ri. De bon cœur, parce qu’ils sont mauritaniens. Mais jaune, pour tous ceux – la masse des petits salaires – qui voient chaque jour partir, en fumée de gasoil, le tiers de leur paie... pour seulement monter et descendre au boulot, à peu près à l’heure… 
                                                                   Ahmed Ould Cheikh  

lundi 1 février 2016

Editorial: Pas assez africains, plus assez sahariens ?

Le dialogue politique inclusif verra-t-il jamais le jour ? Les deux camps réussiront-ils à transcender leurs divergences, pour s’asseoir autour d’une table ? Surmonter les barrières qui les séparent et discuter, enfin ? A supposer qu’ils réussissent cet exploit, ce qui, au vu des appréhensions des uns et des autres, paraît, aujourd’hui, difficilement envisageable, se mettront-ils d’accord et pour quelle fin ? La Mauritanie doit être le seul pays de la planète Terre où le Président appelle au dialogue du bout des lèvres, sans y croire le moins du monde, et où l’opposition s’écharpe pour des vétilles, le long d’un parcours semé de trahisons, coups bas et défections. Ce qui explique qu’elle n’ait jamais réussi, a contrario du Sénégal voisin ou du Niger, à assurer la moindre alternance. Et, dans l’hypothèse où  elle aille au dialogue auquel appelle Ould Abdel Aziz, il y a des fortes chances qu’elle s’y présente plus que jamais divisée.  Pour ce qui est du seul RFD, jugé le plus anti-dialoguiste du FNDU, une tendance favorable au dialogue sans préalables est partie lancer son propre parti. Obtenant son récépissé, avant même de déposer son dossier de reconnaissance, disent les mauvaises langues, quand des formations comme le RAG ou les FPC, attendent, depuis des années, le fameux sésame qui leur permettra d’exercer normalement leurs activités politiques. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Une manœuvre destinée à affaiblir le parti d’Ahmed ould Daddah qui en a déjà pourtant vu bien d’autres ? Un tremplin pour certains, pressés d’aller à la soupe ? Il y a, en tout cas, anguille sous roche. La facilité déconcertante avec laquelle l’Alliance Nationale Démocratique (AND, le nouveau parti d’Ould Moine) s’est fait reconnaître et a commencé ses activités a laissé plus d’un observateur pantois. Comme pour rendre la monnaie de leur pièce, à ceux qui l’ont porté sur les fonts baptismaux, ce parti s’est immédiatement proclamé favorable au dialogue, sans préliminaires ni préalables. Real polilitic, version mauritanienne.
Un réalisme à l’africaine ? Dans son message radiotélévisé du  samedi 28 Novembre, Joseph Kabila, chef de l’Etat de la RDC, a annoncé la convocation d’un « dialogue politique national inclusif », sans précision de date ni de lieu. Et de lancer un « ultime appel », à ceux qui hésitent encore à rejoindre cette voie des négociations  et donner, ainsi, chance à la « relance du processus électoral ». Combien de fois Ould Abdel Aziz se sera-t-il dit, lui, favorable au dialogue ? Au festival des villes anciennes, dans ses rencontres avec la presse ou avec tel ou tel leader politique, c’est chaque fois la même rengaine. Qui vole en éclats, dès que l’opposition demande des garanties ou qu’au moins, la réponse à sa plateforme lui soit transmise officiellement et par écrit.
Les opposants congolais semblent moins procéduriers. Mais pas moins suspicieux, supputant que Kabila  s’emploie à entretenir le fameux dialogue jusqu’à la fin des mandats des deux chambres puis, à moins d'un an de la date-butoir pour l'organisation de la présidentielle, les prolonger – ainsi que le sien – plusieurs années. Indéfiniment. Les Congolais appellent cela « les palabres ». Naguère, chaque village africain avait son arbre à tel enseigne. Il l’a souvent conservé. Au Sahara où les arbres étaient rares – on en a plus, aujourd’hui, mais aucun encore assez vieux et vénérable pour prétendre à ce titre – nous avions, tout de même, « l’assemblée qui lie et délie », noue et dénoue, tricote et détricote, file et défile le tapis des rencontres et des jours… Alors, pas assez africains et plus assez sahariens pour se regarder autrement qu’en chiens de faïence ?
                                                                                       Ahmed Ould Cheikh 

dimanche 24 janvier 2016

Editorial: Y a pas d’lac à Nouakchott…


Mais la Mauritanie est désormais la « Suisse de l’Afrique » : un pays stable, doté d’infrastructures modernes, avec un taux de croissance à deux chiffres, sans aucun analphabète, où la démocratie fonctionne à plein régime, où l’école produit une élite de choix. Vous ne rêvez pas. Vous n’avez pas, non plus, de bourdons aux oreilles. L’affirmation, gratuite cela va sans dire, est d’un jeune loup du camp qui nous gouverne, sans doute emporté par un zèle qui lui a déjà fait dire beaucoup d’autres âneries. 
Peut-on se comparer à la Suisse, ce modèle de bonne gouvernance, quand notre Président se vante, à la première occasion, d’avoir construit quelques kilomètres de routes bitumées ? Quand on a autant d’eau et de terres fertiles et importer encore menthe et salade ? Quand notre capitale est découpée en concessions rurales au seul profit de quelques appétits voraces ? Quand, après cinquante-cinq ans d’indépendance, Nouakchott n’a toujours pas le moindre réseau d’assainissement ? Quand tous les papiers d’état-civil, de l’extrait d’acte de naissance au passeport, sont vendus aux citoyens ? Quand, malgré une chute de 70% des prix du pétrole depuis Juin 2014, l’Etat refuse, systématiquement, de baisser d’une ouguiya le prix des hydrocarbures à la pompe, au moment où, au Mali voisin, un pays enclavé qui s’approvisionne à partir du port de Nouakchott, les consommateurs ont déjà eu droit à trois ristournes. Quand, au lieu d’encourager le privé et lui trouver des marchés et des partenaires, l’Etat le concurrence, en investissant à l’aveuglette. Quand des centaines de nos brillants cadres préfèrent émigrer pour ne pas se noyer dans la médiocratie. Quand on a plus de banques que le Maroc ou le Sénégal, pour une population d’à peine trois millions et demi d’habitants, et un taux de bancarisation extrêmement faible, parce que chacun veut avoir sa propre banque. Quand, rien qu’à Nouakchott, on a plus de pharmacies que de dispensaires, d’hôpitaux et de cliniques réunis. Quand toutes les rues et façades de maisons sont transformées en boutiques, dans la plus totale anarchie.  Quand on entre au pays  comme on entre au cinéma, en s’acquittant d’un ticket d’entrée à la frontière. Quand on vend les écoles l’année qu’on a pourtant proclamée de l’Education. Quand tout un chacun, même illettré, peut se prévaloir du titre de journaliste, se faire reconnaitre  comme tel, interviewer le Président et prétendre à l’aide publique. Quand, depuis près de quarante ans, l’Armée  fait main basse sur le pouvoir et refuse de le lâcher. En bref, peut-on être la Suisse quand on est aussi mal barrés ? Heureusement qu’on n’a pas d’lac à Nouakchott : on y aurait mis le feu, au moins depuis 1978…
                                                                  Ahmed Ould Cheikh

Editorial: Bonne année pour les autruches?


Il est de coutume, quand une nouvelle année commence, de faire des vœux. Prêtons-nous donc au jeu. Prions pour que 2016 soit meilleure que 2015. Pour que le climat général soit moins morose. Que la situation économique s’améliore. Que les prix du fer et de l’or redressent le nez.  Qu’il y ait moins de vols, de viols et de braquages. Que les routes soient moins dangereuses. Que l’agriculture donne, enfin, un riz de bonne qualité. Que l’hivernage soit bon. Qu’il y ait moins de gabegie ou qu’elle soit moins sélective. Que Polyhone  Dong plie bagages. Que les sociétés d’Etat soient mieux gérées. Qu’il y ait moins de chômage des jeunes. Que le Trésor public puisse faire face au service de la Dette et aux engagements de l’Etat. Que le Président voyage moins souvent et plus utilement. Que les anciens militaires soient moins présents dans la vie de tous les jours. Qu’on ne parle plus de dialogue ou d’Oum Tounsi. Pour que l’Accord de Dakar soit enfin appliqué.  Que l’Assemblée nationale et le Sénat ne se réunissent plus. Que les ministres soient, enfin, des responsables et non plus seulement des exécutants.  Que les mairies ne soient plus des coquilles vides. Que la zone franche de Nouadhibou réussisse à attirer des investisseurs. Qu’il n’y ait pas de nouveaux agréments bancaires. Que le fisc arrête de pressurer les sociétés privées au-delà du raisonnable. Que nos structures de santé ne soient plus des mouroirs. Que nos médecins et nos enseignants soient plus consciencieux. Que les rapports de l’IGE et de la Cour des comptes soient suivis d’effets. Que les prévaricateurs ne soient plus réhabilités à la pelle. Qu’il n’y ait plus autant de népotisme et de tribalisme. Qu’il y ait moins de détentions arbitraires et de dénis de justice. Que Biram ould Abeïd et Brahim ould Ramdhane retrouvent la liberté. Que tous les partis politiques soient autorisés. Que l’opposition comprenne, enfin, combien sa démarche sert plus le pouvoir qu’elle ne le dessert.  Et l’on pourrait allonger la liste des vœux à l’infini. Tellement de choses clochent, en effet, qu’il serait illusoire de les énumérer une à une.
Aussi bizarre que cela puisse paraitre, nous devons être le seul pays au Monde où les problèmes essentiels sont occultés au profit d’autres totalement inutiles. Au moment où nous éprouvons des problèmes de survie, où tous nos secteurs vitaux battent de l’aile, où nos comptes sont vides, où une minorité pille nos maigres ressources, on continue à débattre d’un hypothétique dialogue avec des questions  surréalistes. Avec qui faut-il dialoguer ? Faut-il exiger du pouvoir une réponse écrite à la plateforme de l’opposition ? De quoi faut-il discuter et sous quelle forme ? Une situation kafkaïenne qui en dit long sur nos incertitudes. De quoi discutent les autruches, lorsqu’elles s’enfouissent, de concert, la tête dans le sable ? Figurez, ma chère, qu’hier soir, le Président m’a dit… – Non ? – Si ! Ah, le dialogue inclusif… Et de papotages en coups de pied dans le popotin, les années passent, et leurs bons vœux, comme des rêves…tandis que s’appesantit une menaçante réalité, concoctée, ailleurs, par des prédateurs autrement plus lucides… 
                                                                                             Ahmed ould Cheikh

samedi 19 décembre 2015

Editorial: Attention danger !


Le jour de la célébration de l’indépendance de son pays le 9 décembre dernier, le président tanzanien, John Magufuli,  a dirigé lui-même une opération de collecte des ordures dans la capitale Dar-Es-Salam. Non seulement, il a interdit toute célébration officielle mais il a considéré qu’il serait honteux de dépenser de l’argent pour fêter l’indépendance au moment où des gens meurent encore de choléra dans son pays, faute de soins. Il n’y a donc eu ni inaugurations officielles, ni déplacement présidentiel et encore moins défilés ou parades militaires. Des milliards ont pu être ainsi économisés et orientés vers quelque chose d’utile au pays et à ses populations. Qu’a fait la Mauritanie, pays pauvre parmi les pauvres s’il en est, pour célébrer son anniversaire le 28 novembre dernier ? Son président a-t-il, comme son homologue tanzanien, fait preuve de sagesse, en refusant un exhibitionnisme aussi coûteux qu’inutile ? A-t-il songé un instant que ces milliards dilapidés en quelques jours, pour organiser, le temps d’une matinée, une parade militaire, auraient pu servir à construire des écoles, des hôpitaux, des barrages ou des routes, mettre en valeur des terres agricoles ou venir en aide aux pauvres ?  A-t-il pris la mesure de cette saignée pour un Trésor public, déjà mis à rude épreuve par la baisse des recettes, et dont l’incapacité à faire face aux engagements de l’Etat devient criante ? Autrement formulé, à quoi sert-il de se pâmer devant un tel étalage de forces et répéter à l’envi que tout danger extérieur est écarté quand on est incapable d’assurer la sécurité de ses propres citoyens ? Une réalité amère que plus personne ne peut nier, devant un tel déferlement de violences que connait Nouakchott depuis quelques mois. En témoigne le meurtre en plein jour d’une commerçante au marché de la capitale qui a fini de démontrer que cette ville est devenue dangereuse. Où il ne se passe pas un jour sans qu’un ou deux meurtres, des multiples braquages, des viols à répétition ne soient signalés. Des quartiers entiers sont devenus des zones de non droit où il serait suicidaire de circuler dès la nuit tombée. Des bandes armées font régulièrement des descentes dans les commerces et parfois chez des paisibles citoyens. Même avec si des moyens faibles, pour ne pas dire dérisoires, la police réussit dans la plupart des cas à arrêter les meurtriers, les grands bandits et parfois même les auteurs de petits larcins, la situation ne cesse d’empirer. Et le problème va crescendo. La faute à qui ? A la société injuste et inégalitaire qui a enfantés ces bandits de grands (et de petits) chemins et ne leur a offert de débouchés que la rue? A une urbanisation galopante et anarchique ? A une école publique devenue synonyme d’échec ? A la justice qui n’a pas souvent la main lourde ?  A un système de sécurité défaillant dans  l’ensemble ?

Quelle que soit la cause, il y a en tout cas danger. A ce rythme, Nouakchott sera bientôt plus dangereuse que Lagos, Johanesburg, le Bronx ou Harlem. Si on ne veut pas assister impuissants à un déferlement de violences urbaines, il est encore temps de réagir. Quelles solutions faut-il alors envisager : Réhabiliter la police et lui offrir les moyens de remplir sa mission? Offrir  à ces personnes, en rupture de ban, autre chose que la prison et travailler à leur intégration dans la société ? Se dire enfin que la ville n’est pas la campagne, qu’elle a ses exigences et ses contraintes auxquelles il faut se soumettre ?
A contrario de ce que disait  Victor Hugo selon lequel celui ‘’qui ouvre une école, ferme une prison’’, on peut légitimement se poser la question : qui vend une école n’ouvre-t-il pas une prison ?

                                                           Ahmed Ould Cheikh

dimanche 13 décembre 2015

Editorial: Raccourcis


Quelque chose ne tourne pas rond dans notre pays. Où plus personne ne se soucie ni des règles, ni des lois, encore moins des règlements. Le président de la République arrête un match de football après 63 minutes parce qu’il s’ennuyait. Une délégation du FNDU rencontre le ministre secrétaire général de la Présidence,  contre l’avis de trois partis du Forum, alors que les décisions de celui-ci sont censées n’être prises qu’à l’unanimité. Un général à la retraite  brigue la présidence de la Fédération des agriculteurs alors qu’il n’y a jamais adhéré par le passé. Un colonel, qui n’est plus sous les drapeaux lui aussi, est arrêté et mis en examen pour s’être exprimé librement. Un ministre est décoré le 28 novembre alors qu’il l’a été il y a deux ans et que la loi prévoit qu’il ne peut de nouveau l’être avant cinq ans sauf pour ‘’à titre exceptionnel’’. Ses collègues ministres se demandent encore quels services ‘’exceptionnels’’ il a bien pu rendre pour mériter pareille distinction. Si ce n’est un excès de zèle.
Aucun de ces événements n’a pourtant eu autant d’impact que l’affaire du match du 28 novembre. Qui a créé un véritable buzz sur les réseaux sociaux et dans la presse du monde entier. Notre guide éclairé, devenu spécialiste des raccourcis, a non seulement écourté la première expérience démocratique qu’a connue notre pays mais aussi une rencontre de football qui, qu’il vente ou qu’il pleuve, est partie pour durer 90 minutes au moins, selon les règlements intangibles de l’instance dirigeante de ce sport-roi. Pas un journal, un site, une radio ou une télé du monde entier n’a raté cette occasion de nous tourner en ridicule. Même après son coup d’état de 2008, Ould Abdel Aziz n’a pas eu droit à autant de publicité, gratuite bien évidemment. C’est qu’un match de football, même ennuyeux, nul et inutile comme celui de la supercoupe de Mauritanie doit arriver à son terme, sauf si les conditions météorologiques exigent son arrêt. Et dans ce cas, la décision revient à l’arbitre et à lui seul. La fédération de football a essayé, maladroitement, de tirer le président de ce mauvais pas, en se lançant dans des explications alambiquées mais le mal est déjà fait. De pays esclavagiste, champion des coups d’état, avec le plus grand nombre d’anciens chefs d’Etat encore en vie, nous sommes devenus la nation où le président décide de tout, même de la durée d’un match de football. Une réputation dont on aurait bien voulu se passer.
En France, malgré un contexte des plus maussades, marqué notamment par les attentats du 13 novembre et la montée du Front National, les humoristes s’en sont donné à cœur joie. Sur France Inter, l’un d’eux s’est fendu d’un sketch  où il affirme, devant une assistance hilare, qu’il est comme ça Ould Abdel Aziz, ‘’quand il s’ennuie, il faut que ça bouge et puis ça sert à quoi d’être président si tu ne peux pas faire ce que tu veux’’ ? Avec lui, dit-il, c’est une coupe du monde en quatre jours. Notre humoriste, qui n’avait apparemment pas beaucoup de sujets pour dérider son public, lui propose carrément à la fin de son mandat de diriger la FIFA. ‘’Un monsieur qui ne respecte rien pour remplacer des escrocs, on reste dans une certaine éthique, non’’ ? se demande–t-il à la fin.
Pour rester dans une certaine logique cette fois, proposons à notre guide éclairé, s’il veut briguer la présidence de cette  institution, beaucoup plus riche que notre pauvre pays, qu’il peut bien écourter son mandat. Un raccourci qui sera, au moins une fois, bénéfique pour son pays.
                                                        Ahmed Ould Cheikh

dimanche 6 décembre 2015

Editorial: Un jour, un destin


La Mauritanie a fêté ce 28 novembre le cinquante-cinquième anniversaire de son accession à l’indépendance avec force inaugurations, défilés militaires, discours enchanteurs et conférences de presse de notre guide éclairé. Cette année, la fête a été délocalisée à Nouadhibou, Ould Abdel Aziz ayant voulu faire participer le reste du pays à la commémoration de cet anniversaire ‘’dans la joie et l’allégresse’’, pour reprendre l’expression galvaudée par nos organes de presse officiels. Nouadhibou s’était parée de ses plus beaux atours, et à prix d’or (on parle de quelques milliards), pour que la fête soit la plus belle possible. Et elle le fut mais pas pour tout le monde. Une partie de nos compatriotes, dont les leurs ont été pendus un certain 28 novembre  1990 de triste mémoire à Inal, a modérément apprécié qu’à quelques encablures de cette lugubre localité, la fête batte son plein un jour devenu pour eux synonyme de douleur et de deuil.  Pour avoir rappelé cette page sombre de notre histoire récente lors d’une conférence, l’ancien colonel Oumar Ould Beibecar a été arrêté par la police politique. Comme si ces événements douloureux devaient rester l’apanage d’une communauté. Qui avait seule le droit de les évoquer. Etrange pays où on met aux arrêts ceux qui dénoncent crimes et délits et on n’inquiète pas les bourreaux, si on ne les honore pas. Où on évoque la mise en péril de l’unité nationale  quand on réclame justice. Où on est accusé de souffler sur des braises alors qu’elles sont encore incandescentes.
 Venant d’un colonel, qui a vécu ces horreurs alors qu’il était sous les drapeaux, l’outrage était grossier et ne pouvait donc rester impuni.  L’omerta qui les entoure ne doit en aucun cas être brisée, par un militaire de surcroit. Oumar fait donc les frais de son courage, de son refus de cautionner l’abject et de son franc parler.  Des qualités plutôt rares par les temps qui courent. En évoquant  ces événements tragiques sur la place publique, Oumar   prend ainsi le taureau par les cornes  et exige que toute la lumière soit faite sur ces événements pour  que le pays puisse tourner définitivement cette page douloureuse de son histoire. On ne lui a apparemment pas pardonné cette ‘’digression’’. Et on fera   tout pour le faire taire mais l’homme n’est pas du genre à se laisser abattre facilement. Il n’est pas de cette graine d’officiers flagorneurs qui ont gravi les échelons parce qu’ils ne savaient pas dire non. Oumar a choisi la voie de l’honneur. Il est sorti des rangs la tête haute. Et il continue son chemin de croix en prenant fait et cause pour les opprimés, comme  à Oualata.
Un homme de cette trempe ne peut qu’être dérangeant pour un système basé sur l’injustice, les passe-droits et si peu de considération pour l’autre. Oumar peut aspirer, à juste titre,  à être un lien entre nos communautés, le trait d’union qui nous permettra de nous entendre, le déclic qui sonnera le glas de l’impunité. 
Ils sont si rares les hommes de cette trempe, qu’il faut s’accrocher à la moindre lueur d’espoir  pour voir enfin émerger une  ‘’vraie’’ Mauritanie nouvelle. Une Mauritanie juste, libre,  égalitaire et démocratique. Une Mauritanie où ce qui unit ses fils est plus fort que ce qui les divise. Un pays où la glace est définitivement brisée entre ses différentes composantes.
C’est ce combat que tous les patriotes  sincères devraient  mener. Forts de la devise du peuple tunisien réclamant l’indépendance : ‘’Si un jour le peuple veut vivre, le Destin, inexorablement, s’accomplira’’, disait le poète  Abou El Ghassem Chaabi.
                                                                          Ahmed Ould Cheikh