dimanche 8 décembre 2013

Editorial : L’hiver, à défaut de printemps…



La Mauritanie a enfin voté. Les élections législatives et municipales, prévues en octobre 2011, se sont, finalement, déroulées le 23 novembre… 2013. Sans la Coordination de l’opposition démocratique, qui avait conditionné sa participation à un minimum de transparence et de sérieux, dans l’organisation du scrutin. Mais avec une majorité plus que jamais divisée et une opposition dite dialoguiste qui en train de regretter d’avoir pris part à ce qu’elle a, elle-même, qualifié de « mascarade ». On n’a, en effet, jamais vu une élection dont les résultats officiels ne soient toujours pas connus, sept jours après le dépouillement des bulletins.  Une situation qui tourne, parfois, au cocasse, lorsque, dans une même circonscription, chaque liste se prévaut d’avoir gagné, sur la base des résultats qui lui ont été communiqués par ses représentants dans les bureaux de vote. Tantôt, c’est un parti qui gagne au premier tour, avant de revenir sur terre et de se voir obligé d’aller à un nouveau round, après l’annonce des résultats par les organes de presse officiels. Il a, pourtant, tout pour prouver qu’il a bien coiffé ses adversaires au poteau mais les calculs de la CENI ont fait perdre le Nord à bien des candidats et pas des moindres.
On pouvait ne pas en arriver, là si la loi avait été appliquée. Celle-ci stipule que les procès-verbaux du dépouillement de chaque bureau de vote sont remis à tous les représentants de listes et affichés à l’entrée dudit bureau. L’irrespect de cette clause fonde, à lui seul, la nullité du scrutin. L a CENI a justifié cette entorse au réglement par la multiplicité des listes candidates. « Cela prendrait un temps fou et retarderait, encore plus, la proclamation des résultats », dit-on, pince-sans-rire. C’est, toutes proportions gardées, un chauffeur qui viole le code de la route, en brûlant un feu, pour ne pas être en retard. On se demande, d’ailleurs, pourquoi les partis de l’opposition qui ont participé à l’élection ne se sont pas engouffrés dans cette brèche, en déposant un recours auprès du Conseil constitutionnel ? Pourquoi l’APP, qui a fait monter les enchères, à Nouadhibou et Zouérate, en manifestant, s’est, subitement, ravisée et a demandé, à ses candidats et militants, de « revenir à la raison »? Et pourquoi El Wiam a crié au vol, à Wadane, Rosso et Méderdra, avant de faire prévaloir la « sagesse » ?  Nos deux leaders haratines seraient-ils à c epoint conciliants avec Ould Abbdel Aziz ? Craignent-ils qu’on leur dise, à la fin, qu’ils ont été pris à leur propre piège, en participant à cette partie de poker menteur où l’UPR ne leur laissera que des miettes ? Rien qu’à voir la machine de guerre qu’il est en train de mettre en branle, à grands renforts de hauts fonctionnaires, généraux et hommes d’affaires appelés à la rescousse, pour ne pas se faire battre à Nouakchott, Guérou et Tintane, on se dit que l’UPR est atteint d’incurable boulimie. Son chef aurait pu faire preuve d’un peu de discernement, en évitant de tout écraser sur son passage et en laissant, à ceux qui ont avalé bien des couleuvres, la possibilité d’une représentation honorable à l’Assemblée. A moins qu’il ne veuille laisser, aux islamistes, la possibilité de devenir la principale force d’opposition et de gagner la Communauté urbaine de Nouakchott. Ce qui serait du plus mauvais effet, vis-à-vis des partenaires étrangers, toujours très frileux face à l’islam politique. De toute manière, les islamistes ayant la fâcheuse habitude de tisser leur toile sans se presser, ils risquent fort de se retrouver, dans quelques années, la principale force politique du pays. Et le pouvoir leur aura grandement facilité la tâche, cette fois, en fermant la porte du dialogue avec les forces progressistes. Une aubaine que le parti Tawasssoul n’a pas ratée et qu’il exploitera le plus possible, surtout à Nouakchott où l’opposition a toujours été majoritaire. Ould Abdel Aziz n’a jamais voulu d’Ahmed Ould Hamza, parce qu’il était RFD. Avec un vrai barbu comme nouveau challenger, sa glabre rectification parviendraIt-elle, enfin, à paraître démocrate ?  L’hiver égyptien a le vent en poupe…  
                                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

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