La façon, pour le moins désinvolte et peu galante,
avec laquelle la ministre de la
Culture a été virée, la semaine dernière, en dit long sur les
méthodes cavalières de ceux qui nous gouvernent. A commencer par le premier
d’entre eux, capable des pires colères, pour un oui ou un non. Deux jours avant
ce limogeage intempestif, le mari de ladite dame, le président de la commission
des marchés de son ministère, et deux hommes d’affaires avaient été arrêtés,
par la gendarmerie, dans le cadre d’une enquête sur l’attribution du marché du stade de Nouadhibou. Alors que la
construction d’un stade dépend du ministère de l’Urbanisme et que son
attribution échoit à une commission sectorielle indépendante, une rumeur
savamment entretenue – par qui et dans quel but ? – a fait porter, à madame
la ministre, l’entière responsabilité du cafouillage qui a sanctionné
l’attribution puis l’annulation du marché. Alors que, dans les faits, elle n’a
rien à voir dans ce processus, ni au début ni à la fin. On a évoqué, pêle-mêle,
promesses de commissions, marchandages, tractations, faux documents,
enregistrements et tabassage. « Qui veut tuer son chien l’accuse de rage »,
dit le célèbre dicton. A quelques mois d’une nouvelle campagne électorale, Oud
Abdel Aziz entend enfourcher son cheval
de bataille, celui de la lutte contre la gabegie. Largement mise à l’épreuve
par les agissements de sa parentèle, il espère, probablement, lui donner un nouveau
souffle, en limogeant une des plus anciennes ministres de son gouvernement.
Quitte à invoquer de farfelus motifs, avant même que l’enquête, diligentée par
la gendarmerie, n’aboutisse. En Mauritanie nouvelle, la présomption d’innocence
reste une notion inconnue.
Au cours du Conseil des ministres qui a suivi le
limogeage de Mint Boïdé – celui de jeudi dernier, donc – Ould Abdel Aziz est sorti
de ses gonds, vilipendant ses subordonnés qui n’ont pas compris, selon lui, le
sens de son combat contre les prévaricateurs. Nos vaillants ministres,
tremblant à qui mieux mieux, étaient dans leurs petits souliers. Si l’un d’eux avait pris son courage à deux
mains, il aurait pu répondre que la lutte contre la gabegie est très sélective.
Sinon, comment comprendre que des individus, partis de rien, arrivent, en
quelques années, à fonder des sociétés
d’assurances, d’hydrocarbures ou de BTP et à devenir actionnaires dans des
banques, alors qu’ils n’ont hérité de rien, sauf, peut-être, de liens de
parenté opportuns ? Que les enregistrements
ne peuvent être cause d’emprisonnement. Suivez mon regard. Et que le tabassage n’est
que peccadille, comparé aux balles réelles. Mais plus personne n’est capable
d’élever la voix, dans ce pays. La flagornerie, la politique du ventre, l’appât
du gain, les bassesses en tout genre ont fini par avoir raison de toute dignité.
Il est vrai que celle-ci n’a pas de prix et qu’elle n’est donc pas négociable.
Pas très intéressant pour nos esprits boutiquiers… Il n’y a qu’à voir comment
les gens accourent à l’accueil du Président, lors de ses déplacements, pour se
rendre compte du cloaque où l’on est tombé.
Mais il faut dire, à la décharge des souteneurs
professionnels, que le Guide éclairé qu’ils ne cessent d’applaudir n’a pas,
ordinairement, la haine tenace. Tous ceux qu’il a relevés de leurs fonctions
ont fini par être rappelés aux affaires. Sans qu’on sache vraiment à quoi s’en
tenir. Coupables, rien ne justifierait leur retour en grâce. Innocents, ils
seraient en droit d’exiger des excuses officielles d’un pouvoir qui a les traînés
dans la boue. Or, il n’est pas plus question de culpabilité que d’excuses.
Juste le calme après la tempête. Madame Cissé peut donc dormir tranquille. Sa
réhabilitation n’est qu’une question de semaines ; de mois, tout au plus.
Et l’on passera à la prochaine victime… avant qu’elle ne revienne à son tour.
Au pays des coups foireux, tout est possible. Même l’impossible.
Ahmed Ould Cheikh
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