mercredi 18 mai 2011

Editorial : Danger de CDM!

«Notre pays, qui subit, naturellement, les influences des profondes mutations que connaît son environnement immédiat, a vécu, ces dernières semaines, un climat sociopolitique quelque peu agité, en raison de la hausse vertigineuse des prix, du chômage des jeunes et de la persistance de la crise économique. Ce qui fut l’origine de grèves et manifestations qui ont touché des secteurs vitaux tels que la santé et l’éducation. A ce propos nous considérons qu’au lieu d’ignorer ces problèmes et de tenter de les résoudre par la force, le gouvernement se doit de trouver, en toute célérité, les solutions adéquates les plus conformes aux aspirations des manifestants. […] L’étroitesse de vue, l’extrémisme idéologique, l’autoritarisme et la quête effrénée de la seule ambition personnelle constituent des voies étroites par lesquelles les questions nationales ne peuvent trouver de solutions. […] Face à cette situation et comme je l’ai souligné, à maintes reprises, la solution des problèmes nationaux demeure subordonnée à un dialogue, sincère et responsable, entre tous les acteurs politiques, à condition que l’intérêt national prime sur toutes les autres considérations.»

De qui sont ces propos, selon vous? D’un membre de l’opposition ou de la génération Facebook? Ni l’un, ni l’autre. Mais d’El Arbi Ould Jeddeine, vice-président de l’Assemblée nationale himself, à l’ouverture de l’actuelle session parlementaire. Le discours a provoqué un tollé, dans les rangs de la majorité. Et de légitimes questions. Cette déclaration était-elle écrite pour Messaoud et c’est à son suppléant qu’est revenu l’honneur de la lire, en l’absence du président de l’Assemblée? Reflète-t-elle, réellement, le point de vue d’Ould Jiddeine? Ould Abdel Aziz en a-t-il été informé? Quand on connaît la relation entre les deux hommes… La communication constitue, en tout cas, un énorme pavé dans la mare et témoigne, si besoin était, du malaise qui habite, désormais, la majorité. Prise pour cible par le président, lui-même, qui ne manque pas une occasion de lui rappeler ce qu’elle vaut, réellement, et comment il l’a cooptée ; et par l’opposition qui l’accuse de tous les maux ; la pauvre CMP, groggy, ne sait plus où mettre la tête. D’autant plus que sa formation-phare, l’UPR, est, désormais, concurrencée par un parti dit «des jeunes», qu’on présente comme pas loin d’Ould Abdel Aziz… Il y a de quoi avoir des sueurs froides. Des hommes et des femmes, dont les seuls applaudissements suffisaient à obtenir les faveurs du Prince, se retrouvent, subitement, sevrés de tout. Ils n’ont plus de quoi s’entretenir, encore moins entretenir une base qui risque de s’effilocher. Et comme aucun espoir ne pointe à l’horizon, la désillusion ne peut aller que crescendo. Déjà, lors du renouvellement avorté du tiers du Sénat, il y a quelques semaines, la façade du parti au pouvoir s’est, fâcheusement, lézardée. On avance, même, que le report de cette élection partielle fut une façon d’éviter, à ce parti, une déculottée du plus déplorable effet, à quelques mois des élections législatives et municipales, programmées en novembre de cette année. Pour ne pas être accusée de laxisme, l’UPR s’est empressée de suspendre, trois mois, ceux qui se sont présentés contre ses candidats, d’avertir et de blâmer certains de leurs soutiens. On se demande, d’ailleurs, pourquoi personne n’a été exclu, alors que la rébellion était ouverte et que les frondeurs – Ah! Le vilain mot! – s’étaient juré de faire mordre la poussière, par tous les moyens, aux candidats du parti. En tapant dans la fourmilière, six mois avant l’échéance de novembre, Ould Abdel Aziz espère se donner le temps de la calmer, en rappelant, aux professionnels de la claque, qu’il détient fermement, lui, les rênes du pouvoir et, accessoirement, les cordons de la bourse. Un constat bien étayé ou… une téméraire hypothèse? Dans la conjoncture actuelle et l’amour immodéré des Mauritaniens pour l’informel, CMP, COD, syndicats et facebookeurs pourraient bien se découvrir, sous le boubou, une opportunité de CDM – Collectif Des Mécontents – inquiétante pour les militaires et notre généralissime président…

Ahmed Ould Cheikh

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