mercredi 20 avril 2011

Les interviews (presque) imaginaires du Calame

Mohamed Ould Abdel Aziz: ‘’ Je n’ai, quand même, pas fait deux coups d’Etat, pour, ensuite, remettre le pouvoir à quelqu’un qui n’a fait que se présenter à une élection!’’

Le Calame: Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, bonjour. Dois-je vous appeler général, président ou commandant du BASEP?

Mohamed Ould Abdel Aziz: Président, c’est bon. Même si le BASEP, c’est un peu ma chose

- Les révolutionnaires ont rejeté la médiation de l’UA, sous prétexte que trois d’entre vous sont arrivés au pouvoir par coup d’Etat…

- Coup d’Etat? Mais ils sont fous, moi j’ai pas fait de coup d’Etat. J’ai rectifié.

- Pourtant Sidi, qui était élu pour cinq ans, n’a pas fini son mandat…

- Sidi, Sidi… Eheih! Sidi, c’était mon ami et j’ai été obligé de le mettre en sécurité. Les militaires allaient refuser de servir le pays, si j’étais débarqué. Ils risquaient, même, de s’en prendre à lui. Les civils, aussi, étaient dans tous leurs états. Vous avez vu mon bataillon de députés? Ils se levaient au moindre signe de la main. On aurait dit des militaires! (rires)

- On vous a vu, en Côte d’Ivoire et en Libye, jouer les médiateurs, alors que votre pays éprouve des difficultés. N’aurait-il pas été plus sage de balayer, d’abord, devant votre porte?

- Quelle porte ? Ne me parlez pas le langage de l’opposition. Vous avez vu tous ses goudrons? Et puis Gbagbo ou Kadhafi, c’est moi, dans trente ans. Je veux les aider, pour que quelqu’un d’autre vienne m’aider, quand je serai dans la même situation.

- Mais vous ne pouvez pas exercer plus de deux mandats, selon la Constitution!

- La Constitution? Moi, j’ai une seule Constitution. C’est celle qui dit, dans son article 1, que le chef a toujours raison. Vous, les civils, vous êtes compliqués, avec toutes vos lois qui n’en finissent jamais. Moi, quand je veux, je fais. Lorsque j’ai reçu, l’autre jour, les gérants des bourses qui se plaignaient de la loi interdisant l’importation des voitures de plus de cinq ans, je leur ai répondu: «Rentrez chez vous et amenez tout ce que vous voulez». Et hop, on n’en parle plus!

- Mais le pays a d’autres soucis que les goudrons ou les voitures d’occasion…

- Quels soucis? Al Qaida sait, à présent, de quel bois je me chauffe. Le dialogue politique? J’ai déjà reçu tout le monde et on a parlé. Qu’est-ce qu’ils veulent, ces gens-là? Ma place? Je n’ai, quand même, pas fait deux coups d’Etat, pour, ensuite, remettre le pouvoir à quelqu’un qui n’a fait que se présenter à une élection!

- C’est la loi de la démocratie, non ?

- Démocratie, démocratie... Quelle démocratie? Tout de suite les gros mots. Comparé à Kadhafi ou Ali Abdallah Saleh, je ne suis pas un démocrate? Eux ne font pas d’élection; moi, je les organise pour les gagner.

- Comme dans la république très très démocratique du Gondwana?

- Notre ami Mamane, je l’aime beaucoup. Quand je l’écoute sur RFI, je me demande, parfois, s’il ne parle pas de moi ou de la Mauritanie.

- Et vous ne craignez pas ce qui est arrivé en Tunisie ou en Egypte?

- Non, jamais. Mes flagorneurs ne disent-ils pas que nous avons, déjà, accompli notre révolution en 2008? Ils sont vraiment forts. Ils croient me faire plaisir, en parlant ainsi. En fait, ils me font pitié. Et, pour ne rien vous cacher, j’ai parfois envie de descendre, moi-même, dans la rue, en brandissant une banderole: «Ould Mohamed Laghdaf, dégage!». Mon Premier ministre commence sérieusement à me pomper l’air mais je n’arrive à me débarrasser de lui. Une vraie sangsue. Son marabout ou sa guezana [jeteuse de cauris, NDLR] doivent être vraiment forts. Je vais dire à mes espions de les dénicher pour les débaucher (rires).

Propos (presque) recueillis entre deux vols

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