mercredi 8 décembre 2010

Editorial : Le syndrome de Stockholm

Ce qu’on pressentait, depuis quelques temps, est arrivé, la semaine passée. Après plusieurs mois d’atermoiements et de louvoiements, le Pacte National pour la Démocratie et le Développement (PNDD ou ADIL, en arabe) – parti fondé sous la houlette de l’ancien président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, pour encadrer «sa» majorité – a, officiellement, rejoint la majorité présidentielle, du moins si l’on en croit son président, Yahya Ould Ahmed El Waghf. Passé l’effet d’annonce, plusieurs questions restent en suspens. Cette décision a-t-elle été prise par le conseil national de ce parti, son bureau politique ou son congrès? A-t-elle fait l’objet d’un vote ou d’un consensus? Qu’a-t-il ou que va-t-il obtenir, en échange? A-t-il signé un document d’entente, avec le parti au pouvoir, prévoyant un raffermissement de la démocratie, une prise en compte de son programme politique ou une participation au gouvernement? Sur quoi s’est basé Ould El Waghf pour amarrer le parti à la majorité, alors que le dernier congrès de celui-ci avait décidé d’inscrire son action dans le cadre de l’opposition démocratique? Visiblement, aucune procédure n’a été respectée et rien de tout cela n’a été obtenu. Ni vote ni consensus encore moins de mémorandum, rien qui justifie qu’on range ses principes au placard, pour un aléatoire morceau d’un gâteau, déjà si peu alléchant.
Pressé d’annoncer la «bonne» nouvelle, Ould El Waghf se serait basé sur les résultats d’une réunion du conseil national au cours de laquelle la majorité des intervenants s’est déclarée en faveur de cette option. Les autres, ceux qui sont contre et qui n’ont pas été bavards ou absents, seraient-ils minoritaires? Le cas échéant, pourquoi ne pas passer au vote, comme le prévoient les textes? La décision serait alors inattaquable et l’on y verra, plus difficilement, la main du pouvoir pour affaiblir l’opposition et démontrer qu’elle est incapable de résister aux appels des sirènes. Mais on a essayé de l’extirper au forceps et cela a ouvert la voie à toutes sortes d’hypothèses.
Certains membres du PNDD, parmi les plus chauds partisans de ce «retour aux sources», seraient-ils atteints du «syndrome de Stockholm»? Qui voit le prisonnier ou l’otage finir par éprouver de la sympathie pour son bourreau. N’ont-ils pas été évincés du pouvoir, jetés en prison, traînés dans la boue, accusés de vol et de détournement, par Ould Abdel Aziz? Celui-là même pour lequel ils ont, à présent, les yeux de Chimène. Et, au rythme où ils vont, sans même respecter les formes, ils ne sont certainement plus loin de lui trouver des qualités supérieures, non seulement à Sidioca – cela va dire – mais aussi à Ould Taya – ce qui serait presqu’un comble, si l’on ne les connaissait pas..
L’opposition est un interminable cheminement qui exige des convictions fortes, un souffle de longue haleine, une capacité à supporter brimades et vexations et un rythme de vie qui exclut l’ostentatoire et le superflu. Les hommes nantis de ces qualités se font, malheureusement, de plus en plus rares, dans le pays. Contrairement à ceux, nombreux, qui sont prêts à applaudir à tout vent, à se tordre de rire, à danser du ventre, à se plier en quatre pour plaire au prince du moment. Lequel éprouve le plus grand plaisir à les voir picorer les quelques grains qu’il consent à leur jeter, de temps à autre. La démocratie à la mauritanienne est ainsi faite. Elle est partie, dès le départ, sur une mauvaise piste. Et gageons que ce ne sont pas les militaires, avec ou sans ADIL, qui la remettront sur les rails.

Ahmed Ould Cheikh

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