jeudi 14 novembre 2019

Editorial: Lettre ouverte à Ghazouani

Monsieur le Président, vous fêterez très bientôt  vos cent premiers jours à la magistrature suprême. Un délai communément admis dans le Monde pour dresser le premier bilan d’un nouveau chef d’Etat. Pourquoi cent ? Un seuil psychologique choisi probablement au hasard et qui ne représente pas grand-chose des cinq ans (ou plus) que vous passerez à la tête de notre république. Mais je sacrifierai, moi aussi, à ce rituel, même si je reste persuadé qu’il faudra beaucoup plus de cent jours pour seulement avoir une idée du gâchis dont vous avez  hérité. Choisir les hommes, mettre de l’ordre, redresser sont au moins trois paires de manches. Vous ne savez sans doute pas par où commencer, tant la tâche paraît ardue. Mais vous devez d’abord surmonter une difficulté et non des moindres. Ould Abdel Aziz est votre ami, pour ne pas dire alter ego, vous avez longtemps cheminé ensemble, il a contribué à votre élection  et vous ne pouvez pas, d’un revers de main et malgré l’extrêmement lourd passif, jeter le bébé avec l’eau du bain. Vous aurez donc besoin de tout votre talent de stratège pour naviguer entre des eaux tumultueuses et éviter les écueils que ne manqueront pas de poser, sur votre chemin, ceux qui n’ont pas intérêt à ce que la roue tourne. Vous avez commencé timidement : personne ne peut vous le reprocher. Votre culture tout en retenue vous empêche de faire des vagues. Mais, monsieur le Président, il y a urgence en certains domaines. Certes, vous n’avez pas de baguette magique ; pourtant il en faut une. Votre prédécesseur a commis tant de dégâts qu’il faut se révéler sorcier pour voir clair en une situation si ambigüe, opaque, (que dire ?). En voici des exemples et la liste n’est pas exhaustive.
L’école a été laissée pour compte pendant plus de dix ans. Que dire de la santé, infectée par les mauvaises pratiques et intoxiquée par les médicaments périmés ? La justice ? Inféodée à l’Exécutif. L’eau et l’électricité qui ont englouti des milliards ?  Elles ne sont pas assurées à tout le monde. Les infrastructures routières ? Malgré tout l’argent dépensé, elles sont dans un état déplorable. L’économie ? Vous héritez d’une dette de cinq milliards de dollars, soit près de 94% du PIB, 1132 dollars par tête d’habitant. Les marchés publics ? Toujours attribués aux mêmes. Le secteur privé ? Plus que l’ombre de lui-même : au lieu de l’encourager, l’Etat lui a fait la guerre, dix lourdes années durant. Les exemples de gabegie et de malversations ne manquent pas, il serait fastidieux de les citer un à un. Vous en avez été certainement informés. Une chaîne qu’il faut briser au plus vite. Comme vous avez brisé une barrière psychologique, en recevant les leaders de l’opposition et les hommes avec qui vous avez croisé le fer lors de la dernière présidentielle. Un premier pas non négligeable sur la voie de la décrispation de la scène politique. Mais beaucoup de choses restent à faire.  On attend tous le Messie. Il vous faudra sans doute commencer par mettre les choses au clair à ce sujet. Au plus vite, pour éviter des quiproquos et d’incongrus reproches. Vous n’aurez donc jamais à nous décevoir de ne pas être un autre. Et plutôt, je vous l’espère sincèrement, à nous réjouir  de vous constater, dans vos œuvres et services, tout simplement vous-même.
                                                                                             Ahmed Ould Cheikh

lundi 28 octobre 2019

Editorial: Partis en fumée

Il est, en Mauritanie, une règle immuable depuis la nuit des temps républicains. Chaque fois qu’un président se fait remplacer, de gré ou de force, le parti qu’il a fondé ex nihilo est convulsé de spasmes ; autrefois nombreux et disciplinés, ses militants se raréfient puis disparaissent ; jusqu’alors aux premières loges, ravis des grâces du Seigneur, ses chefs se font de plus en plus petits ; son siège qui ne désemplissait pas ressemble désormais à une maison hantée où personne ne veut poser pied ; même ses élus n’en revendiquent plus l’obédience. On connut tel scénario avec le Parti du peuple mauritanien du père fondateur, les Structures d’Education des masses de Haïdalla, le PRDS de Maaouya et, dans une moindre mesure, l’ADIL du président Sidioca. Et le voilà en notre quotidien contemporain, avec l’UPR, le parti qu’Ould Abdel Aziz porta sur les fonts baptismaux. Premier à porter l’estocade, un transfuge d’APP, ancien député UPR. Avec un énorme pavé dans la mare, en déclarant ouvertement que ce parti doit « se tourner vers l’avenir ». Au moment même où l’on évoquait, avec insistance, l’imminent retour d’Aziz pour présider le congrès de l’UPR et en prendre la tête ! Petit tollé rapidement étouffé. Les partisans du comeback – ils ne sont pas nombreux… – mettent de l’eau dans leur zrig. Le président du comité provisoire  de gestion du parti, qui a hérité d’un ‘’bon’’ morceau, ne pipe plus un mot. Pire, chacun peut constater, lors de la dernière réunion de ce comité, la disparation, comme par enchantement, de la grande photo du « président-fondateur » qui ornait le mur de la salle  de conférence. Un fait dont  les réseaux sociaux et la presse se sont fait largement l’écho. Les Mauritaniens, vous dis-je, ont la mémoire courte et la reconnaissance n’est pas leur qualité première. Aziz, qui se retourna, dès son élection, contre ceux qui l’avaient fait roi, est en train de périr à son tour par l’épée de l’opportunisme. A ce rythme, quelques mois suffiront à ne plus laisser, de ce parti, que le nom et le souvenir de « plus d’un million d’adhérents » fictifs. Tout comme un certain PRDS dont « tous les Mauritaniens étaient membres » et qui, au soir d’un certain 3 Août 2005, entama sa descente aux enfers, avant d’être enterré dans les oubliettes de l’Histoire. Ould Abdel Aziz aura-t-il plus de chances que ses prédécesseurs ? Saura-t-il maintenir son parti en vie après son départ du pouvoir ? Ses soutiens entretenir la flamme ? Rien n’est moins sûr, au vu du lourd héritage qu’a laissé l’homme derrière lui. Et des frais diluviens d’entretien d’une telle cour de courtisans si sensibles aux faveurs sonnantes et trébuchantes… Il dispose certes d’un épais matelas de devises méthodiquement glanées sur le dos du pays et ce ne serait pas superflu qu’une partie de ces revenus indus circule un tant soit peu en Mauritanie mais, bon, chaque jour qui passe réduit inexorablement l’hypothétique rendement d’un tel investissement. Dieu merci!
                                                                              Ahmed Ould Cheikh

dimanche 20 octobre 2019

Editorial: Game over?

Un enregistrement vidéo datant de quelques années circule, depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux. L’ancien président Ould Abdel Aziz y évoque la gabegie qui mine l’économie du pays. Devant une foule enthousiaste qui croyait encore à ce qui ne se révèlera, finalement, qu’un cynique slogan creux, celui qui s’affirmera, à l’épreuve des faits, comme le plus grand prédateur de la République fait mine de s’emporter : « Deux, trois ou quatre personnes font main basse sur le budget de l’Etat et l’on ne réagit pas.  Il n’est pas normal qu’à chaque changement de régime, on fasse table rase du passé et  laisse les criminels impunis. » Le décor est planté : Le budget de l’Etat, les prêts, les dons, tout a été avalé. Le régime a changé et ses crimes restent, à ce jour, impunis. Risque-t-on de lui appliquer la sentence qu’il a lui-même édictée ? La demande populaire en ce sens est très forte, serait-ce trop demander à son successeur et ami ? Il y a, en tout cas, urgence à nettoyer les écuries d’Augias que ce pouvoir maléfique nous a laissées. En commençant par entreprendre un véritable audit des finances publiques, des sociétés injustement liquidées, des marchés de complaisance en tous les domaines, de la dette astronomique qu’il nous a fourguée, des attributions foncières et, pourquoi pas, du parc automobile. En dix ans, le pays a généré autant d’argent qu’en cinquante années d’indépendance et ne s’en est pourtant pas porté mieux.  Un système éducatif des pires de la planète ; son homologue sanitaire à l’agonie ; un réseau routier toujours pas aux normes, malgré les milliards engloutis ; une dette atteignant les 100% de son PIB : aucun secteur n’arrive à tirer son épingle du jeu. 
Pensait-il, Ould Abdel Aziz,  qu’il passerait, un jour, du statut d’accusateur à celui d’accusé ? Qu’il tomberait en plein dans le mille de ce qu’il reprochait à ses devanciers ? La gestion des deniers publics n’a jamais connu une période aussi sombre que sous son magistère. Il va bien falloir, un jour ou l’autre, en rendre compte. On ne peut pas diriger un pays pendant onze ans, le piller systématiquement, avec le concours d’un clan vorace et se retirer, sur la pointe des pieds  mais dans un bruit de tonnerre : celui d’une ribambelle de casseroles traînées.
En Afrique du Sud, l’ancien président Jacob Zuma, un des leaders de la lutte anti-apartheid, vient d’être rattrapé par la justice de son pays qui lui reproche d’avoir touché des pots-de-vin du groupe français Thales contre un marché d’armement. Il sera jugé pour  corruption. Que dire alors du nôtre qui attribua la centrale électrique duale à la société finlandaise Wartsila, pourtant trente millions d’euros plus chère que les autres entreprises techniquement qualifiées ?  L’aéroport  et le port de Nouakchott, sans le moindre d’appel offres et dans une opacité totale, respectivement  aux sociétés émiratie Afroport et singapourienne Olam ? Un blanc-seing pour piller nos côtes, pendant cinquante ans, à la société chinoise Polyhone Dong ? Dans n’importe quel pays aussi militarisé que le nôtre, un seul de ces crimes aurait valu, à son auteur, cour martiale et peloton d’exécution. Mais en Mauritanie kakie, l’impunité a encore de beaux jours devant elle. Sauf, si la pression de la société civile (qui commence à bouger timidement) et de la rue, décide le pouvoir à franchir le Rubicon. Il y va de notre salut, pour que plus jamais le pouvoir ne soit le chemin le plus court vers l’enrichissement illicite. Game over, une bonne fois pour toutes !
                                                                                                Ahmed Ould Cheikh

lundi 30 septembre 2019

Editorial: Guidons notre guide

Les Mauritaniens aspirent au changement. Après dix ans de disette, jamais le désir de tourner cette sombre page n’a été aussi fort. Si l’on excepte les années de braise de Haidalla (1980-1984) à la fin desquelles le pays tout entier était descendu spontanément dans la rue, pour fêter la délivrance. Au cours de son dernier mandat,  le régime d’ould Abdel Aziz, qui se savait partant, malgré quelques velléités de s’incruster au pouvoir, est devenu synonyme de prédation, gabegie, népotisme, laisser-aller, pillage à ciel ouvert, sans aucun respect des formes. Le pays n’en pouvait plus des mêmes visages bouffis de mauvaise graisse, disant une chose et agissant à l’inverse, prenant l’Etat pour leur vache laitière et le peuple en dindon de la farce. L’administration de la chose publique qu’ils étaient pourtant censés servir et qui leur conférait cette respectabilité (dont ne se prévalent vulgairement que ceux qui en manquent naturellement), n’avait plus d’état que le nom. Missions régaliennes bafouées, ni éducation, ni santé, ni sécurité, jamais l’Etat n’avait été, en à peine une décennie, aussi floué, méprisé, volé. Le peuple (vous, moi et les autres) voyait ses ressources  dilapidées, ses symboles piétinés, son histoire falsifiée. Comme dit le dicton, ce qui tuait à une certaine époque, ne faisait même plus honte. Nous étions tombés au plus bas de la déchéance.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue l’élection présidentielle de Juin dernier. Une élection sur laquelle se sont fondés tous les espoirs, puisqu’elle allait permettre – enfin ! – une alternance pacifique à la tête d’un Etat certes moribond, glissant dangereusement vers l’abîme, mais toujours réformable, si nous nous y mettons avec détermination et constance. D’où l’urgence, pour le nouvel élu, de prendre rapidement le taureau par les cornes, afin de sauver ce qui reste des meubles. Une tâche ardue mais pas insurmontable. Tout balayer d’un coup ? La demande populaire en ce sens est puissante mais, plus encore, le risque de chaos. N’exigeons pas l’impossible. Ould Ghazwani appartient au système qui l’a fait élire. Il ne peut s’en départir d’un trait de plume. L’ombre d’Ould Abdel Aziz continuera à planer sur nous, quelque temps encore, qu’on le veuille ou non. Certains de ses hommes parmi les plus décriés resteront aux commandes en certains postes névralgiques, pour assurer ses arrières. Jusqu’au jour où le vent contraire commencera à tourner. Dans quelques mois ou quelques années. En tout cas, inéluctablement. Le pouvoir, dit-on à juste titre, ne se partage pas et l’on ne peut pas être et avoir été.
L’un assure ses arrières, l’autre ses devants. C’est donc bien qu’on est en interrègne. Entre-temps, les courtisans d’hier se bousculent pour devenir ceux d’aujourd’hui. Que rien ne bouge, surtout, que rien ne bouge ! Sinon en apparence. D’autres, n’aspirant qu’à prendre leur place, n’ont guère plus de volonté à faire bouger réellement les choses. Mais d’autres encore l’ont, cette lucidité de vouloir œuvrer au meilleur, sont conscients de l’impérative nécessité, pour le bien commun, de s’y mettre sans plus tarder ; s’y attèlent déjà parfois. Les Mauritaniens aspirent au changement, disais-je en exergue. Mais de quoi ? Changer de boubou ou de comportement ? De forme ou de fond ? A chacun de nous de répondre à ces questions décisives, en son for intérieur, dans son quotidien, au volant de sa voiture comme à la conduite de sa charrette. Le peuple est souverain, n’attendons pas Ould Ghazwani, prouvons-lui, chacun, partout, à chaque instant, la réalité de notre volonté commune au meilleur, guidons notre guide !
                                                             
Ahmed Ould Cheikh

lundi 2 septembre 2019

Editorial: Rendez nos biens:

Le pont de Rosso sur le fleuve Sénégal, annoncé par le fameux ex-ministre de l’Economie et des finances, suite à un financement de 12 milliards MRO, dans le cadre d'une convention de prêt avec la Banque Africaine du Développement, n’a jamais vu le jour ; ni même un semblant de début de réalisation. Où est passé l’argent ? L’échangeur du Carrefour Madrid, dit Pont de l'Amitié, devait fluidifier la circulation en ce si pénible engorgement, selon les termes du même Ould Djay : le milliard six cent cinquante millions MRU offert par les Chinois à cet effet a disparu… sans que le pont ne soit édifié. La Grande Mosquée de Nouakchott de quinze mille places, avec une aile pour les femmes et autres équipements modernes ; l’hôtel cinq étoiles Sheraton de six étages dont les travaux devaient finir en Septembre 2016 ; l’usine d’assemblage d’avions qui a englouti des dizaines de millions de dollars… sans connaître le moindre début d’exécution. La cour est-elle pleine ? Hélas pas : les installations du projet Guelb 2 de la SNIM ont coûté près d’un milliard de dollars qui n’a servi qu’à acheter des équipements inadaptés, auprès de membres du clan facilement identifiables ; le projet « Sucre de Foum Gleïta », dont les études ont dilapidé des milliards, n’a pas produit le moindre kilo de cette précieuse denrée…  Autant de projets annoncés grandioses dont on attend encore l’audit promis, par Mohamed ould Abdel Aziz, lors d'une de ses conférences de presse. On aurait donc dû savoir, avant la fin de son ultime mandat, si et comment tous les établissements publics avaient respecté les procédures légales et bien géré les fonds et ressources allouées. Mais le 2 Août a passé et l’on n’en sait toujours rien.
Monsieur le Président Ghazwani, vous avez prêté serment, le 1erAoût 2019, devant Dieu et le peuple mauritanien, de servir celui-ci par tous les moyens. Il faut laisser l’amitié de côté et entreprendre, immédiatement, toutes les actions utiles pour récupérer les biens de la nation détournés par votre prédécesseur, sa famille et ses différents acolytes. C'est un devoir auquel nul ne peut vous soustraire. C’est une nécessité pour votre honneur. C’est le moindre gage de votre intégrité. Le peuple, la Nation tout entière se meurt. Ses biens ont été dilapidés. Ses enfants ne sont ni éduqués, ni soignés, encore moins sécurisés. La faute à un pouvoir qui a juré de ne rien laisser, ni pour maintenant, ni pour les décennies à venir.  Allons, Président, courage ! Faites-lui rendre nos biens !
                                                                                                 Ahmed Ould Cheikh

lundi 5 août 2019

Editorial: Enfin!

Plus que  24 heures avant que notre guide éclairé ne disparaisse du devant de la scène politique ! La cérémonie d’investiture du nouveau président élu, prévue le 1er Août, sera incontestablement un tournant dans la vie de notre nation. Celui qui tient les rênes du pouvoir, directement depuis onze ans et indirectement depuis quatorze, va, presque contraint et forcé, céder son fauteuil. Après avoir tenté, il y a quelques mois, un dernier coup tordu, visant à amender la Constitution et s’incruster au pouvoir, il fait brusquement volteface et tue, dans l’œuf, la tentative désespérée de certains députés à violer le texte fondamental. Suit une élection présidentielle contestée envers laquelle il n’aura fourni aucun effort, comme envers toutes celles qui l’ont précédée, pour la rendre un tant soit peu crédible et consensuelle, le voilà à passer, à son successeur, un pays exsangue.  Un cadeau empoisonné… à dessein ? Un pays où plus rien ne marche.  Une économie moribonde, un système bancaire à la dérive, une dette extérieure et intérieure colossale ; un tissu social en lambeaux ; une administration où n’importe qui peut prétendre à n’importe quoi, pourvu qu’il ait les bras assez longs ; une justice totalement inféodée, un système de passation des marchés aux mesures du seul clan ;  l’école et la santé en état de mort clinique ; une insécurité galopante ; des ressources halieutiques aux mains d’un seul homme  qui en distribue les quotas selon son bon vouloir ; un secteur minier dont les retombées ne profitent qu’à une minorité « bien née » ; une agriculture qui continue à absorber des milliards, pour un résultat presque nul… Une capitale pourrie où l’anarchie règne en maître, où les écoles ont été vendues, les places publiques squattées, le plus officiellement du monde, les réserves foncières pillées... Vous en voulez encore ? Il faudrait beaucoup plus de temps et d’espace, pour résumer onze ans de gabegie, de pillage et de laisser-aller. Un héritage tellement lourd qu’il est légitime de se demander si le pays pourra s’en relever.  Des travaux d’Hercule, en somme, pour le nouveau président qui doit, soit assumer l’héritage de son prédécesseur, soit donner un énorme coup de pied dans la fourmilière. Un coup de pied qui emportera moisissures et pourritures dont celle-ci regorge. La nature de l’homme s’y prête-t-elle ? Devenue écuries d’Augias, la Mauritanie a, en tout cas, besoin d’être nettoyée de fond en comble. Mais, bon, plus que 24 heures et tout sera désormais possible. Enfin !
                                                                                                Ahmed Ould Cheikh

lundi 29 juillet 2019

Editorial: Justice transfrontalière

Dans sa chasse effrénée aux opposants, dont le seul tort est de lui avoir dit non et de s’être élevés contre ses méthodes cavalières de gestion, Ould Abdel Aziz  ne veut aucun répit. Même à quelques jours de la fin de son deuxième et dernier mandat, il mobilise avocats et policiers, dans une traque qui risque fort de n’avoir pas plus d’effet que les précédentes. Les mandats d’arrêt lancés, il y a quelques années, contre ses opposants à l’extérieur ont été rejetés par l’Organisation internationale de police, la fameuse Interpol, au motif qu’ils sont de nature politique et ne se basent sur aucune preuve formelle. Aziz ne s’est pas avoué vaincu pour autant. Il ordonne à ses hommes de monter un nouveau dossier où deux hommes d’affaires, opposants en exil, sont accusés, entre autres, de «blanchiment d’argent et fraude fiscale ».  Et pour appuyer sa démarche, il sollicite des experts d’Interpol, de façon à rendre le dossier plus «recevable » que le premier. L’homme a manifestement la haine tenace. Et fait  tout pour porter l’estocade à des adversaires coriaces, avant que ses flancs ne se dégarnissent. C’est ainsi que, de source bien informée, des experts Interpol  sont arrivés, il y a quelques jours, discrètement à Nouakchott au motif qu’ils allaient dispenser une formation mais en fait c’était surtout pour  appuyer lesdits dossiers préparés par le Parquet général mauritanien contre ces opposants vivant l'extérieur du pays. Les voilà repartis après avoir conseillé la maréchaussée sur la meilleure façon de bien ficeler un mandat d’arrêt. N'aurait-il pas été plus judicieux, pour Interpol, que son équipe soit dépêchée pour enquêter sur le Ghanagate et les malles de Coumba Bâ? Un délit transfrontalier où le dollar américain a coulé à flots. Au nom de quel principe Interpol accepte-t-elle de se faire instrumentaliser par un dictateur prédateur qui, jusqu'au dernier jour de son mandat, emprisonne, fait disparaître et libère comme bon lui semble?
Et que dire des ONG peshmergas qui acceptent d'être les instruments de la police politique : plainte contre des opposants à l'extérieur, juste pour leur porter préjudice, quand bien même le dictateur n'ait pu les juger malgré une justice aux ordres ? Ces mêmes ONG qui ont prêté leur nom pour justifier l'emprisonnement des blogueurs Ould Weddady et Cheikh Ould Jiddou ? Et que dire des dizaines de citoyens honnêtes toujours maintenus en liberté provisoire, depuis plusieurs années, juste pour satisfaire l'ego du guide éclairé ?
L'opposition démocratique doit ameuter toute autorité internationalement compétente : Secrétaire Général des Nations unies, Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme, Président et Secrétaire général d'Interpol, etc. – pour dénoncer cette assistance policière internationale  contre l'opposition mauritanienne. Il est vraiment grand temps que cette page se tourne, que la justice cesse d’être instrumentalisée, que l’opposition cesse d’être tenue pour délit. C’est une position normale, critique, indispensable au débat de la chose publique et les institutions internationales si soucieuses de promouvoir la démocratie doivent mettre le holà partout où cette position est bafouée. Et ne jamais accepter, en tout cas, de détourner leurs justes règles au service d’une telle injuste traque.
                                                                                                                 Ahmed Ould Cheikh