dimanche 23 juillet 2023

Editorial: Recyclage avant quelle révolution?

Le recyclage, il y a quelques jours, d’anciens hauts fonctionnaires valorisés sous le harnais au temps d’Aziz et la permutation d’ambassadeurs ont fini de persuader les plus sceptiques d’entre nous que le changement tant attendu n’est pas pour demain. Pourtant nommément cités dans le rapport de la Commission d’enquête parlementaire, certains ont été blanchis d’un trait de plume et réhabilités. La palme d’or revenant bien entendu à Mokhtar Ould Djaye qui hérite du poste ô combien prestigieux de ministre-directeur de cabinet du président de la République. Une façon de lui dérouler le tapis rouge. Un vrai mutant, disent ceux qui le connaissent. Mais il n’est apparemment pas le seul. Ceux qui ont, comme lui, servi Ould Abdel Aziz et se sont pliés en quatre pour le faire changer d’avis à propos du troisième mandat n’ont pas hésité à retourner leur boubou lorsqu’ils ont senti le vent tourner. Faut-il leur en vouloir ? Il s’agit tout de même là du sport favori des Mauritaniens et cela oblige à tempérer les jugements. Mais aussi banal soit-il, il n’en reste pas moins condamnable… Certes la formation du nouveau gouvernement la semaine dernière a permis d’insuffler du sang neuf avec la cooptation de technocrates à des postes importants mais la tendance générale demeure inchangée : la révolution attendra. Surviendra-t-elle enfin après la présidentielle de 2024, lorsque Ghazwani n’aura plus un nouveau mandat en ligne de mire et pourra donc gouverner à sa guise, en choisissant ses hommes à lui ? Et gérer en douceur la fin du système militaro-politique à l’horizon de son cinquantenaire ? Voilà qui serait sage : blanchir ne signifie pas remettre à neuf et entretient l’hypothèse de plus troublantes conclusions… Ahmed ould Cheikh

dimanche 16 juillet 2023

Editorial: Du nouveau et du réchauffé

Après les élections municipales, législatives et régionales de Mai dernier qui ont rendu un verdict sans appel : déroute mémorable pour l’opposition classique et majorité confortable pour le parti du pouvoir ; on n’attendait plus que la traditionnelle présentation de la démission du Premier ministre au président de la République. Ce qui fut fait la semaine dernière. Et la formation d’un nouvel attelage : après Bilal I et Bilal II, voici maintenant Bilal III. Avec une caractéristique majeure : onze nouveaux ministres ! Un chambardement dont on avait perdu l’habitude, au moins depuis l’arrivée de Ghazwani au pouvoir en 2019. En effet, le marabout-président a toujours procédé par doses homéopathiques lors des derniers remaniements. Lors de la formation de sa première équipe, au lendemain de la présidentielle qui le porta au pouvoir, il reconduisit même plusieurs ministres de « la Décennie », pourtant loin d’être blancs comme neige. On se dit alors que la page Ould Abdel Aziz avait encore de beaux jours devant elle… Et voilà la tendance confirmée avec ce nouveau gouvernement qui consacre le retour en force de Mokhtar ould Djay, l’âme damnée de l’ancien Président, au poste ô combien important de ministre-directeur de cabinet de Ghazwani dont il sera les yeux et les oreilles. Une sorte de Premier ministre bis qui ne reculera devant rien pour servir son maître du moment. Avant de le trahir dès que le vent tournera ? Comme il s’y employa si bien avec MOAA, en dévoilant aux enquêteurs tous les secrets qu’il avait pris soin d’amasser pour assurer ses arrières. Tapi dans l’ombre depuis près de trois ans, il fourbissait ses armes pour rebondir. Occasion lui a été offerte lors des élections qui l’ont vu diriger la campagne d’INSAF à Nouakchott. Certains croient qu’il aurait ainsi permis à ce parti de gagner toutes les mairies de la capitale. Il n’en est pourtant rien : c’est bel et bien l’opposition qui a offert Nouakchott sur un plateau d’or à l’INSAF en acceptant le principe de la proportionnelle. Et ouvrant ainsi cette ultime question : que peut apporter un homme tant décrié dans l’opinion publique et dont la fidélité n’est pas la qualité première ? Ghazwani finira bien par s’en rendre compte un jour. Prions pour lui que cela ne soit pas trop tard. Comme cela le fut pour un certain Ould Abdel Aziz… Ahmed ould Cheikh

samedi 8 juillet 2023

Editorial: Une déroute salutaire?

Les élections municipales, législatives et régionales ont vécu. Et, comme celles qui les ont précédées, ont apporté leur lot de tintamarre, vacuité des discours, promesses intenables, alliances contre-nature, achat des consciences, fraude à ciel ouvert et autre parti pris flagrant de l’Administration au profit de qui vous savez. Elles ont donné lieu également à d’énormes surprises : des partis de rien se sont retrouvés, par un de ces miracles dont seules les élections en Mauritanie ont le secret, avec plusieurs députés, tandis que des formations politiques ayant accompli toute leur « carrière » dans l’opposition n’ont pu décrocher le moindre strapontin. Un véritable tsunami électoral dont on n’a apparemment pas pris toute la mesure. À qui la faute ? À une relation apaisée, sinon complaisante, avec le pouvoir en place depuis 2019, après avoir été extrêmement tendue avec celui qui l’a précédé ? À un discours jugé trop modéré au moment où les citoyens s’attendaient à de franches prises de position face aux problèmes de l’heure ? À une érosion naturelle de l’électorat désormais plus réceptif à des discours plus virulents véhiculés par les réseaux sociaux? À l’éclosion de nouveaux pôles de l’opposition ? Il y a sans doute un peu de tout de cela dans la déroute de l’opposition traditionnelle à qui il ne reste plus, non pas à se faire hara-kiri, mais à se remettre en cause, « faire son autocritique », pour reprendre une formule chère aux Kadihines des années 70. Et peut-être à inventer, enfin, la démocratie spécifique à la Mauritanie ; un système viable, compréhensible à tous et toutes, vraiment révolutionnaire en ce qu’il serait vraiment respectueux de nos plus profondes traditions… Ahmed ould Cheikh

jeudi 22 juin 2023

Editorial: Pagaille à ciel ouvert

Tel habitant d’un quartier résidentiel remarque la rénovation d’appartements attenant à sa maison. Jusque-là, rien que de très normal, me direz-vous. Mais le voilà bientôt fort désagréablement surpris de voir leurs fosses septiques construites…juste devant chez lui ! Un autre subir l’érection d’un hôtel devant son domicile, lui bouchant la vue sans autorisation. Un autre encore une fenêtre de cuisine d’un immeuble attenant au sien s’ouvrir… sur celle de sa chambre à coucher !Des villas à Tevragh Zeïna destinées à être louées quelques jours à des couples nouvellement mariés provoquent un véritable tintamarre, au grand dam du voisinage dont les plaintes auprès des autorités restent sans effet. Des espaces publics sont squattés à longueur de journée. On les clôture, on y entrepose du matériel et on y construit même des villas. Même la plage n’est pas épargnée. C’est le hideux spectacle qu’offre désormais Nouakchott, particulièrement à Tevragh Zeïna où les terrains se négocient à prix d’or. Et le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme dans tout ça ? Il brille par sa présence… et son incompétence. Ses équipes sillonnent les rues, mettent des croix sur les maisons et les clôtures construites illégalement… mais n’ont jamais rien démoli. Devant tant d’incurie, les occupations illégales se sont multipliées. Tevragh Zeïna est devenu une pagaille à ciel ouvert. Interrogée, il y a quelques années, sur les capacités d’un journaliste qui avait travaillé un moment sous ses ordres, feue Mariem Daddah avait eu ce trait, bientôt devenu célèbre : « C’est la carence par excellence ». Une formule sans peine applicable au ministère de l’Habitat depuis des décennies. Et que la formation du prochain gouvernement s’emploierait, enfin, à démentir ? Ha, Seigneur de la miséricorde et des sociétés heureuses, fasse qu’il en soit ainsi ! Ahmed ould Cheikh

jeudi 15 juin 2023

Editorial: Problématique

 Après la mort en février dernier de Souvi ould Cheïne dans les locaux d’un commissariat de police à Dar Naïm, suite à des tortures que lui ont fait subir le commissaire et ses agents, le décès d’un autre citoyen entre les mains des agents d’un autre commissariat, cette fois à Sebkha, a failli sonner le glas d’une institution dont la main paraît devenir démesurément lourde lors des interpellations. Elle s’est pourtant lavée de tout soupçon, dans le cas d’Oumar Diop, en déclarant que celui-ci était déjà sous les effets de substances psychotropes lors de son arrestation. Mais personne ne l’a crue. Des hommes politiques sont montés au créneau et ont fait monter les enchères, en accusant, sans preuves, la police d’avoir liquidé Diop. Il n’en fallait pas plus pour embraser la rue. À Sebkha, El Mina, Kaédi, Boghé et Bababé, des jeunes ont affronté pendant deux jours les forces de l’ordre, brûlant des voitures et pillant des commerces. Des troubles qui ont provoqué la mort, à Boghé, d’un jeune homme victime d’une balle tirée, selon ses parents, par un policier. Après un déploiement sans précédent de la Garde nationale et de la police, la situation a été rapidement maîtrisée. Dans le même temps, l’autopsie du corps de Diop était réalisée en présence d’un membre de sa famille et de son avocat. Envoyés au Maroc pour analyses, les prélèvements n’ont pas tardé à révéler les véritables raisons du décès. Elle résulte, selon l’expertise, « d’un arrêt cardiaque avec une affection aigue du système nerveux central en rapport à une présence à forte dose de cocaïne, en plus de la consommation récente d’alcool ». On en accepte le verdict mais tous ces évènements n’en révèlent pas moins une vraie problématique entre les différentes communautés cohabitant en Mauritanie. Ce n’est pas fortuit et exige un traitement approprié, dans une pratique magnifiée de nos échanges fraternels entre gens de couleurs différentes…

                                                                                           Ahmed ould Cheikh

samedi 10 juin 2023

Editorial: Accidents ou bavures policères?

Comme Dakar ces derniers jours, Nouakchott a connu, la semaine dernière, des journées d’enfer. Suite à la mort « accidentelle » – encore une ! – du jeune Oumar Diop entre les mains de la police, plusieurs quartiers de Nouakchott se sont embrasés. Voitures brûlées, commerces vandalisés, forces de l’ordre attaquées par des groupes de jeunes. À Nouadhibou et Boghé – où un second jeune, Mohamed Lemine ould Samba, a trouvé la mort à la suite des manifestations ! – la même tension a prévalu. Une véritable atmosphère d’intifada. La police aurait-elle eu encore une fois la main trop lourde ? Si « l’enquête diligentée par le procureur de la République à Boghé est en cours », sans laisser filtrer la moindre information supplémentaire, le communiqué de la Sûreté nationale affirme, en ce qui concerne le cas du regretté Oumar Diop, que le défunt a été extirpé d’une bagarre et serait « mort à l’hôpital suite à une insuffisance respiratoire ». L’autopsie réalisée en présence de l’avocat et d’un membre de la famille révélera sans doute les véritables raisons du décès. 

Dans l’un ou l’autre des deux drames, si la police se retrouve impliquée, comme dans le cas de feu Souvi ould Cheïne, des sanctions exemplaires doivent être prises à l’encontre des fautifs. Pour qu’à l’avenir ce genre de bévues ne se reproduise plus. Et éviter ainsi de donner, à ceux qui profitent du désordre, l’occasion de s’attaquer à des biens publics et privés, comme on l’a vu lors de ces journées de folie qu’ont connues Nouakchott et Nouadhibou. Auxquelles « de nombreux étrangers auraient participé », selon la version officielle. Leur expulsion a d’ailleurs déjà commencé. Mais attention à l’excès de zèle ! Nous avons-nous-mêmes des communautés installées dans ces pays et l’ombre des évènements de 1989 au Sénégal plane toujours…

                                                                                              Ahmed ould Cheikh

dimanche 4 juin 2023

Editorial: Des élections et des surprises

 Après le deuxième tour organisé le samedi 27 Mai, les rideaux sont enfin tombés sur les élections municipales, législatives et régionales. Plusieurs partis ont dénoncé la désorganisation qui a entaché le scrutin en certains endroits, la fraude à ciel ouvert et l’intervention des démembrements de l’État au profit du parti au pouvoir…Ces scrutins n’ont donc pas dérogé à la règle non écrite qui veut qu’aucune consultation électorale ne se déroule normalement. Autre tradition, chaque élection apporte son lot de surprises. L’une d’elles – et non la moindre, sans contestation aucune – est l’affaiblissement fatal des partis de l’opposition traditionnelle (RFD, UFP et APP) qui se retrouvent sans aucun député à l’Assemblée nationale. Un véritable coup de tonnerre dont on n’a pas encore saisi toute l’ampleur. La faute à quoi ? A l’érosion progressive de l’électorat observé depuis quelques années ? Au discours modéré face aux problèmes du citoyen? À la politique d’apaisement vis-à-vis du pouvoir depuis l’arrivée de Ghazwani? A l’émergence de nouveaux partis et sensibilités aux discours plus véhéments ? Au vote tribal et identitaire qui a marqué plus que jamais ces élections ? Il y a en tout cas comme un nivellement de l’électorat. L’opposition-ère nouvelle (Tawassoul, FRUD, SAWAB/RAG et AJD/MR) se retrouve avec une trentaine de députés. Comme à son habitude, le parti au pouvoir obtient une majorité confortable (107 députés) et n’a donc plus besoin de ces partis-cartables qui ont servi de refuge à tous ses mécontents et l’ont tout de même battu à plate couture dans certaines localités. Prendra-t-il sa revanche, comme il l’a promis ? Réponse dans quelques jours lorsque le nouveau gouvernement sera formé.

   Ahmed ould Cheikh