dimanche 20 février 2022

Editorial: Un esprit sain....

 Le limogeage la semaine dernière d’une dizaine de fonctionnaires, dont certains haut placés, aux ministères des Finances et de l’Habitat, suite à un scandale lié, comme toujours, à des lots d’habitation, éclaire d’un jour nouveau des pratiques qui ont toujours eu court en ces deux départements ministériels. Il ne se passe pas un an sans que des opérations douteuses ou des malversations foncières n’éclatent au grand jour. C’est à croire que ces mafias qui ont fait de l’arnaque leur sport favori ne dorment que d’un œil. Et, à chaque fois que l’occasion se présente, n’hésitent pas à frapper de grands coups. Dont les victimes sont soit l’État soit de pauvres citoyens qui se retrouvent dépossédés du jour au lendemain de terrains achetés au prix fort. La dernière opération en date n’a pas dérogé à la règle. La coalition « bandits de grand chemin-fonctionnaires » a fait des étincelles. Avec, cette fois, une technique beaucoup plus perfectionnée. Toute une machinerie de fraude où rien n’a été laissé au hasard. Frisant la perfection, le procédé a pourtant fini par être découvert. Mais combien d’autres ont échappé aux mailles du filet ? C’est pourquoi l’État doit sévir. La loi dans toute sa rigueur doit être appliquée et pas pour ce cas seulement. L’impunité ne doit plus être la règle. Elle encourage ceux qui ont vu d’autres s’en sortir sans trop de dégâts, après avoir été pris la main dans le sac, à se dire : « pourquoi pas moi » ? Avec le résultat qu’on est en train de vivre. Aux oubliettes, les nominations de complaisance, le recyclage des symboles de la gabegie et l’absence de méritocratie ! Renforçons nos défenses immunitaires ! Un esprit sain dans un corps sain, telle doit être notre devise et notre conduite ! Au quotidien, chacun de nous et tous ensemble. Ainsi prospère la République… 

                                                                                                           Ahmed ould Cheikh

dimanche 13 février 2022

Editorial: Tolérance zéro

 Trois directeurs centraux (deux au ministère des Finances et un à celui de l’Habitat) ont été démis de leurs fonctions la semaine dernière à l’issue du Conseil des ministres. Une rumeur, qui n’avait cessé d’enfler ces derniers mois, faisait état d’un scandale dont les « héros » seraient de « haut placés » qui auraient fait main basse sur des dizaines de lots fonciers par divers subterfuges. Le limogeage, coup sur coup, de ces trois directeurs l’a confirmée : il y a bien eu du grabuge aux Domaines. L’enquête, nous dit-on, se poursuit encore et ses conclusions seront transmises à la Justice. Bravo ! Mais est-ce suffisant ? Pourquoi eux et pas d’autres ? Il est à fort à craindre que ces limogés (dont la responsabilité dans ce qui s’est passé ne fait apparemment aucun doute) ne soient l’arbre qui cache une immense  forêt de faux et d’usage de faux dont ils ne sont qu’un maillon. Le plus faible ? En cette affaire comme en d’autres, l’opinion publique est aux aguets. Après avoir été roulée dans la farine et ayant vu ses maigres ressources spoliées par un clan vorace pendant une décennie, elle ne peut plus se contenter de slogans. Tolérance zéro : toute affaire doit désormais aller à son terme, ses auteurs, quels qu’ils soient, sévèrement sanctionnés et les sommes détournées revenir au Trésor public. Il n’est pas normal qu’en deux ans et demi, aucun procès pour gabegie n’ait été intenté et personne n’est encore allé en prison pour détournement. Ce ne sont pourtant pas les affaires qui manquent…

                                                              Ahmed ould Cheikh

samedi 5 février 2022

Editorial: Pas de quartiers!

 Un directeur d’établissement public a été relevé de ses fonctions la semaine dernière ; un autre limogé ; le coordinateur d’un grand projet, qui a pris ses aises avec la gestion, devrait suivre sous peu. Plusieurs entreprises sont dans le viseur de l’Inspection générale de l’État qui ne va pas tarder à rendre ses rapports ; accablants pour certains, si l’on en croit diverses confidences. La lutte contre la gabegie serait-elle en train de prendre un nouveau tournant ? Le président de la République serait-il désormais plus enclin à sévir contre les prévaricateurs, après avoir donné l’impression, surtout après certaines nominations et le recyclage de certains symboles de la décennie azizienne, que la lutte contre la gabegie ne faisait pas partie de ses priorités. Contrairement à son prédécesseur qui la chantait sur tous les toits. Avec les résultats que l’on sait : « le » Casse du siècle.  Depuis le rattachement de l’IGE à la Présidence et la nomination à sa tête d’un technocrate dont tout le monde salue la compétence et l’intégrité, la grande lessive de printemps est enfin en route. Comme dit tantôt, des têtes sont déjà tombées, d’autres suivront dans les semaines à venir. Mais le travail ne doit pas s’arrêter là.   L’utilisation à des fins personnelles du bien public est devenu tellement banal dans ce pays qu’il serait illusoire d’y mettre fin du jour au lendemain. La bataille risque d’être de longue haleine mais elle mérite d’être menée. D’une main de fer et non pas dans un gant de velours mais d’acier. Il faut frapper tellement fort que plus personne ne songera désormais à tendre la main vers les ressources d’un peuple dont le principal ennemi a toujours été son gouvernement, comme disait Saint Just. S’il vous plait, monsieur le Président, pas de quartiers ! Dieu reconnaîtra les siens.

                                       Ahmed ould Cheikh

vendredi 28 janvier 2022

Editorial: Gâchette facile, junte en péril…

Qu’il soit le fait de l’armée régulière ou de n’importe quel groupe armé, le meurtre de sang-froid de sept mauritaniens innocents au Mali est un crime odieux qui ne peut rester impuni. Certes le lieu où ils ont été assassinés et enterrés dans une fosse commune est une zone de non-droit mais l’armée malienne y est quand même présente, si l’on en croit divers témoignages provenant de la région. C’est pourquoi les militaires ont été les premiers indexés, tant ils sont réputés avoir la gâchette facile lorsqu’il s’agit de civils désarmés. Avec les djihadistes, c’est une autre paire de manches. En 2012 déjà, douze mauritaniens membres d’une organisation de prêche furent mitraillés par une patrouille de ladite armée, alors qu’ils se rendaient à Bamako assister à un colloque.  Le Mali avait alors promis de mener une enquête impartiale pour déterminer les responsabilités et punir les coupables. À ce jour, on attend encore ses conclusions. 

Aujourd’hui, le Mali nous sert la même rengaine mais assortie de larmes de crocodile. Avec cependant une obligation majeure : sachant pertinemment qu’ils ont plus que jamais besoin de la Mauritanie, étouffés qu’ils sont par l’embargo imposé par la CEDEAO, les nouveaux maîtres de Bamako ont tout intérêt à sévir contre de tels agissements et éviter qu’ils ne se reproduisent à l’avenir. Car la Mauritanie ne peut plus permettre que ses citoyens soient pris impunément pour cible. Et face à un voisin incapable de maîtriser ses troupes, elle n’aura d’autre choix que de fermer sa frontière. Ce qui sonnera le glas d’une junte dont le sort ne tient qu’à un fil – la si bien nommée, en cette occurrence, Route de l’Espoir… – détenu par Nouakchott. Une menace suffisante pour s’obliger à un minimum d’ordre ?

                                                      Ahmed oud Cheikh

samedi 22 janvier 2022

Editorial: Qui fait la loi?

 Devant la flambée sans précédent que connaissent, depuis quelques mois déjà,  les prix des produits de première nécessité, rendant la vie du pauvre citoyen de plus en précaire, le ministère du Commerce a publié, la semaine dernière, la liste des prix que doivent « obligatoirement » appliquer les commerçants. S’ils ne veulent pas subir les foudres de la loi. L’initiative est certes louable mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Qu’ils soient importateurs, grossistes ou détaillants, les commerçants ont toujours fait fi de la loi qui ne leur a jamais été appliquée dans toute sa rigueur. On en amende un ou deux, on ferme une ou deux boutiques pendant quelques jours… et le manège reprend. Le problème dans ce pays a toujours été celui du suivi. Les décisions ne durent que le temps… d’une fleur. Au grand bonheur de ces rentiers  dont la spéculation est devenue le sport favori.  Forts de l’impunité, ils continuent à dicter leur loi.

Habitué à avaler des couleuvres, le citoyen proteste du bout des lèvres. Et, fataliste qu’il est, paie au plus fort… s’il en a les moyens. Mais, me direz-vous, l’État, il fait quoi, dans tout ça ? Contrairement à celui du Sénégal voisin qui a sensiblement diminué les taxes sur les produits alimentaires importés, le nôtre s’est contenté d’ouvrir… quelques boutiques-témoins. Témoins de quoi ? De l’océan des besoins, criants, et de la goutte d’eau qu’elles y apportent ? Sinon de l’inconsistance d’une loi « républicaine » incapable de s’imposer aux forces d’argent ? Serait-ce, tout simplement, tout cruellement,  que ce sont celles-ci qui font celle-là ?

                                       Ahmed ould Cheikh

samedi 15 janvier 2022

Editorial: Où en est-on?

Où en est-on, en Mauritanie, pour que le ministère de l’Intérieur se sente obligé de mettre en garde les citoyens par la publication du document suivant ? « Ces derniers jours, des enregistrements et des tweets se sont répandus sur les réseaux sociaux, dans lesquels prévalent le langage de la haine et des expressions frisant l’obscénité et incitant à la violence, qui vont au-delà des insultes contre des symboles de l’État, portent atteinte à leur dignité et menacent de recourir aux armes, d’attiser la discorde de corrompre la paix civile.

Ces appels contredisent les principes sur lesquels l’État mauritanien est fondé, à savoir la consolidation de l’unité nationale, le renforcement de la paix civile, l’appel à la fraternité et à la tolérance, et le rejet d’un fanatisme et d’un sectarisme odieux. Les lois en vigueur interdisent tous les appels à caractère tribal, racial ou visant l’agitation et le désordre. Aussi le contrevenant en la matière doit-il assumer entièrement les conséquences de ses agissements.

Dans ce contexte, il convient de rappeler que l’État de Droit impose à tous – institutions et individus, sans exception – le respect des dispositions de la loi, (loin toutefois de tout arbitraire ou discrimination).C’est ainsi et ainsi seulement que l’on peut susciter et préserver la confiance des citoyens dans les politiques publiques, dont le succès ne peut être obtenu sans cette confiance.

Au moment où le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation affirme son attachement et son adhésion au rôle important de la liberté d’expression dans le développement et l’accélération du rythme de la démocratie et du développement, il déclare que cette adhésion reste néanmoins tributaire du respect scrupuleux de la loi. À défaut, la liberté devient un facteur de démolition, plutôt qu’un instrument de construction. Partant de ce qui précède, le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation appelle à s’en tenir aux préceptes de la loi et des bonnes mœurs, soulignant que les autorités concernées appliqueront fermement la loi et uniquement la loi, et sanctionneront avec rigueur tous ceux qui dépasseront les lignes rouges dans leurs appels subversifs. Toute personne, si elle agit en irresponsable, n’est à l’abri de voir la justice sévir contre elle dans un État où seule la loi prévaut. »

Où en est-on, disais-je en exergue ? Chacun de nous, dans nos relations de voisinage, nos relations d’affaires, quotidiennes, intercommunautaires… Serait-ce qu’on ait oublié ce qui nous fait musulmans, serait-ce qu’à force de préférer se comporter en autruches, on ait la tête à ce point ensablée qu’on ne perçoive plus l’évidence qui fonde une société équitable : bien avant que n’ait à  sévir la justice de l’État, c’est à notre propre justice personnelle d’agir, douce, aimante, respectueuse, tout simplement humaine. Envers nous-mêmes bien sûr, mais aussi et surtout envers tous ceux qui forment notre Nation mauritanienne, aussi différents nous paraissent-ils. Sans relâche, à chaque fois que Dieu nous en donne l’occasion.

                                                                        Ahmed ould Cheikh

dimanche 9 janvier 2022

Editorial: Vœux pieux?

 Une année s’achève, une autre commence. L’occasion d’exprimer des vœux, comme il est de coutume. Qui, nous l’espérons, ne resteront pas pieux. Nous nous sommes  souhaités une bonne année mais qu’avons-nous espéré pour notre pays ? Il en a pourtant bien besoin, de nos souhaits et de nos prières.

Prions donc pour que notre école redevienne ce qu’elle fut avant l’introduction des réformes de malheur ; prions pour que notre système de santé soit enfin capable de nous prodiguer des soins de qualité sans avoir besoin de s’exiler pour le moindre petit souci ; prions pour que notre Justice  rende justice équitable ; que nos infrastructures soient enfin aux normes ; que nos responsables soient choisis  sur des critères de compétence et d’honnêteté et non sur des bases tribalo-régionales ; que le recyclage des gabegistes s’arrête une fois pour toutes ; que tous les dossiers qui entravent notre vivre ensemble soient vidés, dans un esprit d’apaisement et de consensus ; que notre opposition retrouve sa fonction première ; que le dossier dit de la décennie soit enfin jugé et nos biens spoliés recouverts ; que l’espoir que nous avons perdu et que nous commençons à peine à reprendre ne soit pas déçu.

La liste pourrait s’étendre à l’infini. Nous avons besoin de presque tout… au moment où nous avons tout. Qu’est-ce qui nous fait donc défaut, alors ? Le choix des hommes. Celui des priorités. Et surtout s’y tenir, tenaces, persévérants. Au moment où nos voisins accomplissent des pas de géant vers le progrès économique, nous allons dans le plus grand désordre, tiraillés entre notre attachement au passé et nos désirs de consommation immédiate… Mais ce ne sont plus de simples tentes qu’il s’agit de dresser à la hâte : il faut bâtir posément des maisons, des immeubles, des édifices conçus pour durer et qu’il faut entretenir, jour à jour…

                                                                      Ahmed Ould Cheikh