dimanche 1 août 2021

Editorial: Obscur Flambeau

 D’une rare violence et dégoulinant de mauvaise foi, un pamphlet attaquant frontalement le ministre du Pétrole, Abdessalam ould Mohamed Saleh, a été publié la semaine dernière par un site de la place… avant d’être retiré quelques instants plus tard.  Juste le temps de permettre à des individus malintentionnés de s’en emparer et de le rediffuser sur les réseaux sociaux. Au-delà de l’attaque contre un ministre connu pour sa probité et qui a sacrifié, au service de son pays, un poste haut placé dans une institution internationale, ceux qui tirent les ficelles de ce genre de pratiques visent à ternir l’image d’un pouvoir dont le principal tort est de s’employer à mettre hors d’état de nuire un système mafieux qui a mis à genoux le pays. Mais s’ils n’en sont pas à leur premier coup d’essai, ce n’en sera, pas plus que les précédents, un coup de maître. Les avocats du ministre se sont en effet saisis de l’affaire et le ou les auteurs et instigateurs de ces basses œuvres finiront bien par être démasqués. Appliquée dans toute sa rigueur, la loi sur la cybercriminalité devrait alors donner à réfléchir par deux fois avant de s’attaquer à des responsables ou à des citoyens sans preuve.

Oui, il est grand temps de sévir. Les réseaux  sociaux sont devenus une véritable jungle où règne la loi du plus…. volubile.  N’importe qui peut se retrouver jeté, du jour au lendemain, en pâture à l’opinion. Certains en appellent même à la violence. D’autres n’hésitent pas à vilipender l’État et ses symboles. En toute impunité. « Les réseaux sociaux ont donné la parole à des légions qui ne parlaient, avant, qu’au bar », a fait remarquer Umberto Eco, « ils ne causaient aucun tort à la collectivité : on les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. […] Internet a repris le flambeau du mauvais journalisme. »

                                                                            Ahmed Ould Cheikh

dimanche 11 juillet 2021

Editorial: Chassez le naturel....

 Comme tout président de son époque sachant utiliser les nouvelles technologies à bon escient, il arrive à notre nouveau guide éclairé de tweeter de temps à autre, pour souhaiter bonne fête à ses compatriotes, leur présenter ses condoléances ou leur annoncer une bonne nouvelle. Une pratique qui inaugure une nouvelle ère dans la communication présidentielle.  Jadis emmurés dans leur tour d’ivoire, nos leaders successifs faisaient très peu cas de leur opinion publique, se contentant assez souvent de se faire interviewer par des organes de presse étrangers, alors que la presse locale suffisait amplement. À l’exception notable d’Ould Abdel Aziz qui la convoquait pour un oui ou un non, passant des heures à tirer sur ses adversaires et à se tresser des lauriers. Une opération qui tourna plus d’une fois au fiasco, l’homme n’arrivant jamais à maîtriser la moindre contrariété à ses augustes propos. D’un tempérament beaucoup plus posé que son fougueux prédécesseur, Ghazwani ne s’est prêté à ce jeu qu’une fois, il y a un an et demi environ, et s’en est plutôt bien sorti. Depuis, c’est sur Twitter qu’il a jeté son dévolu. À la veille de sa visite au Trarza, commencée et achevée le lundi 5 Juillet, il adressait ainsi un message qui fera date : « J’ai l’intention de visiter quelques localités au Trarza lundi prochain et je veux voir les choses telles qu’elles sont, sans maquillage ni fioritures. Je ne veux pas qu’on répare ou qu’on nettoie une route pour cette visite. Mon objectif est de voir et d’entendre directement les populations, sans intermédiaires. Je ne veux pas de compliments. Le pays en a assez des laudateurs. Quand je regarde les visites de mes prédécesseurs, je me demande comment les gens acceptent de se faire guider comme des moutons pour de tels carnavals. Ma visite au Trarza, je la veux différente des autres. Si vous êtes vraiment sincères dans votre soutien, aidez-moi à être différent des autres présidents qui, sans exception, ont pris le même chemin avec le résultat que l’on sait. »

Vous pouvez toujours rêver. Ce tweet n’a jamais vu le jour et la visite durera jusqu’à plus soif. Il est pourtant plus que jamais d’actualité, quand on voit le déploiement sans précédent de moyens matériels et humains auxquels cette visite a donné lieu. Des pontes des différentes moughataas de la wilaya se sont donné le mot d’ordre de tout faire pour mobiliser le plus de monde possible. Des pratiques qui avaient cours au cours des dernières décennies et qui continuent de plus belle. On se croyait dans une nouvelle ère où le pouvoir serait moins personnalisé mais on a vite déchanté. Chassez le naturel….

                                                                Ahmed Ould Cheikh

jeudi 1 juillet 2021

Editorial: reine de cœur

 Mohamed ould Abdel Aziz est en taule et monsieur Jean-Baptiste Placca éprouve une impression de gêne. Ce chroniqueur à RFI – et, détail non négligeable, ancien de Jeune Afrique… –  connaît si bien l’opinion de « notre » Afrique qu’il la croit convaincue de ce que l’ex-Président mauritanien a quitté le pouvoir « sans rechigner » et que le jeter en prison préventive au seul « prétexte » de n’avoir pas respecté les mesures de son contrôle judiciaire, c’est « humilier tout le peuple qu’il représentait encore il y a à peine deux ans ».

Les Mauritaniens rigolent. S’ils ne prétendent pas à la science de l’opinion de « notre » Afrique, ils ont, eux, cette prudence de suivre attentivement « leur » histoire nationale. Et, chats échaudés craignant l’eau froide, n’ont pas du tout oublié les douches que n’a cessé de leur administrer leur entortilleur de coups d’État relooké « président des pauvres », aujourd’hui « pauvre président ». Les manips 3ème mandat, ça vous dit quelque chose, monsieur Placca ? La fête 2019 de l’Indépendance, la référence 2020 de l’UPR, les tripatouillages 2021 sur les prix de première nécessité ? Et je ne vous parle pas de la fronde des députés en 2008... La technique Aziz, c’est la déstabilisation et les dernières astuces de l’agile agitateur – pleurs de crocodile si complaisamment médiatisés par Jeune Afrique, entrée fracassante au micro-parti de Louleïd, tentative d’OPA sur l’opposition… – auront assuré de sa virulence en ce sens.

Vous vous dites « perplexe », Jean-Baptiste. Mais faites le compte et vous conviendrez aisément qu’il y a largement de quoi prévenir les risques. Non seulement  pour notre chère Mauritanie tabassée de tant d’entourloupes. Mais aussi pour le tabasseur : car l’ordinairement placide opinion mauritanienne s’inquiète. Jusqu’à ce point s’excéder qu’elle en vienne à hurler : « Coupez-lui la tête ! Coupez-lui la tête ! »  à l’instar de la reine de cœur d’Alice au pays des merveilles ? Je ne tiens pas Ould Abdel Aziz en grande estime, c’est connu, mais ne lui en espère pas moins une fin autrement paisible. Après un procès d’autant plus digne et équitable que son contexte sera apaisé. C’est donc tout simplement sagesse que de faire attendre tranquillement l’excité à l’ombre. S’il n’y verra lui-même peut-être pas plus clair, les juges et notre opinion nationale – oui, elle a du cœur mais aussi le goût du juste ! – seront certainement plus sereins…  

                                                                             Ahmed ould Cheikh  

vendredi 25 juin 2021

Editorial: Double nationalité?

 Désormais, les détenteurs de la double nationalité ne pourraient plus briguer aucun poste électif : président de la République, député, conseiller régional ou municipal ; ni même devenir membre du gouvernement ? Fallait-il vraiment faire appel au ministre de la « Justice » pour annoncer une telle iniquité ? Et Mohamed Mahmoud ould Boyé de prétendre qu’avec cette modification du Code de la nationalité, « le pays va mieux bénéficier des compétences de sa diaspora ». En leur interdisant l’accès à la fonction publique ? On va où, là ? 

L’article 23  de la précédente loi 2010-019 d’Ould Abdel Aziz avait au moins ce bémol de réserver un délai de cinq ans à telle liberté civique et à celle régalienne de l’État de le lever. Injuste, le nouveau projet de loi n’est ni honorable ni fraternel. Après l’hymne et le drapeau, c’est à notre triptyque national que les militaires ont donc décidé de s’attaquer ? En ses aspects discriminatoires, cette nouvelle mouture est de fait anticonstitutionnelle en plusieurs de ses articles et contrevient brutalement aux multiples conventions et traités internationaux que la Mauritanie a ratifiés.  

Au final, les errements des articles 30 et 31 de la loi initiale 1961-112 sont à peine nuancés par l’abandon de la voie décrétale pour conserver la nationalité mauritanienne. La question demeure bel et bien de réguler, non pas d’abord la perte, mais avant tout l’exercice de celle-là, dans le cas où l’onen a acquis une ou plusieurs autres. On pourrait ainsi facilement entendre qu’il ne soit pas possible  de briguer le moindre poste électif ni même devenir membre de l’administration de deux différentes nations. Nonobstant, il n’est pas vain de le rappeler, le droit régalien de tout État d’employer qui il veut, quand il veut, au gré d’exceptions qu’il s’octroie. Faudrait-il donc ajouter « Lucidité » à notre devise triangulaire pour lui éviter les affreux contresens d’ambiguïtés manifestement plus diplomatiques que prétendument nationalistes ?

                                                                                                                        Ahmed ould Cheikh

dimanche 20 juin 2021

Editorial: Usés jusqu'à la corde

 Les nominations et permutations de  secrétaires généraux en divers ministères, ainsi que d’autres hautes fonctions, opérées lors du dernier conseil des ministres, n’ont laissé indifférents ni les internautes, ni la classe politique, encore moins les simples citoyens. Si certains y ont vu un juste retour des choses pour des hommes et des femmes qui ont soutenu le candidat Ghazwani et s’attendaient à être récompensés en conséquence, d’autres les ont considérées comme un éternel recyclage ou, pour être méchant, un acharnement thérapeutique. Il n’est en effet guère normal que les mêmes continuent à occuper le devant de la scène, comme si le pays ne pouvait plus s’en passer. La Mauritanie regorge de cadres compétents et honnêtes qui ne demandent qu’à être mis à l’épreuve. Plusieurs de nos cadres expatriés sont eux aussi prêts à se mettre au service de la Nation. Tout le monde se dit enclin à mettre la main à la pâte. Mais, comme l’a si bien dit Mohamed El Mounir, à condition de ne pas  « privilégier, dans les nominations aux plus hautes responsabilités publiques, les considérations personnelles, relationnelles et clientélistes à l’impératif de l’efficacité ». Une recette qui  « constitue à l’évidence », précise ce juriste, « un passeport pour l’échec et même un échec programmé ».

Le Président avait promis une rupture avec les (mauvaises) pratiques courant sous son prédécesseur. Il a manifestement encore du chemin à parcourir pour honorer ses engagements. Le peuple  qui l’a soutenu et pris au mot attend toujours que les promesses se concrétisent. Pas seulement celles relatives aux nominations. On ferait bien cependant de rappeler  aux rêveurs que « les promesses n’engagent que ceux qui croient. » Et, aux résignés, qu’il y a certainement beaucoup mieux à faire qu’à relooker un ex usé jusqu’à la corde…

                                                                                             Ahmed ould Cheikh

vendredi 11 juin 2021

Editorial: Pourquoi?

 Comme à son habitude tous les soirs, il est sorti de chez lui vers 21 heures pour aller prier à la mosquée du quartier où les fidèles l’apprécient à sa juste valeur. Sur le chemin du retour, il achète du couscous pour le diner de sa famille et, tenant le sachet dans une main, égrenant son chapelet dans l’autre, le voici à marcher d’un pas lent, tranquille. Probablement à mille milles de seulement imaginer qu’il puisse rencontrer, sur son chemin, trois lascars empiffrés de substances psychotropes… qui abrégeront sa vie pour quelques centaines d’ouguiyas et un petit téléphone.

Le meurtre, perpétré de sang froid à Toujounine dans la soirée du jeudi 3 Juin dernier, du professeur Mohamed Salem ould Elouma, par une bande de jeunes voyous repose encore une fois le problème de l’insécurité à Nouakchott. Depuis quelques semaines, il ne se passe pratiquement aucun jour sans que des agressions à main armée, viols et/ou meurtres ne soient déplorés dans les différents quartiers de notre capitale. Malgré la multiplication des commissariats de police, les rondes des gardes et des gendarmes, la situation n’a cessé d’empirer. Inquiets, les citoyens exigent plus de rigueur dans la traque des bandits et une application beaucoup plus stricte des sentences judiciaires. C’est en effet secret de Polichinelle que la justice fait parfois preuve de laxisme et que nos prisons, au lieu d’être des centres de réhabilitation comme on en voit partout dans le monde, sont devenues des lieux d’endurcissement criminel où, confronté à une réalité sans pitié, le délinquant s’aguerrit, pour devenir plus dangereux encore une fois dehors. D’autres n’hésitent plus à réclamer ouvertement le retour à la peine de mort, conformément à la Chari’a. Oui, il y a quelque chose de pourri en notre république islamique. Mais ce n’est pas en éliminant l’effet qu’on supprime la cause. Il va nous falloir critiquer en profondeur et très lucidement nos schémas d’intégration dans la modernité…

                                                                                             Ahmed ould Cheikh

samedi 5 juin 2021

Editorial: Cohérence?

 Après plusieurs semaines d’attente, le remaniement ministériel a été enfin annoncé en fin de semaine dernière. Depuis que le Président a claqué la porte lors d’un conseil des ministres, mécontent qu’il serait des prestations d’une équipe qu’il s’est pourtant librement choisie, la rumeur n’a cessé d’enfler. On disait partante la majorité de l’attelage gouvernemental, pour insuffler un sang nouveau et dégager des ministres dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas donné satisfaction. Au final, seuls trois sont éjectés. En attendant d’autres remaniements qui ne manqueront pas d’intervenir, probablement sous peu. Il est en effet devenu une habitude que ces mouvements soient à chaque fois jetés en pâture à l’opinion pour la distraire. Et, comme à l’accoutumée, elle s’en est délectée jusqu’à plus soif. Tout le monde y est allé de sa petite analyse : les dosages tribalo-régionaux ont été encore une fois respectés ; l’expérience n’a pas été nécessairement primée et des considérations pas toujours objectives ont été prises en compte... Certes il faut de tout pour faire un monde mais on aurait pu mieux faire. En procédant de la sorte, Ghazwani veut peut-être imposer sa touche par... petites retouches. En gardant quelque temps des ministres de son prédécesseur, avant de les écarter jusqu’au dernier, il se donne le temps de former son équipe. Cette fois sera-t-elle la bonne ? À quand la fin de cette instabilité gouvernementale ? Nous en sommes tout de même presque à mi-parcours du présent mandat de Ghazwani, il semble grand temps d’en saisir la cohérence…

                                                                                                      AOC