lundi 2 juillet 2018

Editorial: Politique sécuritaire

Dans quelques jours, le président français Emmanuel Macron foulera, pour la première fois, notre sol national. Une « victoire », pour notre guide éclairé et notre diplomatie, si l’on en croit la presse officielle, toujours prompte à présenter le moindre événement, aussi banal soit-il, comme une réalisation grandiose. Après la Ligue arabe et le sommet de l’Union africaine que nous nous apprêtons à accueillir, voilà le chef de notre ancienne puissance coloniale qui nous fait l’honneur de « traverser », en route pour le Nigeria, notre pays. Pas de quoi se vanter : nous sommes, encore une fois, le dernier de la liste. Macron s’est déjà rendu en Algérie, au Maroc, au Sénégal, au Mali, au Niger et au Tchad. Mais ne faisons pas la fine bouche. Ce n’est pas tous les jours qu’un président français nous fait l’honneur de passer quelques jours sous notre soleil caniculaire. Le dernier en date, c’était Chirac en 1997. Ni Sarkozy (qui avait pourtant cautionné le coup d’État de 2008, dans un revirement spectaculaire), ni Hollande n’ont daigné rendre la politesse à notre rectificateur en chef qui, lui, n’a jamais raté une occasion de s’envoler pour la ville-lumière. Mais pourquoi tenons-nous tant à Macron et au spectacle que sont devenus les sommets africains? N’avons-nous d’autres soucis que de réunir des présidents pour un jour ou deux, quitte à dépenser des milliards, dans un contexte de récession, de misère et de sécheresse ? Les 16 milliards qu’a coûtés le nouveau Palais des congrès, en plus des autres qu’occasionnera le sommet, n’auraient-ils pas été plus utiles ailleurs ? Sauver un cheptel décimé par la sécheresse ? Construire des hôpitaux, des écoles, des routes ou des barrages ? Est-ce une fin en soi d’organiser un sommet, quand on tire le diable par la queue ? A quoi sert-il de recevoir en grandes pompes, quand on est incapable d’assurer, à son peuple, le minimum vital ? Que diront les milliers de chômeurs, les pères de famille incapables de joindre les deux bouts, les employés des entreprises publiques dont les salaires sont en retard de plusieurs mois, les pauvres éleveurs auxquels l’État n’arrive pas à assurer un sac d’aliment de bétail, quand ils verront les milliards partir, en fumée, dans ce qui n’est, ni plus ni moins, que de la folie des grandeurs ? « L’ambition dont n’a pas les moyens est un crime », rappelait à raison Chateaubriand.
Macron en profitera-t-il pour mesurer les effets réels de la prétendue « réussite » sécuritaire dont se pomponne le régime ? S’il tancera, probablement, Ould Abdel Aziz, pour la lenteur de ses engagements dans la mise en place du G5, il serait bien inspiré de relever de plus criantes lacunes, pour le peuple mauritanien : prolifération des viols de mineurs et de femmes mariées, casses de magasins, vols à main armée, attaques à l'arme blanche, meurtres en tout genre, braquages de banque, etc. Et demander à de visiter les écoles publiques vendues et ce qu'il est advenu de leurs terrains ; à l’instar de l'école de police ou du Stade olympique... Mais, suis-je bête, monsieur Macron ne s’ingère pas dans les affaires internes d’un pays ami ; seulement des pays ennemis ou de ceux inconsidérément gérés, au mépris des nécessités de la Communauté internationale. Serait-ce que la sécurité des gens ne soit pas celle de ladite Communauté ? Celle du président français sera, en tout cas, prioritairement assurée. Évidemment. A grands coups de milliards, si nécessaire. La sécurité d’Ould Abdel Aziz en dépend. 
                                                                                           Ahmed Ould Cheikh

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