mercredi 3 août 2011

Editorial : Attachez vos ceintures!

Le dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition, tout le monde l’appelle de ses vœux. Verra-t-il jamais le jour, tant les peaux de banane jonchent, nombreuses, son chemin? Ould Abdel Aziz vient de recevoir, pour la énième fois, Messaoud Ould Boulkheir. Le leader de l’APP remettait, au président de la République la réponse, amendée, de la COD, à sa proposition de dialogue. Fait nouveau : Messaoud était accompagné, cette fois, du président de la Convergence Démocratique Nationale, maître Mahfoudh Ould Bettah. La presse nationale s’est largement fait l’écho de la teneur des entretiens entre les trois hommes, qui s’apparentent, déjà, à un dialogue de sourds. Jugez-en vous-mêmes. Prenant la parole en premier, maître Bettah expose ce que l’opposition considère comme des préalables au dialogue. Ould Abdel Aziz lui répond, du tac au tac, que les médias publics sont ouverts mais qu’ils ne peuvent obliger personne à y intervenir ; que la justice est indépendante ; que les nominations aux hautes fonctions ne dépendent pas de l’appartenance à tel ou tel camp politique ; qu’une seule manifestation a été réprimée, depuis son accession au pouvoir ; que l’administration et l’Armée sont neutres et que c’est l’opposition qui entrave le dialogue. Et le président, visiblement agacé, d’enchaîner: «Nous avons reporté, en réponse à votre demande, les élections pour le renouvellement au tiers du Sénat mais vous ne semblez pas apprécier ce geste à sa juste valeur. En conséquence, nous avons décidé d’organiser les élections législatives et municipales, dans les délais prévus par la loi.»
La réunion finira en queue de poisson, sans que les deux parties ne conviennent d’un nouveau rendez-vous. Pire, le conseil des ministres décide, lors de sa réunion hebdomadaire, que les élections auront bien lieu en octobre. Faut-il en déduire que le dialogue est enterré? Etait-ce se réjouir un peu tôt d’enfin connaître une scène politique apaisée? Tout ce tintamarre n’était, donc, qu’une manœuvre du pouvoir, pour «démontrer» le refus de l’opposition au dialogue? Cette dernière freinerait-elle, des deux pieds, multipliant les chausse-trappes, pour ne pas légitimer Ould Abdel Aziz en dialoguant avec lui? Bref: notre majorité et notre opposition nous tourneraient-elles en bourriques?
Il ne sert à rien, en tout cas :
- d’organiser des élections sans une CENI et un code électoral consensuels
- de fixer les règles du jeu en l’absence de l’adversaire
- de prétendre à la neutralité, en s’érigeant juge et partie
Voilà un Ramadan qui s’annonce bien maussade, à moins d’un trimestre d’échéances qui qualifieront, de toute manière, le pouvoir. Discrétionnaire, en attendant les classiques dérapages du despote de moins en moins éclairé? Ou consensuel, enfin, au risque d’une alternance que le traitement lamentablement approximatif de la conjoncture rend de plus en plus probable? Il semble bien que ce Ramadan ne soit qu’un avant-goût, hélas, d’un bouclage permanent de ceinture. Mais pas pour des envols vers des lendemains radieux…

Ahmed Ould Cheikh

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