mercredi 2 février 2011

Editorial : Réfléchissez, gouvernants!

Face à la vague de fond qui a emporté le président Ben Ali, en deux temps, trois mouvements; aux événements qui s’accélèrent, en Egypte; et aux avis de tempête dans d’autres pays, le gouvernement mauritanien n’a pas trouvé mieux que de procéder, dans l’urgence, à l’ouverture de six cents boutiques dites témoins. Où les prix du riz, du sucre et de l’huile accusent une légère baisse, par rapport à ceux du commerçant du coin. Une opération de solidarité qui ressemble fort à de la charité. Supervisée par la fédération du commerce, elle est, en fait, subventionnée par l’Etat qui versera, à cette dernière, la bagatelle de trois milliards d’ouguiyas – à raison de 500.000 UM par boutique – pour combler son «manque à gagner». Beaucoup d’argent et très peu d’effets, pour une opération-spectacle qui ne peut continuer indéfiniment, l’Etat étant incapable de continuer à subventionner les prix – et les commerçants, par transitivité. Que faire, alors? Attendre que la colère de la rue s’estompe pour revenir aux prix d’avant l’opération? La Tunisie a suscité un dangereux précédent et il n’est, désormais, plus possible de rester les bras croisés, face aux prix qui grimpent, au chômage qui s’installe et à la précarité qui élit domicile. Mais que pèsent trois, quatre ou vingt milliards, s’ils peuvent assurer la stabilité du pouvoir? Que tout le budget de l’Etat parte en fumée, rien ne vaut le sentiment d’avoir coupé l’herbe sous les pieds des pêcheurs en eaux troubles. Quand un peuple a faim, il devient dangereux. Et il n’est plus nécessaire de mettre en place une politique rationnelle, pour stabiliser les prix, de diminuer les taxes douanières ou de subventionner la SONIMEX. L’urgence veut qu’on prenne des mesures, urgentes et….irrationnelles. La dernière hypothèse, celle du renflouement de ladite société nationale qui a déjà fait ses preuves, semble de plus en plus improbable. Et pour cause! La SONIMEX est, en effet, devenue un véritable gouffre financier qui a englouti, en deux ans, la rondelette somme de 48 millions de dollars, débloqués par la Banque centrale, pour financer le fameux Programme Spécial d’Intervention (PSI), mis en place, en 2008, sous Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Un expert français, qui y a séjourné au cours des derniers mois, vient de rendre un rapport, accablant, sur la gestion de cette manne. Une véritable caverne d’Ali Baba, victime du «casse du siècle» dont les auteurs courent toujours. Au moment où d’autres «dorment», pour beaucoup moins que cela, en prison, depuis des années et n’ont même pas été jugés. Ces prévaricateurs sont-ils protégés et par qui? Sinon, pourquoi n’ont-ils pas été, à ce jour, inquiétés? La lutte contre la gabegie serait-elle, à ce point, sélective?
Arrêtons de maugréer et revenons à nos prix. Que fera le pouvoir, si, dans quelques semaines, la subvention se tarit? Va-t-il laisser les étiquettes valser, de nouveau, avec les risques que cela implique? Une politique irréfléchie peut donner, dans l’immédiat, un résultat positif mais forcément éphémère. Serait-ce trop demander, à nos gouvernants, de réfléchir?

Ahmed Ould Cheikh

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