dimanche 15 janvier 2017

Editorial: Tout arrive, mon bon monsieur...


Une année s’achève, une autre commence. 2016 aura été, tout le monde en convient, une année difficile. Sur le plan politique, le pouvoir et l’opposition se regardent toujours en chiens de faïence et l’on se demande bien ce qui pourrait briser la glace qui les empêche de se retrouver autour d’une table et s’occuper, enfin, de notre sort. La situation économique est, elle aussi, loin d’être rose. Jugez-en vous-mêmes ! Comment qualifier un pays où plus de 60% du budget est constitué d’impôts sur de pauvres citoyens ? Un pays dont le ministre de l’Economie se prévaut de détenir plus de 30 milliards d’ouguiyas en caisse mais reste incapable de payer des bons du Trésor arrivés à échéance. Un pays où le taux d’exécution du budget 2016 était de 22%, au 31 Juillet dernier, ce qui en dit autrement long sur l’état réel des finances publiques. Un pays où les marchés publics et les terrains sont distribués en prébendes, histoire de faire taire, dans un même sac, opposants et courtisans. Un pays dont le Président reconnaît qu’on a tenté ouvertement de le soudoyer et qui ne réagit pas. Un pays qui risque de perdre un financement de plus de cent millions de dollars, parce que la société qui a gagné le marché (la ligne haute tension Nouakchott-Nouadhibou) n’a pas choisi le « bon » représentant. Un pays, pris de folie, qui voit tous ses grands projets tomber en faillite ou mourir dans les cartons. Un pays dirigé par un clan qui a fait main basse sur tout ce qui bouge et où les édifices publics se vendent, à coup de milliards, certes, mais… toujours aux mêmes. Un pays où il n’y plus ni école ni santé publiques. Un pays où l’on s’entête, malgré toutes ces difficultés, à organiser un referendum constitutionnel inutile.  Un pays où le Président se pavane en plein désert, utilisant les avions de l’Armée pour ses besoins personnels.
En France, il y a deux ans, Manuel Valls, alors Premier ministre, fut obligé de payer, au Trésor public, 5000 euros, pour avoir utilisé un avion du gouvernement, histoire d’amener ses deux enfants à la finale de la Ligue des champions de football, à Munich. Et, aux Etats-Unis, Bush-père s’est vu contraint de payer 10 000 dollars pour avoir « emprunté » un hélicoptère, le temps d’un weekend. Chez nous, lorsqu’un député de Tawassoul a évoqué l’utilisation, par le Président, des avions de l’Armée, les députés de la Majorité ont fait mine de n’avoir rien entendu. Ils n’entendent d’ailleurs jamais rien. Et ce ne sont pas les terrains qu’on s’apprête à leur offrir gracieusement qui leur déboucheront les oreilles ! Si le législatif n’exerce plus son rôle de contre-pouvoir, l’exécutif peut aisément empiéter sur les lois et faire ce que bon lui semble des deniers publics. C’est ce que nous subissons depuis 2008. La démocratie militaire, vous dis-je, n’a que faire des lois et règlements. Le chef est le chef ! Un tel veut tel poste, un autre tel marché ? Qu’on les leur donne ! Qu’ils ne soient ni les mieux formés ni les moins disants, ils obtiendront satisfaction. Le cursus administratif ou les procédures sont faits pour être violés, non ? Alors, quels vœux pour 2017 ? Je ne sais pas, moi… Un bon coup de vent ? Une grâce divine inattendue ? Une subite et providentielle prise de conscience ? Tout arrive, mon bon monsieur, tout arrive… même le Nouvel An !
                                                                                Ahmed Ould Cheikh

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