lundi 7 novembre 2016

Editorial: la marche de l'Histoire


L’opposition a marché. Le 29 Octobre dernier. Deux marches qui ont fini par n’en faire qu’une. Gigantesque. Pour dire non à un dialogue unilatéral. Non au tripatouillage de la Constitution. Non à l’injustice et aux arrestations arbitraires. Non à la cherté de la vie et à la paupérisation galopante. Non au chômage et au népotisme érigé en système de gouvernement. Non à l’enrichissement illicite d’une petite minorité et à l’exclusion de la grande majorité. Non à la tutelle de l’Armée et à la prise en otage de l’Etat par une oligarchie. Les marcheurs ont crié leur ras-le-bol d’une démocratie tronquée, d’une crise politique qui perdure et de la gestion chaotique du pays.
Moins de deux semaines après la clôture d’un dialogue, qui fut plus un monologue qu’autre chose, au cours duquel fut présentée la réforme constitutionnelle voulue par le pouvoir, l’opposition, dans toutes ses composantes a décidé de frapper fort. Pour démontrer qu’elle peut encore mobiliser et démentir, par les faits, ceux qui veulent l’enterrer un peu tôt. Malgré l’annonce d’Ould Abdel Aziz qu’il ne touchera pas l’article 28 de la discorde, celui qui limite les mandats à deux – une façon de couper l’herbe sous les pieds de l’opposition, alors qu’elle avait déjà annoncé son rassemblement – celle-ci n’a pas accepté de prendre cette déclaration pour argent comptant. Déjà roulée dans la farine à plusieurs reprises, elle a tenu à envoyer un signal fort, en mobilisant au maximum ses troupes. Et a réussi son challenge. Reste, maintenant, à maintenir la pression, pour contrer les desseins inavoués d’un pouvoir qui a décidé de faire cavalier seul et de mener ses réformes en dehors de tout consensus politique. Réussira-t-elle à l’empêcher d’organiser « son » referendum? Le fera-t-elle plier ? Ould Abdel Aziz finira-t-il par comprendre que l’unilatéralisme n’est ni dans son intérêt, ni dans celui du pays et qu’il est plus que hasardeux de s’aventurer dans cette voie ?
A moins qu’il ne veuille nous conduire vers des lendemains encore plus incertains, le Président doit tirer rapidement la leçon, inviter l’opposition à un dialogue sincère, en lui donnant toutes les garanties, et s’assurer, ainsi, une sortie honorable. Tout le monde y trouvera son compte. Sauf peut-être ceux qui, en coulisses, le poussent à triturer la Constitution (comme l’ont déjà tenté Compaoré et Tandja) ou à jouer les prolongations à la Kabila. Ceux-là n’ont rien compris. La rue a démontré, samedi dernier, qu’elle ne se laissera plus faire. Un vent nouveau s’est levé. Ne lui opposer que du vent ne fera que l’accroître. Tout comme, d’ailleurs, prétendre seulement s’y opposer: la marche de samedi est celle de l’Histoire. En route vers l’avènement, enfin, d’une vraie démocratie, marquée par de vraies alternances, responsables, dans la conduite des affaires publiques.
                                                                                Ahmed Ould cheikh 

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