dimanche 3 mai 2015

Editorial: A défaut de grives....

Le premier passant, un tant soit peu averti, vous le dira. Quelque chose ne tourne pas rond, dans ce pays. Après les années d’abondance, marquées par une hausse sans précédent des prix des matières premières, des recettes fiscales et douanières, dépassant toutes les prévisions, notre pays serait-il en train de manger son pain noir ? Il n’est, en effet, nul besoin d’être savant pour se rendre compte que l’année 2015 sera une année plus que difficile : Le prix du fer et du pétrole touchent le fond, l’accord de pêche n’a pas été renouvelé avec les Européens, la production céphalopodière, la plus importante pêcherie et celle qui rapporte le plus en termes de devises, est au plus bas, les impôts font désormais chou blanc, tant leur pression sur les opérateurs a été forte l’année dernière, la sécheresse risque de décimer une grande partie de notre cheptel, les avoirs du Trésor, au niveau de la Banque centrale, se réduisent comme peau de chagrin, nos recettes en devises, dont Ould Abdel Aziz s’enorgueillissait, ne sont plus qu’une goutte d’eau dans un océan de besoins. Les observateurs ne s’y sont pas trompés. Ils ont bien remarqué que notre guide éclairé avait « oublié », avant de commencer sa dernière conférence de presse, de donner les chiffres du compte du Trésor, des recettes en devises, des réalisations des Impôts et de la Douane. Comme le bilan n’était plus aussi reluisant que les années passées, lorsqu’il nous bombardait de chiffres, de tableaux et de courbes, il s’est prêté, sans transition, au jeu des questions-réponses. En refusant, systématiquement, de donner le moindre chiffre, même celui de 4% de croissance que nous offrent, gracieusement, les « experts » du FMI. Ils doivent être vraiment sorciers, ces spécialistes, pour être les seuls à nous donner d’aussi bons résultats macro-économiques, quand tous les indicateurs sont au rouge. Jugez-en vous vous-mêmes. Dans l’Indice de Développement Humain (IDH) publié, chaque année, par le PNUD, nous sommes passés de la 155ème place, en 2013, à la 161ème, en 2014. Le rapport Doing Business de la Banque Mondiale nous fait passer de la 166ème, en 2010, à la 173ème, en 2014. Pour l’ONG Transparency International, qui dévoile, chaque année, un Indice de Perception de la Corruption (IPC), notre pays dégringole de la 119ème position, en 2013, à la 124ème l’année dernière. Et vous savez la meilleure ? Avec 31% de chômeurs en 2013, la Mauritanie se retrouve, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), leader mondial du chômage. Pas de quoi donc pavoiser. Mais le peuple aime ça, pavoiser ! Alors, visitationnons-le ! Tout occupé qu’il sera à accueillir son hôte de marque ou à béer au spectacle, il en oubliera, peut-être, ses problèmes quotidiens, en attendant que la situation s’améliore, que les prix des matières premières redressent le nez ou que l’hivernage arrive. Et ne me dites pas que ça coûte cher, ces grands mouvements de marionnettes ! Ça fait tout de même tourner l’économie locale, hein ! C’est vrai, à défaut de grives…
                                                                                                      Ahmed Ould Cheikh

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