dimanche 15 mars 2015

Editorial: Vrai-faux leurre?

Que nous mijote encore notre guide éclairé ? Après avoir reçu, la semaine dernière, les députés de la Majorité, auxquels il a  tenu un discours que peu d’entre eux ont compris, il s’est rendu à l’état-major général des Armées, où il s’est entretenu avec les officiers supérieurs. Les deux piliers de son pouvoir, en somme. Qu’il a voulu rassurer ? Ou embarquer dans une nouvelle aventure ? Et le voilà à refaire encore parler de lui, en recevant les élus les deux Hodhs, Charghi et El Gharbi, qu’il s’apprête à visiter au cours des prochaines jours. A l’heure où l’on parle, de plus en plus, de dialogue entre le pouvoir et l’opposition, cette cascade d’événements ne peut être dénuée de signification. Ould Abdel Aziz veut-il assurer ses arrières et se présenter au futur dialogue en position de force ? Ou prendre tout son monde à contre-pied, endormir l’opposition, occupée à se mettre d’accord sur les préalables du dialogue, et lâcher une bombe ? Quel autre sens à  cette tournée, au pied levé, de toutes les moughataas du pays, en commençant par l’Est? Une phrase, lors de l’audience accordée aux députés de la Majorité, prend ici tout son sens : « Le changement de la Constitution ne se fera que par referendum ». Aziz, qui a besoin du soutien de « sa » majorité, de « son » armée et de « ses » pauvres, ira-t-il jusqu’à prendre le risque de tenter une modification du texte fondamental de notre démocratie ? A plus de quatre ans de la fin de son deuxième –et dernier ? – mandat, ce serait un gros challenge, non dénué de dangers. Mais peut-être n’ira-t-il pas jusque-là, se contentant de la carte ainsi nouvellement en main, pour amener l’opposition à mettre un peu d’eau dans son zrig et à ne plus considérer qu’il n’aurait proposé le dialogue que contraint et forcé. Manœuvres, manœuvres…
En tout état de cause, ces agissements sont tout sauf fortuits. L’opposition est une fois encore avertie et n’a plus droit à l’erreur. Elle a donc tout intérêt à garder les accords de Dakar en ligne de mire, peser le pour et le contre et éviter de sombrer dans la facilité, comme lors de la « balle amie » de 2012, persuadés qu’étaient ses leaders de ce que le pouvoir leur tendait les bras. Ce n’est pas parce qu’Ould Abdel Aziz est allé à l’état-major, comme de Gaulle à Baden Baden, en Mai 68, alors que les événements n’étaient plus sous contrôle à Paris, qu’il faut déjà vendre la peau de l’ours. En Mauritanie, la situation, quoique délicate, est encore maitrisée, Ould Abdel Aziz n’est pas de Gaulle pas plus qu’Ould Ghazouani n’est le général Massu. La question reste, de fait, celle de l’importance réelle du dialogue, dans l’esprit de chaque partie. Ecran de fumée ou authentique préoccupation ? On en est toujours là.

                                                                                                     Ahmed Ould Cheikh

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