samedi 20 septembre 2014

Editorial: Anguilles sous roche


Depuis plus de trois semaines, nous avons un ''nouveau'' gouvernement. Dont le chef, à défaut de pouvoir choisir lui-même ses ministres et son propre directeur de Cabinet, vient de s’entourer d’un Cabinet newlook. Grâce aux directives ''éclairées'' de notre guide toujours aussi lumineux, pour ce qui est de la lutte contre la gabegie, la corruption, l’utilisation efficiente des biens publics et bien d’autres grands principes auxquels plus personne ne croit, la nouvelle équipe n’en aura pas moins du pain sur la planche. Petit tour d’horizon, incomplet, des secteurs en perdition : la Santé ? A l’agonie ; l’Enseignement ? Déclaré cliniquement mort, depuis belle lurette ; la Justice ? Itou. L’agriculture ? Un gouffre à finances publiques ; les Transports (que le PM connaît bien) ? Un fourre-tout qu’aucune législation ne réglemente ; l’urbanisme ? Naviguant à vue, avec les gazras qui se multiplient à vue d’œil ; quant à la pêche, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Dans ces conditions, vous pensez qu’il peut faire quoi, le Premier ministre ? Gérer les affaires courantes et ne pas faire de vagues ? Se référer au patron, chaque fois que le moindre problème se pose ? Faire le dos rond et laisser passer, en attendant ?
Il est, pourtant, urgent d’agir. Le pays a croisé les bras, en l’attente des élections législatives et municipales puis présidentielles. Il a, ensuite, guetté l’investiture du Président et la formation de la nouvelle équipe gouvernementale. Dans les intervalles, ses problèmes n’ont fait que se démultiplier. Depuis quelques mois, pour ne pas dire quelques années, il y a comme une morosité ambiante. Et le sentiment qu’une minorité de privilégiés est en train de faire main-basse sur le pays. Personne ne pensait en revenir là. En 2007, on pensait, naïvement peut-être, qu’une nouvelle page allait s’ouvrir. Mais il nous a fallu vite déchanter. Seulement, voilà : on ne s’y fait pas. L’anguille est sous la roche, on l’a vue, on fait tout pour nous la cacher mais on sait qu’elle est là. Ce n’est pas seulement le goût retrouvé du débat, élargi à toutes les composantes de notre Nation. C’est surtout cette conscience, entêtante, que celle-ci ne peut se construire que dans l’équité. Et quand le peuple a ce goût dans la bouche, il est urgent de lui donner de quoi se rassasier. Car il n’en démordra pas, lui, pour seulement des miettes…

                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

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