samedi 14 avril 2012

Editorial : Charité bien ordonnée…

Parmi les slogans qu’Ould Abdel Aziz avait choisis, en 2008, pour justifier son coup d’Etat contre Sidioca et qu’il avait repris, en 2009, pour les besoins de sa campagne électorale, la lutte contre la gabegie figurait en bonne place. Il est vrai que la Mauritanie a connu, au cours des trentre dernières années, des sommets dans la prévarication, la mauvaise gestion et le détournement des deniers publics. Et personne ne s’est privé de sa part de gâteau. Militaires comme civils, tous ont mangé au même ratelier. A telle enseigne que celui qui refusait de faire sienne cette culture ambiante était considéré comme l’anormal qui justifiait la règle. On bouffait tout : le budget de l’Etat, les financements des projets, l’argent destiné aux infrastructures, l’aumône aux pauvres… La broyeuse travaillait à pleins temps et régime. Des richesses se faisaient en un jour, les villas cossues poussaient comme des champignons, les grosses cylindrées écumaient les rues et personne n’avait plus honte d’afficher, ostensiblement, sa fortune mal acquise. Ils sont légion, les nouveaux riches qui ont fait leur fortune sur le dos du pauvre citoyen. Notre société, hypocrite au plus profond d’elle-même, leur a, même, décerné des gages de respectabilité, au lieu de les vouer aux gémonies.
Arrive le coup d’Etat du 3 août 2005. Les nouveaux maitres du pays décident, alors et sans concertation avec qui que ce soit, de tourner la page du passé, sans inquiéter personne. Ils auraient pu, pourtant, demander des comptes, au moins aux symboles de cette période sombre de notre histoire. Mais eux non plus n’étaient pas tout-à-fait blancs. Et l’on comprend leur peu d’empressement à ouvrir la boite de Pandore.
Sidoca, non plus, ne voulut pas fouiller dans les poubelles. Pire, il s’entoura, quelques mois avant sa chute, d’hommes considérés comme de dangereux prévaricateurs, les fameux roumouz el vassad qui lui valurent une crise, ouverte, avec des députés de sa majorité, manipulés, en sous-main, par son futur tombeur. Du pain béni, pour Ould Abdel Aziz qui s’engouffra, comme un frelon, dans la brèche. Pour justifier sa rébellion contre un président démocratiquement élu, il lui fallait frapper fort. Chercher l’apppui de l’Occident, en se faisant le porte-étendard de la lutte contre l’immigration clandestine et le terrorisme à visage islamiste. Et, sur le plan intérieur, se choisir des thèmes considérés comme porteurs, dans un pays où les inégalités battent des records : président des pauvres et lutte contre la gabegie. Rebelle, certes, mais finaud, également.
Seulement, voilà, les slogans résistent rarement au temps. Certes, l’ex-général s’est assez occupé des pauvres pour en augmenter sensiblement le nombre. Mais ils n’ont jamais autant souffert que depuis 2008 et les gabegistes, surtout ceux de son camp, ont encore de beaux jours devant eux. En témoignent les récentes fuites de deux rapports de l’IGE, l’un sur la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SHM), dont Le Calame publie, cette semaine, de larges extraits significatifs, et, l’autre, sur le ministère de la Santé, prochainement dans nos colonnes, qui en disent long sur la gestion post-deux-mille-huitarde de notre pays. Les responsables de ces deux structures, au lieu de finir leurs jours à Dar Naïm où d’autres ont été envoyés pour moins que ça, ont été parachutés en des postes à peine moins juteux. Ils ont, manifestement, compris comment rester dans les bonnes grâces du Prince. Notre président sait être généreux. Avec l’argent des autres. Surtout celui destiné aux pauvres.

Ahmed Ould Cheikh

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