mercredi 6 juillet 2011

Editorial : Président Don Quichotte

L’opposition s’est, enfin, décidée à parler d’une même voix. Après une série d’audiences accordées, par Ould Abdel Aziz, à certains de ses leaders, des déclarations, assorties de menaces de retrait de la Coordination – «si elle ne se décidait pas à dialoguer avec le pouvoir», dixit Messaoud Ould Boulkheir – des réunions-marathons où tout ou presque a été dit, une «feuille de route» pour le dialogue a été remise au président de la République. A charge d’y répondre dans les dix jours, s’il est «réellement sincère dans sa volonté de dialogue», comme l’a supputé au moins un opposant. Mais notre président-voyageur a, apparemment, d’autres soucis. Tel le célèbre forgeron de la légende populaire qui rafistolait les calebasses des autres, en négligeant les siennes, pourtant très mal en point. Un petit saut à Pretoria où se tenait une réunion du panel de l’Union africaine sur la Libye, en début de semaine passée, suivie, deux jours plus tard, de la capitale équato-guinéenne pour les assises de l’organisation continentale. Dont le président en exercice, Théodore Obiang N’guema, un dictateur «pur jus», devrait faire honte à l’UA, et être écarté, en conséquence, de sa direction. But de ces deux conclaves: la situation en Libye, dont le «Guide de la révolution», confronté, depuis plusieurs mois, à une rébellion armée, refuse de lâcher le pouvoir. Comme lors de ces précédentes réunions, le panel a demandé la fin des combats, la tenue de négociations, directes, entre les deux parties et la fin des frappes de l’OTAN. Rien de bien nouveau. La même litanie est récitée, à chaque concertation du panel, et, comme lors de la crise ivoirienne, personne ne semble lui prêter la moindre attention. Les enjeux dépassent le continent. Les puissants de ce monde, décidés à jouer au gendarme, ne vont pas s’arrêter en si bon chemin pour se débarrasser d’un psychopathe accro et pas seulement aux lambris dorés.

Toujours est-il que le guide de notre révolution à nous, celle du 6 août 2008, ne ménage aucun effort pour rester sous les feux de la rampe. Se souvient-il que, parmi les reproches qu’il avait émis, en son temps, à Sidioca, celle de voyager un peu trop aux frais de la princesse figurait en bonne place. Mais on en n’est pas à une anomalie près. Comment l’UA, par exemple, a-t-elle pu ériger le putschiste qu’elle vouait aux gémonies, il y a moins de deux ans, en chef-médiateur?

Sauf à vouloir se prendre pour ce qu’il n’est pas, Ould Abdel Aziz aurait pu faire l’économie de tous ces déplacements onéreux et qui n’ont, jusqu’à présent, donné aucun résultat probant. Nombre de chefs d’Etat ne participent, quasiment jamais, aux réunions de l’Union Africaine, et ne s’en portent pas plus mal. Notre raïs pouvait consacrer cette énergie à régler les multiples problèmes auxquels son pays fait face, à discuter, avec son opposition, pour aplanir les divergences, à aller à l’encontre des citoyens de l’intérieur, pour s’enquérir de leur situation, à combattre, sans démagogie, ces maux endémiques que sont la mauvaise gestion et la gabegie. En un mot, Il devait, et c’est pour cela qu’il a été élu, consacrer son temps à la Mauritanie, au lieu d’aller se battre, tel Don Quichotte, contre les moulins à vent.

Ahmed Ould Cheikh

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