vendredi 10 avril 2026

Editorial: Sans commentaire

 Tiré du site d’informations le 360 citant le magazine Finances News Hebdo : « Face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement marocain a annoncé un ensemble de mesures destinées à protéger le pouvoir d’achat des ménages et à stabiliser les secteurs les plus vulnérables ». Et le magazine de préciser : « Lors du point de presse hebdomadaire ayant suivi le conseil de gouvernement du jeudi, le ministre délégué chargé du Budget, monsieur Fouzi Lekjaa, a détaillé trois dispositifs-phares concernant le gaz, l’électricité et le transport ».

La première mesure concerne le gaz butane, dont le prix restera inchangé pour les usages domestiques, malgré la forte hausse des cours internationaux enregistrée au cours du mois de Mars. Pour soutenir concrètement les ménages, l’État prend désormais en charge 78 dirhams par bonbonne de 12 kg, contre 30 dirhams précédemment, soit un supplément de 48 dirhams par unité. Le coût estimé de cette mesure s’élève à 600 millions de dirhams par mois. Le deuxième volet concerne l’électricité. Les tarifs restent stables pour les particuliers et les professionnels, malgré l’augmentation des coûts de production. Cette décision, qui pèse sur les finances publiques à hauteur de 400 millions de dirhams chaque mois, vise à éviter toute répercussion directe sur la facture des consommateurs.

Enfin, le gouvernement a relancé le mécanisme de soutien aux professionnels du transport, similaire à celui déployé entre 2022 et 2024. Du 15 Mars au 15 Avril, une subvention de 3 dirhams par litre de carburant est attribuée aux taxis, aux bus, aux transports scolaires et touristiques, ainsi qu’au transport rural. L’objectif affiché est de préserver des conditions d’exploitation proches de celles d’avant la crise. « Le coût mensuel de cette mesure est évalué à 648 millions de dirhams et un système informatique spécifique a été mis en place pour assurer le versement rapide des aides, effectif depuis la mi-Mars », note enfin Finances News.

Sans commentaire.

 

                                            Ahmed ould Cheikh 

vendredi 3 avril 2026

Editorial: Vains et coûteux subterfuges

 On raconte que le président égyptien Anouar Sadate (1970-1981) demanda un jour à son ministre de l’Agriculture de construire une grande ferme pour l’élevage des veaux de façon à améliorer l’approvisionnement du marché en viande. Croyant sans doute à une lubie présidentielle, le ministre n’accorda aucune importance à cette requête. Quelques mois plus tard, Sadate qui tenait à son projet, contrairement à ce que pensait son collaborateur, appela celui-ci pour lui dire qu’il irait le lendemain inaugurer les lieux. Branle-bas de combat. Apeuré, le ministre loua une ferme dans la précipitation et y achemina des centaines de veaux. Le jour J, Sadate y fit un grand tour et appela le responsable en aparté : « combien t’a couté l’allocation de ces bêtes ? », lui demanda-t-il. Sentant que le subterfuge n’avait pas fonctionné, celui-ci répondit : « dix livres par tête, mais comment vous avez su, monsieur le Président ? » « – C’est simple », répondit Sadate, « un veau qui n’est pas dans son véritable enclos devient irrité, nerveux et ne reste pas en place. »

Moralité de l’histoire : les ministres, les ambassadeurs et, par extension, tous les hauts fonctionnaires parachutés dans des milieux qui ne sont pas les leurs ne resteront pas, eux non plus, en place et ne pourront pas s’acquitter des missions qui leur sont confiées. Nul n’a besoin de la sagacité de Sadate pour découvrir le pot-aux-roses. Nous en payons le prix tous les jours. Et notre malheur continuera jusqu’au jour où les nominations ne se feront plus sur des bases tribalo-régionales, mais en tenant compte d’un seul critère : la compétence.

                                                     Ahmed ould Cheikh

samedi 28 mars 2026

Editorial: Les ministres IA qu'il nous faut

 En Albanie, une ministre sans salaire ni voiture de fonction, entièrement virtuelle, a été générée par l’Intelligence Artificielle (IA). Ce nouveau membre du gouvernement a proposé son programme sur écran devant des députés circonspects. « Chers députés de l’opposition, je vous demande de me considérer par rapport à ma fonction et non mon origine, de ne pas me juger sur ce que je suis, mais ce que je fais », a-t-elle dit. Diella, c’est son nom, était, depuis Janvier dernier, une assistante virtuelle sur le site des services publics albanais. Vêtue d’un costume folklorique, elle a eu plus d’un million d’interactions avec les usagers. Sa promotion-éclair au sein du gouvernement, elle la doit au Premier ministre albanais, pas peu fier de ce coup d’éclat. Il charge la nouvelle ministre des marchés publics et promet de combattre la corruption qui mine le pays grâce à cette IA impartiale. À l’instar des robots tueurs ?

« Grâce à Diella, nous allons faire de l’Albanie un pays où les appels d’offres publics sont 100% incorruptibles », a-t-il déclaré devant le Parlement. La nouvelle ministre est à l’abri de certains scandales. Elle ne prend jamais de vacances et refuse systématiquement les pots-de-vin. Ould Djay devrait-il s’inspirer du modèle albanais et implorer l’IA de nous générer des ministres au-dessus de tout soupçon ? Quand on connait l’attrait qu’exercent les ministères « juteux », les milliards attribués aux marchés publics et les coups tordus dont on voit les manifestations tous les jours, seule une Diella en voile, détribalisée et « dérégionalisée », nous permettrait de sortir de l’auberge. Si on la laisse travailler. Ce qui ne sera pas une mince affaire.

                                                    Ahmed ould Cheikh

vendredi 20 mars 2026

Editorial: Un gouvernement averti en vaut combien?

 Jamais mesure n’a été aussi impopulaire que celle prise il y a quelques semaines par le gouvernement. En effet, la décision d’exiger le dédouanement de tout téléphone entre « illégalement » en Mauritanie a suscité une levée de boucliers sans précédent. Aussi bien de la classe politique, majorité et opposition réunis, que des « points chauds » qui ont fait, de cet outil, leur principal revenu ou des simples citoyens qui ne pourront plus acquérir de nouveaux téléphones, de crainte que le couperet de la douane ne leur tombe sur la tête. Des marches ont même été organisées vers la Présidence et, bizarrement, la police a laissé faire. Très prompte à disperser le moindre rassemblement, elle a laissé faire cette fois, sans broncher. Au fait, la police relève de quel ministère ? Suivez mon regard…

Du coup, le Premier ministre s’est retrouvé tout seul face à cette déferlante de mécontentements et n’a été épargné ni par ceux qui ont marché ni par ceux qui sont assis et ont déversé toute leur bile sur lui. Même son parti, l’INSAF, s’est joint au concert des récriminations. Il a demandé l’ouverture de négociations avec les vendeurs de téléphones, avec en ligne de mire la situation des travailleurs de ce secteur qui occupe des milliers de jeunes. Le gouvernement a aussitôt fait machine arrière. Pour le moment. Au lieu des deux semaines accordées aux titulaires de téléphones pour s’acquitter des droits de douanes pour ne pas les voir hors d’usage, le délai a été porté à deux mois. En attendant que la décision soit enterrée ? Probablement, puisqu’inapplicable sous cette forme. Seuls deux ou trois pays dans le Monde l’ont essayée, mais ont fini par l’abandonner. Comme sur toute la planète, tout doit se faire à la frontière. C’est là qu’il faut serrer la vis. Courir derrière un usager qui s’est saigné aux quatre veines pour acheter un smartphone est non seulement contre-productif, mais, aussi, générateur de frustrations comme on en a vu au cours des derniers jours. Un problème de plus dont le gouvernement devrait bien se passer. Il en a déjà assez. Un gouvernement averti en vaut combien ?

 

                                                                           Ahmed ould Cheikh

vendredi 13 mars 2026

Editorial: Comme si....

 La vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Inaugurée en grandes pompes il y a quelques mois par le président de la République lui-même, la route de Diouck est déjà en piteux état en plusieurs endroits. Le bitume s’est décollé comme s’il n’a jamais adhéré à la couche de base. Le ministère de l’Équipement a dépêché d’urgence une équipe sur le terrain pour apprécier de visu la situation, donnant ainsi l’impression (fausse, bien sûr !) qu’il veille au grain. Comme s’il ne savait pas de quoi il s’agit. Comme si l’écrasante majorité de nos routes ne s’est pas détériorée quelques semaines après sa mise en service. Comme si les décaissements n’étaient pas délivrés à la tête du client. Comme si… comme si… à l’infini. 

Nous l’avons toujours dit et répété : la politique des routes doit être revue dans son ensemble. Il faut arrêter avec la pratique désuète du moins disant. Des sociétés fondées en quelques jours ont ainsi pu obtenir d’énormes marchés en cassant les prix, quitte à demander plus tard des avenants. Les bureaux de contrôle n’échappent pas non plus à cette ambiance délétère.  À part deux ou trois qui ont pignon sur rue et déjà fait leurs preuves à l’International, les autres ne sont que des bureaux-cartables forts d’appuis haut placés. Comment voulez-vous qu’une route soit viable dans ces conditions ? Trouvez-vous normal que la seule route nationale vraiment stable à l’heure actuelle est celle reliant Nouakchott à Rosso ? Vous savez pourquoi ? Parce que l’Union européenne qui l’a financée a sélectionné elle-même l’entreprise qui l’a construite, ainsi que le bureau de contrôle. Serait-ce trop demander à notre administration, de faire systématiquement la même chose pour toute construction et d’éviter ainsi que nos maigres ressources dont on a tant besoin partent ainsi à vau-l’eau ?

                                                                        Ahmed ould Cheikh

Editorial: Deux poids, deux mesures, encore… mais jusqu’à quand ?

 Trump et Netanyahou ont finalement sauté le pas. Ils ont unilatéralement décidé d’attaquer un État souverain sans autre raison qu’il pourrait constituer une menace pour l’État hébreu. Après le Vénézuela, dont le président a été capturé dans son lit, parce qu’il refusait de se plier aux injonctions de Trump, c’est au tour de l’Iran de faire les frais de la foudre belliqueuse de ce va-t-en-guerre qu’est le président américain. Les négociations que les USA ont accepté d’entreprendre avec la République Islamique autour de son programme nucléaire, n’étaient, en fait, que de la poudre aux yeux. Avant même qu’elles ne s’achèvent, la Sionie, à qui Trump ne peut apparemment rien refuser (le dossier Epstein est passé par là), a fini par lui forcer la main pour passer à l’action. Et le déluge de feu s’est abattu sur l’Iran, tuant, coup sur coup, son guide suprême, une partie de sa famille et plusieurs hauts gradés de l’Armée et des Gardiens de la Révolution. Passé l’effet de surprise, les perses se sont bien repris et ont riposté en attaquant des points névralgiques en Israël, ainsi que les bases américaines au Moyen-Orient. 

Depuis samedi, l’escalade se poursuit et l’on ne sait plus où s’arrêtera la bêtise humaine. Mais les questions que tout le monde se pose est jusqu’à quand les États-Unis continueront à se comporter comme le « gendarme » du monde en toute impunité. Jusqu’où iront-ils ? Pourquoi l’Iran ? S’agit-il réellement de l’empêcher d’acquérir la bombe atomique ? L’État hébreu la possède pourtant depuis de longues années et refuse toujours de signer le traité de non-prolifération nucléaire. Deux poids, deux mesures, comme depuis déjà un certain temps ? 

Une situation bien résumée par le premier ministre sénégalais Ousmsne Sonko dans un tweet: “Nous sommes dans une situation, depuis un an, de liquidation du droit international. Un pays peut se donner le droit, à tout moment, de kidnapper des présidents, de s’attaquer à d’autres pays, d’asphyxier des pays (….) Un pays, sans résolution ni mandat de l’ONU, peut décider de frapper d’autres pays, d’assassiner leurs dirigeants. Ceci est extrêmement grave. “

 

                                                                       Ahmed ould Cheikh

Editorial: Développement de qui, de quoi ?

 Le vocal a fait la tour du web la semaine dernière. On y entend une analyse détaillée, sans doute générée par l’Intelligence Artificielle, de la dernière mesure prise par la Mauritanie de taxer les transactions électroniques (0,1% sur toute transaction au-delà de 5000 MRU… en théorie) réalisées à travers les applications bancaires, et de ses conséquences qui peuvent être désastreuses sur l’essor d’un secteur en plein essor. La mesure a, en tout cas, déjà suscité une levée de boucliers des usagers et des agents de transfert d’argent qui ont organisé, la semaine dernière, une grève de trois jours. 

Toujours friand de nouvelles taxes pour élargir l’assiette fiscale, l’État a vu, dans les 2000 milliards MRO générées par 557 millions de transactions électroniques effectuées entre 2024 et 2025, une occasion rêvée de grignoter un peu d’argent sur le dos des usagers (5 à 6 milliards MRO chaque année).Donnant ainsi l’impression qu’il veut ponctionner le budget des citoyens avant que le secteur ne soit mature, au risque de tuer la poule aux yeux d’or, si l’on en croit l’IA.

Avec un effet domino qui pourrait gripper toute une économie en plein décollage… L’usage des applications bancaires est en effet devenu la norme pour la majeure partie de la population. À tout le moins taxe sur la circulation de l’argent, cette nouvelle fiscalité est-elle un outil pour financer le développement – de quoi, de qui ? – ou un coup de frein brut à l’innovation et à l’inclusion financière ?

 

                                                  Ahmed ould Cheikh

Editorial: Chiche!

 Les Mauritaniens ont décidément le verbe facile ! Il suffit qu’une idée, même la plus idiote, sorte de la bouche de l’un d’entre nous, pour que tout le monde s’en empare. Même si elle n’est pas d’actualité immédiate et que son problème ne se posera, du coup, que dans quelques années. Si jamais il se pose, d’ailleurs. Oubliant la célèbre maxime : « chaque chose en son temps ». Depuis quelques semaines en effet, des voix s’élèvent pour évoquer, pêle-mêle, le dialogue en gestation, les thèmes qu’on y abordera, le mandat du président de la République qu’on pourrait éventuellement étirer jusqu’à sept ans, si les parties prenantes y consentent. D’autres vont jusqu’à sortir la vieille rengaine : « La Constitution n’est pas le Coran » et n’est donc pas sacrée ; avec, en ligne de mire, la limitation des mandats pourtant verrouillée par les texteslégislatifs. 

Un ancien parlementaire s’est même permis, lors de la dernière visite présidentielle à M’Bout, de mettre les pieds dans le plat en réclamant, ouvertement, la suppression ou la modification des articles limitant les mandats présidentiels, au motif qu’ils ont été approuvés à un moment particulier de l’histoire du pays. À l’époque député, il s’était pourtant fortement mobilisé contre la tentative de bidouiller la Constitution pour permettre à Ould Abdel Aziz de briguer un troisième mandat. Autres temps, autres mœurs ! 

Présidant la réunion au cours de laquelle ces propos ont été tenus, notre Raïs a éludé la question. Il aurait pourtant pu clore le débat qui risque empoisonner les dernières années de son mandat. Comme il l’a fait au Hodh ech-Charghi, lorsqu’il a intimé à ses soutiens, en termes à peine voilés, d’arrêter le débat sur sa succession et de tirer tous dans la même direction pour lui permettre d’appliquer le programme pour lequel il a été élu. Depuis, nous n’avons plus entendu un mot plus haut que l’autre à ce sujet. Qu’il en fasse de même pour celui-là. Chiche !

Ahmed ould Cheikh

vendredi 13 février 2026

Editorial: Serrons les rangs, les prédateurs avancent !

 Quelques métaux – dix-sept à ce jour – dotés de propriétés uniques, indispensables aux technologies modernes (smartphones, moteurs de voitures électriques, éoliennes…) constituent ce qu’on appelle les « métaux rares ». IIs sont devenus l’objet de toutes les convoitises des investisseurs et des industriels, notamment chinois qui en dominent 70% de la production mondiale et 90% du raffinage ; et aussi indiens, en moindre part. Une situation insupportable aux hommes d’affaires américains, Donald Trump, ainsi chargé, par ceux-ci, d’obtenir des résultats concrets dans l’établissement de la suprématie des USA en ce domaine.

Mais, grevés par les coûts de leur main d’œuvre, qui les handicapent considérablement dans la concurrence sur le marché international, les États-Unis ont peu ou prou de solutions « à l’amiable » qui leur permettraient d’obtenir quasiment gratuitement la gestion de ces nouveaux métaux précieux. La volonté agressive de Trump de mettre la main sur le Venezuela, le Groenland et certains pays africains comme le Congo ou la Guinée – en ce qui concerne notre continent qu’il traitait dans son premier mandat, de « merdier » – ne peut s’expliquer que par la volonté de mettre la main sur leurs ressources. Lourds enjeux, porteurs de conflits, voire de guerre…

Si l’on ajoute, à cette dynamique, l’activisme et la puissance de l’industrie de l’armement et le va-t-en-guerre réitéré, il devient impératif, pour les États comme le nôtre, disposant de ressources convoitées ( gaz , pétrole, uranium, phosphates, or et autre énergie verte…) d’être vigilants, peut-être approprié d’examiner comment consolider le front politique intérieur, car l’expérience a démontré que c’est toujours par les fissures des divergences politiques internes que la main extérieure s’immisce  et établir un pacte national autour de la gestion des ressources définissant et garantissant leurs modalités d’attribution et de gestion. Exécuté par un comité de sages appuyés par des experts multidisciplinaires (juristes, financiers environnementalistes…), ce contrat doit transcender les alternances politiques. Ses membres nommés à vie, comme c’est le cas pour les membres de la Cour suprême aux USA.

Ce n’est là que des réflexions aux portées limitées, mais une chose est sûre : il serait suicidaire de laisser la gestion des ressources entre les mains de bureaucrates incompétents et corrompus, à un moment où la voracité des puissances s’affiche avec tant de hargne.

 

                                                             Ahmed Ould Cheikh

vendredi 30 janvier 2026

Editorial: Une autre paire de manches

 Le Premier ministre a parlé devant l’Assemblée nationale. Pendant plus de deux heures d’horloge. Pour lire sa déclaration de politique générale. Un exercice habituel dans toute démocratie digne du nom. Très familier avec les chiffres, comme tout bon statisticien, Ould Djay en a fait étalage. Une croissance économique d’environ 5.6%, augmentation des recettes et des dépenses budgétaires de plus de 10%, augmentation du budget d’investissement de 15,6%, maintien du taux d’inflation autour de 2%, réduction du déficit du compte courant à moins de 6%, maintien du déficit budgétaire autour de 0,7%. Un bilan qu’on peut qualifier de très satisfaisant d’un point de vue strictement macroéconomique. Mais, sur le terrain, la situation s’est-elle améliorée ? Le panier de la ménagère a-t-il ressenti les effets positifs de ces chiffres ? Le chômage a-t-il reculé ? Les inégalités sont-elles devenues moins criantes ? Sans aucun doute, répondent en chœur les députés de la Majorité pour qui jamais le bilan d’un Premier ministre n’a été aussi éclatant. De la poudre aux yeux, rétorquent ceux de l’opposition. « Les bons chiffres ne se mangent pas », disent-ils et à juste titre. Prétendre départager les deux camps relève de l’impossible, chacun étant élu pour défendre son camp, becs et ongles. Mais il faut reconnaitre à Ould Djay d’avoir parlé le langage des chiffres en donnant avec précision le pourcentage de ce qui a été réalisé, ce qui l’a été en partie et ce qui ne l’a pas été. Qu’il soit cru ou pas, c’est une autre paire de manches…

                                                   Ahmed ould Cheikh

jeudi 22 janvier 2026

Editorial: Réponse à la réponse à l'éditorial

 Nous sommes donc bien d’accord, cher Haroun : il faut dire, informer et ne jamais laisser dans l’ombre le moindre doute, tant sur la réalité des entraves à notre développement national que sur les intentions de ceux qui s’appliquent à les éliminer. Oui, « une société qui confond vigilance et lynchage médiatique finit toujours par affaiblir l’État qu’elle prétend défendre », vous avez la sagesse de reconnaître cette erreur et d’abonder dans mon sens. 

Nous allons donc continuer à œuvrer de concert pour nous motiver mutuellement et motiver un nombre croissant de nos compatriotes à rester toujours vigilants. Non seulement sur les agissements, encore assez fréquents hélas, de détournements de fonds, gabegie, trafic d’influences et autre corruption pour paraître « normaux », mais, aussi, sur nos faiblesses quotidiennes à les accepter, quand ce n’est pas à les entretenir, chacun à notre niveau. Qui, en Mauritanie, n’a jamais consenti à glisser discrètement un petit “quelque chose” dans la main d’un homme de loi ou de tel ou tel autre fonctionnaire ? Quel détenteur d’un moindre pouvoir refuse-t-il systématiquement d’en abuser ?

C’est à chacun d’entre nous, Mauritaniens et Mauritaniennes, de commencer par nous soigner nous-mêmes, au quotidien, à l’endroit même où nous tenons, avant de pointer du doigt tel ou tel haut placé. C’est précisément en nous attelant à vivre personnellement, en et autour de nous, cette « culture de la transparence » que notre appel à ce que les institutions de contrôle soient plus rigoureuses dans leurs investigations prendra force et sera d’autant mieux entendu. Ferme, la main de l’État doit certes frapper fort, précisément, au bon moment, et bannir pour de bon ceux qui s’adonnent à des malversations. Mais c’est bel et bien la généralisation des bons comportements citoyens, en chaque cœur, à chaque instant, à chaque coin de rue, qui l’affermira et je vous remercie, cher Haroun, d’y participer.

 

                                                                   Ahmed ould Cheikh

vendredi 9 janvier 2026

Editorial: « Père, garde-toi à droite ! Père, garde-toi à gauche ! »

 Ainsi s’adressa, en 1356, le jeune Philippe le Hardi, futur duc de Bourgogne, à son père, le roi Jean II le Bon, lors de la désastreuse bataille de Poitiers contre les Anglais. C’est, à quelque chose près ce à quoi s’emploie mon ami Haroun Rabani à l’intention de notre opinion publique, dans notre lutte commune contre la corruption et la mauvaise gestion des deniers publics. À ceci près que cette bataille-là, il n’est pas question de la perdre : nous avons largement les moyens de la gagner, ainsi qu’il l’explique dans la présente édition.

 Ni précipitation ni excès ! Nous ne sommes pas musulmans pour rien et le Saint Coran ne manque pas de nous inciter à la mesure en toute chose, de la nourriture aux dépenses, en passant par l’exercice de la justice et le respect des limites. Or le chemin de la rumeur à la calomnie s’est prodigieusement raccourci de nos jours, avec le développement tous azimuts des outils de communications au sein d’une société de consommation spectacularisée où la quête effrénée du scoop se moque des plus élémentaires règles de déontologie ; une science qui n’en est pas moins rigoureuse et universelle où nous avons, musulmans et musulmanes, à nous distinguer particulièrement.

 Dans son précédent article publié le 13 Novembre dernier dans notre journal, Haroun concluait déjà clairement son propos, en rappelant l’enjeu profond  des enquêtes à mener soigneusement, avec toute la rigueur d’une éthique responsable : « Pour que la transparence devienne une culture et non une parenthèse […] afin que la Mauritanie retrouvera pleinement la confiance de ses citoyens et la considération de ses partenaires… » Oui, cela ne se fera pas en un jour ; ni certainement pas à couteaux plus ou moins visiblement tirés ! Au placard, les règlements de comptes ! S’il est nécessaire de rester toujours vigilant, il faut laisser les coudées franches aux institutions chargées de faire proprement le ménage.

 

                                                             Ahmed ould Cheikh