vendredi 21 février 2025
Editorial: Corruption et magouilles, encore et encore…
Confortablement assis dans son fauteuil à regarder un match de foot à la télé, sa douce moitié à son côté, il était loin de s’attendre, ce paisible citoyen, à ce que sa soirée puisse se transformer subitement en cauchemar, quand un bip l’incita à consulter l’application ‘’Houwiyeti’’ (mon identité) qu’il avait récemment installée sur son portable. Un message simple et succinct l’informant en peu de mots que son acte de mariage avait bel et bien été établi. Manquant de s’étrangler, il ne peut s’empêcher de se tourner vers sa dame qui, finaude, aperçoit illico son trouble, jette sans tarder un coup d’œil… puis les deux !... sur la petite note apparemment si anodine et la voilà aussi sec sur ses grands chevaux ! Et pour cause, l’épouse mentionnée sur l’avis de justes noces… ce n’est pas elle ! « C’est qui, cette traînée ? », rugit-elle. « Mais… mais », tente-t-il de se justifier, « je ne la connais ni d’Ève ni d’Adam, celle-là ! – Ha oui ! Tu me prends pour qui ? » Et les noms variablement fleuris volent en tous sens… Nuit agitée. Au matin, le digne époux parvient cependant à convaincre sa légitime de l’accompagner dans les bureaux de l’Agence des Titres Sécurisés pour tirer cette incroyable affaire au clair.
Voilà comment ces deux braves personnes ont ouvert une véritable boîte de pandore. Une enquête a été ouverte sans délai. Elle a déjà permis de découvrir deux cent cinquante falsifications d’actes de mariage établis pour des quidams en souffrance de visa Schengen. Un réseau apparemment bien huilé qui négocie ces sésames au prix fort – jusqu’à deux millions MRO ! – et opère depuis quelques années au vu et au su de tous. Mais personne ne pouvait imaginer que ces faussaires pouvaient aller jusqu’à falsifier un acte de mariage pour une personne dont le (ou la) « conjoint(e) » a déjà personnellement obtenu un ou plusieurs visas et retrouvant ainsi garant(e), par simple paperasse interposée, de la demande de celui ou celle qu’il (ou elle) ne connaît en aucune façon.
Douze personnes ont été placés sous mandat de dépôt et trois autres sous contrôle judiciaire, en attendant la fin d’une instruction qui risque ne pas dévoiler tous les contours de cette scabreuse affaire. Pour un acte de mariage falsifié, combien d’autres sont passés sous le boisseau ? Quoique fasse l’Agence et malgré toutes les précautions, des indélicats poussés par l’appât du gain trouveront toujours un moyen de déceler une faille qui leur permettra de réaliser leurs sombres desseins…
Ahmed ould Cheikh
samedi 15 février 2025
Editorial: la bataille des ordures
Comme si les coupures d’eau et d’électricité ne suffisaient pas. Voilà que des incendies entrent dans la danse macabre. Et pas n’importe lesquels : ceux de tonnes d’ordures accumulées en plein centre-ville, qui plus est entre deux hôpitaux : le CHN et celui de traumatologie. Une scène digne de l’Apocalypse. La fumée et l’insoutenable odeur empestent l’air de tout le voisinage et même au-delà. Les pompiers sont intervenus, semble-t-il plusieurs fois, mais le feu reprend inlassablement.
Comme pour l’eau et l’électricité, le problème vient de loin. Il met présentement en cause la Société Mauritanienne de Transport des Déchets (SMTD) chargée, en fin de règne d’Ould Abdel Aziz, d’organiser durant cinq ans la récolte et le transport de nos ordures. Un pactole de 5,7 milliards de nos MRO qui permit, entre autres, à son principal actionnaire, Zeïne El Abidine ould Cheikh Ahmed, le patron des patrons, de s’assurer une transition en douceur entre les deux représentants de l’armée au pouvoir.
Mais en dépit des dénégations de ladite société assurant avec véhémence de la qualité de ses prestations durant ces cinq dernières années, les dépôts sauvages d’ordures se sont accumulés aux quatre coins de Nouakchott. Un constat accablant qui n’aura certainement pas été pour rien dans l’exclusion de l’offre de la SMDT lors de l’attribution du nouveau marché relatif à la collecte et au transport des déchets solides de notre capitale nationale au Centre d’enfouissement technique. Cette fois fixé à 7,5 milliards d’ouguiyas, le pactole a été attribué, à la mi-Janvier dernière, à une entreprise marocaine, SOS Nouvelle Dynamique Durable (SOS NDD) mais Zeïne El Abidine s’est enragé à faire annuler, une semaine plus tard, cette décision au niveau de l’Autorité de Régulation des marchés publics (ARPM). A priori, la SMTD ne devrait pas pouvoir postuler au nouvel appel d’offres, son exclusion du premier ayant été confirmée par cette même Autorité. Des tractations en sous-main n’en sont pas moins en cours… Et, pendant ce temps-là, les Nouakchottois suffoquent…
Ahmed ould Cheikh
vendredi 7 février 2025
Editorial: Petits détails et grandes conséquences…
Chaque fois que la Mauritanie révise et améliore son code d’investissement, le climat de celui-ci ne s’améliore pas pour autant et les investisseurs ne se bousculent pas au portillon. Une zone franche a été établie à Nouadhibou et… rien n’a changé. Un organisme de promotion des investissements a été fondé à Nouakchott et… rien n’a changé. Car pour encourager ceux-ci, il ne suffit pas de promulguer des lois générales, quelles que soient les incitations qu’elles contiennent. Il faut aussi veiller à ce qu’il y ait un climat psychologique, administratif et judiciaire qui garantisse la tranquillité. À commencer par celle de l’investisseur, en l’assurant de ce que ses placements ne seront pas soumis à l'arbitraire de l'administration, des impôts, de la police ou de la justice.
À cet égard fort instructif, l’exemple de ce financier du Golfe qui avait entendu parler, il y a des années, de la fondation d’une zone franche à Nouadhibou. Il se rendit en Mauritanie chez un de ses amis, avec l'intention d'investir dans le tourisme balnéaire, une activité qu’il avait déjà menée avec succès en d’autres pays. Arrivé à Nouakchott, il avait choisi de rejoindre tranquillement Nouadhibou par la route avec son ami pour découvrir le pays. Mais à peine sorti de l’aéroport Oum Tounsi, les tracas commencèrent au premier poste de police où on lui demanda de remplir les mêmes fastidieuses formalités d’accueil qu’il venait juste d’accomplir à sa sortie de l’avion. Un peu énervé, il obtempéra cependant poliment aux injonctions de l’agent. Puis la multiplication des contrôles tout au long du chemin acheva de lui faire perdre tout enthousiasme à investir chez nous… Résultat des courses, il ne fit qu'une rapide visite de courtoisie à Nouadhibou et retourna dans son pays.
Un autre investisseur du Golfe se contenta, lui, d’un bref séjour à Nouakchott. Il comptait construire à Nouadhibou une usine chargée d’importer, transformer et conditionner des huiles pétrolières de son pays, avant de les commercialiser auprès des entreprises locales de pêche et d'exploitation minière, afin de répondre aux besoins de notre marché et celui de la sous-région. S’informant alors auprès d’un responsable de l’APIM ( l’agence chargée de promouvoir les investissements) sur le droit mauritanien des affaires, les procédures de gestion, les règles d'import-export et de commercialisation, etc., la piètre qualité des réponses de celui-là ne fut guère relevée par l’étrangeté de son dernier conseil : « Si vous rencontrez un problème, comptez sur nous pour vous aider à le résoudre ». Très près peu enclin à se suffire d’une garantie si « personnalisée », le prudent homme d’affaires préféra retourner at home…
Il existe de nombreux autres exemples de telles brèves déconvenues qui ont suffi à décourager les plus entreprenants. Pour produire un climat d’investissement confortable et attrayant, il faut, au-delà de l’élaboration et l’affinement de textes légaux clairs et précis, mobiliser tout-à-la-fois des spécialistes vraiment compétents en divers domaines, juridiques, administratifs et sociaux, ainsi qu’en celui des relations publiques, tous attentifs à coopérer pour le bien commun.
Ahmed ould Cheikh
samedi 1 février 2025
Editorial: Non à la loi de la jungle!
Le dimanche 27 Janvier, au sortir d’une émission sur TTV, Hanevy ould Dahah, le directeur de celle-ci, a été violemment agressé par un jeune homme venu avec l’intention manifeste d’en découdre avec lui. L’excité dont l’entreprise avait gagné, il y a quelques années, le marché de réhabilitation d’un quai au Port de Nouadhibou mais n’avait pas respecté ses engagements – provoquant l’annulation du contrat et le lancement d’un nouvel appel d’offres – se considère victime d’un acharnement de la part du célèbre journaliste. Subite et d’une violence inouïe, l’agression a suscité de vives réactions. C’est la première fois, en effet, en 34 ans de liberté de la presse, qu’un professionnel des media est attaqué dans l’exercice de ses fonctions. On croyait, un peu naïvement peut-être, que ces pratiques d’un autre âge n’avaient plus cours dans un monde civilisé et que la loi de la jungle avait cédé la place à celle d’un État de Droit.
Certes, celui-ci éprouve bien des difficultés à imposer ses règles en Mauritanie et c’est à tout le moins le devoir de la presse libre – le quatrième pouvoir de toute démocratie – de l’y aider. Un appui singulièrement nécessaire en ces temps de lutte acharnée contre la gabegie, la corruption et les passe-droits. Notamment en dénonçant les pratiques douteuses dans la passation et l’exécution des marchés publics. S’agissait-il, en l’occurrence de cette lamentable affaire, de dissuader les journalistes d’accomplir leurs tâches ? On ne peut pas ignorer l’hypothèse que le jeune écervelé ait pu être manipulé par de plus discrets prédateurs de la chose publique, inquiets du combat mené par la presse aux côtés de l’État.
On attend donc de celui-ci qu’il réagisse sans tarder, en frappant juste et fort contre de telles intimidations. Une réponse immédiate, claire et vigoureuse, que tous nos confrères soutiendront sans faillir. Ensemble, conscients des enjeux cruciaux pour notre démocratie. Il nous faut mobiliser tous les pouvoirs de celle-ci – exécutif, législatif, judiciaire et médiatique – afin d’éradiquer au plus vite les séquelles de la loi de la jungle. Pas de faux-fuyants : la fermeté est ici de rigueur !
Ahmed ould Cheikh
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