vendredi 9 janvier 2026

Editorial: « Père, garde-toi à droite ! Père, garde-toi à gauche ! »

 Ainsi s’adressa, en 1356, le jeune Philippe le Hardi, futur duc de Bourgogne, à son père, le roi Jean II le Bon, lors de la désastreuse bataille de Poitiers contre les Anglais. C’est, à quelque chose près ce à quoi s’emploie mon ami Haroun Rabani à l’intention de notre opinion publique, dans notre lutte commune contre la corruption et la mauvaise gestion des deniers publics. À ceci près que cette bataille-là, il n’est pas question de la perdre : nous avons largement les moyens de la gagner, ainsi qu’il l’explique dans la présente édition.

 Ni précipitation ni excès ! Nous ne sommes pas musulmans pour rien et le Saint Coran ne manque pas de nous inciter à la mesure en toute chose, de la nourriture aux dépenses, en passant par l’exercice de la justice et le respect des limites. Or le chemin de la rumeur à la calomnie s’est prodigieusement raccourci de nos jours, avec le développement tous azimuts des outils de communications au sein d’une société de consommation spectacularisée où la quête effrénée du scoop se moque des plus élémentaires règles de déontologie ; une science qui n’en est pas moins rigoureuse et universelle où nous avons, musulmans et musulmanes, à nous distinguer particulièrement.

 Dans son précédent article publié le 13 Novembre dernier dans notre journal, Haroun concluait déjà clairement son propos, en rappelant l’enjeu profond  des enquêtes à mener soigneusement, avec toute la rigueur d’une éthique responsable : « Pour que la transparence devienne une culture et non une parenthèse […] afin que la Mauritanie retrouvera pleinement la confiance de ses citoyens et la considération de ses partenaires… » Oui, cela ne se fera pas en un jour ; ni certainement pas à couteaux plus ou moins visiblement tirés ! Au placard, les règlements de comptes ! S’il est nécessaire de rester toujours vigilant, il faut laisser les coudées franches aux institutions chargées de faire proprement le ménage.

 

                                                             Ahmed ould Cheikh

vendredi 26 décembre 2025

Editorial: Salubrité publique

 Une nouvelle affaire de drogue défraie la chronique depuis quelques jours. Même si les informations ne tombent, pour le moment, qu’au compte-gouttes, plus d’une dizaine de personnes seraient actuellement sous les verrous de la gendarmerie, le corps d’armée qui a fait tomber le réseau. Et l’enquête se poursuit. Des enfants « bien nés » seraient membres actifs de la bande et d’autres des consommateurs invétérés. Ils sont tous en taule. Ce qui fait planer, sur cette affaire, le risque de la voir classer sans suite, comme d’autres avant elle lorsqu’il s’agit de la progéniture des gens « d’en haut ».

Mais, cette fois, la ficelle est trop grosse, les saisies importantes et le réseau trop bien implanté pour que le problème puisse être étouffé dans l’œuf. C’est pourquoi la Maréchaussée veut aller le plus loin possible. Elle entoure l’enquête de la plus grande discrétion et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La drogue est devenue un danger pour la jeunesse. Sa consommation s’est banalisée et les membres des différents réseaux, connus de tous, ont désormais pignon sur rue. Et, à chaque fois qu’un réseau tombe, ce sont toujours les seconds couteaux qui trinquent. Les caïds restent en dehors de la mêlée. D’où la nécessité, pour les responsables de l’enquête en cours, de résister aux pressions. Il s’agit d’une opération de salubrité publique… Plus encore, de la santé de notre Nation si malmenée dans son vivre ensemble !

                                                        Ahmed ould Cheikh

jeudi 11 décembre 2025

Editorial: Avant qu'il ne soit trop tard

 Un homme particulièrement méchant tomba, un jour, grièvement malade. Une femme qui n’avait pas échappé à ses médisances le croisa dans la rue après son rétablissement. « J’ai pensé être victime d’un empoisonnement », lui révéla-t-il. « Tu t’es donc mordu la langue », lui répondit-elle. Combien de journalistes (ou de ceux qui prétendent l’être), de chroniqueurs, de bloggeurs et de simples personnes adeptes des réseaux sociaux ont du poison à la place de la langue ? Combien de simples citoyens ou de fonctionnaires ont fait les frais de ces « chasseurs de tête » et ont été jetés ainsi en pâture à l’opinion, pour des faits souvent loin de la réalité ? Combien d’autres ont été diabolisés sur la base d’accusations erronées où le règlement de comptes se sent à plein nez ? La situation a, en effet, atteint un tel degré de pourrissement que l’État ne peut plus rester les bras croisés. Certes il existe déjà une loi sur la cybercriminalité mais il faut l’affiner et y introduire de nouvelles sanctions, de façon à décourager ceux qui ont fait de la calomnie leur gagne-pain. Ce n’est parce que la loi dépénalise les délits de presse qu’il faut s’engouffrer dans la brèche et considérer que la liberté d’expression n’a pas de limites. Ne dit-on pas que ‘’la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres’’ ? L’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 n’énonce-t-il pas que « la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » ? Des citations que devraient méditer ces « justiciers » des temps modernes. Avant qu’il ne soit trop tard…

                                                  Ahmed ould Cheikh

dimanche 7 décembre 2025

Editorial: Argent perdu

 L’enquête de haute facture réalisée par le site Madar, sur la gestion de l’aéroport de Nouakchott par la société Afroport et dont nous publions cette semaine de larges extraits, montre à quel point certaines entreprises étrangères implantées en Mauritanie foulent des pieds notre législation. Particulièrement lorsqu’il s’agit de déclarer leurs revenus réels et payer les impôts en conséquence. Se prévalant d’une exonération fiscale fictive, cette société refuse, malgré sept années d’activité continue et des recettes mirobolantes, de s’acquitter de ses obligations vis-à-vis du fisc. Et, jusqu’à présent, personne n’a pu l’y contraindre. Elle doit avoir une sacrée protection…

Et que dire de la Mauritanian Copper Mines, la fameuse MCM qui exploite depuis quelques années les mines de cuivre (et d’or) d’Akjoujt, pollue l’environnement de la région et fraude la Mauritanie et le fisc ? C’est la Cour des comptes qui a découvert le pot aux roses. Dans son dernier rapport, cette institution de contrôle lève, en effet, un coin du voile sur certaines pratiques peu orthodoxes de cette entreprise qui encaisse, chaque année, des millions de dollars dans une opacité totale par un subterfuge des plus simples : l’absence totale de prise en compte des revenus générés par l’argent (le minerai) associé aux lingots d’or produits par la société. Selon le rapport, la proportion de ce métal contenue dans les lingots d’or exportés varie entre 3 et 12%. 

Pourtant, ni la convention signée avec l’État en 2004, ni l’avenant du 15 Juillet 2021 ne prévoient de mécanisme permettant de déterminer le sort de cet argent ni d’en comptabiliser la valeur. À qui la faute ? À la société qui s’est engouffrée dans la brèche laissée béante par des décideurs incompétents ? Ou à des négociateurs à qui avait été confiée une tâche dont ils ne peuvent s’acquitter convenablement ? Un redressement fiscal peut toujours permettre de rattraper une partie de cet argent perdu. Messieurs les inspecteurs des impôts, à vos calculettes !

                                                    Ahmed ould Cheikh

jeudi 27 novembre 2025

Editorial: Une volonté, un chemin?

 Annonçant au Sénat la rapidité de la victoire qu'il venait de remporter sur Pharnace, roi du Pont (47 avant J. -C.), l’empereur romain Jules César s’écria : « Veni, vidi, vici » (je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu). De retour d’une visite menée tambour battant au Hodh Charghi, le président Ghazouani aurait-il pu s’exprimer de la sorte ? Certes, il est venu, il a vu mais a-t-il pour autant vaincu ? Le tribalisme, le communautarisme, la gabegie, ces tares qui rongent l’État et qu’il a fustigées tout au long de son parcours. Reconnaissons-lui le courage d’avoir au moins mis le doigt sur la plaie. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres puisqu’il ne suffit pas de dresser un diagnostic. Il faut parfois un remède de cheval et notre pays en a plus que jamais besoin, en ce moment-charnière de sa courte histoire. 

Mais avant toute chose, il faut d’abord se poser plusieurs questions : qui est responsable de cet état de fait ? Qui a fait revivre la tribu qui avait pratiquement disparu, avant l’arrivée des militaires au pouvoir ? Qui a permis à la gabegie de prospérer ? Qui a instauré les dosages tribaux dans le partage de la haute fonction publique ? Certes, il ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie mais jeter un coup d’œil sur un passé douloureux permet d’éviter de tomber dans les mêmes pièges. En tout cas, le Président a un boulevard devant lui. En vertu de la Constitution, il ne sollicitera plus les suffrages des électeurs et peut, du coup, entrer dans l’Histoire, en tentant d’éradiquer des maux qui ont fait tant de mal à notre pays. Le combat risque d’être inégal face aux tenants du statu quo mais ne dit-on pas que « là où il y a une volonté, il y a un chemin » ?

                                                                     Ahmed ould Cheikh

vendredi 21 novembre 2025

Editorial: Ne pas vendre la peau de l'ours....

 Un célèbre proverbe français nous apprend, à juste titre, qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Lors de sa dernière visite au Hodh Ech-Chargui, Ghazouani l’a répété – mais indirectement – aux membres de son équipe, à ses soutiens et à tous ceux qui veulent l’enterrer tôt. Une campagne entamée au lendemain même de son investiture pour le second mandat, le troisième n’étant plus envisageable, en vertu de la Constitution. Depuis, ce bourdonnement ne s’est plus arrêté. Des journalistes (ou ce qui en tient lieu), des bloggeurs (pour ne pas dire blagueurs) et des influenceurs (pour ne pas dire influencés) sont mis à contribution pour vanter les mérites de tel ou tel successeur potentiel. La campagne a atteint un tel paroxysme que certains,comme le ministre des Affaires étrangères ou le directeur de cabinet du président de la République, se sont sentis obligés de sortir des rangs pour s’en démarquer ouvertement. Impassible jusqu’à présent, Ghazouani, piqué dans le vif, est finalement sorti du bois. À Timbédra, il a choisi ses mots pour dire à tous ceux qui s’aventurent déjà dans cette querelle de succession qu’elle n’a pas lieu d’être et qu’une équipe doit toujours tirer dans la même direction. Belle image pour un ancien militaire sachant, mieux que quiconque, qu’il ne faut jamais prêter le flanc à l’ennemi et qu’une compagnie minée par les divisions succombera aux premiers coups de l’ennemi. Sera-t-il entendu ? Faut-il plus qu’un discours pour mettre fin à la guerre des égos ? Car, pendant ce temps-là, les coupures d’eau et d’électricité se multiplient dans le pays, notamment à Nouakchott, et l’on aimerait vraiment beaucoup que le programme « Mon ambition pour la Patrie » débouche, si tel est vraiment le projet de notre Président, enfin sur autre chose que ces misérables bisbilles… 

 

                                                  Ahmed ould Cheikh