lundi 30 avril 2018

Editorial: Combien d'anguilles sous la roche?

Un premier pas vers des élections non apaisées et non consensuelles a été franchi, la semaine dernière, par le pouvoir, avec la mise en place d’une commission électorale qui est tout sauf représentative. La commission de désignation, composée d’éléments provenant de la majorité et de l’opposition dite dialoguiste, n’a pas lésiné sur les… liens de parenté.  Priorité donnée au frère, au neveu, au beau-frère, au cousin. Ne dit-on pas, à juste titre, que charité bien ordonnée commence par soi-même ?  Et l’on veut ensuite nous faire gober que cette CENI sera impartiale, à équidistance de tous les candidats. Le vivier où l’on pouvait puiser était pourtant énorme : le pays regorge de cadres, retraités ou en activité, capables de relever le défi. Mais qui s’en soucie ? Qui a intérêt à ce que les futures élections se déroulent dans la transparence ? Pas le pouvoir, en tout cas, qui a, sciemment, sabordé les négociations secrètes avec l’opposition, pour l’amener au boycott, comme en 2013, lorsqu’elle lui a laissé le champ libre, faisant élire une assemblée à sa botte  et à qui il fait avaler toutes sortes de couleuvres. Avec quelques députés de Tawassoul et de l’opposition modérée s’efforçant de faire entendre leur voix, sans beaucoup de succès.
Mais la manœuvre, cette fois, a échoué. L’opposition – moins le RFD, certes –  telle que regroupée au sein du FNDU, a annoncé qu’elle participera aux futures consultations. Contre vents et marées et qu’elle ne se laissera plus faire. De chaudes empoignades donc en perspective entre le pouvoir, dont le bilan ne plaide guère en sa faveur, et une opposition qui ne lui fera aucun cadeau. Les hostilités ont d’ailleurs déjà commencé. Sur Twitter, Facebook et autres déclarations à la presse. Les deux camps s’accusent mutuellement d’avoir fait fuiter l’information, pour faire échouer des négociations secrètes sur le point d’aboutir.
Sentant le danger que lui fera courir la participation de l’opposition, si les élections se déroulent normalement, le pouvoir a voulu prendre les devants. En décidant de lancer l’opération de redynamisation et d’implantation de son parti, Ould Abdel Aziz joue sur deux fronts. Activer son parti, en battant le rappel de ses troupes, et disposer d’un outil capable de lui faire gagner les futures élections, avec le concours de l’Etat, de l’Armée, des fonctionnaires, de l’administration territoriale et des notabilités, sous les yeux d’une fantomatique CENI qui n’a d’autre rôle que de cautionner la mascarade. Convaincre, ensuite, les récalcitrants, ceux qui ont pris ses déclarations sur son départ pour argent comptant, qu’il a encore beaucoup d’idées derrière la tête et qu’il faut compter avec lui, après 2019. Comment ? La question que tout le monde se pose.  Va-t-il changer d’avis entretemps, s’il obtient une majorité confortable à l’Assemblée nationale, d’où l’idée d’activer son parti ? Compte-t-il en prendre la tête et garder ainsi son mot à dire, dans la gestion du pays ? Ou ne s’agit-il que de manœuvres, pour préparer le terrain au successeur qu’il se sera choisi ? Il n’y a donc pas qu’une anguille, sous la roche…
                                                                                          EDitoirAhmed Ould Cheikh

dimanche 22 avril 2018

Editorial: Black is black, il n’y a plus d’espoir ?

Plusieurs mois durant, des émissaires de la Majorité et deux représentants de l’Opposition ont mené des tractations secrètes, en prélude à un nouveau dialogue national. Entourées d’une totale opacité, elles ont finalement échoué, après plusieurs rounds de négociations au cours desquelles aucune des parties n’a accepté de transiger sur les points qu’elle considère « essentiels » à des élections transparentes. Pouvait-il en être autrement ? Échaudée par tant d’expériences désastreuses, l’opposition devait garder en ligne de mire la plus probable des donnes : depuis les accords de Dakar qu’il piétina allègrement, dès la fin de la présidentielle 2009, le pouvoir tient ses contradicteurs pour de la menue monnaie. Et ce n’est pas à moins d’un an de la fin de son dernier mandat, alors qu’il est obligé de lâcher les rênes, qu’Ould Abdel Aziz doit devenir « fréquentable ». L’opposition a consenti trop de sacrifices et mis à nu les pratiques du régime pour accepter de se fourvoyer dans des tractations secrètes dont celui-ci ne manquera pas de tirer dividendes, présentant son adversaire comme l’éternel frein à la décrispation. La campagne a d’ailleurs déjà commencé avec les tweets d’Ould Maham, le président de l’UPR. Comble de « la manipulation et de la déformation », commente un Lô Gourmo passablement désabusé. 
Tawassoul  s’est, de son côté, signalé par quelques déclarations de son président. Elles permettent de tirer quelques observations et conclusions sur ces désormais fameuses négociations secrètes. En un, le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, ceux des partis de la majorité présidentielle, plusieurs composantes essentielles du FNDU (syndicats et Société civile)  et, bien évidemment, le G8, les sénateurs et bien d’autres ont été sciemment mis  à l’écart, pour préserver le secret de la transaction et son opacité, pourtant censée apporter une solution à une crise politique nationale. Secondement, les discussions ont été menées selon  une  méthode  classique  dans le  souk : le véritable patron reste en retrait des négociations sur le prix et les modalités de livraison, pour pouvoir constamment  demander (et obtenir) une amélioration des offres, transmises via  des commis parlant en son nom, sans jamais pouvoir conclure, eux-mêmes, la transaction. Tercio, malgré la portée majeure de l’accord souhaité, aucune personnalité négro-africaine ou haratine n’a participé à ces pourparlers ; au moins la moitié des six  négociateurs se réclament du seul  courant islamiste. 
Il semble également que nombre de dossiers à tout le moins « épineux » aient été zappés. Comme ceux impliquant treize sénateurs, des syndicalistes et  journalistes, des  opérateurs économiques et des militants des droits de l’homme, tous victimes d’actes liberticides graves : détention  carcérale, assignation à résidence, retrait de passeports, mandats d’arrêt, contraintes à l’exil… Black-out total, encore, sur l’égalité des opérateurs économiques, devant les services des impôts, des douanes, des marchés publics… Question pourtant déterminante, au regard du  seul souci de transparence électorale.
Au final, si l’engagement en catimini de ces discussions explique, en grande partie, l’échec  patent des mots d’ordre et actions de protestation  qu’entreprenait le FNDU ces derniers mois – sans conviction, évidemment, tant ils étaient contraires à cette ligne politique fondée sur le compromis (ou la compromission)  avec le pouvoir – c’est surtout la confiance, entre le FNDU et ses partenaires du G8, qui se retrouve fortement compromise. Soubresauts probables, donc, dans les mois à venir qui devraient voir plusieurs composantes du Front s’en retirer. Ce n’est  certainement pas l’ingénuité qui a poussé le président de Tawassoul  à soutenir que son homologue de l’UFP dirigeait bel et bien les négociations, lui ôtant ainsi la possibilité de s'en démarquer, malgré son insistance  à le prétendre, devant le G8.   
La situation n’est guère plus nette, côté pouvoir, où ces péripéties s’inscrivaient dans la guerre de succession et de positions  désormais  ouverte entre les clans :  on a joué à « Avance devant, que je te tire dans le dos », compliquant singulièrement l’imbroglio politique où tout un chacun ne cesse de claironner, à cor et à cri, « l’islam référentiel de la Nation », prétendant agir « conformément à ses préceptes », ou se targue  de « patriotisme », soutenant  mener son action après « analyse  concrète   de la situation concrète ». Les lampions n’étaient certes pas allumés mais c’est tout de même un noir et funèbre rideau, sur un aussi obscur qu’inqualifiable feuilleton, avec toujours la même lancinante question : comment sortir la Mauritanie de la crise, de plus en plus profonde et multiforme, où elle s’englue à vue d’œil, chaque jour un peu plus,  tragiquement, dangereusement ?
                                                                                        Ahmed ould Cheikh

lundi 16 avril 2018

Editorial: Sur quelle illusion encore?

Voilà deux semaines que l’UPR, le parti/État (PRDS, nouvelle version) a commencé sa campagne d’implantation sur toute l’étendue du territoire national. Une véritable course-poursuite pour tenir un maximum d’inscrits sous sa « coupe ».  La guerre des tendances fait rage à tous les coins de rue. Surtout à l’intérieur où l’on ne se fait aucun cadeau. C’est celui qui obtiendra le plus d’unités de base qui pourra influer, plus tard, sur le choix des structures locales et régionales du parti. Et prétendre ainsi à tenir cour, lorsqu’on viendra aux « choses sérieuses ». Tout le monde est sollicité : famille, parents (proches ou lointains), amis, connaissances… La carte d’identité est devenue, du jour au lendemain, l’objet le plus convoité de la République. Obtenir le maximum d’adhésions, au plus vite, sans aucune explication, même si les adhérents ne connaissent le parti ni d’Adam ni d’Êve.  Tout y passe : achats, ventes, promesses. Des cartes ont même été échangées contre des sacs de blé. En cette période de vaches maigres et devant la démission de l’État, un petit plus est toujours le bienvenu dans la gamelle.
Mais à quoi cela rime-t-il ? À quoi sert-il de se targuer de centaines de milliers d’adhérents fictifs  qu’on ne peut transformer en électeurs ? Dans les vieilles démocraties, un parti fort de quelques dizaines de milliers de militants convaincus, peut être considéré comme « grand ». Il ne cherche ni à faire remplissage ni à se donner bonne conscience. Même au pouvoir, il reste l’égal des autres, n’embrigadant pas les ministres et les hauts fonctionnaires, n’obtenant aucune faveur de l’administration. Et ceux qui n’y militent pas ont les mêmes droits que les autres. En Mauritanie, c’est tout le contraire. Le président de la République est allé lui-même prendre sa carte d’adhérent, montrant ainsi la voie à suivre,  en violation flagrante de la Constitution. Mais qui se soucie encore d’une Constitution si systématiquement piétinée, depuis 2008, par celui-là même censé en être le garant, que l’évoquer devient risible ?
Une fois cette campagne d’implantation achevée et l’UPR « fort » de près d’un million d’adhérents, à quoi s’attendre ? Normalement, à ce qu’il tente de transformer l’essai en victoire, lors des prochaines élections… mais il y a très loin de la coupe aux lèvres. Si l’opposition participe – il y a de fortes chances qu’elle le fasse – et si une commission électorale consensuelle est mise en place, la compétition sera rude. Lourdement handicapé par une gestion catastrophique des affaires du pays, marquée, notamment, par la mainmise d’une ultra-minorité, sur ses ressources ; le surendettement, le zéro pointé pour les secteurs sociaux (éducation, santé) ; le népotisme, le favoritisme et une gabegie sans nom, le parti au pouvoir  a toutes les chances de se faire laminer. À moins que, comme en 2007 et 2009, les chefs de l’Armée, le gouvernement, les hauts fonctionnaires, l’administration territoriale ne se mettent au service d’un parti et d’un candidat. Contre la volonté de tout un pays – plus exactement de toute une mosaïque d’ethnies, castes, fractions sociales variablement exaspérées par trop d’injustices cumulées – pays manifestement plus très chaud – c’est plus qu’un euphémisme : un oxymore – à se laisser rouler dans la farine. Les goudrons d’Aziz sont défoncés, ses slogans pulvérisés : sur quelle illusion encore notre actuel Président compte-t-il, pour  étayer un pouvoir pourri par ses « propres » faits ?
                                                                      Ahmed Ould Cheikh

dimanche 8 avril 2018

Editorial: Achats, ventes, conjectures....

L’Union Pour la République (le parti/Etat, version PRDS, l’argent en moins) a démarré, mercredi dernier, sa campagne de réimplantation. Avec deux premiers militants de luxe : le président de la République et sa douce moitié qui se sont déplacés spécialement, pour s’en octroyer le privilège. Fondateur en personne du parti, sur les cendres de ses prédécesseurs au pouvoir, Ould Abdel Aziz veut ainsi montrer combien lui est importante ladite campagne. Après la mise en place d’une commission, présidée par le ministre de la Défense et chargée de faire des propositions pour « redynamiser » le poids lourd,  le chef de l’État ordonne la grande messe d’implantation sur toute l’étendue du territoire national. Pour un parti « fort, dynamique, démocratique, dont les structures soient représentatives ». L’opération semble plutôt mal barrée. Des ministres et de hauts fonctionnaires, payés par le contribuable, ont déserté leurs bureaux, pour superviser les opérations, à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Où c’est, désormais, la course aux cartes d’identité ; monnayées, banalement ; parfois au prix fort. Qui en ramassera le plus, obtenant, ainsi, le plus d’unités de base sous sa coupe, sera au premier rang, pour obtenir « quelque chose ». Certes, les responsables du parti ont dit et répété que l’adhésion est personnelle – déclaration indispensable au plus strict minimum de crédibilité – mais on a assisté, un peu partout, à des achats massifs, à ciel ouvert, de centaines de cartes d’identité.
Les Mauritaniens ont ça dans le sang. Tout s’achète, tout se vend. Parti, élection, vote, autant d’occasions d’argent facile et de triche ; à tout le moins, de tentative en ce sens. Et ce n’est certainement pas cette campagne qui sera l’exception. A la veille d’échéances électorales importantes, qui ne manqueront pas de raviver les guerres de tendances, il est indispensable de « bien » se positionner et  démontrer qu’on dispose d’une base électorale en position de défendre les privilèges de son soudoyeur. Course effrénée, donc, vers les villes de l’intérieur où les petits roitelets, qui ont perdu beaucoup de leur superbe, depuis l’avènement de la Rectification, ne veulent pourtant rien lâcher. Et l’on se retrouvera, comme lors de la dernière implantation, comme lors de toutes celles qui l’ont précédée, avec des millions  d’adhérents dont l’écrasante majorité ne sait pas dans quel parti elle a adhéré ni pourquoi… en dehors du petit plus dans la gamelle. Et l’on viendra ensuite nous dire que « la campagne s’est déroulée dans des conditions satisfaisantes »,  que les militants ont été « à la hauteur », et que patati et que patata. Ha ça, oui, patates que ces militants-là !
À quoi tout cela rime-t-il ? Après avoir annoncé son départ à l’issue de son second – et dernier – mandat (déclaration au demeurant inutile, puisque ce départ allait de soi), Ould Abdel Aziz aurait-il des idées derrière la tête ? Pourquoi tient-il tant à réformer son parti, à cette heure, en ce moment précis ? Pour en prendre la tête, après son départ de la Présidence, et ne pas se retrouver hors jeu ? Il n’a, en tout cas, pas encore dit son dernier mot, c’est certain ; et l’on ne sait toujours pas ce qu’il manigance. Quel dauphin  choisira-t-il ? Touchera-t-il encore la Constitution, histoire de changer le mode de gouvernement, après les élections législatives de cette année ? Tout n’est que conjectures. Et d’autant plus si les futures élections sont organisées en toute transparence : l’UPR obtiendra-t-il la majorité ? Celui qu’Ould Abdel Aziz se sera choisi sera-t-il élu ? Les jeux sont ouverts… à conditions. Outre celle de la transparence, l’union de l’opposition et sa volonté de combat en forment le bloc décisif, avant, bien sûr, le respect des choix populaires. Cela fait évidemment beaucoup. Mais le Sénégal voisin ne nous a-t-il pas prouvé, à deux reprises successives, que la réunion de tels impératifs à l’alternance est vraiment possible ?  Pourquoi pas chez nous ?
                                                                Ahmed Ould Cheikh

dimanche 25 mars 2018

Editorial: Tsunami en vue?

Branle-bas de combat : Ould Abdel Aziz a déclaré, à Jeune Afrique, qu’il soutiendra un candidat à la présidentielle de 2019 ! Ça n’a pourtant rien d’un scoop, puisqu’il avait déjà annoncé, très explicitement en Novembre dernier, à la clôture du dialogue avec une partie de l’opposition : « Je ne toucherai pas aux articles limitant le mandat présidentiel ». Cela avait soulevé un tonnerre d’applaudissements dans la salle. Comme si ses soutiens se retrouvaient soudain délestés d’un poids dont ils ne savaient que faire. Ils avaient applaudi, comme un seul homme… mais n’y croyaient manifestement pas, à voir les réactions après la publication de l’interview de JA. Il aura fallu que le propos soit adressé via un journal étranger pour que les Mauritaniens lui accordent un tant soit peu de crédit.  Certes, il faut reconnaître, à leur décharge, que, n’ayant de compte à rendre à personne,  notre guide éclairé nous a tant habitués à lui entendre dire tout et son contraire qu’on pouvait, à bon entendeur, s’attendre à tout. Alors, cette fois, c’est la bonne ? On l’espère, on l’espère, la durabilité du moment de cette décision réputée définitive. Ould Abdel Aziz hors-jeu, les jeux n’en seront que plus ouverts.
Cela dit et même s’il a déclaré qu’il soutiendrait un candidat, cela ne change pas grand-chose. Il est sur le départ et n’a pas laissé que de bons souvenirs, y compris dans son propre camp. Nous ne sommes plus en 2007 où l’homme fort qui dirigeait le BASEP avait son mot à dire. Combien de temps lui faudra-t-il, maintenant, pour se rendre compte, si ce n’est déjà fait, que les Mauritaniens ont la mémoire courte ? Voyez le peu d’engouement que suscite son idée de redynamisation et de réimplantation de l’UPR, le parti qu’il porta sur les fonts baptismaux : un ressort est manifestement brisé. Les ministres, envoyés à Nouakchott et dans les chefs-lieux de régions, pour expliquer le fin mot de l’histoire, n’ont eu droit qu’à des accueils, soyons indulgents, « mitigés ». Dans la capitale, c’est à peine s’ils ont réussi à mobiliser quelques centaines de « militants ». Cahin-caha cependant, le parti vient de désigner les commissions chargées de superviser son redéploiement en chaque région. Un ultime baroud d’honneur pour une formation politique pas mieux implantée, ni plus solide, que le défunt PRDS qui vola en éclats dès le départ de son fondateur. C’est que ne semblent pas avoir compris les initiateurs de cette « brillante » idée, aspirant à transformer l’UPR en un parti comme les autres, alors qu’il ne peut l’être, de nature. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, sa fondation, par le pouvoir, sans aucun passé militant, avec l’opportunisme en seule conviction, ne résistera pas à la première vague. Croire, un instant, qu’il sera l’exception qui confirme la règle, c’est faire preuve d’infantilisme primaire.
Enfin, bref, une fois l’UPR « redynamisé et réimplanté », saurons-nous, pour autant, à quelle sauce serons-nous mangés ? Les élections législatives, municipales et régionales, organisées, incha Allah, avant la fin de cette année 2018, lui seront, en tout cas, test grandeur nature. Si toute l’opposition y participe –  et il y a de fortes chances pour qu’elle le fasse – obtenir une majorité relèvera du parcours du combattant, pour peu que toutes les conditions de transparence soient réunies. Certes le pouvoir, qui a la haute main sur l’administration, mobilisera, comme à son habitude, tout ce qu’il peut, pour fausser le jeu. Mais jusqu’à quel point ? Quand on voit le maigre résultat de ses manœuvres, on ne peut plus flagrantes pourtant, lors du referendum, ça ne va pas lui être simple d’obtenir un résultat  à la hauteur de ses espérances… S’y entêter ne serait certainement pas une goutte d’eau. Le vase est plus que plein. Attention au tsunami !
Ahmed Ould Cheikh

dimanche 18 mars 2018

Droit de réponse à Jeune Afrique

Dans une interview-fleuve, publiée dans votre édition 2981 (du 25 Février au 3 Mars 2018), le chef de l’État mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, est revenu sur l’affaire dite Ould Ghadda, du nom du sénateur actuellement en prison et où nous, journalistes signataires du présent droit de réponse, avons été impliqués. Au-delà de la forme et du choix des questions sur lesquels il est inutile de revenir (tant la complaisance le dispute à l’obséquiosité), nous jugeons utile d’apporter un certain nombre de précisions et d’éclaircissements à l’opinion publique. Même si nous sommes persuadés que le droit de réponse n’a aucune chance d’être publié dans vos colonnes, il le sera dans les nôtres et nous aurons, au moins, tenté d’expliquer, à vous et à tous ceux qui s’intéressent à notre cher pays, ce qui s’y passe réellement, loin des surenchères et des mises en scène qui ne trompent plus personne.
Avec douze sénateurs et deux leaders syndicaux, nous sommes trois journalistes et la directrice d’un site web à avoir été placés sous contrôle judiciaire, depuis plus de six mois, et interdits de quitter le territoire national. Le délit que nous avons commis ? Avoir reçu  un soutien d’un homme d’affaires. Lequel ? Celui dont le président de la République a reconnu, dans votre interview, avoir lui-même reçu des fonds, pour financer sa campagne présidentielle de 2009.  Il est donc tout à fait légal, pour lui, de recevoir de l’argent et de poursuivre d’autres en justice, quand ils s’adonnent à ce qu’il a lui-même qualifié de « pratique courante » en Mauritanie. Mais notre Président est d’autant moins à une contradiction près qu’il n’avait, en l’occurrence dudit « entretien », aucun contradicteur. Un journaliste pointilleux n’aurait jamais manqué tant de possibilités de rebondir sur les réponses de son hôte, à moins d’avoir reçu consignes de ne pas le  froisser ou de signer une interview livrée… clés en main.
Le troisième mandat et le « doute »
Quand Ould Abdel Aziz parle de « doute dans l’esprit de certains », à propos du troisième mandat, il ne croit pas si bien dire. Il n’a certes pas modifié l’article de la Constitution relatif aux mandats, comme il s’en vante lui-même – alors qu’il n’y a vraiment pas  de quoi : n’est-il pas, tout simplement,  lié par un serment ? – mais il n’a toujours pas fait son deuil de la présidence, malgré ses déclarations. N’a-t-il pas demandé  à ses troupes de se mobiliser, pour que la rue  lui demande de « continuer l’œuvre de construction nationale » ? Ne s’est-il pas arrêté, sur la route de l’aéroport, pour saluer une poignée de personnes demandant un troisième mandat ? N’a-t-il pas reçu, au palais présidentiel, l’instigateur de la pétition pour un million de signatures demandant son maintien au pouvoir ? Pourquoi la poignée de  manifestants pour un 3eme mandant devant la présidence n’a pas été inquiétés par la police malgré leur manque d’autorisation du Ministère de l’intérieur alors que d’autres sont expulsés manu militari comme les femmes qui manifestent contre la Cherté de la vie.
S’il était sincère dans ses déclarations, pourquoi accepte-t-il qu’on exige, ouvertement, de violer la Constitution ? N’en n’est-il pas le garant ? Après ses deux coups d’État en 2005 et 2008, l’opposition est assez échaudée pour craindre quelque manigance d’un autre coup fourré, visant à ne pas céder le pouvoir.
Un président lucide, soucieux de l’intérêt de son pays, doit rester fidèle à sa parole. Préparer son départ équivaut à rester au-dessus de la mêlée, à égale distance de tous. Se montrer, enfin et pour une fois, le président de tout le monde. Soutenir un candidat, c’est biaiser un processus déjà vicié, ouvrir la voie à toutes sortes d’incertitudes ; il n’y a pas de « dauphin » dans une démocratie ; Initier un nouveau dialogue avec l’opposition, c’est garantir la participation, pleine et entière, de tous aux futures échéances, dans un climat apaisé ; mettre fin à une crise politique que le pays vit depuis une décennie et qui l’handicape sur tous les plans ; et éviter que le vide, dont la nature a horreur, ne soit comblé qu’à minima, comme en 2013 où un seul parti d’opposition participa aux législatives et municipales.
Preuves à l’appui
Parlant des liens entre l’opposition et Mohamed Ould Bouamatou, Ould Abdel Aziz évoque ‘’de nombreux documents, enregistrements vocaux, situations financières, ainsi que des virements bancaires et leurs accusés de réception’’, en prenant soin toutefois de ne pas préciser comment elles sont tombées entre les mains de la justice. De la manière la plus illégale possible. Par la violation flagrante de la loi qui protège les correspondances privées. Elles ont été, tout simplement, puisées dans l’ordinateur et le téléphone portable de Mohamed Ould Debagh, vice-président du groupe BSA ; outils de travail  confisqués illégalement, au poste-frontière de Diama, le 25 Avril 2017, alors qu’il ne faisait, à l’époque, l’objet d’aucune procédure. Un juge nanti d’un minimum d’indépendance ne peut poursuivre des individus sur la base de telles preuves. Pourtant, elles ont été jugées recevables.  L’état de déliquescence où est arrivée notre justice ne vous interroge-t-il pas ? Nous sommes, nous-mêmes, poursuivis sur la base de tels documents et privés de notre liberté de mouvement. Cela ne vous révolte-t-il pas, vous, porte-flambeau, naguère, de la liberté de la presse en Afrique ?
Mécène pour moi seul
Ould Abdel Aziz reconnaît qu’Ould Bouamatou a financé sa campagne en 2009. En « mécène », s’empresse-t-il d’ajouter.  Pourquoi alors reprocher à d’autres, partis d’opposition, syndicats, media, de profiter des largesses de ce même mécène ? Passant du coq à l’âne, il saute sur l’occasion d’expliquer pourquoi son cousin s’en est allé. Si l’on en croit le Président, ce n’est que lorsqu’on a « commencé à voir plus clair dans ses agissements, sur le plan fiscal, que Bouamatou a quitté le pays ».« Mais pourquoi est-il parti alors qu'il a tranquillement mené ses activités sous l'ancien régime pendant plus de vingt-cinq ans? » se demande-t-il. Ould Bouamatou est resté pendant plus de vingt-cinq ans vraisemblablement par ce qu’aucun des présidents successifs n’était un  homme d’affaires. Aziz est le seul Président Mauritanien qui concurrence les hommes d’affaires au grand jour.
 L’ex-patron des patrons n’a-t-il préféré s’exiler, en 2010, alors que le fisc ne lui a infligé des redressements, qui sentaient le règlement de comptes à mille lieues, qu’en 2013. Et Aziz d’enfoncer le clou : Bouamatou n’a toujours eu pour seul objectif que d’installer « la pagaille ». Et des preuves, il n’en manque pas ! Président, en 2005, du Patronat mauritanien et grand Manitou, en conséquence, de ces « hommes d’affaires à l’origine de la décadence du pays », Bouamatou  n’a-t-il pas financé avec ces ‘’pillards’’, le soutien logistique de l’armée désemparée par l’attaque de Lemgheïty ? Et Aziz de balbutier un : « Ce n’est pas normal ! », sous-entendant que ce soutien suspect n’entretenait que le sombre projet de mettre la main sur le pays tout entier. Voilà la thèse du complot contre la Nation bien assise…Petit rappel : en 2010, Ould Abdel Aziz, lui-même, n’a-t-il pas insisté auprès de ce même Bouamatou pour que son second, Mohamed Ould Debagh, mette à la disposition de l’Armée deux avions de la compagnie Mauritania Airways pour transporter cent cinquante commandos paras, d’Atar à Néma, afin de soutenir les troupes, après la débandade de Hassi Sidi (entre 2 heures et 5 heures du matin) et acheminer du carburant aux avions de l’armée de l’air, cloués au sol à Tombouctou ? Deux aéroports pourtant non homologués mais l’urgence pouvait bien justifier quelques entorses à la sécurité. Ould Debagh a obtenu quoi en retour ? La plus haute distinction ? La reconnaissance de l’Etat ? Que nenni ! Un emprisonnement de plus de trois mois en 2013, un harcèlement continu et un mandat d’arrêt international.
Sherpa au pas
Selon Ould Abdel Aziz, sans la Mauritanie, Sherpa, « entièrement financée par Bouamatou », ‘’n’existerait pas’’. Dans son édition de Mars 2018, le magazine américain Gentlemen’s Quarterly consacre un dossier aux trente avocats les plus puissants de France. William Bourdon, le président de l’ONG Sherpa y occupe la première place. Qualifié de « défenseur optimiste et acharné des causes perdues », l’avocat a réussi à faire condamner le président de Guinée Équatoriale, pour ses biens mal acquis entassés à Paris. Il a aussi provoqué des poursuites, contre le cimentier Lafarge qui admet avoir payé Daesh, pour faire tourner une usine en Syrie, et amorcé  la procédure contre BNP Paribas, accusée d’avoir financé les achats d’armes des génocidaires rwandais tout comme il vient de faire tomber les frères Gupta en Afrique du Sud Entre autres actions d’éclat. L’accuser de ne s’intéresser qu’à la Mauritanie relève d’une méconnaissance totale des réalités et d’un nombrilisme pathologique.
Chafi, le « terroriste »
Comme Ould Bouamatou, Moustapha ould Limam Chafi a fait, lui aussi, l’objet d’un mandat d’arrêt international. Mais pas pour les mêmes raisons. Il est accusé de liens supposés avec les mouvements jihadistes par ce même Ould Abdel Aziz qui prétend, lui, n’en avoir aucun. Alors, le gentlemen agreement, passé entre Aziz et AQMI, récupéré par les Américains dans les papiers de Ben Laden, accord maintenant la Mauritanie chez elle, dans sa lutte contre les salafistes, relève-t-il du principe azizien de ne jamais traiter avec les terroristes ? Ou, encore, la libération d’Omar Sahraoui, l’auteur du rapt des touristes espagnols en 2011 et dont Al Qaida exigea la libération, en plus d’une rançon, pour que les ibériques retrouvent la liberté ?

Dialogue « impossible »
A la question « un dialogue avec l’opposition est-il toujours possible ? », le Président répond par la négative, en disant que cela n’est ni envisagé ni envisageable. Pourtant le même Ould Abdel Aziz déclarait, dans son adresse à la Nation, à l’occasion  de la fête du 28 Novembre 2015 : « Citoyennes, citoyens, Le dialogue politique sérieux et ouvert à tous les acteurs politiques nationaux demeure un choix constant pour lequel nous avons renouvelé notre attachement, à chaque occasion. En cette heureuse journée de fête nationale, je réitère notre attachement à l'option du dialogue comme voie privilégiée, pour dépasser tous les obstacles et moyen d'entraide à la construction nationale. Je convie l'ensemble des acteurs politiques, les structures de la Société civile, les érudits, les intellectuels à œuvrer à la promotion de la culture du dialogue et de l'ouverture aux différentes opinions et orientations nationales.
Il convient de souligner par ailleurs que si le dialogue a échoué par le passé, c’est à cause de l’intransigeance de Ould Abdel Aziz à propos du BASEP, du 3ème mandat et d’autres questions essentielles.
Et d’ailleurs, comment envisager des élections libres sans parler avec l’opposition ?

Partialité
Curieusement, votre journaliste n’a pas semblé devoir relever combien Ould Abdel Aziz s’est départi de la réserve qui aurait dû être sienne, face à  un dossier pendant devant la justice. «  Cet ancien sénateur  a agi de manière irresponsable, et se trouve entre les mains de la Justice qui dispose de suffisamment d’éléments matériels pour le maintenir en détention ». Doit-on en rire ou pleurer ? Le président a omis de dire que ledit sénateur fut arrêté alors qu’il jouissait, encore pleinement, de son immunité parlementaire ; comme il a omis de dire que ce même Mohamed Ould Ghadda fut arrêté cinq fois, molesté et tabassé deux fois et a subi toutes sortes de vexations. Et que son « irresponsabilité » n’est apparue « flagrante » que lorsqu'il a commencé à poser des questions gênantes et à s’intéresser aux marchés de gré à gré passés par le régime. Il fut alors kidnappé, à minuit, sans mandat, gardé au secret six jours durant, avant une garde à vue supplémentaire d’une semaine. Déféré et placé sous mandat de dépôt,  c’est sur décision « d’en haut lieu » qu’il fut présenté menotté devant les juges et est, aujourd’hui, privé du droit de visite dont bénéficient même les prisonniers de droit commun.

Vous avez dit libertés ?
Le Président s’est dit « étonné » que des opposants mauritaniens se fixent à l’étranger, notamment au Sénégal, alors qu’ils ont, nous informe-t-il, « toutes les libertés à Nouakchott ». Dites-le aux rappeurs du groupe Ewlad Leblad, objet d’un montage grossier et dont l’un des membres fut jeté en prison, ne devant son salut qu’à la promesse de chanter les louanges du Président. La justice azizienne a condamné, à trois ans de réclusion, le jeune auteur d’un simple jet de chaussure sur un ministre ; au bannissement, dans le Guantanamo mauritanien de Bir Moghrein, des militants d’IRA ; et au placement, sous contrôle judiciaire avec restriction de leurs  mouvements,  de journalistes et de syndicalistes, sous les plus fallacieux prétextes. Et faut-il zapper la répression sauvage des manifestations pacifiques ? Pas de prisonniers politiques ? Quel est donc le statut d’Ould Ghadda ?  Et les prisonniers d’IRA,  Biram en tête, les jeunes de Touche Pas à Ma Constitution, et Abdallahi ould Bouna ? Extradé des Émirats Arabes Unis, par vol spécial, on reprochait, à ce dernier, ses critiques acerbes à l’encontre du Président et du chef de la sécurité politique. Ne fut-il libéré qu’après avoir composé un poème à la « gloire » du président Ould Abdel Aziz ? Dépénalisation du délit de presse ? Au moins quatre journalistes ont connu la prison, pour de supposés délits de publication.
Soutien « désintéressé »
En ce qui concerne le tour de table des hommes d’affaires qu’il avait lui-même vivement souhaité et organisé, en 2009, par l’intermédiaire de son directeur de campagne, il ne s’y montra, à aucun moment, arrogant ou hautain. Mais, paradoxalement, aucun des hommes d’affaires qui ont aujourd’hui pignon sur rue (Ould Ebnou, Zeïn El Abidine et Mohiédine) ne contribuèrent à  cette levée de fonds. L’ultimatum qu’Ould Abdel Aziz, aujourd’hui Président, dit avoir lancé, lui qui n’était, alors, qu’un simple candidat en quête d’argent, à l’adresse de ces hommes d’affaires réunis, à sa demande, à son QG de campagne à l’hôtel Atlantic, n’est pas seulement risible et absurde. Il est, bien évidemment, totalement imaginaire. Est-il même la peine de souligner les divers témoignages recueillis, auprès de patrons présents, faisant état d’un candidat tout sourire, aimable et mielleux à souhait, demandant à tous de l’aider ? Mais c’est bien là un des traits les plus saillants du caractère d’Ould Abdel Aziz : couvrir les faits, après les faits, d’une représentation plus conforme à son intérêt du moment, tout aussi changeant, il va sans dire, que ses décisions définitives… À ce point naïve, Jeune Afrique, pour se plier à ces contorsions ? Ou, plus pragmatiquement… intéressée ? ou bien, plus vulgairement encore, ne s’agirait-il que d’une relation textuelle tarifée ?

Ahmed Ould Cheikh et Moussa Samba Sy
Directeurs, respectivement,  de l’hebdomadaire « Le Calame » et du « Quotidien de Nouakchott »

dimanche 11 mars 2018

Editorial: Mille cent sept preuves implacables

Un quart de siècle. Oui, cela fera exactement un quart de siècle, en Juillet 2018, que notre Calame s’évertue à tenir, chaque semaine, les annales de la plus noble aspiration populaire : former une nation juste, fraternelle, fermement campée sur sa foi et ouverte au Monde. En lutte donc, contre tout ce qui s’y oppose : l’iniquité, l’oppression raciale, ethnique, tribale, statutaire, la xénophobie, le népotisme, le racket, le détournement des biens publics, la corruption, la mal-gouvernance… toutes choses, en somme, si odieuses aux commandements divins. Le Calame a donc évoqué, évoque et évoquera, incha Allah, tant que leurs effets pèseront sur la Nation, les sujets qui fâchent : l’esclavage, le passif humanitaire – avec, notamment, le célèbre « La terre accuse ! » sur les fosses communes de Sory Malé, au Brakna – le tribalisme, la pauvreté statutaire, la mainmise du pouvoir, sur tous les pouvoirs, au profit d’une ultraminorité...
Le simple constat de s’être retrouvé interdit de parution, à trois reprises, et censuré, une trentaine de fois, entre 1993 et 2005, prouve combien cette ultraminorité était virulente et combien Le Calame visait juste. Il était, tout comme le RFD, les FLAM, El Hor et tant d’autres, taxé, par cette clique, d’ennemi de la Nation, pêcheur en eaux troubles... Se seraient-elles purifiées, ces eaux, avec le bannissement, en Août 2005, du bouc émissaire Ould Taya, dans le luxueux désert qatari? Il n’aura pas fallu trois ans pour devoir reconnaître qu’on en était bien loin. Et Le Calame de reprendre donc sa tâche, inlassablement. Bien avant Daddah, bien avant Bouamatou, un temps leurrés, eux, par la rectification azizienne si attentive à de ne jamais paraître ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : une vulgaire boutique de maquillage réactionnaire ; et modifiant, en conséquence, sensiblement la stratégie de sa clique à notre encontre : exclusion de tous les voyages officiels, de toutes les rencontres du Président avec la presse, interdiction formelle, à toutes les structures de l’État, d’y souscrire abonnement ou y publier annonce. Bref, l’étranglement économique, plutôt que la censure.
Entreprise tout aussi vaine car il ne manque pas – et fasse Le Seigneur de Vérité que cela dure ! – de patriotes assez convaincus de l’utilité d’une presse libre pour nous soutenir. Forts de cette conviction, aucun d’entre eux ne s’aviserait à nous dicter un quelconque de nos articles. Ils savent cependant que nous accueillerons, comme nous l’avons toujours fait, d’autant plus volontiers les leurs que l’autre presse ne les acceptera jamais. Où sont donc les corrompus, un jour bâillonnés, l’autre obligés de ne se faire la voix que de leur maître ? Certainement pas au Calame ! N’importe lequel d’entre nous peut en témoigner devant n’importe quel tribunal : quels que soient sa naissance, sa couleur de peau, son sexe, son statut social, nul, en notre journal, n’est le valet de quiconque. C’est cette liberté qu’Ould Abdel Aziz veut restreindre, en plaçant notre directeur de publication sous contrôle judiciaire, depuis près de six mois, avec interdiction de quitter Nouakchott. Et, en prime sordide, une campagne sournoise et fielleuse de dénigrement, dans les salons nouakchottois et sur les réseaux sociaux… C’est intolérable et nous, rédacteurs du Calame, ne le tolérons pas !
Nous, rédacteurs du Calame, dénonçons, tous ensemble et d’un seul bloc, ce criant arbitraire et demandons, à tous les patriotes, à tous les démocrates, à tous les journalistes soucieux de leur liberté, d’agir, avec nous, pour que cela cesse, sans plus tarder ! Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort ? Dénoncé la prise du pouvoir par les armes, le pillage du pays en bande organisée, la mainmise sur ses ressources, le délabrement des secteurs sociaux, la hausse des prix, le népotisme érigé en mode gouvernance, la déliquescence de l’économie ? Si dénoncer de telles tares équivaut à comploter contre la Nation, alors, nous tous, rédacteurs du Calame, sommes des comploteurs et, même placés sous contrôle judiciaire, continuerons à comploter contre l’inadmissible.  Osez, messieurs de la prétendue « justice » réputée libre et indépendante, insensible à la corruption, nous mettre, chacun d’entre nous, en examen, afin d’examiner notre engagement envers la Nation ! 1107 éditions sont à votre disposition : témoins à charge ou à décharge ? Osez donc, messieurs les incorruptibles : nous nous chargerons, nous, d’établir tribune, en votre tribunal, avec des preuves, implacables, à l’appui…  
                                                                                              En un seul bloc sans faille
                                                                                                La rédaction du Calame