vendredi 1 mai 2026

Editorial: Un président ne devrait pas croire ça

 Il y a quelques années, au plus fort de la campagne pour la science et le savoir, à laquelle il croyait sincèrement, le président Maaouya ould Taya (1984-2005) fut le témoin, malgré lui, de bien des farces de mauvais goût. On lui a fait avaler tellement de couleuvres qu’il finit par se figurer que sa campagne avait porté ses fruits. Un jour, lors d’une de ses visites à l’intérieur du pays, on lui installa une dizaine d’ordinateurs sous une tente dans un bled sans électricité ni connexion ; une autre fois, on lui présenta toute une sélection de fruits prétendument cultivés dans un hameau où les populations ne buvaient même pas à leur soif ; persuadé qu’Internet était présent partout, comme on le lui avait affirmé, il suggéra à un paysan du Guidimakha, qui lui présentait sa moisson de riz, de la mettre sur le Net. Et le cultivateur de répondre innocemment: «Internet mange du riz ? ». On pourrait multiplier les exemples à l’infini… S’achemine-t-on aujourd’hui vers le même scénario ?

Quand le président du patronat avance, dans une conférence de presse, des chiffres totalement fantaisistes sur les prix des denrées alimentaires et des légumes, on se demande bien de quel pays il parle. Au moment où les citoyens ploient sous l’effet conjugué de la cherté de la vie et de la cupidité des commerçants, cette sortie a suscité un vaste élan de moqueries sur la Toile. Quand des ministres ou des hauts responsables répètent à l’envi que tout va comme dans le meilleur des mondes, que nos routes sont dans un bon état, que les appels d’offres sont dépouillés en toute transparence, que les recrutements et les nominations ne se font pas à la tête du client, le président a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de douter. En 2016, Gérard Davet et Fabrice Lhomme avaient écrit, à propos de François Hollande, un ouvrage intitulé « Un président ne devrait pas dire ça ». Le nôtre ne devrait pas croire ça non plus.

                                   Ahmed ould Cheikh

Editorial: casse-tête chinois

 Informé par la maitresse de maison que la bonbonne de gaz de 12 kg avait rendu l’âme, Mohamed (appelons-le ainsi, comme le commun des mortels) la traîna vers la boutique du coin où l’épicier avait déjà accepté, conformément au principe de bon voisinage, de lui « ouvrir un carnet » (c’est ainsi qu’on appelle le cahier nominatif où sont consignées les dettes de tout un chacun). Il la lui échangea contre une autre à moitié pleine ou à moitié vide, c’est selon, mais, lorsqu’il nota le prix dans le carnet, Mohamed, qui revenait d’un déplacement professionnel en plein désert et avait, du coup, raté pas de mauvaises nouvelles pour le panier de la ménagère, écarquilla les yeux. 

Il a bien vu 5000 au lieu des 3000 habituels, se demandant s’il n’avait pas la berlue. Apparemment très au fait, lui, de l’actualité, l’épicier lui remit les pieds sur terre : « Depuis que l’Amérique et l’ennemi sioniste ont attaqué l’Iran, tous les prix sont partis en flèche : le gaz, la gasoil, l’essence et même la viande qui n’a rien à voir avec le Détroit d’Ormuz sont devenus inabordables ». Mohamed mit la bouteille sur son épaule et, pensif, reprit le chemin de la maison.  Que faire face à tous ces prix qui s’envolent ? Comment joindre les deux bouts avec son maigre salaire ? Que faire devant toutes les charges qui s’accumulent ? Après tout, se dit-il, Allah est grand et tout a une fin. 

Vivre en Mauritanie, par les temps qui courent, est devenu un véritable casse-tête chinois aussi bien pour Mohmed que pour l’écrasante majorité de ses concitoyens. Pourtant nous avons tout ce qu’il faut pour ne pas nous plaindre, mais il y a un hic et, malheureusement, personne n’a encore réussi à mettre le doigt sur la plaie…

                                                    Ahmed ould Cheikh

Editorial: Troisième mandat, encore et toujours ?

 Dialogue, dialogue…On pensait, avec les préparatifs qui allaient bon train, que tout était bouclé. Que chacun, aussi bien de la majorité que de l’opposition sous toutes ses formes, avait fait ses propositions. Que la feuille de route était prête et que le président de la République avait donné sa bénédiction à son démarrage et promis que toutes ses résolutions seraient mises en application, sans hésitation ni murmure. Mais patatras ! Dès le premier jour, tout s’effondre comme un château de cartes. L’opposition crie au coup fourré, la majorité ayant introduit parmi les thèmes à aborder les mandats présidentiels. Un sacrilège pour la Constitution qui a verrouillé cet aspect. La réunion est reportée devant la levée de boucliers qu’a suscitée ce point.

La majorité demande un délai de 24 heures pour se concerter. C’était il y a une semaine. Depuis, le dialogue est au point mort. Malgré la déclaration du Président, confirmée par le coordinateur du dialogue, qu’il n’est pas candidat à un troisième mandat mais… – puisqu’il y a un mais – que chacun est libre de proposer le thème qu’il veut lors des assises, y compris les mandats. Comprenne qui pourra ! Toujours pas rassurée, l’opposition hésite encore à s’engager dans un processus dont les résultats l’engagent et sur lequel elle n’aura pas de prise. A moins qu’elle ne se décide à se retirer au milieu du gué. Encore faut-il qu’elle continue à parler d’une même voix. Guy Mollet avait dit un jour que la France avait la droite la plus bête du monde. Serions-nous tentés de la paraphraser pour notre opposition ? Réponse dans quelques jours…. incha Allah.

                                                   Ahmed ould Cheikh

vendredi 10 avril 2026

Editorial: Sans commentaire

 Tiré du site d’informations le 360 citant le magazine Finances News Hebdo : « Face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement marocain a annoncé un ensemble de mesures destinées à protéger le pouvoir d’achat des ménages et à stabiliser les secteurs les plus vulnérables ». Et le magazine de préciser : « Lors du point de presse hebdomadaire ayant suivi le conseil de gouvernement du jeudi, le ministre délégué chargé du Budget, monsieur Fouzi Lekjaa, a détaillé trois dispositifs-phares concernant le gaz, l’électricité et le transport ».

La première mesure concerne le gaz butane, dont le prix restera inchangé pour les usages domestiques, malgré la forte hausse des cours internationaux enregistrée au cours du mois de Mars. Pour soutenir concrètement les ménages, l’État prend désormais en charge 78 dirhams par bonbonne de 12 kg, contre 30 dirhams précédemment, soit un supplément de 48 dirhams par unité. Le coût estimé de cette mesure s’élève à 600 millions de dirhams par mois. Le deuxième volet concerne l’électricité. Les tarifs restent stables pour les particuliers et les professionnels, malgré l’augmentation des coûts de production. Cette décision, qui pèse sur les finances publiques à hauteur de 400 millions de dirhams chaque mois, vise à éviter toute répercussion directe sur la facture des consommateurs.

Enfin, le gouvernement a relancé le mécanisme de soutien aux professionnels du transport, similaire à celui déployé entre 2022 et 2024. Du 15 Mars au 15 Avril, une subvention de 3 dirhams par litre de carburant est attribuée aux taxis, aux bus, aux transports scolaires et touristiques, ainsi qu’au transport rural. L’objectif affiché est de préserver des conditions d’exploitation proches de celles d’avant la crise. « Le coût mensuel de cette mesure est évalué à 648 millions de dirhams et un système informatique spécifique a été mis en place pour assurer le versement rapide des aides, effectif depuis la mi-Mars », note enfin Finances News.

Sans commentaire.

 

                                            Ahmed ould Cheikh 

vendredi 3 avril 2026

Editorial: Vains et coûteux subterfuges

 On raconte que le président égyptien Anouar Sadate (1970-1981) demanda un jour à son ministre de l’Agriculture de construire une grande ferme pour l’élevage des veaux de façon à améliorer l’approvisionnement du marché en viande. Croyant sans doute à une lubie présidentielle, le ministre n’accorda aucune importance à cette requête. Quelques mois plus tard, Sadate qui tenait à son projet, contrairement à ce que pensait son collaborateur, appela celui-ci pour lui dire qu’il irait le lendemain inaugurer les lieux. Branle-bas de combat. Apeuré, le ministre loua une ferme dans la précipitation et y achemina des centaines de veaux. Le jour J, Sadate y fit un grand tour et appela le responsable en aparté : « combien t’a couté l’allocation de ces bêtes ? », lui demanda-t-il. Sentant que le subterfuge n’avait pas fonctionné, celui-ci répondit : « dix livres par tête, mais comment vous avez su, monsieur le Président ? » « – C’est simple », répondit Sadate, « un veau qui n’est pas dans son véritable enclos devient irrité, nerveux et ne reste pas en place. »

Moralité de l’histoire : les ministres, les ambassadeurs et, par extension, tous les hauts fonctionnaires parachutés dans des milieux qui ne sont pas les leurs ne resteront pas, eux non plus, en place et ne pourront pas s’acquitter des missions qui leur sont confiées. Nul n’a besoin de la sagacité de Sadate pour découvrir le pot-aux-roses. Nous en payons le prix tous les jours. Et notre malheur continuera jusqu’au jour où les nominations ne se feront plus sur des bases tribalo-régionales, mais en tenant compte d’un seul critère : la compétence.

                                                     Ahmed ould Cheikh

samedi 28 mars 2026

Editorial: Les ministres IA qu'il nous faut

 En Albanie, une ministre sans salaire ni voiture de fonction, entièrement virtuelle, a été générée par l’Intelligence Artificielle (IA). Ce nouveau membre du gouvernement a proposé son programme sur écran devant des députés circonspects. « Chers députés de l’opposition, je vous demande de me considérer par rapport à ma fonction et non mon origine, de ne pas me juger sur ce que je suis, mais ce que je fais », a-t-elle dit. Diella, c’est son nom, était, depuis Janvier dernier, une assistante virtuelle sur le site des services publics albanais. Vêtue d’un costume folklorique, elle a eu plus d’un million d’interactions avec les usagers. Sa promotion-éclair au sein du gouvernement, elle la doit au Premier ministre albanais, pas peu fier de ce coup d’éclat. Il charge la nouvelle ministre des marchés publics et promet de combattre la corruption qui mine le pays grâce à cette IA impartiale. À l’instar des robots tueurs ?

« Grâce à Diella, nous allons faire de l’Albanie un pays où les appels d’offres publics sont 100% incorruptibles », a-t-il déclaré devant le Parlement. La nouvelle ministre est à l’abri de certains scandales. Elle ne prend jamais de vacances et refuse systématiquement les pots-de-vin. Ould Djay devrait-il s’inspirer du modèle albanais et implorer l’IA de nous générer des ministres au-dessus de tout soupçon ? Quand on connait l’attrait qu’exercent les ministères « juteux », les milliards attribués aux marchés publics et les coups tordus dont on voit les manifestations tous les jours, seule une Diella en voile, détribalisée et « dérégionalisée », nous permettrait de sortir de l’auberge. Si on la laisse travailler. Ce qui ne sera pas une mince affaire.

                                                    Ahmed ould Cheikh

vendredi 20 mars 2026

Editorial: Un gouvernement averti en vaut combien?

 Jamais mesure n’a été aussi impopulaire que celle prise il y a quelques semaines par le gouvernement. En effet, la décision d’exiger le dédouanement de tout téléphone entre « illégalement » en Mauritanie a suscité une levée de boucliers sans précédent. Aussi bien de la classe politique, majorité et opposition réunis, que des « points chauds » qui ont fait, de cet outil, leur principal revenu ou des simples citoyens qui ne pourront plus acquérir de nouveaux téléphones, de crainte que le couperet de la douane ne leur tombe sur la tête. Des marches ont même été organisées vers la Présidence et, bizarrement, la police a laissé faire. Très prompte à disperser le moindre rassemblement, elle a laissé faire cette fois, sans broncher. Au fait, la police relève de quel ministère ? Suivez mon regard…

Du coup, le Premier ministre s’est retrouvé tout seul face à cette déferlante de mécontentements et n’a été épargné ni par ceux qui ont marché ni par ceux qui sont assis et ont déversé toute leur bile sur lui. Même son parti, l’INSAF, s’est joint au concert des récriminations. Il a demandé l’ouverture de négociations avec les vendeurs de téléphones, avec en ligne de mire la situation des travailleurs de ce secteur qui occupe des milliers de jeunes. Le gouvernement a aussitôt fait machine arrière. Pour le moment. Au lieu des deux semaines accordées aux titulaires de téléphones pour s’acquitter des droits de douanes pour ne pas les voir hors d’usage, le délai a été porté à deux mois. En attendant que la décision soit enterrée ? Probablement, puisqu’inapplicable sous cette forme. Seuls deux ou trois pays dans le Monde l’ont essayée, mais ont fini par l’abandonner. Comme sur toute la planète, tout doit se faire à la frontière. C’est là qu’il faut serrer la vis. Courir derrière un usager qui s’est saigné aux quatre veines pour acheter un smartphone est non seulement contre-productif, mais, aussi, générateur de frustrations comme on en a vu au cours des derniers jours. Un problème de plus dont le gouvernement devrait bien se passer. Il en a déjà assez. Un gouvernement averti en vaut combien ?

 

                                                                           Ahmed ould Cheikh