jeudi 29 octobre 2026

Editorial: La gangrène des jeux de hasard

 La rapidité avec laquelle certaines richesses poussent comme des champignons a de quoi interroger. Il arrive, en effet, que des personnes n’ayant aucune activité économique connue se retrouvent du jour au lendemain projetées au-devant de la scène, brassant des milliards et exhibant des fortunes dont l’origine ne peut être que douteuse. Pour l’expliquer, certains évoquent les marchés attribués par l’État, le détournement des deniers publics devenu sport national ; d’autres, le trafic de substances interdites, d’or ou des activités moins avouables… comme les jeux de hasard. 

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que ces derniers sont en train de faire des ravages dans la jeunesse. Officiellement interdits en Mauritanie, ils sont pourtant tolérés et les jeunes (et parfois les vieux) s’y adonnent en toute impunité. Des chanceux y ont fait fortune. D’autres qui le sont moins se sont ruinés et ont ruiné leurs parents. Des maisons où l’on joue au bingo, au poker et au blind sont connues. La police y fait parfois des descentes, mais celles-ci sont trop rares pour être soulignées. Sont-elles protégées et par qui ?

Il y a quelques jours, le Premier ministre a tenu un comité interministériel consacré à l’examen d’un projet de loi portant sur la lutte contre les jeux de hasard et les paris. L’objectif du texte est d’encadrer de manière stricte, afin d’aboutir à un cadre législatif robuste et adapté aux défis actuels avant son adoption définitive ;réglementer et criminaliser certaines pratiques liées aux jeux d’argent et aux paris qui connaissent une recrudescence et posent des problèmes économiques et sociaux. Il y a urgence en tout cas. Le mal commence à prendre racine et la jeunesse à y prendre goût.

                                                                     Ahmed ould Cheikh

mercredi 21 octobre 2026

Editorial: Nouveau feuilleton… ou fin d’un autre ?

 Le Premier ministre l’a dit lors de la visite d’inspection de divers chantiers d’infrastructures à Nouakchott qu’il a effectuée le samedi 17 Octobre : « Nous n’accepterons pas le gaspillage de l’argent public. » Entouré de ministres, de hauts fonctionnaires et des responsables des sociétés en charge des travaux, il a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Les deniers publics sont en effet gaspillés, de jour comme de nuit : dans des appels d’offres mal faits, mais taillés sur mesure pour certains ; les marchés attribués à des entreprises n’ayant pas les qualifications requises ; les infrastructures construites sans respect d’aucune norme ; les retards dans l’exécution des travaux au préjudice des collectivité ; les avenants accordés sans motif valable ; etc., etc…

La liste des manquements que les organes de contrôle ne manquent pas une occasion d’épingler est longue. Et il est rare que les sanctions soient à la hauteur, exception faite de la dernière affaire de la SOMELEC. Ayant fait l’objet d’un rapport détaillé, les incendies qui ont touché deux postes de transformation de cette société à la fin du mois d’Août dernier, ont provoqué un véritable tsunami comme on n’en n’avait jamais vu dans le pays. Un ministre, un secrétaire général, deux directeurs généraux, un directeur central et des cadres de la SOMELEC ont été limogés coup sur coup ! Leurs dossiers ont même été transmis à la police chargée des crimes économiques, avant leur transfert au Parquet. Le début d’un feuilleton… ou la fin d’un autre ?

                                                        Ahmed ould Cheikh

jeudi 15 octobre 2026

Editorial: Une très prévsible catastrophe

 Après plus d’un mois d’une enquête minutieuse, la commission chargée de faire la lumière (sans jeu de mots !) sur les incendies qui ont dévasté deux postes de transformation de la SOMELEC à la fin du mois d’Août, plongeant une grande partie de la ville dans le noir, a rendu son rapport. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il est accablant pour toute la chaîne : du ministère de l’Énergie jusqu’au fournisseur qui a installé des câbles loin d’être aux normes, en passant par la SOMELEC qui a fait preuve de négligence coupable. C’est comme si tout ce monde s’était ligué pour lancer un appel d’offres sans études préalables, attribuer le marché à une société n’ayant pas les qualifications techniques pour mener à bien ce genre de projet et qui a changé, en plus, de constructeur de câbles après avoir remporté le marché et s’est permis de les mettre en charge sans s’assurer au préalable des précautions techniques requises. 

Du coup, on allait tout droit vers une catastrophe prévisible, vu les défaillances commises à tous les niveaux… Or personne n’a rien vu venir. D’où les multiples questions que se pose l’opinion publique : Comment cette société a pu gagner un marché aussi sensible, si elle ne disposait pas de solides appuis ? Qui est derrière elle ? A présent que le mal est fait, jusqu’où ira-t-on pour que ce genre d’incidents ne se renouvelle plus ? Et si l’on vous dit encore que cette même société a déjà réalisé d’autres projets au profit de la SOMELEC, il ne vous reste plus qu’à prier qu’ils ne subissent pas le même sort…

 

                                                                     Ahmed ould Cheikh

mercredi 7 octobre 2026

Editorial: Blog-guerre

 La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Des parents, des amis et des intermédiaires d’au moins un bloggeur établi à l’étranger ont été cueillis par la police dans le cadre d’une vaste opération visant, selon le porte-parole du gouvernement, à démanteler un réseau n’ayant pour vocation que de colporter de fausses informations dans l’intention de nuire au pays et de pratiquer chantage et racket ; un fonds de commerce apparemment rentable, si l’on en croit les montants qui circulent et dont la véracité n’a pas été prouvée jusqu’à présent. Enfermés dans leur tour d’ivoire à l’étranger, les bloggeurs dont les live sont parfois suivis par des milliers de personnes, paraissaient intouchables. Utilisant les réseaux sociaux à leur guise pour attaquer, vilipender, régler des comptes à leur profit et au profit d’autres terrés dans l’ombre ;pire, s’en prendre à ce qu’il y a de plus sacré, à savoir la vie privée de certains responsables qui se sont abstenus de corrompre quiconque et, parfois même, de ceux qui le sont beaucoup moins, ils font désormais partie du décor et sont même devenus craints.

Mais le pire, en cette affaire, est que ces individus sont utilisés dans des luttes personnelles ou de pouvoir par ceux-là mêmes qui sont censés servir l’État, en leur fournissant des documents parfois confidentiels et les payant au prix fort pour régler des comptes. Ces (ir)responsables qui ont terni la réputation de l’État dans le seul but de s’en prendre a à leurs rivaux ne doivent bénéficier d’aucune circonstance atténuante. Tout comme ceux qui, le long de la chaîne, ont baigné dans ces affaires louches. Une situation que résume bien l’ancien ministre Abdelkader ould Mohamed, dans un post sur Facebook : « le blogueur qui use de son franc-parler en porte la responsabilité. Mais la responsabilité de ceux qui achètent cette langue, la manipulent et l'alimentent est bien plus grande et plus dangereuse, surtout lorsqu'ils sont chargés d'affaires d'État. »

                                                  Ahmed ould Cheikh

mercredi 30 septembre 2026

Editorial: que d'eau! Que d'eau!

 Alors qu’il visitait les quartiers ravagés par une crue historique de la Garonne à Toulouse, le 26 Juin 1875, le président français Patrice de Mac-Mahon prononça la célèbre sentence suivante qui deviendra historique : « Que d’eau ! Que d’eau ! » Cent cinquante-et-un ans plus tard, notre Premier ministre, lors de la tournée qu’il vient d’effectuer sur le terrain, après les fortes pluies qui ont inondé les rues de Nouakchott, aurait pu s’exclamer de la sorte, tant les rues étaient gorgées d’eau.

La ministre de l’Hydraulique qui l’accompagnait lors de cette inspection aurait pu faire sienne la savoureuse réponse du maire de Toulouse qui suivit l’exclamation dudit Président : « Et encore, vous n’en avez vu que le dessus ! » Nouakchott est en effet une ville qui nage dans les eaux de pluie, au-dessus, et les eaux usées, en dessous, faute de réseau d’évacuation. Son sol est tellement imbibé des unes et des autres qu’il suffit de creuser moins d’un mètre, par endroits, pour tomber sur une eau bien évidemment impropre à la consommation humaine ; et pour cause. 

D’où l’urgence de mettre en place un réseau d’égouts pour éviter que la ville ne s’effondre sur elle-même, rongée par les eaux et la salinité. Certes, un tel projet est déjà en cours d’exécution dans trois moughataas (Ksar, Tevragh Zeïna et Sebkha), suite à l’attribution d’un marché ad hoc à une société chinoise, mais la besogne n’avance que timidement. C’est à se demander d’ailleurs s’il ne s’agit pas d’un nouveau travail d’Hercule, une grande partie de la ville ayant été bâtie, contrairement à toute logique, avant la mise en place d’un réseau d’eau, d’électricité et d’assainissement. Mais, bon, si les Chinois ont accepté le challenge, c’est qu’ils ont les moyens de le relever. On n’en demande pas plus.

                                                 Ahmed ould Cheikh

mercredi 23 septembre 2026

Editorial: Hospitalité espagnole à la mode Schengen

 Comme chaque année en été, les Mauritaniens affluent en masse vers les îles Canaries. Qui pour des vacances, qui pour des soins, qui pour passer du bon temps. Tous ont en commun d’avoir accompli un vrai parcours de combattant pour obtenir le visa sans lequel ils ne pourraient pas avoir accès à l’espace Schengen. Et, dans ce cas de figure, « parcours du combattant » est un euphémisme pour décrire les difficultés qu’éprouvent même ceux qui ont déjà obtenu plusieurs visas et effectué des séjours en Europe. Rien que pour obtenir un rendez-vous au consulat, en passant par un prestataire de service qui n’en fait qu’à sa tête, c’est déjà un exploit. Et il faut parfois montrer patte blanche pour décrocher le fameux sésame. 

Une fois obtenu le visa à l’issue d’une longue et fastidieuse procédure, vous n’êtes toujours pas sortis de l’auberge. Une fois sur le sol canarien, vous êtes accueillis par des policiers à la mine patibulaire comme s’ils avaient pour consigne d’être le moins accueillants possible. Ils vous demanderont invariablement votre billet de retour at home, comme pour s’assurer que vous n’allez grossir le rang des immigrés, votre réservation d’hôtel et, si vous détenez votre propre maison, exigeront de voir son titre de propriété, comme si l’on pouvait le trimbaler à tout bout de champ…

Avec, en prime et entre autres, le montant – en liquides, svp ! –avec lequel vous comptez passer votre séjour. Même si vous présentez votre carte bleue et que votre compte est garni, ils n’en ont cure. Les directives européennes pour lutter contre le blanchiment d’argent, en limitant la circulation du numéraire, ils s’en foutent. Et si vous ne remplissez pas une seule de ces conditions, l’agent peut décider unilatéralement de vous refouler. Cela arrive certes de moins en moins, mais nul n’en est à l’abri. Il faudrait peut-être rappeler à ces policiers que les touristes mauritaniens contribuent pour beaucoup à la prospérité de l’île. Les opérateurs économiques espagnols devraient s’y atteler sans tarder : il existe d’autres îles, beaucoup plus accueillantes, dans le monde ..

 

                                              Ahmed ould Cheikh

mercredi 16 septembre 2026

Editorial: Barbarie sans nom

 L’affaire a défrayé la chronique la semaine dernière et suscité, à juste titre, un concert de réprobations et de condamnations, toutes plus indignées les unes que les autres. Il s’agit du viol d’une petite fille de sept ans dans un quartier périphérique de la capitale. Une gamine innocente dont le chemin a croisé celui d’un prédateur n’ayant ni pitié ni compassion et qui a abusé d’elle de la façon la plus abjecte. Arrivée difficilement chez elle, baignant dans une mare de sang, elle a été conduite à l’hôpital où elle a subi deux lourdes opérations. Son pronostic vital n’est pas engagé, mais elle traînera, en plus de séquelles physiques irréversibles, un traumatisme psychologique qui la suivra pendant longtemps. Nulle ne sort jamais indemne de ce genre de barbarie sans nom. 

Faisant preuve d’une grande efficacité, la police n’a pas tardé à mettre la main sur le pédophile que la victime a reconnu sans grande difficulté. Mais la question qui se pose est quelle peine encourt-il. L’opinion publique est, depuis le début de cette affaire, vent debout pour demander les peines les plus sévères contre les auteurs de tels actes. Certains exigent même l’approbation de la loi Karama, bloquée au Parlement, contre les violences faites aux femmes. Au fait, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas modifier la loi pour y introduire la castration chimique et une longue peine de prison, comme l’ont déjà plusieurs pays à travers le Monde, pour faire passer à ses monstres l’envie de franchir des frontières que l’Islam, la société et la bienséance interdisent de franchir ?

Ahmed ould Cheikh