mercredi 23 septembre 2026

Editorial: Hospitalité espagnole à la mode Schengen

 Comme chaque année en été, les Mauritaniens affluent en masse vers les îles Canaries. Qui pour des vacances, qui pour des soins, qui pour passer du bon temps. Tous ont en commun d’avoir accompli un vrai parcours de combattant pour obtenir le visa sans lequel ils ne pourraient pas avoir accès à l’espace Schengen. Et, dans ce cas de figure, « parcours du combattant » est un euphémisme pour décrire les difficultés qu’éprouvent même ceux qui ont déjà obtenu plusieurs visas et effectué des séjours en Europe. Rien que pour obtenir un rendez-vous au consulat, en passant par un prestataire de service qui n’en fait qu’à sa tête, c’est déjà un exploit. Et il faut parfois montrer patte blanche pour décrocher le fameux sésame. 

Une fois obtenu le visa à l’issue d’une longue et fastidieuse procédure, vous n’êtes toujours pas sortis de l’auberge. Une fois sur le sol canarien, vous êtes accueillis par des policiers à la mine patibulaire comme s’ils avaient pour consigne d’être le moins accueillants possible. Ils vous demanderont invariablement votre billet de retour at home, comme pour s’assurer que vous n’allez grossir le rang des immigrés, votre réservation d’hôtel et, si vous détenez votre propre maison, exigeront de voir son titre de propriété, comme si l’on pouvait le trimbaler à tout bout de champ…

Avec, en prime et entre autres, le montant – en liquides, svp ! –avec lequel vous comptez passer votre séjour. Même si vous présentez votre carte bleue et que votre compte est garni, ils n’en ont cure. Les directives européennes pour lutter contre le blanchiment d’argent, en limitant la circulation du numéraire, ils s’en foutent. Et si vous ne remplissez pas une seule de ces conditions, l’agent peut décider unilatéralement de vous refouler. Cela arrive certes de moins en moins, mais nul n’en est à l’abri. Il faudrait peut-être rappeler à ces policiers que les touristes mauritaniens contribuent pour beaucoup à la prospérité de l’île. Les opérateurs économiques espagnols devraient s’y atteler sans tarder : il existe d’autres îles, beaucoup plus accueillantes, dans le monde ..

 

                                              Ahmed ould Cheikh

mercredi 16 septembre 2026

Editorial: Barbarie sans nom

 L’affaire a défrayé la chronique la semaine dernière et suscité, à juste titre, un concert de réprobations et de condamnations, toutes plus indignées les unes que les autres. Il s’agit du viol d’une petite fille de sept ans dans un quartier périphérique de la capitale. Une gamine innocente dont le chemin a croisé celui d’un prédateur n’ayant ni pitié ni compassion et qui a abusé d’elle de la façon la plus abjecte. Arrivée difficilement chez elle, baignant dans une mare de sang, elle a été conduite à l’hôpital où elle a subi deux lourdes opérations. Son pronostic vital n’est pas engagé, mais elle traînera, en plus de séquelles physiques irréversibles, un traumatisme psychologique qui la suivra pendant longtemps. Nulle ne sort jamais indemne de ce genre de barbarie sans nom. 

Faisant preuve d’une grande efficacité, la police n’a pas tardé à mettre la main sur le pédophile que la victime a reconnu sans grande difficulté. Mais la question qui se pose est quelle peine encourt-il. L’opinion publique est, depuis le début de cette affaire, vent debout pour demander les peines les plus sévères contre les auteurs de tels actes. Certains exigent même l’approbation de la loi Karama, bloquée au Parlement, contre les violences faites aux femmes. Au fait, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas modifier la loi pour y introduire la castration chimique et une longue peine de prison, comme l’ont déjà plusieurs pays à travers le Monde, pour faire passer à ses monstres l’envie de franchir des frontières que l’Islam, la société et la bienséance interdisent de franchir ?

Ahmed ould Cheikh

jeudi 10 septembre 2026

Editorial: Plus jamais ça!

Dans une analyse particulièrement fine des derniers incendies qui ont touché deux postes de transformation de la SOMELEC et plongé plusieurs communes de Nouakchott dans le noir pendant au moins cinq jours, le professeur Lô Gourmo revient en détail sur le rapport publié par l’ONG Transparence Inclusive à propos de ces incidents. Intitulé « Au delà des dysfonctionnements techniques, de graves soupçons de violation de la loi… », le post note que « si les faits pointés dans ce rapport étaient confirmés (et rien ne semble empêcher une telle confirmation), cela révèle des violations particulièrement graves de la législation en vigueur et des règles fondamentales de la commande publique. »

Premier fait troublant selon le professeur : “l’entreprise bénéficiaire des marchés pourrait être frappée par le régime de l’article 7 de la loi n° 038-2013 relative aux incompatibilités parlementaires qui  interdit notamment à un député d’être, directement ou par personne interposée, président, directeur ou gérant d’une société exécutant des travaux ou marchés publics financés par le Trésor”. Or le nom d’un député d’El Insaf, dont l’entreprise aurait gagné un marché relatif à la fourniture d’équipements pour les postes en question, revient avec insistance depuis le début de cette affaire. Plus grave encore, ajoute monsieur Lô, “le rapport met sérieusement en doute la réalité des références techniques ayant permis à ladite entreprise (CTM Bâtiment, celle du député visé) d’être déclarée éligible, à laquelle s’ajoutent des anomalies difficilement explicables : attribution d’un marché alors que quatre offres étaient financièrement inférieures, présence de concurrents disposant d’une expérience technique supérieure, annulation ultérieure d’une attribution pour défaut d’éligibilité, retard d’exécution atteignant jusqu’à cinq fois le délai annoncé sans sanction apparente, puis attribution de nouveaux marchés considérables à la même entreprise.”

La commission d’enquête, mise en place pour faire la lumière sur ces incidents, aura du pain sur la planche. Surtout que le rapport de l’ONG lui a été transmis par le Premier ministre. Une Première dans le pays. Ils ne pourront pas dire demain : «nous ne savions pas » ou « nous n’avons pas été informés ». La balle est désormais dans leurs camps et on attend avec impatience leurs conclusions pour que cela ne se reproduise plus jamais, demain.

                                                   Ahmed ould Cheikh 

vendredi 4 septembre 2026

Editorial: A quelque chose malheur est bon

 Évoquant la crise de l’électricité, consécutive à l’incendie de deux postes de transformation, qu’a connue Nouakchott au cours de la semaine passée, plongeant une grande partie de la ville dans le noir pendant près de quatre jours, le député Biram Dah Abeïd écrit, dans un long communiqué publié pour l’occasion : «  Cette crise est grave, mais elle peut être utile si elle nous oblige enfin à poser les vraies questions et à regarder le mur tout entier, pas seulement les fissures qu’on veut bien nous montrer. » Une formule qui résume bien la situation. Cette crise est en effet symptomatique de la gestion qui entoure un secteur aussi sensible que celui de l’électricité. Comment l’incendie de casiers (et seulement eux) dans un poste de transformation peut avoir des conséquences aussi dramatiques ? Et si le poste entier avait brûlé en entier, combien de temps nous aurait-il fallu pour rétablir le courant ? Un scénario que personne n’ose envisager. Avec tout l’argent injecté dans la modernisation de notre capitale nationale, pourquoi n’a-t-on pas prévu une issue de secours, au cas où un incident de ce genre interviendrait ?  Certes, les systèmes les plus fiables du Monde et dans les pays dits développés ne sont pas à l’abri de tels incidents, mais il y a toujours une solution de rechange. Et c’est là que la commission d’enquête doit axer ses recommandations, après avoir situé les responsabilités et établi un diagnostic sans complaisance de la situation, afin qu’à l’avenir, Nouakchott ne vive plus jamais un tel cauchemar dont les conséquences furent désastreuses pour l’économie, la santé et, surtout, l’image déjà écornée de la Somelec.

                                                 Ahmed ould Cheikh

mercredi 26 août 2026

Editorial: Jusqu'à quand?

 Les habitants de certains quartiers de Nouakchott, notamment Tevragh Zeïna et une partie de Sebkha, du Ksar et de Toujounine surtout (50 heures quasiment d’affilée relevées à 18h le dimanche ! ) ont vécu un week-end dont le moins qu’on puisse dire est qu’il fut catastrophique. Un poste de transformation de la SOMELEC ayant pris feu, après l’incendie d’un autre, deux jours auparavant à Dar Naïm, toutes ces zones se sont retrouvées dans le noir. Et avaient, du coup, rendez-vous avec l’obscurité, la chaleur et les moustiques. Pour des nantis peu habitués à ce genre de désagréments, ce fut la Totale. Mais comment en est-on arrivé là ? Comment une société peut laisser un poste de transformation s’embraser sans prendre en amont les mesures pour empêcher une telle calamité. Il n’y avait, semble-t-il, ni système anti-incendie, ni extincteurs, ni équipe de permanence, encore moins de voies d’accès pour permettre l’accès des pompiers qui ont dû casser un mur en urgence, pour accéder enfin au cœur du brasier. 

À présent que le mal est fait, que faut-il faire pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise ? Diligenter une enquête pour situer les responsabilités et, si, comme l’affirment certaines sources, du matériel non conforme a été utilisé lors de la construction du poste, frapper d’une main de fer tous ceux qui, le long de la chaîne, ont participé à ce bousillage. Tant que des mesures radicales ne sont pas prises contre les prévaricateurs, d’autres postes, des centrales et des usines n’ayant pas été construits selon les normes partiront à leur tour en fumée. Jusqu’à quand ? 

                                                                                Ahmed ould Cheikh

mercredi 19 août 2026

Editorial: Servir et non se servir

 Après la Cour des Comptes dont a été publié, l’année dernière, le rapport révélant d’innombrables dysfonctionnements et des cas avérés de mauvaise gestion et de malversations, c’est au tour de l’Inspection Générale d’État de jeter un énorme pavé dans la mare, en publiant à son tour son rapport pour les années 2024 et 2025.

Petit florilège de ce sport national qu’est devenu le détournement des deniers publics : l’IGE a mis au jour, lors de ses missions de contrôle, des irrégularités totalisant un impact financier supérieur à 2,37 milliards d’ouguiyas sur un montant total de 32,86 milliards d’ouguiyas ayant fait l’objet d’un audit. Le rapport a montré que les marchés publics constituaient le domaine le plus exposé aux irrégularités ayant des retombées pécuniaires, représentant 60 % de cet effet. Sur le plan judiciaire, l’impact financier des dossiers transmis aux instances judiciaires compétentes s’est élevé à 1,21 milliard d’ouguiyas ; l’Inspection générale a transmis deux de ceux-là à la Cour des comptes et deux autres au Parquet. Des mesures administratives et disciplinaires ont également été prises à l’encontre de fonctionnaires de différents échelons hiérarchiques, notamment le licenciement de vingt agents, ainsi que la mutation d’office et l’émission de onze avertissements. Excusez du peu ! Et ce ne sont pas tous les ministères et les établissements publics qui ont reçu la visite des limiers de l’IGE : la note allait sans doute être plus salée… Certes, le volume des montants détournés a subi une nette baisse, comparé aux décennies passées, mais beaucoup reste à faire pour faire comprendre à tous les fonctionnaires que servir n’est pas synonyme de se servir.

                                                                          Ahmed ould Cheikh

jeudi 30 juillet 2026

Editorial: Cartes sur table

 Pour la seconde fois depuis son accession à la magistrature suprême, le président Ghazouani s’est livré au jeu des questions-réponses avec la presse. La première fois, c’était en 2020, mais c’était, à l’époque, juste six journalistes triés sur le volet et représentant les organes de presse les plus crédibles. Cette fois la cellule de communication de la Présidence n’a voulu laisser personne sur le carreau : les journalistes et ceux qui se prétendent tels, les blogueurs, tous ont eu droit au chapitre. Si bien que la salle a refusé du monde. Et au moment où les questions ont commencé à être posées, ce fut le branle-bas de combat, chacun voulant ravir la vedette aux autres. Finalement, faute de temps, les questions se limiteront à quatorze, le Président n’ayant pas été bref dans certaines réponses. Au contraire, il a été même très long sur certains aspects comme la gabegie, le passif humanitaire, le champ gazier Grand tortue/Ahmeyim… survolant d’autres, comme la question du dialogue et des mandats où il n’a pas été catégorique, se contentant de dire qu’il respecterait la volonté du peuple. 

Comme à son habitude, Mohamed ould Ghazouani est resté calme tout au long de l’exercice et a essayé de donner les réponses les plus détaillées possible à ses interlocuteurs. Parfois même un peu trop. Certes, des questions touchant la vie quotidienne du citoyen, comme la cherté du coût de la vie, ne lui ont pas été posées. Elles sont pourtant plus importantes que tout le reste. Mais est-ce sa faute si les interlocuteurs (choisis au hasard ?????) n’ont pas été à la hauteur des espoirs du peuple ?

 

                                                                                                  Ahmed ould Cheikh