mardi 19 mai 2026

Editorial: Balle au centre!

 Ould Abdel Aziz est enfin sorti de sa réserve. Condamné à 15 ans de prison et à la confiscation de tous ses biens, l’ancien Président, qui n’était pas particulièrement volubile lors des différentes péripéties de son interminable procès, vient d’adresser une lettre à son successeur et ancien alter ego. C’est lorsqu’il a senti que les choses sérieuses allaient commencer et que la vente aux enchères publiques de son immense patrimoine n’était plus qu’une question de jours, qu’il s’est emparé de sa plume. Dans une tentative ultime de sauver les meubles, même s’il sait que la balle est déjà partie et que le Président ne peut lui être d’aucun secours.

Il s’essaie pourtant à un exercice délicat de plaidoyer pro domo. Petit florilège de sa lettre : « Ghazouani connait l’origine de ma fortune […] La confiscation de mes biens est illégale, puisque j’ai été victime d’une farce judiciaire […] Les tribunaux m’ont acquitté des accusations de détournement, trafic d’influence et abus de biens publics ». Avant de décrocher des flèches incendiaires : « En 7 ans, aucune procédure n’a abouti contre les vrais responsables du pillage, malgré un rapport de la Cour des comptes faisant état de 450 milliards d’ouguiyas détournés ». Et de conclure : « cette opération ne vise qu’un seul objectif : me détruire politiquement ».

Cette lettre, qui fait le buzz sur la Toile depuis sa publication, aura-t-elle un effet ? Ou n’est-elle que le cri du cœur d’un homme qui n’a plus d’autre choix que de prendre l’opinion publique à témoin ? Mais la médaille a son revers. La publication, presqu’instantanément sur les réseaux sociaux, de la liste (interminable) des biens de l’ancien Président, a en même temps donné, à cette opinion publique, une idée de l’étendue de la prédation durant la décennie. Un partout, balle au centre !

 

                                                           Ahmed ould Cheikh

jeudi 7 mai 2026

EDitorial: Il y a urgence, monsieur le Président!

 Le rapport de Reporters sans frontières publié jeudi dernier a révélé une baisse de l’indice de la liberté de la presse en Mauritanie, désormais à la 61ème place mondiale, soit un recul de onze places par rapport à l’année dernière. L’organisation a déclaré que le recul de la Mauritanie était dû à des facteurs économiques et à la fragilité du secteur des media, ainsi qu’au retard pris dans la mise en œuvre de réformes qu’elle a qualifiées d’indispensables pour protéger les journalistes et soutenir les institutions médiatiques.

C’est la première fois depuis de longues années que notre pays régresse aussi spectaculairement dans le classement annuel de RSF. Et ce n’est pas un hasard. La presse fait face à d’innombrables difficultés et les journalistes – ou ceux qui prétendent tels… – ont toutes les peines du monde à exercer leur métier en toute liberté, faute de moyens. Malgré le doublement de son budget annuel, le Fonds d’aide à la presse reste incapable de garantir la pérennité des media, écrit RSF. Ce qui fait, que malgré la dépénalisation des délits de presse en 2011, les journalistes peuvent travailler dans un environnement moins répressif, mais vivent dans une grande précarité. Pourtant le président Ghazouani ne manque pas une occasion de déclarer, comme il l’a fait cette année encore, que la Mauritanie reste attachée au soutien d’une presse « professionnelle et responsable », accomplissant sa mission en toute liberté et transparence, dans le respect de la déontologie. Belle profession de foi, mais qui demande à être traduite dans les faits. Il y a urgence, monsieur le Président ! La presse se meurt et seule une volonté politique réelle peut la sortir de l’ornière. Si ce n’est pas trop tard.

                                                   Ahmed ould Cheikh

vendredi 1 mai 2026

Editorial: Un président ne devrait pas croire ça

 Il y a quelques années, au plus fort de la campagne pour la science et le savoir, à laquelle il croyait sincèrement, le président Maaouya ould Taya (1984-2005) fut le témoin, malgré lui, de bien des farces de mauvais goût. On lui a fait avaler tellement de couleuvres qu’il finit par se figurer que sa campagne avait porté ses fruits. Un jour, lors d’une de ses visites à l’intérieur du pays, on lui installa une dizaine d’ordinateurs sous une tente dans un bled sans électricité ni connexion ; une autre fois, on lui présenta toute une sélection de fruits prétendument cultivés dans un hameau où les populations ne buvaient même pas à leur soif ; persuadé qu’Internet était présent partout, comme on le lui avait affirmé, il suggéra à un paysan du Guidimakha, qui lui présentait sa moisson de riz, de la mettre sur le Net. Et le cultivateur de répondre innocemment: «Internet mange du riz ? ». On pourrait multiplier les exemples à l’infini… S’achemine-t-on aujourd’hui vers le même scénario ?

Quand le président du patronat avance, dans une conférence de presse, des chiffres totalement fantaisistes sur les prix des denrées alimentaires et des légumes, on se demande bien de quel pays il parle. Au moment où les citoyens ploient sous l’effet conjugué de la cherté de la vie et de la cupidité des commerçants, cette sortie a suscité un vaste élan de moqueries sur la Toile. Quand des ministres ou des hauts responsables répètent à l’envi que tout va comme dans le meilleur des mondes, que nos routes sont dans un bon état, que les appels d’offres sont dépouillés en toute transparence, que les recrutements et les nominations ne se font pas à la tête du client, le président a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de douter. En 2016, Gérard Davet et Fabrice Lhomme avaient écrit, à propos de François Hollande, un ouvrage intitulé « Un président ne devrait pas dire ça ». Le nôtre ne devrait pas croire ça non plus.

                                   Ahmed ould Cheikh

Editorial: casse-tête chinois

 Informé par la maitresse de maison que la bonbonne de gaz de 12 kg avait rendu l’âme, Mohamed (appelons-le ainsi, comme le commun des mortels) la traîna vers la boutique du coin où l’épicier avait déjà accepté, conformément au principe de bon voisinage, de lui « ouvrir un carnet » (c’est ainsi qu’on appelle le cahier nominatif où sont consignées les dettes de tout un chacun). Il la lui échangea contre une autre à moitié pleine ou à moitié vide, c’est selon, mais, lorsqu’il nota le prix dans le carnet, Mohamed, qui revenait d’un déplacement professionnel en plein désert et avait, du coup, raté pas de mauvaises nouvelles pour le panier de la ménagère, écarquilla les yeux. 

Il a bien vu 5000 au lieu des 3000 habituels, se demandant s’il n’avait pas la berlue. Apparemment très au fait, lui, de l’actualité, l’épicier lui remit les pieds sur terre : « Depuis que l’Amérique et l’ennemi sioniste ont attaqué l’Iran, tous les prix sont partis en flèche : le gaz, la gasoil, l’essence et même la viande qui n’a rien à voir avec le Détroit d’Ormuz sont devenus inabordables ». Mohamed mit la bouteille sur son épaule et, pensif, reprit le chemin de la maison.  Que faire face à tous ces prix qui s’envolent ? Comment joindre les deux bouts avec son maigre salaire ? Que faire devant toutes les charges qui s’accumulent ? Après tout, se dit-il, Allah est grand et tout a une fin. 

Vivre en Mauritanie, par les temps qui courent, est devenu un véritable casse-tête chinois aussi bien pour Mohmed que pour l’écrasante majorité de ses concitoyens. Pourtant nous avons tout ce qu’il faut pour ne pas nous plaindre, mais il y a un hic et, malheureusement, personne n’a encore réussi à mettre le doigt sur la plaie…

                                                    Ahmed ould Cheikh

Editorial: Troisième mandat, encore et toujours ?

 Dialogue, dialogue…On pensait, avec les préparatifs qui allaient bon train, que tout était bouclé. Que chacun, aussi bien de la majorité que de l’opposition sous toutes ses formes, avait fait ses propositions. Que la feuille de route était prête et que le président de la République avait donné sa bénédiction à son démarrage et promis que toutes ses résolutions seraient mises en application, sans hésitation ni murmure. Mais patatras ! Dès le premier jour, tout s’effondre comme un château de cartes. L’opposition crie au coup fourré, la majorité ayant introduit parmi les thèmes à aborder les mandats présidentiels. Un sacrilège pour la Constitution qui a verrouillé cet aspect. La réunion est reportée devant la levée de boucliers qu’a suscitée ce point.

La majorité demande un délai de 24 heures pour se concerter. C’était il y a une semaine. Depuis, le dialogue est au point mort. Malgré la déclaration du Président, confirmée par le coordinateur du dialogue, qu’il n’est pas candidat à un troisième mandat mais… – puisqu’il y a un mais – que chacun est libre de proposer le thème qu’il veut lors des assises, y compris les mandats. Comprenne qui pourra ! Toujours pas rassurée, l’opposition hésite encore à s’engager dans un processus dont les résultats l’engagent et sur lequel elle n’aura pas de prise. A moins qu’elle ne se décide à se retirer au milieu du gué. Encore faut-il qu’elle continue à parler d’une même voix. Guy Mollet avait dit un jour que la France avait la droite la plus bête du monde. Serions-nous tentés de la paraphraser pour notre opposition ? Réponse dans quelques jours…. incha Allah.

                                                   Ahmed ould Cheikh

vendredi 10 avril 2026

Editorial: Sans commentaire

 Tiré du site d’informations le 360 citant le magazine Finances News Hebdo : « Face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement marocain a annoncé un ensemble de mesures destinées à protéger le pouvoir d’achat des ménages et à stabiliser les secteurs les plus vulnérables ». Et le magazine de préciser : « Lors du point de presse hebdomadaire ayant suivi le conseil de gouvernement du jeudi, le ministre délégué chargé du Budget, monsieur Fouzi Lekjaa, a détaillé trois dispositifs-phares concernant le gaz, l’électricité et le transport ».

La première mesure concerne le gaz butane, dont le prix restera inchangé pour les usages domestiques, malgré la forte hausse des cours internationaux enregistrée au cours du mois de Mars. Pour soutenir concrètement les ménages, l’État prend désormais en charge 78 dirhams par bonbonne de 12 kg, contre 30 dirhams précédemment, soit un supplément de 48 dirhams par unité. Le coût estimé de cette mesure s’élève à 600 millions de dirhams par mois. Le deuxième volet concerne l’électricité. Les tarifs restent stables pour les particuliers et les professionnels, malgré l’augmentation des coûts de production. Cette décision, qui pèse sur les finances publiques à hauteur de 400 millions de dirhams chaque mois, vise à éviter toute répercussion directe sur la facture des consommateurs.

Enfin, le gouvernement a relancé le mécanisme de soutien aux professionnels du transport, similaire à celui déployé entre 2022 et 2024. Du 15 Mars au 15 Avril, une subvention de 3 dirhams par litre de carburant est attribuée aux taxis, aux bus, aux transports scolaires et touristiques, ainsi qu’au transport rural. L’objectif affiché est de préserver des conditions d’exploitation proches de celles d’avant la crise. « Le coût mensuel de cette mesure est évalué à 648 millions de dirhams et un système informatique spécifique a été mis en place pour assurer le versement rapide des aides, effectif depuis la mi-Mars », note enfin Finances News.

Sans commentaire.

 

                                            Ahmed ould Cheikh 

vendredi 3 avril 2026

Editorial: Vains et coûteux subterfuges

 On raconte que le président égyptien Anouar Sadate (1970-1981) demanda un jour à son ministre de l’Agriculture de construire une grande ferme pour l’élevage des veaux de façon à améliorer l’approvisionnement du marché en viande. Croyant sans doute à une lubie présidentielle, le ministre n’accorda aucune importance à cette requête. Quelques mois plus tard, Sadate qui tenait à son projet, contrairement à ce que pensait son collaborateur, appela celui-ci pour lui dire qu’il irait le lendemain inaugurer les lieux. Branle-bas de combat. Apeuré, le ministre loua une ferme dans la précipitation et y achemina des centaines de veaux. Le jour J, Sadate y fit un grand tour et appela le responsable en aparté : « combien t’a couté l’allocation de ces bêtes ? », lui demanda-t-il. Sentant que le subterfuge n’avait pas fonctionné, celui-ci répondit : « dix livres par tête, mais comment vous avez su, monsieur le Président ? » « – C’est simple », répondit Sadate, « un veau qui n’est pas dans son véritable enclos devient irrité, nerveux et ne reste pas en place. »

Moralité de l’histoire : les ministres, les ambassadeurs et, par extension, tous les hauts fonctionnaires parachutés dans des milieux qui ne sont pas les leurs ne resteront pas, eux non plus, en place et ne pourront pas s’acquitter des missions qui leur sont confiées. Nul n’a besoin de la sagacité de Sadate pour découvrir le pot-aux-roses. Nous en payons le prix tous les jours. Et notre malheur continuera jusqu’au jour où les nominations ne se feront plus sur des bases tribalo-régionales, mais en tenant compte d’un seul critère : la compétence.

                                                     Ahmed ould Cheikh