vendredi 13 mars 2026

Editorial: Comme si....

 La vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Inaugurée en grandes pompes il y a quelques mois par le président de la République lui-même, la route de Diouck est déjà en piteux état en plusieurs endroits. Le bitume s’est décollé comme s’il n’a jamais adhéré à la couche de base. Le ministère de l’Équipement a dépêché d’urgence une équipe sur le terrain pour apprécier de visu la situation, donnant ainsi l’impression (fausse, bien sûr !) qu’il veille au grain. Comme s’il ne savait pas de quoi il s’agit. Comme si l’écrasante majorité de nos routes ne s’est pas détériorée quelques semaines après sa mise en service. Comme si les décaissements n’étaient pas délivrés à la tête du client. Comme si… comme si… à l’infini. 

Nous l’avons toujours dit et répété : la politique des routes doit être revue dans son ensemble. Il faut arrêter avec la pratique désuète du moins disant. Des sociétés fondées en quelques jours ont ainsi pu obtenir d’énormes marchés en cassant les prix, quitte à demander plus tard des avenants. Les bureaux de contrôle n’échappent pas non plus à cette ambiance délétère.  À part deux ou trois qui ont pignon sur rue et déjà fait leurs preuves à l’International, les autres ne sont que des bureaux-cartables forts d’appuis haut placés. Comment voulez-vous qu’une route soit viable dans ces conditions ? Trouvez-vous normal que la seule route nationale vraiment stable à l’heure actuelle est celle reliant Nouakchott à Rosso ? Vous savez pourquoi ? Parce que l’Union européenne qui l’a financée a sélectionné elle-même l’entreprise qui l’a construite, ainsi que le bureau de contrôle. Serait-ce trop demander à notre administration, de faire systématiquement la même chose pour toute construction et d’éviter ainsi que nos maigres ressources dont on a tant besoin partent ainsi à vau-l’eau ?

                                                                        Ahmed ould Cheikh

Editorial: Deux poids, deux mesures, encore… mais jusqu’à quand ?

 Trump et Netanyahou ont finalement sauté le pas. Ils ont unilatéralement décidé d’attaquer un État souverain sans autre raison qu’il pourrait constituer une menace pour l’État hébreu. Après le Vénézuela, dont le président a été capturé dans son lit, parce qu’il refusait de se plier aux injonctions de Trump, c’est au tour de l’Iran de faire les frais de la foudre belliqueuse de ce va-t-en-guerre qu’est le président américain. Les négociations que les USA ont accepté d’entreprendre avec la République Islamique autour de son programme nucléaire, n’étaient, en fait, que de la poudre aux yeux. Avant même qu’elles ne s’achèvent, la Sionie, à qui Trump ne peut apparemment rien refuser (le dossier Epstein est passé par là), a fini par lui forcer la main pour passer à l’action. Et le déluge de feu s’est abattu sur l’Iran, tuant, coup sur coup, son guide suprême, une partie de sa famille et plusieurs hauts gradés de l’Armée et des Gardiens de la Révolution. Passé l’effet de surprise, les perses se sont bien repris et ont riposté en attaquant des points névralgiques en Israël, ainsi que les bases américaines au Moyen-Orient. 

Depuis samedi, l’escalade se poursuit et l’on ne sait plus où s’arrêtera la bêtise humaine. Mais les questions que tout le monde se pose est jusqu’à quand les États-Unis continueront à se comporter comme le « gendarme » du monde en toute impunité. Jusqu’où iront-ils ? Pourquoi l’Iran ? S’agit-il réellement de l’empêcher d’acquérir la bombe atomique ? L’État hébreu la possède pourtant depuis de longues années et refuse toujours de signer le traité de non-prolifération nucléaire. Deux poids, deux mesures, comme depuis déjà un certain temps ? 

Une situation bien résumée par le premier ministre sénégalais Ousmsne Sonko dans un tweet: “Nous sommes dans une situation, depuis un an, de liquidation du droit international. Un pays peut se donner le droit, à tout moment, de kidnapper des présidents, de s’attaquer à d’autres pays, d’asphyxier des pays (….) Un pays, sans résolution ni mandat de l’ONU, peut décider de frapper d’autres pays, d’assassiner leurs dirigeants. Ceci est extrêmement grave. “

 

                                                                       Ahmed ould Cheikh

Editorial: Développement de qui, de quoi ?

 Le vocal a fait la tour du web la semaine dernière. On y entend une analyse détaillée, sans doute générée par l’Intelligence Artificielle, de la dernière mesure prise par la Mauritanie de taxer les transactions électroniques (0,1% sur toute transaction au-delà de 5000 MRU… en théorie) réalisées à travers les applications bancaires, et de ses conséquences qui peuvent être désastreuses sur l’essor d’un secteur en plein essor. La mesure a, en tout cas, déjà suscité une levée de boucliers des usagers et des agents de transfert d’argent qui ont organisé, la semaine dernière, une grève de trois jours. 

Toujours friand de nouvelles taxes pour élargir l’assiette fiscale, l’État a vu, dans les 2000 milliards MRO générées par 557 millions de transactions électroniques effectuées entre 2024 et 2025, une occasion rêvée de grignoter un peu d’argent sur le dos des usagers (5 à 6 milliards MRO chaque année).Donnant ainsi l’impression qu’il veut ponctionner le budget des citoyens avant que le secteur ne soit mature, au risque de tuer la poule aux yeux d’or, si l’on en croit l’IA.

Avec un effet domino qui pourrait gripper toute une économie en plein décollage… L’usage des applications bancaires est en effet devenu la norme pour la majeure partie de la population. À tout le moins taxe sur la circulation de l’argent, cette nouvelle fiscalité est-elle un outil pour financer le développement – de quoi, de qui ? – ou un coup de frein brut à l’innovation et à l’inclusion financière ?

 

                                                  Ahmed ould Cheikh

Editorial: Chiche!

 Les Mauritaniens ont décidément le verbe facile ! Il suffit qu’une idée, même la plus idiote, sorte de la bouche de l’un d’entre nous, pour que tout le monde s’en empare. Même si elle n’est pas d’actualité immédiate et que son problème ne se posera, du coup, que dans quelques années. Si jamais il se pose, d’ailleurs. Oubliant la célèbre maxime : « chaque chose en son temps ». Depuis quelques semaines en effet, des voix s’élèvent pour évoquer, pêle-mêle, le dialogue en gestation, les thèmes qu’on y abordera, le mandat du président de la République qu’on pourrait éventuellement étirer jusqu’à sept ans, si les parties prenantes y consentent. D’autres vont jusqu’à sortir la vieille rengaine : « La Constitution n’est pas le Coran » et n’est donc pas sacrée ; avec, en ligne de mire, la limitation des mandats pourtant verrouillée par les texteslégislatifs. 

Un ancien parlementaire s’est même permis, lors de la dernière visite présidentielle à M’Bout, de mettre les pieds dans le plat en réclamant, ouvertement, la suppression ou la modification des articles limitant les mandats présidentiels, au motif qu’ils ont été approuvés à un moment particulier de l’histoire du pays. À l’époque député, il s’était pourtant fortement mobilisé contre la tentative de bidouiller la Constitution pour permettre à Ould Abdel Aziz de briguer un troisième mandat. Autres temps, autres mœurs ! 

Présidant la réunion au cours de laquelle ces propos ont été tenus, notre Raïs a éludé la question. Il aurait pourtant pu clore le débat qui risque empoisonner les dernières années de son mandat. Comme il l’a fait au Hodh ech-Charghi, lorsqu’il a intimé à ses soutiens, en termes à peine voilés, d’arrêter le débat sur sa succession et de tirer tous dans la même direction pour lui permettre d’appliquer le programme pour lequel il a été élu. Depuis, nous n’avons plus entendu un mot plus haut que l’autre à ce sujet. Qu’il en fasse de même pour celui-là. Chiche !

Ahmed ould Cheikh

vendredi 13 février 2026

Editorial: Serrons les rangs, les prédateurs avancent !

 Quelques métaux – dix-sept à ce jour – dotés de propriétés uniques, indispensables aux technologies modernes (smartphones, moteurs de voitures électriques, éoliennes…) constituent ce qu’on appelle les « métaux rares ». IIs sont devenus l’objet de toutes les convoitises des investisseurs et des industriels, notamment chinois qui en dominent 70% de la production mondiale et 90% du raffinage ; et aussi indiens, en moindre part. Une situation insupportable aux hommes d’affaires américains, Donald Trump, ainsi chargé, par ceux-ci, d’obtenir des résultats concrets dans l’établissement de la suprématie des USA en ce domaine.

Mais, grevés par les coûts de leur main d’œuvre, qui les handicapent considérablement dans la concurrence sur le marché international, les États-Unis ont peu ou prou de solutions « à l’amiable » qui leur permettraient d’obtenir quasiment gratuitement la gestion de ces nouveaux métaux précieux. La volonté agressive de Trump de mettre la main sur le Venezuela, le Groenland et certains pays africains comme le Congo ou la Guinée – en ce qui concerne notre continent qu’il traitait dans son premier mandat, de « merdier » – ne peut s’expliquer que par la volonté de mettre la main sur leurs ressources. Lourds enjeux, porteurs de conflits, voire de guerre…

Si l’on ajoute, à cette dynamique, l’activisme et la puissance de l’industrie de l’armement et le va-t-en-guerre réitéré, il devient impératif, pour les États comme le nôtre, disposant de ressources convoitées ( gaz , pétrole, uranium, phosphates, or et autre énergie verte…) d’être vigilants, peut-être approprié d’examiner comment consolider le front politique intérieur, car l’expérience a démontré que c’est toujours par les fissures des divergences politiques internes que la main extérieure s’immisce  et établir un pacte national autour de la gestion des ressources définissant et garantissant leurs modalités d’attribution et de gestion. Exécuté par un comité de sages appuyés par des experts multidisciplinaires (juristes, financiers environnementalistes…), ce contrat doit transcender les alternances politiques. Ses membres nommés à vie, comme c’est le cas pour les membres de la Cour suprême aux USA.

Ce n’est là que des réflexions aux portées limitées, mais une chose est sûre : il serait suicidaire de laisser la gestion des ressources entre les mains de bureaucrates incompétents et corrompus, à un moment où la voracité des puissances s’affiche avec tant de hargne.

 

                                                             Ahmed Ould Cheikh

vendredi 30 janvier 2026

Editorial: Une autre paire de manches

 Le Premier ministre a parlé devant l’Assemblée nationale. Pendant plus de deux heures d’horloge. Pour lire sa déclaration de politique générale. Un exercice habituel dans toute démocratie digne du nom. Très familier avec les chiffres, comme tout bon statisticien, Ould Djay en a fait étalage. Une croissance économique d’environ 5.6%, augmentation des recettes et des dépenses budgétaires de plus de 10%, augmentation du budget d’investissement de 15,6%, maintien du taux d’inflation autour de 2%, réduction du déficit du compte courant à moins de 6%, maintien du déficit budgétaire autour de 0,7%. Un bilan qu’on peut qualifier de très satisfaisant d’un point de vue strictement macroéconomique. Mais, sur le terrain, la situation s’est-elle améliorée ? Le panier de la ménagère a-t-il ressenti les effets positifs de ces chiffres ? Le chômage a-t-il reculé ? Les inégalités sont-elles devenues moins criantes ? Sans aucun doute, répondent en chœur les députés de la Majorité pour qui jamais le bilan d’un Premier ministre n’a été aussi éclatant. De la poudre aux yeux, rétorquent ceux de l’opposition. « Les bons chiffres ne se mangent pas », disent-ils et à juste titre. Prétendre départager les deux camps relève de l’impossible, chacun étant élu pour défendre son camp, becs et ongles. Mais il faut reconnaitre à Ould Djay d’avoir parlé le langage des chiffres en donnant avec précision le pourcentage de ce qui a été réalisé, ce qui l’a été en partie et ce qui ne l’a pas été. Qu’il soit cru ou pas, c’est une autre paire de manches…

                                                   Ahmed ould Cheikh

jeudi 22 janvier 2026

Editorial: Réponse à la réponse à l'éditorial

 Nous sommes donc bien d’accord, cher Haroun : il faut dire, informer et ne jamais laisser dans l’ombre le moindre doute, tant sur la réalité des entraves à notre développement national que sur les intentions de ceux qui s’appliquent à les éliminer. Oui, « une société qui confond vigilance et lynchage médiatique finit toujours par affaiblir l’État qu’elle prétend défendre », vous avez la sagesse de reconnaître cette erreur et d’abonder dans mon sens. 

Nous allons donc continuer à œuvrer de concert pour nous motiver mutuellement et motiver un nombre croissant de nos compatriotes à rester toujours vigilants. Non seulement sur les agissements, encore assez fréquents hélas, de détournements de fonds, gabegie, trafic d’influences et autre corruption pour paraître « normaux », mais, aussi, sur nos faiblesses quotidiennes à les accepter, quand ce n’est pas à les entretenir, chacun à notre niveau. Qui, en Mauritanie, n’a jamais consenti à glisser discrètement un petit “quelque chose” dans la main d’un homme de loi ou de tel ou tel autre fonctionnaire ? Quel détenteur d’un moindre pouvoir refuse-t-il systématiquement d’en abuser ?

C’est à chacun d’entre nous, Mauritaniens et Mauritaniennes, de commencer par nous soigner nous-mêmes, au quotidien, à l’endroit même où nous tenons, avant de pointer du doigt tel ou tel haut placé. C’est précisément en nous attelant à vivre personnellement, en et autour de nous, cette « culture de la transparence » que notre appel à ce que les institutions de contrôle soient plus rigoureuses dans leurs investigations prendra force et sera d’autant mieux entendu. Ferme, la main de l’État doit certes frapper fort, précisément, au bon moment, et bannir pour de bon ceux qui s’adonnent à des malversations. Mais c’est bel et bien la généralisation des bons comportements citoyens, en chaque cœur, à chaque instant, à chaque coin de rue, qui l’affermira et je vous remercie, cher Haroun, d’y participer.

 

                                                                   Ahmed ould Cheikh