lundi 27 janvier 2014

Editorial : Avec le temps, va, tout s’en va…


Voilà deux semaines que votre hebdomadaire préféré n’a pas paru. Deux longues semaines d’arrêt pour cause de fête du Maouloud. Un petit break qui fait parfois du bien, tant l’actualité et ses rebondissements peuvent donner le tournis. Même aux têtes bien faites. Cela dit, qu’avons-nous donc raté de si important ? Une odeur de ‘’malversation’’, dans l’affaire de la centrale dual (électricité et gaz) de Nouakchott, dont l’extension de 60 mégawatts risque fort – si ce n’est déjà fait – de ne plus être financée par la Banque Islamique de Développement (BID). Si l’on en croit l’ONG Sherpa, spécialisée dans le repérage des biens mal acquis. Et qui s’intéresse, depuis quelques temps, à notre cher pays. Où, comme vous le savez tous, il n’y a pourtant plus, depuis un certain 6 août 2008, ni gabegie, ni détournement de deniers publics, par la seule grâce de notre Rectificateur en chef. Pourquoi la seule BID, me direz-vous ? Si les autres bailleurs de fonds étaient plus regardants, sur les procédures d’attribution des marchés, on serait très haut placé, dans la liste des pays les plus corrompus de la planète, établie, chaque année, par Transparency International. On n’en est pas là encore mais le renoncement de la BID risque d’éveiller bien des soupçons.
Autre actualité « ratée » : le festival de Oualata. Comme chaque hiver, la Mauritanie se déplace, avec son chef, vers l’une des villes dites anciennes, pour assister à un carnaval. Comme disait feu Habib, ainsi va le pays là où va son président. De la musique, quelques pièces de théâtre, une exposition de produits artisanaux, des jeux traditionnels et le tour est joué. Pour ce cinéma qui dure trois à quatre jours, on mobilise des dizaines de millions et, pour cette édition, comme pour la précédente à Ouadane, « on » s’est offert le luxe d’affréter un avion – aux frais du contribuable, s’il vous plaît – pour acheminer, tous frais payés, des touristes depuis la France, pour démontrer, aux tours-operators, que nous sommes un pays « sûr ». Cette année, notre bien-aimé guide a, exceptionnellement, assisté à une soirée musicale, organisée en son honneur, où l’on a vu un laudateur particulièrement inspiré déclamer, en langue hindi, un poème sur ses innombrables qualités. Le président en a ri de bon cœur. Il avait, pourtant, toujours refusé de prêter ainsi le flanc aux flagorneurs. Maaouya l’avait systématiquement interdit, au début de son règne, mais avait fini par succomber aux charmes de la poésie, si bien que les tirades à sa gloire étaient devenues légion. Ses « visitations », à l’intérieur du pays, étaient l’occasion rêvée, pour les laudateurs, de rivaliser dans l’art de tomber le plus bas possible dans la versification reptile. Son élève serait-il en train de prendre le même chemin ?
On est, après tout, à quelques mois de la présidentielle et l’on a, parfois, besoin de quelques vers, pour stimuler son ardeur guerrière. Alors, poètes  de tout le pays, vous savez, à présent, ce qu’il vous reste à faire. On s’inquiétait, il y a peu, de ce qu’il subsistait, en notre modernité matérialiste, de votre légendaire million. Certes, la lèche n’est pas le nec plus ultra de la poésie, ni la tasse de thé de tous nos artistes. Mais, bon, on aura, au moins, un élément de comparaison, avec les productions de l’ère Ould Taya. Je fais le pari qu’on aura gagné en quantité. En qualité, j’en suis beaucoup moins certain. Hé oui, faut s’y faire, avec le temps, va, tout s’en va…
                                                                                                                  Ahmed Ould Cheikh

mardi 14 janvier 2014

Editorial : Le fond(s) qui manque le plus



La semaine dernière et trois jours durant, on ne parlait que de ça. La télévision de Mauritanie en fit ses choux gras, la presse, ses gros titres. C’était le thème central de toutes les discussions de salon. On glosait sur la contribution de telle société, de telle banque, de tel homme d’affaires. Et l’on suivait, avec délectation, le chiffre qui gonflait peu à peu. Ça, c’était le téléthon au profit des Mourabitounes. Pourtant, selon Wikipédia, « un téléthon, contraction des mots télévision et marathon est un programme télévisuel de 30 heures dont le but est de recueillir des fonds pour une œuvre caritative. Un concept apparu aux États-Unis, dans les années 1950. Habituellement, de nombreux artistes (chanteurs, musiciens, comédiens) soutiennent la cause et appellent le public à faire des dons. » Au lieu de trente heures, le nôtre a duré trois jours et n’était, surtout, nullement destiné à une œuvre caritative. Aucun artiste ni aucun comédien ou chanteur n’est venu égayer un plateau monotone où l’on défila pour se faire voir et, dans un élan de générosité le plus souvent feinte, contribuer aux prochains – il n’est pas interdit de rêver – succès de notre équipe nationale. Dont la campagne de préparation au  CHAN vient de s’achever, face à l’équipe d’Ouganda, avec un cinglant 0-3.
Pendant trois jours, donc, des ministres, des députés (nouveaux et anciens), des banquiers, des officiers représentant leurs corps, des directeurs de société et des citoyens tout-à-fait ordinaires ont crevé le petit écran. Ils tenaient, non seulement, à ce qu’on les voie mais, aussi, à ce qu’on annonce le montant de leur contribution. Alors que le téléthon est censé être anonyme, c’était la course à celui qui donnerait le plus. Sans doute pour plaire à l’auteur de cette géniale idée. Qu’on aurait dû appliquer bien avant, pour aider les victimes d’inondations, réhabiliter des écoles, réaliser des infrastructures dans des coins reculés du pays ou toute autre activité caritative ou d’intérêt général. Au lieu de le jeter par la fenêtre. Ce n’est pas parce qu’on a battu une modeste équipe du Sénégal qu’on doit déjà s’imaginer un destin africain. Et puis, tout compte fait, le gouvernement ne prétend-il pas que les caisses sont pleines ? A quoi servira cet argent, si l’on ne peut financer la préparation d’une équipe nationale et prendre en charge ses frais de voyage, lors des éliminatoires de la future Coupe d’Afrique des Nations ? En un mot, pourquoi mendier, quand on a les moyens ?
De deux milliards visés au départ, le téléthon n’a pu en engranger que 600 millions. Les temps sont durs, même pour le président qui, puisant dans son mois de salaire « symbolique » – notre président des pauvres touche, quand même, plus de sept millions et demi de nos ouguiyas, par mois, et est entièrement pris en charge par le contribuable – n’a pu se fendre que de cinq millions. Le libellé de son chèque à la Société générale exhibé fièrement à la télévision – publicité (gratuite ?) pour une banque étrangère – comprenait deux fautes grossières : fonds sans s et football en deux mots. Un site local vient pourtant de commettre un reportage sur l’enfance, à Darou Mousty au Sénégal, de notre bien-aimé guide. L’enquête nous apprend, entre autres, qu’Ould Abel Aziz fut toujours premier de sa classe, durant tout le primaire. Il n’avait peut-être pas l’orthographe au programme.
                                                                                                   Ahmed Ould Cheikh

dimanche 5 janvier 2014

Editorial: Peaux de banane…

Notre guide éclairé n’est pas content. Mais alors, pas du tout. Et il le fait savoir. La défaite de son parti à Guérou l’a fait sortir de ses gongs. Ni celle de Rosso, encore moins celle de Tintane n’ont eu autant d’effet sur l’Auguste. A croire qu’il avait des liens particuliers avec le député sortant de cette ville et qu’il voulait le faire passer à tout prix. C’est tout juste si lui-même n’est pas descendu sur le terrain, pour lui donner un coup de main. Ou envoyé le BASEP. Il a mobilisé ses soutiens, dépêché renfort sur renfort, imposé, à son Premier ministre, de s’investir, pour faire avaler Slama aux Guérois. Mais la pilule était trop amère. Et elle n’est pas passée, malgré tout ce tintouin. L’une des figures de proue du bataillon des députés, qui avaient soutenu, mordicus, le coup d’Etat contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2008 – une aberration dans une démocratie mais on n’en est pas à une près – Slama cristallisait beaucoup de mécontentements à Guérou, une ville dont il n’est pas originaire et qu’il n’avait plus revue, depuis son élection en 2006. Après avoir, difficilement, passé le cap du premier tour, il allait avoir toutes les peines du monde au second, face à une liste de Tawassoul pour laquelle allaient voter tous ceux, et ils sont nombreux, qui ne voulaient pas le voir rempiler. Résultat des courses : Slama a mordu la poussière.
C’en était trop pour Ould Abdel Aziz. Il fallait laver cet affront. On ne désobéit pas aux ordres du chef, sans risque de représailles. Trois cadres natifs de cette ville feront les frais de l’ire présidentielle. Ils seront dégommés sans autre forme de procès, accusés de n’avoir pas soutenu le candidat-notaire d’Aziz. D’autres suivront, dans les jours qui viennent. A moins que la colère ne soit retombée, d’ici là. Dans son infinie sagesse, notre génie du désert sait ne pas être rancunier, surtout à la veille d’une élection aussi majeure que la présidentielle pointant à l’horizon. Et pour laquelle il aura besoin des voix de tous, pour ne pas risquer une désagréable surprise comme celle de Guérou. Surtout si, d’ici quelques mois, l’opposition, à l’issue d’un nouveau dialogue, décide de prendre le train en marche et de présenter un seul candidat, interne ou externe, pour défendre ses couleurs. Les dernières élections, quoique tronquées, ont démontré qu’il n’y a plus de chasse gardée et que tout bastion est prenable. Il suffit de voir l’excellent résultat réalisé, par Tawassoul, à l’Est, pour se rendre à l’évidence. Jadis bastion imprenable du parti au pouvoir, cette zone s’est, désormais, affranchie de la tutelle de ses petits roitelets qui la monnayaient au plus offrant.
Certes, le parti/Etat est encore majoritaire dans le pays. Mais il a, largement, profité de l’absence de l’opposition radicale, donc de rivaux sérieux, sur le terrain, capables de lui apporter la contradiction et de frapper là où cela fait le plus mal. D’ici juillet et la présidentielle, beaucoup d’eau coulera sous les ponts. Et il faut être devin pour imaginer dans quelle configuration cette élection aura lieu. S’il semble évident que la « mystique du chef », ‘’ouguiyettement’’ motivée, puisse encore jouer en faveur d’Ould Abdel Aziz, de nouveaux paramètres, coalisant problématiques raciale et sociale, mécontentements politiques et économiques, crises identitaire et institutionnelle, sont en passe de bouleverser les fondements d’un régime largement héritier de celui d’Ould Taya. Six mois suffiront-ils pour rectifier la rectification ? Qui eût cru que la Mauritanie se révélât, un jour, autant pavée de peaux de banane ?  
                                                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 29 décembre 2013

Editorial : Du nouveau à l’Est



Initialement prévu le 7 décembre, le deuxième tour des élections législatives et municipales n’a finalement eu lieu que le 21. Notre pays est, probablement, le seul au monde où les élections sont organisées et reportées avec autant de légèreté. Il suffit d’un rien, pour qu’on dise qu’il n’est jamais trop pour (ne pas) bien faire. Censées avoir lieu en octobre 2011, elles n’ont eu de cesse d’être reportées, pour cause d’état-civil non encore fonctionnel,  d’absence de consensus, de dialogue national, de commission électorale non encore à pied d’œuvre et tutti quanti. Que n’a-t-on pas entendu, pour justifier la forclusion de l’Assemblée nationale et de deux tiers du Sénat qui continuent pourtant à légiférer, alors que leur date de péremption est dépassée depuis plus de deux ans ? Que n’a-t-on pas avancé comme arguments, pour expliquer que les élections n’auraient lieu qu’une fois toutes les conditions réunies ?
Elles ont, pourtant, eu lieu, alors que pas même deux conditions n’étaient « réunies », si tant est qu’une seule fut jamais présente.  La Coordination de l’opposition, n’ayant obtenu aucune garantie quant à la transparence du scrutin, a décidé de ne pas y prendre part.  La CENI était tout, sauf opérationnelle, les faits l’ont largement démontré lors du premier tour. La « neutralité » des hauts gradés de l’Armée et de l’administration a prouvé qu’il  est vain de  chercher à s’opposer à un parti au pouvoir qui ne respecte pas les règles du jeu, habitué qu’il est à tout rafler sur son passage.  Les partis qui se sont mesurés à cet éléphant (blanc ?) au pied d’argile qu’est l’UPR  lui ont, cependant, fait subir de sérieux revers, à Rosso, Wad Naga,  Guérou, Kankossa, Tintane, Djiguenni,  Kobenni, Néma et dans quatre moughataas de Nouakchott. Jadis bastion imprenable du parti au pouvoir, quel qu’il soit, l’Est serait-il en train de s’affranchir de ses « grands » électeurs, chefs de tribus et autres notabilités si peu  notables ? Le fait que quatre grandes villes – et pas des moindres – dont l’emblématique Kobenni, basculent, d’un coup, dans le camp de l’opposition est assez révélateur. Une mutation serait-elle en train de s’opérer en douce dans le grand Est ? Après plus de vingt-deux ans d’exercice de la démocratie, les Mauritaniens ont-ils enfin ouvert les yeux, au point de ne plus craindre un parti/Etat qui a risqué, pour la première fois, de ne pas obtenir, à l’Assemblée nationale, une majorité à lui seul ? 
Au vu de ce qui s’est passé, est-il permis d’avoir des regrets, quant à la non-participation de l’opposition à ces scrutins ? Aurait-elle pu avoir plus de députés  et de maires qu’elle n’en avait ? La donne aurait-elle changé ? Même si le nombre d’inscrits est faible (qui peut s’expliquer par le mot d’ordre de boycott), rapporté à la proportion de personnes en âge de voter, c’est surtout l’UPR qui en a profité, inscrivant, massivement, ses électeurs et sympathisants sur les listes électorales. Qu’allait-il se passer, si l’opposition avait décidé de participer et  demandé à ses militants de se faire inscrire ? L’UPR aurait eu, sans doute, beaucoup plus de difficultés, particulièrement à Nouakchott, ville frondeuse par excellence. Mais,  comme dit le proverbe, quand le chat n’est pas là…
 Les souris ont certes dansé mais la fête avait, parfois, un goût amer.
Ahmed Ould Cheikh

dimanche 22 décembre 2013

Editorial: Pourquoi pas nous ?

Que n’a-t-on pas dit de Mandela ? L’homme par qui le miracle est arrivé. Celui qui a brisé les chaînes de l’Apartheid, qui s’est sacrifié pour son pays et qui, après vingt-sept ans de prison, a toujours refusé de prôner la violence. Pardon, réconciliation, paix des cœurs étaient ses leitmotivs. Et il a réussi le pari – ô combien insensé, à l’époque ! –  de faire passer l’Afrique du Sud d’un Etat raciste  à une république multiraciale. S’inspirant du Mahatma Gandhi, l’apôtre de la non-violence, il a pardonné aux bourreaux qui lui ont fait tant de mal, ainsi qu’à son pays, faisant, de Frederik De Klerk, le président de l’époque, son premier vice-président. Une sorte de passage de témoin, de transition en douceur, preuve de l’infinie sagesse de cet homme hors du commun. Et l’Histoire lui a donné raison. L’Afrique du Sud a enterré son passé douloureux, en douceur, sans haine ni rancune, et caracole en tête des pays africains, en matière de développement. Il en sera toujours ainsi, lorsque les pays, face aux difficultés de tous ordres, rejettent les méthodes expéditives, privilégient le consensus, et que leurs peuples, réellement libres de choisir, préfèrent des dirigeants véritablement éclairés, au détriment  de sombres démagogues, jouant aux apprentis démocrates.
Après le départ d’Ould Taya, en 2005, nous avons hérité, au lieu d’un Mandela dont nous avions tant besoin, non pas un, mais plusieurs présidents militaires qui gouvernaient en même temps. Deux années durant, les années de braise que le pays avait vécues, entre 1989 et 1991, sont passées par pertes et profits. Ni le passif humanitaire ni la question, lancinante, de l’esclavage ne furent effleurés par  ces militaires qui ne voulaient, surtout pas, ouvrir la boîte de Pandore qui risquait de les éclabousser. Il a fallu attendre l’arrivée de Sidioca, en 2007, pour que ces dossiers soient ouverts mais on ne lui laissera pas le temps d’achever les chantiers et on lui mettra suffisamment de bâtons dans les roues pour qu’il n’aille pas très loin dans leurs règlements. Depuis, c’est à doses homéopathiques et au jour le jour que les problèmes sont abordés. Au lieu d’une vision d’ensemble qui nous permettrait de panser,  une fois pour toutes, ces plaies encore béantes. Certes, n’est pas Mandela qui veut.  Pourtant, il nous en faut un. Pour nous retrouver.  Pour discuter entre nous. Pour  nous insuffler le courage de pardonner.  Pour se dire que, finalement, tout peut se régler par le dialogue. Que nous n’avons pas d’autre pays que la Mauritanie. Que nous sommes tous les mêmes. Que chacun de nous a besoin de l’autre. Le passif humanitaire et l’esclavage ne sont pas plus abjects que l’apartheid. Les sud-africains se sont pourtant retrouvés autour d’une table et ont tourné la page, sans haine ni passion. Pourquoi pas nous ?
                                                                                                    Ahmed Ould Cheikh

lundi 16 décembre 2013

Editorial: L’art de la survie…

Le premier tour des élections législatives et municipales du 23 novembre a vécu. Dans un désordre absolu, une absence totale de transparence et une organisation qui frise l’amateurisme. Que n’a-t-on pas dit, pour accabler une pauvre commission électorale à qui l’on avait confié la mission quasi-impossible d’organiser quatre scrutins en un seul et un temps record ? Il ne s’agit nullement de défendre une CENI victime de son propre zèle qui pensait, naïvement peut-être, qu’avec les maigres moyens dont elle disposait, elle pouvait parvenir à ses objectifs. Avec, à la clé, de l’argent parti à vau-l’eau et un scrutin que tout le monde, même ceux qui l’ont gagné, voue aux gémonies. Une sorte d’entente illicite entre les politiques en course à qui gagnera le plus de députés et de maires, tout en fustigeant la structure qui l’organisé, de A à Z. Chacun y est allé de son couplet. Jemil Mansour a affirmé que la Mauritanie n’avait jamais connu une élection aussi désatreuse. Boydiel s’est dit outré par les manquements de la CENI qui auraient, surtout, porté préjudice à son parti. Messaoud a réitéré ses griefs contre une structure qu’il ne porte pas spécialement dans son cœur. Les trois ont même menacé de boycotter le second tour. Mais, rassurez-vous, seulement du bout des lèvres. On ne crache pas sur une dizaine de députés, quelques maires, un statut d’opposant et une subvention publique qui bouchera les trous laissés vacants par le tarissement de certaines sources. Une façon, aussi, de se refaire une virginité politique à moindre frais. On ne s’engage pas dans telle aventure, contre l’avis de ses amis de l’opposition, pour s’arrêter au milieu du gué et reconnaître qu’on a fait fausse route. Continuer, donc, au risque de se noyer ? Ou faire amende honorable et ne plus cautionner ce que tous qualifient de mascarade ? De toute évidence, ceux qui ont participé au scrutin du 23 novembre n’en ont, apparemment pas, compris l’enjeu véritable, pour le pouvoir. Qui ne se serait jamais aventuré à organiser une élection sans suffisamment de partis de l’opposition pour lui donner un semblant de crédibilité. Et se serait, alors, retrouvé dans l’obligation de lâcher du lest et de négocier. Tous ces messieurs-dames seraient ainsi, avec les partis de la COD, en position de force pour arracher, au pouvoir, un maximum de concessions. Ont-ils cru pouvoir privilégier leurs intérêts et ceux de leurs partis, au détriment de celui de l’opposition et, au-delà, du pays ?
De telles lézardes, dans le mur de l’opposition, ont toujours profité au pouvoir qui ne se prive pas de les exploiter au maximum. Comme en 2007, lorsqu’il obtient le soutien de Messaoud au candidat soutenu par la junte militaire. Ou 2008, quand Ould Daddah convint que le coup d’Etat d’Ould Abdel Aziz n’était qu’une « rectification ». 2013 et nous voilà sous le joug d’une énième incurie de notre opposition, fidèle miroir de celle du pouvoir. Les peuples, dit-on, n’ont que les dirigeants qu’ils méritent. Etant entendu que le vocable «dirigeants» englobe pouvoir et opposition, il va sans dire que nous sommes très mal lotis. Une certaine majorité d’électeurs – 75% d’entre eux, selon la CENI – continuera, donc, à parer au plus pressé. Flairer l’odeur de la soupe et suivre la direction du vent. Gens du désert, ne sommes-nous pas passés maîtres en l’art de la survie ? Chacun pour soi et Dieu pour tous, une nation de bric et de broc, tout en micmac et compagnie, et cahin-caha, tieb-tieb démocratie pour de tieb-tieb démocrates...
                                                                                             Ahmed Ould Cheikh

dimanche 8 décembre 2013

Editorial : L’hiver, à défaut de printemps…



La Mauritanie a enfin voté. Les élections législatives et municipales, prévues en octobre 2011, se sont, finalement, déroulées le 23 novembre… 2013. Sans la Coordination de l’opposition démocratique, qui avait conditionné sa participation à un minimum de transparence et de sérieux, dans l’organisation du scrutin. Mais avec une majorité plus que jamais divisée et une opposition dite dialoguiste qui en train de regretter d’avoir pris part à ce qu’elle a, elle-même, qualifié de « mascarade ». On n’a, en effet, jamais vu une élection dont les résultats officiels ne soient toujours pas connus, sept jours après le dépouillement des bulletins.  Une situation qui tourne, parfois, au cocasse, lorsque, dans une même circonscription, chaque liste se prévaut d’avoir gagné, sur la base des résultats qui lui ont été communiqués par ses représentants dans les bureaux de vote. Tantôt, c’est un parti qui gagne au premier tour, avant de revenir sur terre et de se voir obligé d’aller à un nouveau round, après l’annonce des résultats par les organes de presse officiels. Il a, pourtant, tout pour prouver qu’il a bien coiffé ses adversaires au poteau mais les calculs de la CENI ont fait perdre le Nord à bien des candidats et pas des moindres.
On pouvait ne pas en arriver, là si la loi avait été appliquée. Celle-ci stipule que les procès-verbaux du dépouillement de chaque bureau de vote sont remis à tous les représentants de listes et affichés à l’entrée dudit bureau. L’irrespect de cette clause fonde, à lui seul, la nullité du scrutin. L a CENI a justifié cette entorse au réglement par la multiplicité des listes candidates. « Cela prendrait un temps fou et retarderait, encore plus, la proclamation des résultats », dit-on, pince-sans-rire. C’est, toutes proportions gardées, un chauffeur qui viole le code de la route, en brûlant un feu, pour ne pas être en retard. On se demande, d’ailleurs, pourquoi les partis de l’opposition qui ont participé à l’élection ne se sont pas engouffrés dans cette brèche, en déposant un recours auprès du Conseil constitutionnel ? Pourquoi l’APP, qui a fait monter les enchères, à Nouadhibou et Zouérate, en manifestant, s’est, subitement, ravisée et a demandé, à ses candidats et militants, de « revenir à la raison »? Et pourquoi El Wiam a crié au vol, à Wadane, Rosso et Méderdra, avant de faire prévaloir la « sagesse » ?  Nos deux leaders haratines seraient-ils à c epoint conciliants avec Ould Abbdel Aziz ? Craignent-ils qu’on leur dise, à la fin, qu’ils ont été pris à leur propre piège, en participant à cette partie de poker menteur où l’UPR ne leur laissera que des miettes ? Rien qu’à voir la machine de guerre qu’il est en train de mettre en branle, à grands renforts de hauts fonctionnaires, généraux et hommes d’affaires appelés à la rescousse, pour ne pas se faire battre à Nouakchott, Guérou et Tintane, on se dit que l’UPR est atteint d’incurable boulimie. Son chef aurait pu faire preuve d’un peu de discernement, en évitant de tout écraser sur son passage et en laissant, à ceux qui ont avalé bien des couleuvres, la possibilité d’une représentation honorable à l’Assemblée. A moins qu’il ne veuille laisser, aux islamistes, la possibilité de devenir la principale force d’opposition et de gagner la Communauté urbaine de Nouakchott. Ce qui serait du plus mauvais effet, vis-à-vis des partenaires étrangers, toujours très frileux face à l’islam politique. De toute manière, les islamistes ayant la fâcheuse habitude de tisser leur toile sans se presser, ils risquent fort de se retrouver, dans quelques années, la principale force politique du pays. Et le pouvoir leur aura grandement facilité la tâche, cette fois, en fermant la porte du dialogue avec les forces progressistes. Une aubaine que le parti Tawasssoul n’a pas ratée et qu’il exploitera le plus possible, surtout à Nouakchott où l’opposition a toujours été majoritaire. Ould Abdel Aziz n’a jamais voulu d’Ahmed Ould Hamza, parce qu’il était RFD. Avec un vrai barbu comme nouveau challenger, sa glabre rectification parviendraIt-elle, enfin, à paraître démocrate ?  L’hiver égyptien a le vent en poupe…  
                                                                                                    Ahmed Ould Cheikh