samedi 1 février 2025

Editorial: Non à la loi de la jungle!

Le dimanche 27 Janvier, au sortir d’une émission sur TTV, Hanevy ould Dahah, le directeur de celle-ci, a été violemment agressé par un jeune homme venu avec l’intention manifeste d’en découdre avec lui. L’excité dont l’entreprise avait gagné, il y a quelques années, le marché de réhabilitation d’un quai au Port de Nouadhibou mais n’avait pas respecté ses engagements – provoquant l’annulation du contrat et le lancement d’un nouvel appel d’offres – se considère victime d’un acharnement de la part du célèbre journaliste. Subite et d’une violence inouïe, l’agression a suscité de vives réactions. C’est la première fois, en effet, en 34 ans de liberté de la presse, qu’un professionnel des media est attaqué dans l’exercice de ses fonctions. On croyait, un peu naïvement peut-être, que ces pratiques d’un autre âge n’avaient plus cours dans un monde civilisé et que la loi de la jungle avait cédé la place à celle d’un État de Droit. Certes, celui-ci éprouve bien des difficultés à imposer ses règles en Mauritanie et c’est à tout le moins le devoir de la presse libre – le quatrième pouvoir de toute démocratie – de l’y aider. Un appui singulièrement nécessaire en ces temps de lutte acharnée contre la gabegie, la corruption et les passe-droits. Notamment en dénonçant les pratiques douteuses dans la passation et l’exécution des marchés publics. S’agissait-il, en l’occurrence de cette lamentable affaire, de dissuader les journalistes d’accomplir leurs tâches ? On ne peut pas ignorer l’hypothèse que le jeune écervelé ait pu être manipulé par de plus discrets prédateurs de la chose publique, inquiets du combat mené par la presse aux côtés de l’État. On attend donc de celui-ci qu’il réagisse sans tarder, en frappant juste et fort contre de telles intimidations. Une réponse immédiate, claire et vigoureuse, que tous nos confrères soutiendront sans faillir. Ensemble, conscients des enjeux cruciaux pour notre démocratie. Il nous faut mobiliser tous les pouvoirs de celle-ci – exécutif, législatif, judiciaire et médiatique – afin d’éradiquer au plus vite les séquelles de la loi de la jungle. Pas de faux-fuyants : la fermeté est ici de rigueur ! Ahmed ould Cheikh

samedi 25 janvier 2025

Editorial: Le nerf de la paix

La Sionie ne cessait de déclarer qu’elle ne quitterait l’enclave de Gaza qu’après y avoir construit des colonies et éradiquer le Hamas : elle va s’en retirer dans les quarante-deux prochains jours, la queue entre les pattes, humiliée, discréditée, sans atteindre un seul objectif d’une guerre qu’elle voulait éclair, et à des conditions qui sont loin de lui être favorables. Le secrétaire d'État américain Antony Blinken ne déclarait-il pas récemment que chaque soldat du Hamas tué était remplacé par une nouvelle recrue ou un volontaire ? En plus, l’accord qui a été imposé aux Sionistes par Trump qu’ils considéraient pourtant comme un allié sûr, ne prévoit-il pas que chaque otage sioniste sera échangé contre trente prisonniers politiques palestiniens et cinquante autres le seront contre une seule soldate de l’entité sioniste qui a perdu, elle, des milliers de ses réputés invincibles fantassins…La honte, vous dis-je. Alors que Netanyahou et Galant, son ministre de la Défense récemment limogé pour des « divergences dans la conduite de la guerre », sont poursuivis par la CPI, on se demande vraiment ce qu’a gagné la Sionie dans les massacres perpétrés à Gaza. S’être plus que jamais révélée le pantin des intérêts économiques d’un Occident qui ne sait plus comment camoufler son inéluctable déclin ? Les quarante-sept mille victimes palestiniennes, pour la plupart des femmes et des enfants innocents qui auraient pu accentuer la différence de taux de fécondité entre les deux communautés condamnées par l’Histoire à vivre un temps côte-à-côte, à défaut de pouvoir réapprendre à vivre ensemble, comme naguère ? On attend le réveil du doux prophète Yacoub-Israël (PBL). Appuyés qu’ils se sentaient par leurs alliés occidentaux, les égarés de ses descendants pensaient détenir le nerf de la guerre. Les déconvenues de leur économie depuis le 7 Octobre leur ont brutalement rappelé que tout est vanité en ce bas-monde et que[H1] rien n’y subsiste sans la lumineuse Volonté du Très-Haut. Découvriront-ils enfin le nerf de la paix ? Il y a certes beaucoup de plaies à panser mais il existe suffisamment de palestiniens bien informés de ce que Dieu est miséricordieux avec les miséricordieux pour se contraindre à les y aider, pour peu qu’ils y consentent… Ahmed ould Cheikh

samedi 18 janvier 2025

Editorial: Trop, c'est trop!

endredi dernier, monsieur Abidine Sidaty, ADG de Frigo STPH Nouakchott adressait une lettre ouverte à notre ministre des Pêches et de l’économie maritime – https://www.lecalame.info/?q=node/16733 – pour l’alerter sur des « suspicions » d’activités illégales de bateaux turcs – « spécifiquement des senneurs spécialisés dans le petit pélagique », précisait-il – dans la zone de reproduction des poissons au Banc d'Arguin, une zone pourtant interdite à la pêche. Et de marteler : « Le respect des zones de reproduction et des réglementations de pêche est essentiel pour assurer la durabilité de notre secteur halieutique, qui constitue non seulement une richesse économique mais aussi un patrimoine naturel irremplaçable. Il est donc de votre responsabilité, monsieur le Ministre, de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger nos potentialités halieutiques et garantir que ces abus cessent ». Nous avons mené notre propre enquête. Elle nous a permis d’établir que notamment deux bateaux turcs – le « Turk Yilmaz » et le « Ilker Yilmaz » – ont débarqué, le 9 Janvier, leur cargaison à Nouadhibou : 233 tonnes de maquereau et chinchard pour le premier ; 300 tonnes de chinchard et 600 tonnes de sardinelle plate pour le second ; soit une recette de deux cents millions MRO en quelques heures ! Ces navires spécialisés larguent leurs filets de 1500 mètres de longueur sur 100 mètres de profondeur, raclant sans vergogne toute la zone, pendant que les bateaux respectueux des impératifs de la pêche durable peinent à pêcher quelques tonnes, s'ils ne rentrent pas bredouilles… Disposerions-nous de plus de moyens que le ministère des Pêches pour établir un tel constat ? Serait-ce que des directives en haut lieu, sinon de beaucoup plus bas dessous-de-table, forcent nos gardes-côtes à détourner leurs regards de ce pillage éhonté de nos ressources maritimes déjà fragilisées par des pratiques de pêche imprévoyantes ? Il faut agir sans tarder pour punir sévèrement les auteurs de tels ravages et leurs éventuels complices. Plus question de promesses : chaque jour qui passe à tergiverser agrandit la plaie et encourage les prédateurs. La patience a des limites : trop, c’est trop ! ¨ Ahmed ould Cheikh

vendredi 10 janvier 2025

Editorial: À quand la fin des arnaques foncières ?

Des nombreux domaines où l’anarchie règne en maître à Nouakchott, c’est sans conteste le foncier qui tient le haut du pavé. Tout le monde a encore en mémoire la célèbre « poche 10 », située à la jonction entre Tevragh Zeïna et Teyarett, que l’État rasa il y a quelques années. Ceux qui y avaient construit des villas de luxe n’avaient aucun papier prouvant que les terrains leur avaient été officiellement attribués par l’Administration. Des intermédiaires peu scrupuleux leur avaient vendu du vent. Malgré leurs récriminations, l’État était resté ferme et, en quelques jours, le quartier sorti de terre ne fut plus qu’un amas de ruines. La même scène est en train de se reproduire au quartier dit 15 et à la plage. En ce qui concerne celui-là, des citoyens crédules ont acquis des lots dans une zone lotie comme une concession rurale. Là encore, l’État n’a rien voulu entendre. Les propriétaires des maisons déjà bâties devront s’acquitter du prix fort, c’est à dire 37.500 MRO par mètre carré, s’ils veulent que leur situation soit régularisée. Même chose à la plage sauf que, cette fois, toute construction située à moins de cent mètres de la côte passera à la trappe. On ne peut qu’applaudir de telles décisions qui auraient dû intervenir depuis longtemps mais, là où le bât blesse, c’est que ceux qui ont profité de la naïveté de pauvres citoyens n’ont toujours pas été inquiétés. Ils sont pourtant connus de tout le monde et certains d’entre eux ont même pignon sur rue. C’est par là que devait commencer l’opération pour éviter que de telles arnaques se reproduisent. Se conclura-t-elle sur un tel radical assainissement ? Ce serait de fort bon augure : mieux vaut tard que jamais… Ahmed ould Cheikh

mardi 24 décembre 2024

Editorial: Les ordures, vitrine de la Mauritanie

Faites un petit tour à Nouakchott : allez de la plage des pêcheurs au Port de l’Amitié ou de cette infrastructure vers le carrefour dit Bamako ; partez d’Atak El Kheir 2 en direction de l’Est ; promenez-vous en divers quartiers de la capitale… Rassurez-vous, il ne s’agit pas de villégiature ! Loin de là : vous serez plutôt dégoûtés par les tonnes de détritus qui jonchent nos quartiers, même les plus chics. Que dira le touriste, l’homme d’affaires ou n’importe quel visiteur officiel une fois à Nouakchott ? Que nous sommes nés avant la honte, comme disent nos amis ivoiriens. Que les bédouins que nous étions et que nous sommes toujours, du moins dans nos têtes, n’ont toujours pas assimilé la vie citadine. Que les sociétés chargées de collecter les ordures font tellement mal leur travail que la ville est devenue un dépotoir à ciel ouvert. Qu’avant de moderniser, il faut d’abord balayer. Que nos décideurs n’ont toujours pas compris qu’il s’agit là d’un problème vital auquel il faut s’attaquer sérieusement, en mobilisant les moyens et en recourant, s’il le faut, à une expertise étrangère. Il y a une décennie, la société française Pizzorno avec laquelle l’État avait signé une convention pour la collecte et l’enfouissement des ordures à Nouakchott s’en était bien tirée. Mais Ould Abdel Aziz, sur un de ses coups de tête dont il a le secret, décida subitement de résilier le contrat pour donner le marché, en forme de cadeaux politiques, à de petites entités qui se révélèrent incapables d’assurer le minimum. On navigue depuis à vue dans un océan de détritus, d’eaux boueuses et de saletés de toutes sortes. Et on s’y plaît bien apparemment : la capitale d’un pays n’est-elle pas sa vitrine ? Ahmed ould Cheikh

jeudi 12 décembre 2024

Editorial: Un cocktail explosif

Elle était jeune, dans la fleur de l’âge. Issue d’un milieu conservateur, étudiante en deuxième d’université, elle s’apprêtait à convoler en justes noces. Son malheur, en plus d’être issue d’une famille pauvre habitant dans un des quartiers les moins sécurisés de la capitale, est d’avoir croisé le chemin de trois jeunes voyous qui n’ont pas hésité à entrer chez elle par effraction pour abuser d’elle sans aucune pitié. Son père, immobilisé par la maladie, et sa mère absente ne pouvaient lui être d’aucun secours., Enivrés par l’alcool, les médicaments et toutes les substances psychotropes qui leur étaient passés dans les mains, les trois jeunes lascars étaient dans un autre univers. Ils ont perdu toute humanité. Rebuts d’une société dont ils vivent en marge, Ils n’en étaient pas à leur premier forfait. Et il ne sera sans doute pas le dernier. L’école que constituent nos prisons où ils ne se feront sans doute pas de vieux os ne servira qu’à les endurcir, comme tant d’autres avant eux. Au lieu d’offrir une possibilité pour les détenus d’apprendre un métier en prélude à une insertion dans la société, la prison est devenue une jungle où le plus fort écrase le plus faible. Du coup, on en sort plus cuirassé et les taulards, une fois dehors, sont encore plus dangereux. Si on y ajoute l’absence de perspectives, la pauvreté, les liens familiaux distendus et le laxisme de la justice, le cocktail devient explosif. Qu’Allah nous préserve ! Ahmed Ould Cheikh

jeudi 5 décembre 2024

Editorial: internet au rabais

Est-il écrit quelque part qu’en ce qui concerne la qualité du réseau Internet, nous resterons indéfiniment en queue de peloton ? Que, malgré les amendes infligées de temps à autre aux opérateurs par l’Autorité de régulation, la situation n’évoluera jamais dans le bon sens ? Que, faisant fi des protestations incessantes des usagers face à la mauvaise qualité d’un service pourtant coûteux, les structures dédiées à cette fin continueront à engranger des milliards au profit des leurs sociétés-mères et à « saboter » nos télécommunications ? Pas plus tard que la semaine dernière, l’Autorité de régulation a de nouveau sévi contre ces opérateurs : Mauritel a écopé d’une sanction financière de 313,2 millions d’ouguiyas, Mattel de 127,03 millions et Chinguitel, quant à elle, devra verser 100,2 millions d’ouguiyas au Trésor public. Cette décision de l’ARE fait suite à une mission de contrôle de la qualité des services de communications électroniques effectuée à partir du 23 Septembre dernier. Le régulateur des télécoms voulait vérifier si les opérateurs avaient amélioré leurs niveaux de conformité respectifs, par rapport aux résultats d’une première mission de contrôle effectuée du 18 Décembre 2023 au 24 janvier 2024. « L'Autorité de régulation a noté que les réponses des opérateurs aux griefs soulevés n'étaient pas satisfaisantes pour justifier les manquements observés » et « s’attend à ce que les sanctions pécuniaires et administratives infligées aux opérateurs télécoms les incitent à assurer en permanence aux utilisateurs du service, des niveaux de qualité conformes aux standards internationaux, conformément à leurs engagements contractuels. » Faites vos comptes ! Depuis quand les opérateurs sont ainsi sanctionnés et combien ont-ils déjà payé en tout ? Des milliards pour le budget mais une goutte d’eau pour eux. Au moment où Internet est devenu, non plus un luxe, mais une nécessité absolue, il est temps qu’on devienne enfin comme tous les pays du monde ou, au moins, comme nos voisins auxquels nos décideurs ont tendance à nous comparer. Eux en tout cas disposent d’un réseau à fort débit et à un prix raisonnable. Ahmed ould Cheikh